02 octobre 2011

Vaches Folks : l'histoire ne se répète jamais

 

P1290443.JPGLes soirées des Vaches Folks se suivent et ne se ressemblent décidément pas. Même lorsque les artistes invités ne sont plus vraiment des inconnus, la magie opère encore. A titre d'exemple, la soirée d'hier, où l'on a vu se succéder l'Américaine Chris Pureka et l'Australien Carus Thompson, respectivement pour la seconde et la troisième fois à Cast. On pourrait s'étonner de cette "redite" dans la programmation. Il faut plutôt y voir un signe de la complicité qui lie les organisateurs des Vaches Folks, Roger Mauguen et Eric Bert, et les artistes qu'ils contribuent à faire connaître, année après année, depuis le lancement de ces manifestations. Un bel exemple de fidélité à méditer.

 


 

Lors de son premier concert, il y a exactement un an, à un jour près, l'Américaine Chris Pureka avait suscité un véritable engouement qui s'était traduit par un record de ventes de disques. Rebelote, hier. La folkeuse a littéralement été assaillie par les spectateurs castois à l'issue de son set, vendant la quasi totalité des albums qu'elle avait apportés. Il est vrai que l'Américaine n'a pas donné dans la demi-mesure. Son set tonique, jouant sur toutes les cordes de l'émotion, a véritablement scotché les 160 personnes présentes. Lorsqu'elle monte sur scène, flanquée de son guitariste Sebastian Renfield, ce petit brin de femme semble se cacher derrière ses mèches rebelles en forme d'accroche-coeur. C'est à peine si l'on entend son "thank you", prononcé du bout des lèvres lorsque le public castois l'accueille dans un tonnerre d'applaudissements. Mais d'emblée, lorsqu'elle entonne l'un des refrains hypnotiques de son nouvel album, "How I learned to see in the dark", la messe est dite. L'Américaine timide se transforme en bête de scène, sa voix assurée se mêlant de jolie façon à celle de son accompagnateur. Chris Pureka s'est dessiné un univers bien à elle, mais celui-ci n'a de toute évidence rien d'hermétique, si l'on en juge à l'accueil qui lui a été réservé. "L'an dernier, lors de ma mini-tournée européenne, Cast fut déjà l'une de mes étapes préférées. Je peux vous assurer que je ressens la même chose aujourd'hui", confiait-elle entre deux ballades. Chris Pureka a été adoptée par les Castois. A quand la prochaine ?

 

Le retour de "Crocodile Dundee"

P1290476.JPGHumour, décontraction et spontanéïté à l'australienne ont par ailleurs donné le ton du concert de fin de soirée, celui du showman Carus Thompson. Pour ce troisième set castois, Carus était uniquement accompagné de deux musiciens, ses frenchies préférés, Christophe Baillet (batterie) et Mathieu Lucas (piano, basse et mandoline). Ce qui ne l'a pas empêché de donner un concert tout aussi enflammé. Son répertoire folk-rock parfois mâtiné de reggae a fait mouche une fois encore.

Avec son nouvel album, "Caravan", dont il a présenté, hier, les meilleurs extraits, le "Crocodile Dundee" de Fremantle a visiblement enrichi sa palette de compositeur. Sur scène, les morceaux s'enchaînent sans pause, explorant des avenues jusqu'ici assez peu visitées, notamment lorsqu'il livre une version superbement dépouillée (seulement piano et voix) de "Last days of winter" (extrait de son précédent album "Three boxes"). Comme à chacune de ses prestations, le kangourou ne déteste pas non plus aller se frotter à l'audience version unplugged. Debout sur une chaise au milieu du public, la guitare en bandoulière, il a ainsi repris, sans ampli et à la manière d'un ménestrel, plusieurs de ses refrains les plus connus. D'un contact facile et toujours disponible, Carus Thompson a lui aussi longuement rencontré le public en fin de soirée, signant moult autographes à des fans restés fidèles depuis sa première prestation. L'Australien est désormais chez lui en terre castoise et le public d'ici le lui rend bien.

 

Mention spéciale aussi pour le guitariste Ludovic Le Signor, le local de l'étape, qui a ouvert la soirée en douceur avec ses arabesques acoustiques. Un jeu limpide et des compos soignées pour une première partie intimiste à souhait.

 

LA SOIREE EN IMAGES

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(Chris Pureka et Sebastian Renfield, hier soir à Cast).

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(Carus Thompson)

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(Rencontre d'après set avec des "Carusettes" de la première heure.)

 

Merci à Lena pour les photos.

 

25 septembre 2011

Vaches Folks : ça va chauffer samedi à Cast !

Pour ceux qui ont déjà un rencard le 1er octobre, il n'est sûrement pas trop tard pour décommander. Et pour ceux qui n'ont rien de prévu, inutile de chercher plus loin. La soirée proposée samedi, à Cast, dans le cadre des Vaches Folks, promet en effet d'être franchement exceptionnelle. Les deux artistes invités, (outre le local de l'étape, Ludovic Le Signor, en première partie) comptent parmi les musiciens les plus en vue de la scène folk émergente, à la fois aux Etats-Unis et en Australie, je veux parler de Chris Pureka et Carus Thompson.

 

carus-caravan.jpgDans la veine d'un Jack Johnson, Carus Thompson nous sert une musique qui ne renie pas ses origines, la côte ouest australienne, ses vagues et son surf. Lorsqu'il ne s'adonne pas à la glisse à Fremantle, Carus est généralement en tournée. Il mène sa carrière tambour battant depuis près d'une dizaine d'années. Samedi, il s'agira de son troisième saut de kangourou à Cast, où il présentera, trois ans et demi après son dernier passage en Bretagne, son tout nouvel album "Caravan". Pour ce retour très attendu, Carus sera accompagné de son band à l'ossature originale. Celui-ci est en effet notamment composé de deux musiciens français, Mathieu Lucas (à la basse) et Christophe Baillet (à la batterie).

"Je passe la moitié de l'année à tourner en Australie et l'autre moitié en Europe", nous expliquait Carus avant sa toute première prestation aux Vaches Folks. Le public australien est fantastique. Il y a beaucoup d'ambiance lorsqu'on se produit dans un pub. Les gens dansent et font les fous. En Europe, mon expérience est davantage celle d'un public qui écoute les artistes et ce qu'ils ont à dire. Ces différences me ravissent".

Ce troisième show de l'Australien à Cast, s'il est aussi enjoué et rythmé que le précédent, sera probablement une nouvelle fois à graver dans les annales des Vaches Folks. Le répertoire de Carus s'est en effet notablement enrichi de ce "Caravan" auréolé de critiques fort positives, autant en Europe qu'en Australie. Un album qui recèle plusieurs pépites, à l'instar de la chanson "Imperfect Circle", véritable tube co-écrit par Kim McDonald et le frère de Carus himself, Christian (qui était également à Cast lors du dernier passage du groupe en Bretagne). Enregistré à Melbourne, en Angleterre et même en Allemagne, "Caravan" a été mixé à Nashville par Brad Jones et produit par Carus Thompson et Greg Arnold.

 

L'ascension fulgurante de Chris Pureka

chris-How I l.jpgOriginaire de Grèce, Chris Pureka a suivi sa famille dans le Connecticut, aux Etats-Unis, alors qu'elle n'avait qu'un an. Relocalisée à Northampton, dans le Massachussets, depuis ses vingt ans, la chanteuse américaine aujourd'hui âgée d'une trentaine d'années effectuera aussi un retour, samedi, sur la scène des Vaches Folks. Mais cette fois pas en solo, puisqu'elle sera accompagnée de son ami et guitariste Sebastian Renfield, ce qui devrait permettre au public de la découvrir sous un autre jour. Elle qui dit "vivre correctement de sa musique depuis environ cinq ans" a connu, depuis son premier passage à Cast, une ascension fulgurante. Réclamée partout, ses concerts se déroulent tous à guichets fermés aux Etats-Unis.

Sa seconde tournée européenne se révèle aussi plus ambitieuse que la première, signe qu'un phénomène est né. Trente dates sont programmées, dans dix pays, du 11 septembre au 28 octobre, dont deux en France. A vrai dire, cela ne surprendra pas ceux qui ont assisté à sa prestation de l'an passé à Cast, véritable concentré d'émotions à fleur de peau. Le public ne s'y est pas trompé, le plébiscite se traduisant par un record de vente d'albums ce soir-là ! Petit clin d'oeil, c'est à un jour près, un an après sa première prestation en France, que l'Américaine revient aux Vaches Folks, comme si elle avait souhaité rendre hommage à ces découvreurs que sont Roger Mauguen et Eric Bert, organisateurs des événements castois, qui lui ont offert sa première scène dans l'Hexagone.

Pour la réalisation de son troisième album studio, "How I learned to see in the dark", sorti l'an dernier et qu'elle présentera samedi à Cast, Chris Pureka a bénéficié de l'aide de Merrill Garbus. "Je connais Merrill depuis très longtemps. C’est drôle, je me souviens qu’elle était déjà à mon côté lorsque j’ai chanté ma première chanson. C’était « Yellow Submarine » des Beatles (rires). Elle a toujours eu l’oreille musicale et elle a joué sur chacun de mes disques… Elle est très connue aux Etats-Unis et tourne aussi pas mal en Europe avec sa formation tUnE-YaRds. C’est de l’indie rock. Elle a coproduit mon dernier disque et son empreinte est manifeste. Elle adore expérimenter de nouveaux sons ou techniques et elle a le don de m’entraîner sur des sentiers qui ne m’étaient pas jusqu’ici familiers", nous disait-elle, le 2 octobre 2010, à l'issue de son premier set éblouissant des Vaches Folks.

 

Pour en savoir plus

Le site officiel des Vaches Folks

En concert à cast, près de Châteaulin, samedi 1er octobre 2011, à 20 h 30. Tarif : 17 € (sur place) ou 15 € (en location + frais) sur le réseau Ticketnet.

24 novembre 2010

Indio Saravanja : « J’ai toujours voulu vivre pour la musique »

Celui que l’on surnomme le « Bob Dylan canadien », Indio Saravanja, entame cette semaine sa toute première tournée européenne. Il est notamment attendu samedi, à Cast  (près de Châteaulin), dans le cadre des Vaches Folks, où il devrait donner un bel aperçu de son talent, lui qui se dit chansonnier dans l’âme. Grand fan de Georges Moustaki, dont il souhaite reprendre une chanson sur son prochain disque, il espère aussi pouvoir rencontrer son idole lors de son passage à Paris.

 

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Titus – J’aimerais que l’on revienne un instant sur tes origines… J’ai lu que tu étais né en Argentine…

Indio Saravanja – C’est exact. Ma mère était originaire de Galice, en Espagne et mon père venait de l’Uruguay.

As-tu quelques souvenirs de tes premières années ?

Ma mère a souhaité retourner en Argentine quand j’avais cinq-six ans. Nous y avons passé un an et je garde de nombreux souvenirs de cette période.

Et quel âge avais-tu lorsque tu es arrivé au Canada ?

J’avais trois ans et demi. Dans un premier temps, nous nous sommes installés à Montréal et y sommes restés près d’un an. Jusqu’à ce que mon père décroche un job dans les régions arctiques.

J’avais lu en effet que tu avais vécu à Yellowknife…

Mon père nous y a entraînés lorsque j’avais environ 4 ans et demi. C’est là que j’ai vécu l’essentiel de mon enfance, jusqu’à ce que je décide de quitter la maison familiale à l’âge de 13-14 ans. C’est à partir de ce temps-là que l’aventure a vraiment commencé pour moi. Mon seul domicile, pendant longtemps, fut un bus Greyhound. J’ai pas mal bourlingué avec pour seuls bagages un petit sac à dos et une guitare ! Un vrai tzigane ! J’allais de petit boulot en petit boulot. L’important, c’était de pouvoir continuer à voyager.

Ton père n’était pas un chercheur d’or, des fois ?

(Rires) Non, il était mécanicien. J’ai eu très tôt les mains dans le cambouis. J’en ai réparé, des voitures, à ses côtés, et ce, dès mon plus jeune âge. Il rêvait que je prenne sa succession, mais cela ne s’est pas fait. Je crois qu’il en a été très déçu… C’est pas de chance, tous ses enfants sont devenus artistes… Un cinéaste, un photographe, une comédienne et un chanteur…

 

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J’ai lu que ton nom de baptême était Gaston. Comment se fait-il ? Etait-ce lié à ton séjour au Québec ?

Pas du tout en fait ! Mon père a travaillé sur les chaînes de montage des fameuses voitures Lotus, dans les années 60, à Buenos Aires, et c’est là qu’il a côtoyé un Français qui s’appelait Gaston. Ce type avait toujours été très chouette avec lui et mon père a souhaité me donner son nom. En même temps, Gaston est aussi un prénom commun dans la culture espagnole. Mais ce prénom a toujours été lourd à porter en ce qui me concerne, surtout du fait que je vivais au Canada où le français est très présent. On n’arrêtait pas de me dire : “Alors, Gaston, tu viens du Québec ?” J’ai eu droit aussi bien sûr à la ritournelle “Gaston, il y a le téléphon’ qui son’” et ça me rendait dingue… A l’âge de 20 ans, j’ai décidé que j’en avais assez supporté et j’ai choisi d’utiliser mon surnom, Indio, en référence à mes origines espagnoles. Mais ça n’a pas vraiment simplifié les choses. A présent, les gens me demandent : « C’est quoi encore votre prénom ? Indigo ? » Il y a des jours où j’aurais voulu m’appeler John.

Est-ce que la musique était déjà présente au sein de ta famille avant que tu n’arrives ?

Non, pas vraiment. Mon père n’arrive même pas à suivre un rythme. Ma mère, en revanche, était poète. Elle adorait la musique et chantait tout le temps. En Galice, l’un de ses frères était champion de mandoline et son grand-père était chanteur d’opéra. Ce sont a priori les seuls musiciens de ma famille.

J’ai lu que ton père avait assisté à l’un de tes concerts à Yellowknife, l’an dernier. Il s’intéresse de près à ta carrière ?

En général, lorsque je me produis pas très loin de là où il réside, il s’arrange pour venir me voir. Il me dit à chaque fois que je devrais vraiment suivre des leçons de chant… (rires) Il n’a sans doute pas tort. Je pense qu’il aurait souhaité que je chante comme Dean Martin ou Frank Sinatra. Je ne suis pas sûr qu’il aime mon style.

As-tu un souvenir précis du jour où la musique a fait irruption dans ta vie ?

Non, pas vraiment. Tout ce que je sais, c’est que j’ai toujours voulu en faire ma vie. Aussi loin que je puisse remonter, il me semble que je n’ai toujours aspiré qu’à une chose, vivre pour et de la musique.

 

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Qu’écoutais-tu lorsque tu étais plus jeune ?

J’ai toujours écouté énormément de musique, notamment les disques que ma mère avait apportés d’Espagne. Mon père écoutait davantage les crooners, comme Nat King Cole, mais il aimait aussi beaucoup Johnny Cash. Pour ma part, je suis devenu complètement obsédé par Elvis à l’âge de 6-7 ans, puis il y eut les Beatles, et même, par la suite, Michael Jackson, période Jackson Five. Je me suis aussi intéressé au courant « heavy metal » durant l’adolescence. Mais c’est à l’âge de 14 ans que j’ai découvert Bob Dylan, et cette découverte m’a bouleversé durablement.

On te surnomme précisément le « Bob Dylan canadien ». Est-ce que cette comparaison te fait plaisir ?

Non, elle me met très en colère (rires). Je plaisante, bien sûr. Si on le dit, c’est sans doute qu’il y a un petit quelque chose, surtout au niveau de la voix. Et il y a la ressemblance physique. On m’a souvent dit que j’aurais pu passer pour son fils. Il y a une dizaine d’années, à New York, j’ai été accosté par des gens qui me prenaient pour Jacob Dylan. Mais honnêtement, je trouve cette référence un peu injuste si l’on écoute l’ensemble de ma production qui, à l’exception peut-être de mon album « Songster », est assez peu semblable à l’univers de Dylan. Et après tout, le Dylan des débuts ne s’inscrivait-il pas lui-même dans la ligne tracée par un Woody Guthrie ?

La vocation de musicien s’est déclarée de bonne heure chez toi ?

Oui, la musique a toujours fait partie de ma vie, que ce soit à l’école ou à l’église. J’étais le batteur attitré du groupe de l’école. La batterie fut d’ailleurs mon premier instrument. Mon père m’avait acheté ma première mini batterie à l’âge de six ans, mais celle-ci n’a pas duré un an, si bien qu’il a dû m’en acheter une autre l’année suivante. A l’église, j’ai pu aussi m’initier au gospel. J’y ai beaucoup chanté.

Et l’écriture de tes premières chansons; c’est venu à quel âge ?

J’ai composé mes premières chansons vers l’âge de neuf ans. Il s’agissait de petites chansons d’amour un peu idiotes qui essayaient de ressembler aux succès qui passaient à la radio. Je n’étais absolument pas snob. J’écoutais vraiment de tout quand j’étais jeune. Je suivais le Top Ten américain tous les samedis à la télé, et nous allions ensuite acheter un ou deux 45 tours avec l’argent qu’on gagnait en vendant des journaux.

Comment as-tu appris à jouer de la guitare ?

J’ai appris tout seul. Quand j’ai quitté la maison à l’âge de 13 ans, je me suis payé ma première guitare et la fameuse méthode de Jim Croce. Ça m’a pris environ un an avant d’être à l’aise. Tout l’argent que je gagnais en faisant la plonge dans les restaurants, je le dépensais en méthodes de guitare.

Tu as aussi découvert le piano en autodidacte, non ?

Oui, mais c’était bien plus tard. Nous n’avons jamais eu de piano à la maison. Et pour cause, on vivait dans une caravane ! Nous étions assez pauvres et personne, dans mon entourage, n’aurait pu se payer un piano. Il a donc fallu attendre que l’occasion se présente. Et c’est arrivé à l’âge de 25 ans environ. A l’époque, pendant environ six ou sept ans, je me représentais tous les soirs dans les bars. Dans l’un de ceux où je jouais régulièrement, le patron m’avait confié la clef de l’établissement pour me permettre d’utiliser le piano en matinée. J’y suis retournée jour après jour, jusqu’à ce que j’arrive à en tirer quelque chose. J’ai développé, du coup, une technique très personnelle, très visuelle en fait car je ne sais pas lire la musique.

 

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J’ai aussi lu quelque part que tu étais un fan de Georges Moustaki, ce qui peut apparaître un brin curieux, vu d’ici.

Moustaki correspond tout à fait à l’image que je me fais du troubadour un peu vagabond, du poète pastoral. En l’écoutant, et il ne se passe pas une journée sans que je ne l’écoute, je ne peux m’empêcher de penser à Jack Kerouac ou à John Steinbeck, et à la vie sur la route. Ses chansons me parlent. Je le compare volontiers à Leonard Cohen, sans doute en moins sombre.

Est-il vrai que tu envisages d’enregistrer une reprise de l’une de ses chansons sur l’un de tes prochains disques ?

J’adore sa chanson « Mademoiselle Gibson », que j’écoute depuis une dizaine d’années. Il y a quatre ans, j’ai commencé à la traduire avec l’aide d’un ami québécois. Mais la traduction, trop littérale, ne faisait pas justice à la chanson originale. Je l’ai donc retravaillée et mon amie de l’époque estimait qu’elle était si réussie que je devrais la présenter à Moustaki. J’ai failli tomber de l’armoire, sur le coup. Je n’imaginais pas possible d’entrer en contact avec lui. Elle est parvenue à trouver son adresse mail, par le biais d’Internet. Nous lui avons donc envoyé un message le même jour, et il nous a répondu, dès le lendemain, qu’il souhaitait entendre ma version de sa chanson. Dès qu’il l’a entendue, il m’a renvoyé un petit mot me disant qu’il me donnait la permission de l’utiliser. Je rêve de le rencontrer depuis toujours et cela va peut-être se faire cette semaine, lors de mon concert à Paris. Il a accepté de me voir.

Revenons un moment sur l’enregistrement de ton premier album, qui n’est plus aujourd’hui disponible qu’en téléchargement et qui est devenu un veritable « collector ». Quand as-tu décidé que le temps était venu de sortir un premier disque.

C’est une bonne question… Je ne sais pas trop pourquoi j’ai tant tardé à sortir ce premier disque. J’avais déjà emmagasiné plusieurs centaines de chansons, donc ce n’était pas le problème. En fait, j’ai fait une terrible dépression qui a duré plusieurs années. J’en suis sorti à trente ans. Ma mère a été très malade pendant 24 ans et elle est finalement décédée il y a cinq ans. Tout ça a sans doute retardé mes projets. J’ai essayé à maintes reprises d’enregistrer un disque sur mes propres deniers. Je bossais l’été et, avec l’argent gagné, je rentrais en studio à l’automne d’où je ressortais avec une dizaine de démos. Mais je n’en étais jamais satisfait. J’étais très malheureux. Il faut croire que le temps n’était pas encore venu. A l’âge de 29 ans, alors que je vivais à New York, j’ai reçu une invitation pour aller me représenter au Yukon. J’y suis allé, et il y avait dans le public un gars qui possédait sa propre maison de disques. Ce dernier avait eu de la chance avec l’un de ses disques qui s’était bien vendu en Europe. Je me suis dit que ce type savait sans doute ce qu’il faisait. Jusque là, je n’avais jamais sollicité les maisons de disques. Je n’avais pas assez confiance en moi ou dans ma musique. Je crois que ma réputation était assez bonne en tant que musicien, mais je n’avais pas acquis suffisamment de confiance en mes propres compositions. Quand ce type m’a approché, je me suis dit qu’une collaboration serait sans doute assez difficile à mettre en œuvre, vu que j’habitais à New York et lui au Yukon. Mais il était déterminé et il a tout fait pour que le disque voie le jour. Ça a quand même pris deux années supplémentaires avant que le projet aboutisse. Je suis très satisfait du résultat. Sincèrement, je trouve que les chansons du disque sont assez réussies, même si ce n’était pas encore tout à fait moi. Je crois que je n’avais pas encore à l’époque une idée très précise de ce que je voulais faire. Qui plus est, j’ai bossé avec un producteur qui avait beaucoup de personnalité et cela a donné un son un peu trop « américain » à mon goût. Avec le recul, j’aurais préféré un son plus acoustique, plus « européen ». Au plus profond de mon être, je me sens comme un troubadour et j’aspire à marcher sur les pas de chansonniers à l’image de Cohen, Reed ou Moustaki…

C’est à mon avis ce que tu es parvenu à incarner avec ton album « Caravan sessions », non ?

Je ne sais pas trop. Tu trouves ? Ça me fait vraiment plaisir si tu as cette impression.

Peut-on revenir sur les conditions d’enregistrement de cet album, pour lequel tu ne disposais que de peu de moyens…

C’est peu de le dire, en effet. Il a fallu faire de mon mieux avec les moyens dont je disposais. Après mon premier disque, j’ai traversé plusieurs années difficiles : ma mère est décédée, de même que plusieurs de mes amis. J’ai déménagé et j’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme. Nous vivions sur une ferme. Elle m’a encouragé à enregistrer un album avec les moyens dont je disposais et m’a aussi suggéré de lancer un appel à la générosité de mes amis et fans. Ça n’a pas donné grand-chose dans un premier temps ; j’avais tout au plus reçu assez d’argent pour acheter un micro, mais je ne pouvais plus reculer puisque j’avais promis. Il a donc bien fallu que je fasse avec les moyens du bord. Je travaillais essentiellement la nuit, entre 21 h et 8 h du matin, car il m’était impossible d’enregistrer dans la journée du fait du bruit des tronçonneuses autour de chez moi. Les conditions n’étaient pas fameuses : pendant trois semaines, je me suis gelé les orteils dans une cabane chauffée par un petit radiateur électrique et il y avait deux mètres de neige à l’extérieur. J’ai connu plusieurs moments de découragement et je pense que j’aurais abandonné sans le soutien de ma compagne. D’une manière ironique, c’est après avoir complété une quinzaine de chansons que j’ai commencé à recevoir davantage de dons. Ça m’a énormément touché, que des gens – qui parfois ne me connaissaient que de nom – puissent ainsi me faire confiance en m’envoyant de l’argent. Cela, en tout cas, m’a permis d’entrer en studio pour peaufiner les enregistrements réalisés à la maison.

 

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Au printemps dernier, tu as aussi publié un troisième disque, “Songster”, qui comprend 14 de tes chansons de la première époque.

Au départ, j’avais sélectionné une trentaine de mes toutes premières chansons. Je les ai toutes interprétées, sept heures durant, avant d’en retenir 14. A la différence du précédent album, « Songster » a été enregistré en un jour,c'est-à-dire quasiment dans les conditions du direct. Guitare, voix et harmonica. Mais je ne crois pas que je referai un autre album du genre. Je pense que c’est beaucoup demander au public, qui a tendance à préférer des choses plus orchestrées… Je pourrais facilement sortir un second « Songster », mais franchement, je ne suis pas sûr qu’il existe un marché pour cela en ce moment…

Le terme « songster » correspond bien à ta conception du métier.

Je n’aime pas en effet l’expression auteur-compositeur interprète, ou « singer-songwriter », qui est à mon sens totalement galvaudée. Aujourd’hui, tout le monde compose et a un disque à vendre. Regarde le phénomène « MySpace »… Attention, je n’entends pas par là que je suis au dessus des autres. Je veux simplement dire que, pour moi, le métier ne se résume pas à la composition ou à l’enregistrement de chansons. Un « songster » doit aussi être capable de divertir une audience, doit se montrer bon interprète… Il se place dans la lignée directe des anciens ménestrels qui étaient aussi de véritables juke-box ambulants, colportant les chansons d’un village à l’autre. Un songster connaît autant les chansons des autres que les siennes. Voilà ce que j’aime avec ce métier. Il a fallu que j’apprenne des centaines de chansons pour pouvoir chanter dans la rue, dans les bars et, par la suite, dans des salles.

As-tu le sentiment que ton écriture a beaucoup évolué au fil des ans ?

Une chose est sûre, je ne suis plus aussi prolifique qu’autrefois. Il fut un temps où j’écrivais dix chansons par semaine. Aujourd’hui, ça serait plutôt dix dans l’année… J’ai le sentiment que certaines de mes meilleures chansons sont celles de mes débuts…

Sur quoi aimes-tu écrire ?

Je ne sais pas pourquoi mais je me retrouve souvent à écrire des chansons qui ont pour vocation première de me calmer. Parfois, ce sont aussi des bouteilles à la mer. Je n’écris pas à partir d’idées. Je n’y arrive pas. L’élément déclencheur est souvent une émotion. Ce que je dis peut paraître vague, mais je laisse les mots venir à moi. En général, tout arrive d’un seul coup.

Tournes-tu beaucoup ?

Après la sortie de mon premier disque, j’ai donné environ 75 shows en un an, principalement à l’Ouest du Canada. Actuellement, je donne environ une vingtaine de spectacles par an. C’est assez peu. L’heure de la pré-retraite a peut-être sonné (rires)…

S’agira-t-il cette semaine de ta première tournée en Europe ?

Je suis allé au moins une dizaine de fois en Europe, mais jamais pour y présenter mes propres chansons. C’est très enthousiasmant ! La plupart de mes collègues musiciens jouent en Europe jusqu’à deux fois par an. Ce sera une première en ce qui me concerne.

Où te représenteras-tu, en plus de la soirée Vaches Folks prévue à Cast le 27 novembre ?

Auparavant, je jouerai dans la région parisienne, à Gennevilliers, le 26. Après les Vaches Folks, je donnerai quatre concerts en Allemagne.

Est-il vrai que tu as déjà plusieurs albums d’avance ?

Oui. J’ai accumulé beaucoup de chansons. Je pourrais facilement sortir deux albums par an si je m’écoutais. J’ai actuellement la matière pour une dizaine d’albums supplémentaires. Pourtant, je n’ai encore que trois albums à mon actif. A ce titre, je dois reconnaître que mon record n’est pas difficile à battre : c’est bien peu ! Je ne sais pas encore à quoi ressemblera mon prochain disque. Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas prêt à faire de compromis pour ce nouvel album. Je rêve d’une production léchée… J’aimerais prendre un peu de distance par rapport à la scène américaine. Pour ne rien vous cacher, j’en ai un peu marre du banjo et gens qui portent des chemises de cow-boy mais qui n’ont vraiment rien du cow-boy. J’ai envie d’entendre d’autres instruments : de l’accordéon, de la clarinette, du piano. Une instrumentation plus européenne, peut-être. Et y associer des instruments plus exotiques, comme ce triangle argentin que j’emporterai avec moi pour cette tournée. Ça donne un son gai et mélancolique à la fois. Je l’utiliserai peut-être sur mon prochain disque, pour lui donner une coloration latine, voire andine. Une autre chose que j’ai envie d’essayer un jour, c’est de chanter en français et en espagnol. Je dois être un peu malade (rires) !

Il faudra demander à Moustaki de faire un duo avec vous !

J’adorerais ça !

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Titus. Photos DR.

 

indio.jpgLe nouvel album d'Indio Saravanja, "Little Child", enregistré au printemps 2011, peut être écouté en ligne dans sa totalité ici (on peut aussi l'y télécharger pour 10 $).

 


 

 

POUR EN SAVOIR PLUS


Le site Web officiel de l'artiste.

Sa page Sonicbids.

Sa page MySpace

Sa page Facebook

03 octobre 2010

Vaches Folks : quelle soirée !

La soirée des Vaches Folks, samedi, promettait d’être l’un des must de l’automne. Les attentes n’auront pas été déçues. Les trois artistes programmés, chacun à leur façon, ont su  ouvrir des fenêtres sur leurs univers respectifs. Le public s’y est engouffré, ne boudant pas son bonheur. Encore un coup de maître des programmateurs, Roger Mauguen et Eric Bert.

 

 

Double inauguration pour Chris Pureka (lire interview ci-après), samedi. En plus de lancer à Cast sa toute première tournée européenne, il revenait aussi à l’artiste âgée de 31 ans, nouvelle révélation folk nord-américaine, d’ouvrir cette nouvelle page des Vaches Folks. Personne dans la salle ne s’y est trompé : nous n’avons sans doute pas fini d’entendre parler de Chris Pureka, dont le set tonique a révélé l’immense talent. Ses ballades intimistes et lumineuses, sa voix chaude à la tessiture si riche, sa présence sur scène, font d’elle une vraie artiste d’exception.

Sans surprise, les CD de Chris Pureka se sont d’ailleurs arrachés à l’issue du concert, à tel point qu’il en a manqué.  

Le Brestois Colin Chloé, dont la voix rappelle Bashung, a livré, dans un enthousiasme partagé, les chansons de son premier album, « Appeaux », avant de céder la place au Canadien Shannon Lyon, dont c’était le deuxième passage aux Vaches Folks. Un très beau concert, empreint de cette mélancolie qui habite parfois les compositions de Leonard Cohen.

Shannon Lyon aux Vaches Folks, samedi soir, à Cast.