28 décembre 2007

Sylvie Paquette : "J'aime les musiques inspirées"

Tout à la fois intense et fragile, la trop discrète Sylvie Paquette poursuit, depuis 1993, un cheminement d'une grande cohérence artistique. A l'époque où nous l'avons rencontrée, l'auteur-compositeur-interprète québécoise venait de publier son premier album, Soul'Propos. Deux autres ont suivi, toujours dans la même veine folk-rock, notamment Oser, en 1997, qui lui a valu le prix Félix-Leclerc de la chanson aux Francofolies de Montréal. Autre jalon, son passage sur la grande scène des Francofolies de La Rochelle, entre Rachid Taha et Louise Attaque, "l'un de mes plus beaux souvenirs de musicienne"... Alors que vient de sortir son quatrième album (pour lequel elle s'est notamment entourée de Daniel Bélanger), nous vous proposons un retour sur notre rencontre avec Sylvie Paquette en 1993, interview qui laissait déjà entrevoir une personnalité fort singulière.

medium_sylvie7.2.jpg



Titus - Sylvie, il y a beaucoup de choses à dire sur ton cheminement. Ton premier album, "Soul'Propos", est sorti au mois de mars (1993, ndr), mais on est frappé par sa maturité. Est-ce vrai qu'il y a eu dix ans de travail avant de publier ce premier disque ?

medium_sylvie2.2.jpg Sylvie Paquette - Pendant ces dix années-là, j'ai chanté beaucoup en soliste avec ma guitare dans les cafés et les bars. J'ai ainsi appris à écrire des chansons, à les communiquer, à faire des spectacles aussi. J'ai été très nourrie du public : les gens qui venaient me voir, qui me disaient qu'ils aimaient ça et qui avaient envie d'acheter un disque. C'est le public qui m'a encouragée à persister, d'être moi-même et de continuer dans mon style musical. J'ai été approchée quelquefois par des compagnies de disques ; mais souvent les producteurs au Québec font des choix où les risques sont minimes. Ils se basent sur ce qui marche bien aux Etats-Unis et ils suivent le modèle. Ma musique, en revanche, est très personnelle et je me qualifie plus d'auteur-compositeur-interprète... Ce type de carrière se bâtit sur le long terme. Et j'ai enfin trouvé la bonne compagnie de disques, Gamma, qui respecte ma vision des choses. C'est un projet de plusieurs albums. Le premier est enfin sorti; ça me rend très heureuse après toutes ces années. Depuis trois-quatre ans, on assiste à un certain regain de popularité de l'acoustique. Ca me ravit parce que c'est ce que j'ai toujours fait, même dans les années 80. Du folk-rock toujours très acoustique...

Titus - La critique dans son ensemble a salué la sortie de ce premier album. La qualité des textes, des compositions, le jeu de guitare...

Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :




Oui, je ne me considère pas comme une technicienne de la musique. Mais ce que j'ai développé avec les années, c'est un style personnel à la guitare, et dans ma façon d'écrire. C'est sûr que quand j'ai lu ces critiques, j'étais ravie. Je pense que mon style s'est développé grâce à l'expérience...

Un extrait de spectacle de Sylvie Paquette :



Titus - Y-a-t-il eu des rencontres marquantes au fil des ans ?

medium_P9220005.JPGUn album ne se fait pas tout seul. C'est un travail d'équipe et j'ai été extrêmement bien entourée. Rick Haworth était à la direction musicale. Rick est un super bon guitariste; je le voyais travailler de loin mais je ne le connaissais pas. Je l'ai approché simplement il y a un peu plus d'un an avec un démo et il a accepté de faire les arrangements avec les musiciens avec lesquels il travaillait. J'étais naturellement très heureuse que le projet l'ait intéressé. Rick m'a dit qu'il trouvait que chaque chanson avait une ambiance précise. On a donc commencé à travailler et la maison de disques est arrivée après ça. Patrice Duchesne, des disques Gamma, m'a entendu sur une radio communautaire à Montréal. C'est vraiment un concours de circonstances. Après toutes ces années, je suis en tout cas très contente d'avoir travaillé avec tout ce beau monde. Je pense que je méritais de travailler avec des gens de talent parce que j'avais travaillé fort. Mais c'est l'fun, pour un premier disque, d'en être fière et de trouver que ça me ressemble. Je crois que je suis très privilégiée...

Titus - Ca vaut la peine d'attendre, parfois...

Oui, ça vaut la peine d'attendre... Par contre, si c'était à refaire, je ne sais pas si j'en aurais le courage parce qu'il y a eu des moments difficiles, avec de grandes remises en question périodiques. Je commençais à m'essouffler de me représenter exclusivement dans les bars. L'effort n'aura pas été vain en fin de compte...

Titus - Dans cet album, on entend du rock du blues, du rhythm'n blues, du reggae même. Quelles ont été tes influences ?

Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :




medium_sylvie5.jpgC'est curieux parce que, la première fois que j'ai touché à une guitare, j'avais quatorze ou quinze ans, et j'ai tout de suite commencé à composer, même avant d'interpréter des chansons. Donc, je pense que c'était naturel chez moi de vouloir m'inscrire sur un instrument de musique, de composer des mélodies et des textes. C'était le temps de l'adolescence et c'était une manière d'exprimer mes sentiments, une forme de journal intime. Ca a commencé comme ça, et c'est sûr qu'il y a eu des influences par après. Au niveau québécois, dans ces années-là, je me souviens que j'aimais beaucoup Harmonium. Diane Dufresne a été pour moi une influence majeure du point de vue de l'interprétation. J'ai toujours beaucoup aimé Joni Mitchell, Joan Armatrading, Tracy Chapman, des chanteuses folk. Mais j'aime aussi Peter Gabriel, Sting, ou les Red Hot Chili Peppers... J'aime les musiques inspirées. J'aime quand on sent que l'artiste qu'on entend est inspiré ou qu'il y a une espèce d'état ou de sentiment d'urgence. Et ça, peut-être que ça m'a été communiqué par ces artistes-là !

Titus - On parle d'influences, mais ton album m'impressionne en fait par son caractère singulier. On sent une empreinte personnelle très forte.

medium_P9220002.JPGSur ce disque, on retrouve des chansons écrites à plusieurs périodes de ma vie. "L'été en ville", par exemple, est l'une des premières chansons que j'ai écrites. Je l'avais sortie en 45 tours en 1987, et ça avait fonctionné un peu. Elle se retrouve aujourd'hui sur le CD, parallèlement à "J'fais le trottoir", qui est l'une de mes compositions les plus récentes. Celle-ci est plus rock, plus physique. Et en spectacle, je pense que j'ai plusieurs couleurs : un côté rock, un autre plus rhythm'n blues, funky quelquefois, et aussi un côté ballades folk où c'est plus doux. Ce sont des couleurs qui m'habitent et que je voulais retrouver sur l'album parce que j'aime autant chanter une toune rock qu'une chanson plus douce.

Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :




medium_images.2.jpgPour moi, c'était important qu'on respecte chacune des chansons, et avec Daniel Bouliane, qui a réalisé l'album, c'est l'objectif qu'on s'est fixé. On a eu vraiment le champ libre avec la maison de disques, et ça c'est l'fun, parce que je suis persuadé que l'album aurait été tout autre si on nous avait imposé une certaine structure de chanson ou si on nous avait dit : "Après tant de secondes, il faut que le refrain parte..." Moi, je suis guitariste et j'adore les guitares. Rick Haworth a beaucoup de talent à la guitare : c'est quelqu'un qui sait se fondre à l'artiste avec lequel il travaille. Ca a vraiment bien fonctionné et j'ai pu m'impliquer à fond dans chacune des chansons. Il y a eu des collaborations intéressantes, notamment avec Luc De Larochellière qu'on connaît, pour des textes de chansons. Ou aussi Patricia Lamontagne qui, elle, est moins connue puisque c'est surtout une auteure de romans. Je me suis entourée de gens intenses et je trouve que ça se sent sur l'album.

Ecouter un extrait de l'album Soul'Propos, la chanson Taxi reggae :




Titus - Rick Haworth est très présent dans la plupart des productions montréalaises actuelles, qu'il s'agisse de Paul Piché, Michel Rivard ou d'autres. Malgré tout, je n'ai pas l'impression que son empreinte soit ici fondamentale. Il vous a laissé beaucoup de liberté, non ?

medium_P9220003.JPGOui, et je crois que c'est une question d'écoute et de talent. J'ai travaillé avec Rick et Mario Légaré, qui jouent aussi avec Michel Rivard (ex-chanteur de la formation mythique Beau Dommage, ndr). Et ce que j'apprécie, c'est que mon album ne sonne pas comme du Michel Rivard. Ces musiciens-là sont capables d'écouter puis de se fondre à l'artiste. Et ça les amène aussi vers des espaces inconnus. Je pense que c'est ce qui s'est passé avec Rick : du fait que mon style est très personnel, il est allé dans une autre direction. Pour moi, c'est ça le talent, surtout quand on est directeur musical. Il est capable d'écouter, de sentir les forces puis aussi parfois les faiblesses qui font partie du style de l'artiste et de s'y fondre...

Titus - Ce premier album est fort réussi. Que nous prépares-tu pour la suite ?

medium_sylvie3.jpgPour le moment, je travaille à la promotion de ce premier disque. Je suis pratiquement inconnue donc il y a encore beaucoup de travail à faire au niveau promotionnel. Puis après, je me représenterai sur plusieurs scènes, notamment dans l'Outaouais, en juin, au festival franco-ontarien, puis au festival d'été de Québec. Il va y avoir deux genres de spectacles : un show avec les musiciens qui ont joué sur mon album, et un spectacle plus intimiste, en duo avec Rick Haworth. Donc, on est en train de préparer ça. Le spectacle fait partie de ma nature parce que j'ai fait ça pendant dix ans. Le studio, c'était une autre étape. C'est sûr que c'est l'fun; on peut travailler beaucoup, peaufiner longtemps en studio, mais le spectacle, c'est là que la magie se passe parce qu'il faut communiquer ses chansons.

Titus - Du fait de l'absence d'artifices dans la production, j'imagine que la transposition de ce premier album sur scène a été relativement aisée, non ?

medium_sylvie6.jpgEffectivement, parce que quand on a commencé à travailler les chansons, on n'a pas utilisé de séquenceurs ou de machines. C'est Rick qui s'est chargé de la direction musicale. Pour les arrangements, c'est moi, c'est Rick, c'est Mario Légaré, Claude Castonguay aux claviers, tous les musiciens qui étaient là. Au début, on a monté les chansons dans un local de répétition et après, on est entrés en studio. On voulait qu'il y ait cet effet "live". Sur scène, ce que j'ai déjà pu expérimenter depuis le lancement de l'album, ça rend très bien. Il n'y a pas beaucoup de dubbing sur l'album, donc c'est très bien restitué sur scène !

Titus - Pour conclure cette interview, peux-tu nous dire deux mots sur la chanson "Je crois", l'une des très belles ballades folk de Soul'Propos ?

Je l'appelle ma chanson de lumière. Elle m'a fait beaucoup de bien quand je l'ai composée. Je l'ai écrite avec Luc De Larochellière.

Ecouter un extrait de la chanson "Je crois" :




medium_cover_detrois.jpgDISCOGRAPHIE :
Soul'Propos (1993)
Oser (1997)
Souvenirs de trois (2000)
Tam-Tam (2007)


POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de Sylvie Paquette
Le site MySpace de l'artiste

11 décembre 2007

"Le premier Noël" : Claire Pelletier aux sources du répertoire

8c08d56a93624fc362cca3728d4c00d1.jpgSouvent comparée à Loreena McKennitt dont l'oeuvre épouse des contours musicaux assez voisins, Claire Pelletier a creusé son sillon côté francophone en explorant un répertoire au carrefour de la musique celtique et de la tradition. Son dernier disque, qui fait actuellement un carton outre-Atlantique, n'est pas seulement un nouvel album de Noël comme il en existe tant sur le marché. La chanteuse québécoise a fait, en effet, oeuvre d'historienne en exhumant de très belles pièces oubliées...


Pour ce "Premier Noël", la démarche de la musicienne fut tout d'abord celle d'une historienne. "C'est à Paris, en avril 2007, que nous avons commencé nos recherches à la grande Bibliothèque nationale de France", indique Claire Pelletier, dans le très beau livret qui accompagne le disque; "chansons et cantiques de Noël étaient inscrits par centaines sur des fichiers minutieusement archivés". Pièces des XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe se voient ici rassemblées sur un même disque et réarrangées pour le plus grand plaisir des mélomanes. Le répertoire choisi est composé de cantiques, pastorales, chants traditionnels, des trouvailles pour le moins surprenantes du patrimoine québécois et français.

dc22b1a9436f19217f1e4b010293f099.jpg

Instrumentation variée
Fidèle à son habitude, l'artiste a su bien s'entourer pour ce nouveau projet. Claire Pelletier et son réalisateur Pierre Duchesne ont réuni une instrumentation variée : la formation québécoise du Kiosque à Musique, composée de sept musiciens (violon, contrebasse, clarinette, basson, trompette, trombone et percussions) et d'un quintette de cuivres (deux trompettes, cor français, trombone et tuba), mais aussi deux musiciens français, Gilles Chabenat (vielle à roue) et Eric Montbel (flûte, clarinette en roseau et cornemuse).
Ce disque fait suite à plusieurs albums très bien accueillis par le public et la critique, qu'il s'agisse de "Galileo", "Ce que tu donnes" (où apparaît Stephan Eicher) ou du double album enregistré en concert au Saint-Denis (distribué en Bretagne par Coop Breizh). Une belle opportunité en tout cas de renouveler sa discothèque de Noël, au moment où Tino Rossi (dont on vient de rééditer en single l'énième version de Petit papa Noël), continue encore et toujours, en France, de s'octroyer la plus belle part de la bûche...

29 septembre 2006

Rachelle van Zanten : copieux showcase

Près d'une cinquantaine de personnes ont suivi avec enthousiasme le showcase de la chanteuse et slide-guitariste Rachelle van Zanten, hier soir, à Dialogues musiques à Brest. Un set qui servait d'amuse-gueule avant la troisième édition du petit festival des Vaches folk, prévu ce soir, à Cast (près de Châteaulin, en Bretagne). Une prestation énergique qui a permis à chacun d'entrevoir la virtuosité de la guitariste.

medium_rachelledialog0002.JPG

Rachelle van Zanten, hier jeudi, à l'issue du showcase à Dialogues musique, à Brest.

L'artiste canadienne s'est présentée, hier soir, en solo et dans une formule complètement acoustique. L'occasion d'entendre les compositions de son premier album solo "Back to François" dans une version épurée. Ce soir, ça sera vraisemblablement tout à fait autre chose puisque la chanteuse sera épaulée "par une section rythmique d'enfer", nous assure Eric Bert, lui-même guitariste des Sugar leaves, (qui assureront la première partie du concert) et organisateur du festival.

Deux requins de studio
à ses côtés

Deux musiciens de studio londoniens ont en effet été engagés pour cette tournée qui conduira Rachelle dans divers pays d'Europe, notamment l'Allemagne et la Hollande où elle s'est déjà souvent représentée lorsqu'elle était l'un des membres (pendant onze ans) de la formation rock canadienne les "Painting Daisies".
Rachelle van Zanten, qui a écrit à peu près la moitié du répertoire de ce quatuor féminin, nous en a d'ailleurs donné un aperçu, hier soir. Des compositions teintées de rock, tandis que les siennes oscillent davantage entre folk bien trempée et airs résolument "rootsy", à l'image de ce que la scène country canadienne, estampillée Côte Ouest, nous offre de mieux.
Le meilleur reste donc à venir. Rachelle van Zanten devrait, ce soir, transformer l'essai avec ses deux requins anglais et, nous dit-on, quelques instrumentistes surprise, dans la grande tradition de ce petit festival qui monte et dont "l'esprit boeuf" est l'une des marques de fabrique. Nul doute que Rachelle ne voudra pas rater ce tout premier rendez-vous avec le public français. A ce soir donc, see ya there folks !

Concert de Rachelle van Zanten, salle polyvalente de Cast (près de Châteaulin), à 21 h. Entrée : 7 euros. En première partie, les Sugar Leaves (Eric Bert et Lucie d'Alméras).

16:10 Publié dans Les sorties de Titus | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Brest, rock, folk, chanson, musique, Rachelle van Zanten | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08 août 2006

Laurent Voulzy : "Je suis attiré par l'invisible"

medium_Voulzy-Septiemevague.jpg
Laurent Voulzy, qui vient de publier un nouvel album intitulé "La septième Vague", n'est plus réellement à présenter. Tout le monde ne sait peut-être pas, en revanche, qu'il connut son premier succès en 1977 avec le 45 tours "Rockollection". C'est dire qu'il approche aujourd'hui des trente ans de carrière. Lorsque nous avons rencontré Laurent Voulzy, en septembre 1993, il assurait la promotion au Canada de son opus "Caché derrière", qui compte parmi ses albums les plus aboutis.

Titus - Laurent Voulzy, on te connaît comme l'homme qui pond un tube en moyenne tous les 365 jours, et pourtant, ta discographie est loin d'être opulente... Trois albums en 17 ans de carrière, c'est quand-même assez peu, non ? Est-ce lié au marché du 45 tours, qui est demeuré assez dynamique en France jusqu'à encore assez récémment ?

Laurent Voulzy - C'est vrai que la France, était, jusqu'à il y a encore trois ans, un des derniers pays au monde à continuer à consommer des 45 tours en grande quantité. Depuis 1990, ça s'est un peu écroulé et on se tourne davantage vers les albums. Mais moi, ce n'était pas une question de choix. C'et vrai que j'ai fait Rockollection en 1977. En 1978, j'avais fait un autre 45 tours qui avait fait un numéro un aussi. En 1979, là j'ai fait un album. Je suis retourné par la suite aux 45 tours parce qu'à chaque fois que je termine une chanson, je me dis que j'aimerais l'entendre tout de suite à la radio. En fait, je me suis fait un peu piéger. Tous les ans, j'avais quelque chose qui sortait. Ce qui me motive pour faire de la musique, en dehors du fait de passer une semaine avec mon instrument seul dans un coin, c'est aussi d'entendre la radio, à l'image de ces singles que j'entendais quand j'étais petit, dans les années 60. Il y avait des chansons écrites par des artistes météore ou d'autres qui duraient, mais tous sortaient des singles à répétition. C'est pas comme pour un album : on ne mise pas sur dix chansons; on joue une chanson, c'est comme un coup de dés. J'adore ça, en fait. C'est autre chose, de faire un album, et j'ai aussi beaucoup de plaisir à passer par là.

medium_Voulzy-Cache_derriere.jpg
Titus - Une critique canadienne disait récemment qu'avec l'album "Caché derrière" , elle espérait qu'il n'y ait pas, cette fois, de rendez-vous manqué avec le Canada. C'est vrai qu'ici, tu n'as pas atteint la popularité qu'on voit dans d'autres pays francophones...

Laurent Voulzy - Je suis venu au Canada en 1977, au moment de "Rockollection", et depuis je ne suis pas revenu, mais ce n'est pas de mon fait. Je ne sais pas si c'est un manque de coordination avec les gens avec qui je travaillais. Question d'emploi du temps, aussi, sans doute. J'étais toujours embarqué dans des disques et dans des productions que je faisais pour d'autres gens, etc. Il y a encore quatre-cinq ans, on me disait "tiens, tu as une chanson qui passe pas mal à la radio là-bas, "Le soleil donne". Je me disais : "Pourquoi j'y vais pas ?" Et puis, je me dis aujourd'hui, tout vient à point à qui sait attendre. Peut-être que c'est le moment maintenant. Je suis vraiment content d'être là.

Titus - Un mot sur le Canada ?

Laurent Voulzy - La dernière fois que je suis venu, en 1977, je n'ai pas vu le jour. J'étais dans les studios de télévision et de radio toute la journée, de 9 h du matin à 11 h du soir. Des fois, on me disait "il faut que tu te couches tôt parce que demain, on part à Chicoutimi". Donc, je me levais à 4 h du matin pour prendre la route. Je n'ai rien vu. Ce que je connais du Canada, c'est ce que les gens m'en disent. C'est horrible. Je me rappelle d'avoir traversé le parc des Laurentides, d'avoir entrevu Montréal. Ce que j'espère, c'est d'avoir le temps de revenir y chanter et d'y rester un peu plus longtemps.

Titus - Cette fois, en tout cas, ça commence très fort. Depuis la publication de "Caché derrière", on parle de Laurent Voulzy de plus en plus. J'aimerais que tu évoques pour nous la présence du "mystique" dans ton nouvel album, dont la couverture est une représentation de la forêt de Brocéliande qui, comme on le sait, est le berceau de toutes les légendes des chevaliers de la Table ronde.

Ecouter la réponse de Laurent Voulzy sur CINN FM





Laurent Voulzy - C'est pour ça qu'on l'a appelé "Caché derrière" . Parce qu'on trouvait que ce titre résumait des choses dont j'avais envie de parler. Les choses qu'on ne voit pas, les choses cachées. La Bretagne, je trouve que c'est extrêmement mystique et je suis attiré par les choses invisibles, non dites, irrationnelles, comme les rêves. Ca, je pourrais en parler des heures. Je crois qu'il y a beaucoup de choses qui existent et qu'on va découvrir petit à petit.

Titus - Alain Souchon signe la plupart des textes de cet album, huit chansons sur dix. Sa présence a beaucoup compté dans ta carrière. Comment êtes-vous arrivés tous les deux à autant de connivence ?

Laurent Voulzy - Ca fait très longtemps qu'on travaille ensemble. On s'est connus en 1973. On débutait tous les deux. On avait fait chacun des disques, de notre côté, et on écrivait nos paroles et nos musiques. Et un jour, on nous a proposé de travailler ensemble, parce que moi, je commençais à faire des arrangements pour des chanteurs, des orchestrations. Et on m'a demandé si je voulais bien orchestrer son album. C'est comme ça que tout a commencé. On a écrit une chanson ensemble, qui a été son premier gros succès, ma première composition qui fut un succès aussi. Et depuis, on s'est jamais posé de questions et on continue à travailler ensemble. Pour moi, je le dis en toute sincérité, c'est l'un des trois plus grands auteurs français. Je le trouve vraiment génial, et en plus on est devenus amis. On est plus que ça; on est comme des frères maintenant. J'écris pas mal de musiques sur ses albums, il écrit pas mal de paroles sur les miens, tout en ayant nos carrières séparées.

Titus - On dit de toi que tu es un perfectionniste, que tu as un studio chez toi, aux Halles, à Paris... Tu mets beaucoup de temps à travailler en studio et à peaufiner tes enregistrements ?

Laurent Voulzy - Je mets énormément de temps. "Caché derrière", j'ai mis deux ans à l'enregistrer, enfin, un an et demi effectifs, si on enlève les moments où je suis reparti avec Alain pour finir des chansons, etc. Je travaillais avec Michel Coeuriot, un producteur qui a réalisé le disque avec moi; un ingénieur du son, Jean-Marc Hauser, et on était enfermés dans le petit studio de mon appartement. On a fait tout mon disque là. Evidemment, quand on avait des grandes formations à enregistrer, comme un orchestre à cordes, on allait dans un grand studio, puis je revenais chez moi avec ma bande pour finir le disque. Ca fait maintenant huit-neuf ans que j'enregistre mes disques ainsi, à la maison.

Titus - J'aimerais aussi qu'on parle des musiciens qui ont collaboré à cet album, parce qu'on y voit de grands noms, notamment le percussioniste Manu Katché, ou Pino Palladino...

Laurent Voulzy - La plupart des gens avec qui je travaille, c'est des gens que j'aime beaucoup. L'équipe de base est très restreinte et puis, de temps en temps, je fais appel à d'autres. Moi, je joue de la guitare, mais ça ne m'empêche pas de faire appel, de temps à autres, à un guitariste. Je pense que tel guitariste jouera mieux que moi telle partie; je le fais avec plaisir, sachant que cela amènera un peu d'oxygène. Des fois, j'essaie des parties de guitare et, tant que je n'ai pas obtenu une perfection à mon oreille, je recommence;c'est pourquoi je mets autant de temps. Manu Katché est un vieux copain; on se connaît depuis très longtemps et puis, un jour, Peter Gabriel l'a entendu jouer et l'a emmené avec lui. Ensuite, il a joué avec les Simple Minds, Tears for fears, Mark Knopfler, Sting, et c'est devenu une star de la batterie dans le monde. Je suis allé faire des choeurs pour son disque qu'il a enregistré dans les studios de Peter Gabriel, et lui est venu jouer sur le mien. Pino Palladino est un ami de Manu que j'ai connu là-bas, en Angleterre, et il est venu à Paris enregistrer avec moi. Dans la chanson intitulée "Guitare héraut", il y a aussi Ritchie Blackmore qui fait un solo de guitare, et j'ai fait jouer aussi une note par ceux que je considère les quinze meilleurs guitaristes en France. Je leur ai demandé de venir jouer une note pour moi, et ils l'ont fait...

Titus - Une bonne idée de réunir ainsi quinze virtuoses de la guitare pour ce morceau qui est une sorte d'hommage aux guitaristes, non ?

Laurent Voulzy - C'est une idée qui m'est venue alors que je faisais une partie de guitare à la maison. En entendant une note, je me suis dit, ça serait pas mal que cette note soit jouée par la crème des guitaristes en France, et donc je leur ai demandé de venir. Ils m'ont demandé ce qu'il fallait faire; je leur ai dit "il faut jouer une note". Ca les a fait rire. Je les ai réunis. On a aligné quinze gros amplis Marshall dans un studio et on a filmé cette séquence qui est très belle ét émouvante, parce que ce sont tous des gens que j'admire. Et ensuite, j'ai envoyé une cassette à Ritchie Blackmore, et il a écouté le morceau. Ca lui a plu, et il a fait un chorus dessus, voilà. Tout une aventure...

Titus - Quels sont tes projets pour les prochains mois ?

Laurent Voulzy - J'étais récemment au Casino de Paris en spectacle. Ca faisait douze-treize ans que je n'étais pas monté sur scène. Mon projet immédiat, en revenant du Canada, c'est de partir en tournée en France, Suisse et Belgique dès le 3 novembre. J'ai deux tournages de clips en France, et puis le Zénith en décembre. Normalement, l'été prochain, en 1994, on parle d'une tournée au Canada.

Pour en savoir plus sur Laurent Voulzy :
www.ramdam.com/art/v/laurentvoulzy.htm
www.tv5.org/tv5Site/musique/artiste-177-laurent_voulzy.htm