02.07.2008
Marie-Luce Béland, carton de l'été au Québec
Les Québécois l'ont découverte il y a quelques mois seulement, alors qu'elle accompagnait en tournée le groupe Kain. Depuis, c'est un véritable tourbillon qui semble emporter Marie-Luce Béland, dont le premier album, "A l'Envers", fait actuellement un malheur. Le premier extrait, "Pleine Lune", caracole en tête du TOP 100 québécois depuis déjà quelques semaines.
Déjà toute petite, Marie-Luce Béland semblait avoir le don d'attirer les feux des projecteurs. A l'âge de cinq ans, elle posait en effet dans les catalogues de vêtements d'une grande chaîne canadienne et les pubs télévisées. Mais c'est la musique, qu'elle découvre par le chant choral, qui très vite prend le pas sur le reste. Egalement passionnée de théâtre et de danse, autres cordes à son arc, elle choisit de se consacrer à la musique, étudiant successivement le piano, la clarinette et le saxophone. Mais c'est sa rencontre avec Steve Veilleux, du groupe Kain, qui marque le tournant principal de sa toute jeune carrière. Enchanté de sa découverte, Steve Veilleux l'entraîne en tournée avec sa formation, la présente à sa maison de disques (les disques Passeport). Une collaboration fructueuse s'ensuit puisqu'il signe dix des onze chansons du premier album de la native de Trois-Rivières. La onzième, "Regarde-moi", écrite par Marie-Luce herself, est un bel hommage de la belle à son papa...
Versatilité prodigieuse
Produit par le très réputé Guy Tourville, "A l'Envers" est plutôt réussi pour un premier opus. Sorti à la fin de l'été 2007, il regorge de pépites estivales, à l'instar de "Pleine Lune", le titre qui ne décolle pas du sommet du Top 100 québécois depuis quelques semaines (voir la vidéo ci-dessous). Mais la tonalité du disque est résolument pop-rock. Dotée d'une voix puissante, légèrement rauque et à la versatilité prodigieuse, Marie-Luce Béland chante avec un naturel évident et une admirable désinvolture. On songe à Pauline Croze, Sarah Bettens (pour les riffs et les trémolos sur voix cassée), voire à Emeline Michel. Une fort belle découverte, vraiment. Rafraîchissante comme l'ondée tant attendue un jour d'orage.
00:15 Publié dans Pas fait pour les chiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Québec, pop québécoise, Marie-Luce Béland, A l'Envers
04.03.2008
Ray Bonneville : "La scène, mon deuxième chez-moi"
Si le talent était la seule condition du succès, nous aurions tous entendu parler de Ray Bonneville, ce bluesman d'origine canadienne qui vient de publier, il y a quelques semaines, son sixième album, "Goin' by feel". Lorsque je l'avais rencontré pour la station CINN FM, en 1994, je m'étonnais de la publication tardive de son premier album, "On the main", en 1993, alors qu'il avait déjà vingt-cinq ans de carrière derrière lui et un palmarès plus qu'enviable. Dans la veine d'un JJ Cale, Ray Bonneville continue, bon an mal an, à tracer son sillon avec une discrétion qui sied finalement plutôt bien aux bluesmen.
Titus - Ray Bonneville, ça fait plutôt drôle de parler d'un premier album lorsqu'on voit toute l'expérience que vous avez accumulée dans la chanson depuis vingt-cinq ans. Pourquoi avoir tant tardé ?
C'est une question de timing. Je voulais développer mon propre style avant de publier quoi que ce soit, et avoir suffisamment de compositions personnelles avant d'enregistrer. Pendant une vingtaine d'années, j'ai chanté du blues et du country blues mais ce n'étaient pas mes compositions à moi. Je passais mon temps à voyager et me représentais un peu partout dans le monde, mais j'étais davantage un interprète. Lorque je suis revenu au Québec, d'où j'étais originaire, je me suis mis à écrire plus sérieusement. Pour la première fois de ma vie, j'avais aussi assez d'argent pour enregistrer un disque, parce que ça n'a rien d'évident quand tu es bluesman... Et puis, en plus de mon activité de musicien, j'ai été pilote d'avion. J'ai longtemps hésité entre ces deux activités...Titus - Avant la publication de ce premier album solo, "On the main" vous aviez participé à plusieurs enregistrements. Vous avez joué entre autres sur les albums de Stephen Barry, des Bluebirds, ou encore d'Ophelia Swing Band. Vous étiez quand même un familier des studios d'enregistrement...
Quand je vivais dans le Colorado, j'étais un véritable "session musician" (requin de studio, Ndr), ces musiciens qu'on engage en raison de leur habileté à jouer d'un instrument. Moi, c'était l'harmonica. J'ai participé à un certain nombre d'enregistrements à ce titre. L'ambiance d'un studio, c'est donc quelque chose que je connaissais.
Titus - On vous compare à JJ Cale ou Eric Clapton, mais votre musique est très personnelle et vous avez vraiment créé un style qui n'appartient qu'à vous. Est-ce que vous attribuez ça aux nombreuses années passées sur la route ?
Je pense, oui. Un musicien qui débute ne peut pas avoir de style. C'est une question de maturité. Les comparaisons avec JJ Cale ou Clapton tiennent sans doute au fait que nous avons les mêmes influences, blues et country. J'aime ces gars-là mais je ne me suis jamais dit que j'allais chercher à les imiter... Je ne dis pas que mon album est un disque de blues ou de country, parce que ce n'est pas le cas. C'est un cocktail, le résultat de tout ce que j'ai entendu quand j'ai vécu en Louisiane et un peu partout. Un extrait de concert de Ray Bonneville enregistré en 2007 au Shetland festival :
Titus - J'aimerais que l'on raconte un peu votre cheminement. Vous êtes Québécois mais avez beaucoup fréquenté les Etats-Unis...
J'ai débuté au Québec. Je suis né à Hull mais j'ai passé mon enfance dans la ville de Québec. A l'âge de douze ans, mon père a obtenu du travail à Boston. Toute la famille a donc rejoint les Etats-Unis en char. J'y ai suivi mes études secondaires avant de partir au service militaire pendant deux ans. Mais j'avais déjà un band, les VIPs, dès l'âge de quinze ans. Je jouais de la guitare et on voyageait déjà pas mal. A mon retour du service, vers l'âge de vingt ans, j'ai recommencé à jouer de la musique. Je me suis établi dans le Colorado où j'ai vécu sept ans avant de partir en Alaska. Pendant toutes ces années, j'ai développé mes capacités à jouer en solo. De là, je suis allé à Seattle pendant deux ou trois ans, avant de traverser l'Atlantique. J'ai vécu à Paris en France pendant un an. J'y ai joué beaucoup et j'ai bien aimé ça. Je suis retourné par la suite à Boston avant d'aller vivre en Louisiane pendant quatre ans. J'y avais déjà joué à plusieurs reprises mais je n'y avais pas encore résidé. Après ça, il y a eu un nouveau saut à Boston avant de revenir au Québec, en l'occurrence à Montréal.Titus - Musicalement, vous êtes quelqu'un de très polyvalent : vous êtes un guitariste virtuose en plus d'être un excellent joueur d'harmonica. Comment avez-vous acquis la capacité à jouer de ces différents instruments ?
La guitare, j'ai commencé à en jouer dès l'âge de quatorze ans. L'harmonica, c'était pas avant mes vingt ans. J'avais entendu Little Walter, Howling Wolf, et ça m'avait impressionné. J'ai d'abord pratiqué les deux instruments de manière séparée, puis j'ai commencé à en jouer simultanément sur scène. J'ai jamais pris de cours : j'ai toujours travaillé à l'oreille. Mon style à la guitare, le finger picking, je l'ai emprunté à un certain nombre de musiciens, notamment Muddy Waters.
Titus - A ce propos, avez-vous côtoyé Muddy Waters ? Car c'est un nom qui apparaît à plusieurs reprises dans votre biographie...
J'ai été beaucoup influencé par Muddy Waters. J'ai aussi assuré quelques premières parties de ses shows. Je l'ai rencontré mais je ne l'ai pas réellement côtoyé. Je devais avoir 27 ans à l'époque... Il m'a dit qu'il comptait sur nous, les jeunes, pour assurer la relève et faire en sorte que le blues continue à vivre... Quelques années après sa mort, j'ai joué en première partie du Legendary Blues Band, composé de ses anciens musiciens, dans un club du Massachusetts. Ils m'ont invité sur scène; on a interprété quelques chansons ensemble, et on a bien discuté après le show. C'est souvent comme ça que ça se passe; on se retrouve dans la loge, on parle de nos influences communes...
Titus - J'ai vu aussi les noms de BB King, de Bob Scaggs, de John Hammond...
Les noms qui figurent dans mon press-book sont ceux de musiciens avec lesquels j'ai jammé où qui m'ont invité à assurer leur première partie. John Hammond et moi étions très amis. On a fait quelques virées ensemble aux Etats-Unis. C'est un très grand musicien. J'ai aussi assuré la première partie de BB King récemment à Montréal; je l'ai trouvé vraiment très sympathique.
Titus - On dit souvent que les bluesmen accordent une place particulière à la scène. Qu'est-ce que ça représente pour vous ?
La scène, c'est mon deuxième salon. Je m'y sens vraiment très à l'aise ! S'il se passe un mois sans concert, je ne me sens vraiment pas bien. C'est difficile à expliquer ! J'aime beaucoup ça !
Titus - Pouvez-vous nous parler de l'enregistrement de votre premier album, "On the main" ?
Tout s'est fait relativement vite. J'avais assez d'économies. J'ai appelé mon chum Brad Hayes, des Etats-Unis, qui est le second guitariste. A l'époque, je jouais aussi avec Stephen Barry et son batteur, John McColgan. Tout s'est mis en place naturellement. On est allé en studio et nous avons rapidement trouvé le bon feeling. C'est pour ça que la musique est aussi joyeuse ! On était comme en famille...Titus - Votre musique est aérée, jamais trop chargée. C'est un peu votre marque de fabrique, non ?
Quand j'arrive dans une nouvelle ville, je cherche toujours les meilleurs musiciens, ceux dont je partage la même philosophie musicale. Le bassiste et moi tombons d'accord sur un point : il faut laisser respirer la musique et ne pas trop multiplier les notes. C'est quelque chose que j'ai appris à la Nouvelle-Orléans. La musique, c'est aussi le silence entre les notes. En studio, on esaye de créer une ambiance, une atmosphère.
Titus - "On the main" est sorti l'an dernier, en 1993. Travaillez-vous déjà sur un autre album ?
Depuis la sortie de "On the main", j'ai écrit environ 25 chansons. On les a déjà chantées sur scène. Certaines ont été enregistrées en studio. Mais il faut que j'en retienne seulement une douzaine. Je pense que cet album sortira au printemps 1995.Titus - En écoutant votre album la première fois, j'étais loin de penser que vous étiez québécois. L'accent est vraiment américain. En tant que Québécois qui chantez en anglais, est-ce que vous avez déjà songé à chanter le blues en français ?
Dans le prochain album, il y a une chanson intitulée "That blonde of mine" qui est écrite en français et en anglais. Mais J'ai passé 27 ans aux Etats-Unis et mon niveau actuel de français ne me permet pas de restituer la palette de nuances que j'arrive à exprimer en anglais. Il faut que je t'avoue une chose : je pense aujourd'hui en anglais. Mais depuis que je suis de retour au Québec, je m'y remets et ça revient progressivement. Mais pour être satisfait d'une chanson, il faut que la langue coule, et que je réussisse à la faire couler comme l'anglais. Il y a des artistes francophones qui y parviennent...
Titus - Vous avez beaucoup vécu aux Etats-Unis. Est-ce que le français joue encore un rôle dans votre vie ?
Je me considère comme un Nord-Américain. Que je sois à Montréal ou à New York, c'est toujours moi. J'aime les gens du Québec, mais j'aime aussi les Etats-Unis. Voyager, ça permet de voir d'autres styles de vie, d'autres façons de penser. S'il fallait que je raconte les kilomètres parcourus dans ma voiture, entre New Orleans et Boston, ou Boston et Seattle, on pourrait voir défiler les poteaux de téléphone dans mes chansons.Titus - Dans l'imaginaire, je crois que ce que vous dites correspond à l'idée que les gens se font du bluesman, quelqu'un qui vit un peu en marge et sur la route...
Un musicien, qu'il soit bluesman ou pas, doit voyager. Si on restait dans la même ville, ce serait difficile d'évoluer... Il faut aller au contact de gens meilleurs que soi pour apprendre et avoir le désir d'aller plus loin.
Titus - Pourquoi avoir choisi de revenir au Québec pour enregistrer votre premier album ?
Je n'ai pas fait exprès ! J'avais un contrat en Abitibi, au Québec, en tant que pilote d'avion. Je devais piloter un Beaver, un avion de brousse, pour un pourvoyeur. J'ai amassé assez d'argent pour faire mon album en ce faisant. Et puis j'ai de la famille à Montréal : deux soeurs, mon père, ma mère... J'ai un lien très fort avec cette région. D'autre part, la concurrence est très forte aux Etats-Unis dans le domaine du blues. Je me suis dit que de me faire connaître dans un premier temps au Canada pourrait m'aider, par la suite, à percer aux Etats-Unis... Les maisons de disques américaines font attention à tout ce qui marche bien au Canada. Nous verrons bien...
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de Ray Bonneville.
Le site MySpace de l'artiste.
RAY BONNEVILLE :
COMPLEMENTS BIOGRAPHIQUES :
Depuis notre rencontre en 1994, le Canadien Ray Bonneville a continué à tracer sa route dans le monde du blues. Pas moins de cinq albums ont suivi "On the main", dont il était question lors de notre entretien. Il semble que la "stratégie" de Ray - tenter de se faire connaître au Canada dans l'espoir de finir par percer aux Etats-Unis - a bel et bien fini par porter fruit. Son album "Roll it down", sorti en 2003, a d'ailleurs été publié sur une étiquette américaine. Ray jouit aujourd'hui d'une notoriété certaine en Amérique du nord et en Europe. Le 22 janvier, son sixième album, "Goin' By Feel", a été publié chez Red House Records.
LE DOCUMENT EN PLUS
Pourquoi Ray Bonneville a-t-il enregistré son premier album au Québec, lui qui vivait depuis 27 ans aux Etats-Unis ? Voici la réponse qu'il nous a donnée en 1994, dans le cadre de l'interview que nous avions diffusée sur CINN FM :LA DISCOGRAPHIE COMPLETE DE RAY BONNEVILLE :
Goin' By Feel (2008) : à écouter en ligne, sur le site officiel de Ray.Roll It Down (2003)
Rough Luck (2000)
Gust of Wind (1999)
Solid Ground (1997)
On The Main (1993)
OU VOIR RAY BONNEVILLE CE PRINTEMPS EN EUROPE ?
Allemagne : tournée prévue du 15 au 30 avril 2008.Irlande : (avec Tim O'Brien) à Belfast le 1er mai, Dublin le 2, Kilkenny les 3 et 4 mai, Galway le 5 mai.
Royaume-Uni : plusieurs dates au programme d'une mini-tournée qui se déroulera du 9 au 20 mai.
Photos : Sandy Dyas, Jan Guchelaar et DR.
14:30 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Ray Bonneville, blues canadien, Québec, country blues
15.01.2008
Paul Baraka : un coma a fait de lui un musicien
Expérience de mort imminente. En anglais, l'expression consacrée est NDE pour "Near Death Experience". Elle décrit les hallucinations évoquées par certaines personnes ayant repris conscience à la suite d'un coma... C'est une expérience de cet ordre qui a orienté le Québécois Paul Baraka vers la musique et l'a amené à devenir compositeur. Un parcours assez extraordinaire qu'il nous avait raconté alors qu'il venait de publier son tout premier album, "Music for the imaginary", à la fin des années 90.
Depuis la sortie de son premier album, "Music for the imaginary", le compositeur établi à Boucherville (Québec) a fait bien du chemin. Réputé notamment pour ses musiques de films ou séries TV, il a déjà été en nomination aux prix Gémeaux et Gemini en 1999 et 2000 pour la musique de la série d'animation Bob Morane (diffusée en France par Canal + et France 3). Mais le talent de ce fils spirituel de Vangelis et Carl Orff ne se limite pas à ses réalisations pour la télé ou la publicité. Touche à tout d'une créativité sans borne, cet iconoclaste génial continue à bousculer les canons de la musique Nouvel Age avec des productions toujours originales et abouties. A l'époque de notre rencontre, Paul Baraka disait poursuivre un seul but : arriver à recréer les superbes musiques entendues durant son coma...
Demo du compositeur Paul Baraka
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Titus - Paul Baraka, nous allons bien sûr revenir sur ce déclic, cet instant de votre vie qui vous a inspiré une certaine métamorphose, mais j'aimerais que l'on revienne tout d'abord sur vos origines. Je crois que vous êtes né au Liban. Vous y avez vécu ?
Paul Baraka - En fait, non, je n'ai pas vécu au Liban. Je n'ai pas d'origine libanaise. Je suis né là-bas car mon père voyageait beaucoup. Mes origines sont surtout égyptiennes et grecques. J'en suis assez fier. Quand on retrace les origines, paraîtrait-il que ça remonte jusqu'à l'époque pharaonique. Qui sait, je suis peut-être la réincarnation de Toutankhamon (rires)...
Titus - Ca vous inspire, ces origines ?
Oui, c'est relativement nouveau parce que je suis en train de les redécouvrir. Je suis récemment retourné en Grèce... Les Grecs étaient de grands philosophes et les Egyptiens ont un côté mystique et spirituel. Tout cela m'influence de plus en plus.
Titus - Ces origines apparaissent en filigrane dans votre musique où de nombreuses influences de cultures diverses se côtoient. Je pense à des morceaux comme "African dream" ou "Macedonia" où l'on décèle une touche orientale, non ?
Tout à fait. Pour ce qui est de "Macedonia", ça a été inspiré par l'histoire d'Alexandre le Grand. J'avais visité l'expo sur Alexandre le Grand au palais des Civilisations. Alexandre le Grand n'était pas un destructeur; c'était un conquérant mais il ne détruisait rien. J'ai beaucoup admiré ça et j'ai essayé de le traduire en musique. Rendre compte de cette puissance qui n'était pas agressive !
Titus - Les expériences de mort imminentes fascinent toujours. Pouvez-vous nous raconter ce qui vous est arrivé ?
Mon cas est assez particulier. Je me suis trouvé plongé dans un état semi-comateux pendant un mois. Pendant tout ce temps, j'étais dans un état second et je ne me souviens absolument de rien, excepté d'une musique. C'est ce qui m'a fait changer d'orientation car, avant cette expérience, je travaillais comme informaticien dans l'administration. Lorsque je suis sorti du coma, je n'avais plus qu'un but : reproduire la musique que j'avais entendue. Je voulais aussi comprendre pourquoi je me trouvais hanté par cette musique.
Titus - Avez-vous le sentiment d'être parvenu à reproduire, dans votre premier disque, la musique que vous aviez entendue ?
Non, je dois souligner que la musique de cet album n'est pas exactement celle que j'ai entendue. Je suis encore en train de la chercher... Ce que j'ai entendu n'était pas très paisible. Rien de calme ou serein. Ce n'était pas le Requiem de Mozart. C'était plus dynamique... Mais je n'ai pas encore trouvé les mots pour décrire ce que j'ai entendu.
Titus - Avez-vous le sentiment d'avoir vécu une expérience de mort imminente ?
J'en ai pris conscience après coup... J'ai subi quelques contrecoups peu après mon coma. De mon état semi-comateux, je ne me souviens que de la musique, donc je ne peux pas en dire grand-chose. Mais certaines choses me sont revenues plus tard : le fameux tunnel notamment. je pense avoir vécu des moments très intenses mais je cherche encore la réponse. Cela m'encourage dans ma quête intellectuelle. Je crois qu'il y a quelque chose après la vie, j'en ai la conviction. J'essaye de trouver des réponses au travers des sciences pour arriver à expliquer ce qui s'est passé. A un moment donné, j'ai eu un accident en faisant du sport. Je me suis cogné la tête et cette petite commotion cérébrale a causé beaucoup de choses. La musique s'est imposée de plus en plus, notamment pendant mes rêves. Lorsque j'en parle comme ça, je dois donner l'impression d'être quelqu'un de très troublé, mais en fait, pas du tout. Je trouve ça très inspirant. Pour moi, le seul lien entre nous et l'au-delà, c'est la musique. Parce que la musique nous amène parfois à des niveaux de conscience et de vie extraordinaires. Toutes les religions l'ont bien compris.
Titus - Qu'est-ce qui avait provoqué votre coma ? Etait-ce un accident ?
Non. C'était une déprime. Ca a commencé avec une mononucléose, une extrême fatigue, et ensuite ça s'est accentué à cause d'une déprime profonde qui m'a amené à m'autodétruire, j'imagine. J'ai vraiment failli y passer...
Ecouter la réponse de Paul Baraka, dans Calypso, sur CINN FM :
Pour moi, c'est un moment de révélation puisque toute ma vie, désormais, est basée sur la musique. Cette expérience m'a tellement obsédé que je me suis présenté au Cegep Saint-Laurent pour m'inscrire à une formation musicale. Ils ont fini par m'accepter, même s'ils me faisaient remarquer que je n'avais aucun antécédent musical... Pour moi, cela n'avait aucune importance. Mon but, c'était d'arriver à reproduire ce son que j'avais entendu pendant mon coma. J'ai commencé par écouter beaucoup de musiques : du classique, du médiéval, mais aussi du très moderne...
Titus - C'est vrai qu'on décèle une foule d'influences, et notamment l'empreinte de la musique classique, dans ce que vous écrivez !
Je suis très attaché aussi au système tonal. A l'avenir, je pense que je m'attacherai à faire un lien entre la musique ethnique et la musique classique. La musique classique dégage une intensité extraordinaire mais est plutôt intellectuelle. Quant à la musique ethnique, elle est plutôt émotive. Je veux arriver à faire le lien entre les deux : pour le moment, je n'en suis encore qu'à tester différentes choses dans le but de me rapprocher du son que j'ai dans la tête...
Titus - Pourquoi, au moment où vous avez décidé de vous consacrer à la musique, vous êtes-vous dirigé vers le piano, un instrument que l'on retrouve de manière prédominante sur votre album ?
C'est un instrument complet, sur lequel on peut composer des symphonies entières. On peut rapidement mettre ses idées en pratique avec le piano. La flûte ou la guitare ne sont pas des instruments aussi complets. Il y a eu des transcriptions de la neuvième symphonie de Beethoven au piano et le résultat est fantastique. Cela n'aurait pu être fait sur aucun autre instrument.
Titus - Ca paraît tout de même extraordinaire car seulement deux ans après votre admission à ce programme de musique au Cegep Saint-Laurent, vous remportiez déjà le prix d'expression musicale du Cegep et vous avez aussi commencé à représenter l'établissement en compétition provinciale. Est-ce vrai que vous n'aviez jamais étudié la musique avant ça ?
Jamais sérieusement. Disons qu'à l'école, un peu comme tout le monde, j'avais fait un minimum de flûte et j'avais reçu quelques cours d'initiation. Mais je n'avais jamais imaginé devenir un jour musicien.
Titus - J'ai parlé tout à l'heure de métamorphose. Le mot n'était pas trop fort... Ca paraît incroyable de faire le chemin que vous avez parcouru en seulement deux ans !
Oui, je crois que je peux être fier de ça. Quand j'ai poursuivi mes études à l'université, mes professeurs ne me croyaient pas quand je leur disais que je n'avais que deux ans de pratique. J'ai du mal à me l'expliquer encore aujourd'hui, mais je suis persuadé que tout ça partait d'une volonté tellement forte... Je crois qu'on peut tous faire des choses extraordinaires si on s'en donne vraiment la peine...
Titus - Après le Cegep, vous avez poursuivi vos études à l'université de Montréal, où vous avez approfondi vos connaissances dans la musique de synthèse...
Au départ, j'ai été admis à l'université de Montréal en formation de piano classique. Mais cela ne me plaisait pas. J'ai réalisé que je ne pouvais pas évoluer dans un système aussi conformiste. C'était très strict : on faisait du classique, de l'électro-acoustique, du jazz, mais on ne faisait pas de tout. Et moi, je ne pouvais pas m'arrêter à un style et devenir un simple interprète. Et la composition était trop stricte. Il leur fallait toujours réinventer le monde et ce n'était pas mon but. Je ne dis pas que l'Académie est mauvaise, loin de là. Simplement que ça ne me convenait pas à l'époque. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir envie d'y retourner pour approfondir mes connaissances en orchestration.
Titus - Vous avez déjà beaucoup écrit pour le cinéma, notamment pour des courts métrages. Vous avez aussi écrit de la musique pour des vidéos promotionnelles ou publicitaires. J'ai relevé aussi que vous aviez écrit de la musique de ballet pour la chorégraphe Iro Tembeck, en plus de compos speed metal contemporain, et d'autres dans le style pop dance... C'est tout de même très éclectique comme approche...
Je crois que toute musique a sa valeur. Il faut juste savoir l'écouter en tenant compte du contexte dans lequel elle a été émise. J'ai voulu expérimenter, et je compte bien continuer dans cette veine à l'avenir. Il va y avoir des albums plus chantés de ma part et des albums dans ce style. J'aime tous les styles. Ma collection va du Nirvana à du Ligeti.
Titus - Votre album s'intitule "Music for the imaginary", c'est à dire "musique pour l'imaginaire". Est-ce qu'à votre avis, il se rapproche davantage de la musique que vous avez toujours cherché à recréer depuis votre coma ? Sur une échelle de 0 à 10, vous estimez en être où ?
Au niveau un seulement. Je pense en être véritablement à la première étape de l'accomplissement. Je crois toucher ici à la première étape qui est l'imaginaire. Pour moi, c'est là où l'inspiration commence. N'importe qui a cette habileté. Cet album veut être une forme de stimulation, avec des compositions propices à l'évasion.
Titus - J'ai écouté l'album en songeant à votre expérience. Les premiers morceaux m'ont fait penser au passage dans l'au-delà, une étape après laquelle on semble émerger dans un univers plus serein, que vous exprimez d'ailleurs par le piano, et puis la dernière partie de l'album semble représenter un retour à la conscience après l'éther...
C'est exactement ça. C'est aussi à l'image de l'aventure de la vie. Quand on est jeune, on croit à tout. On est prêt à tout absorber, et puis on revient un peu sur terre. On voit tout ce qui est beau. Vers la fin de l'album, qui est plus intense, j'ai voulu donner l'impression de choc pour symboliser la société, ce qu'elle devrait être et ce qu'elle n'est pas. On le sait tous, dans le fond. C'est l'aventure humaine. J'ai toujours eu envie de savoir ce que l'homme fait sur terre. C'est la question que tout le monde se pose. Depuis que j'ai l'âge de lire, je me suis toujours intéressé à la question. Les mouvements quantiques, la théorie du chaos, la genèse, tout cela m'influence dans la composition et c'est là que je suis aller piocher mes thèmes.
Titus - Ce questionnement, on le retrouve à l'écoute de votre album. Le piano sert aussi à distiller les souvenirs et les rêves...
Ecouter la réponse de Paul Baraka, dans Calypso, sur CINN FM :
C'est vrai que c'est un instrument, en tout cas pour cet album, de douceur. Il était le symbole du romantisme, l'époque pianistique que je préfère. J'ai souhaité l'utiliser de manière minimaliste : créer l'émotion avec un minimum de notes. Je trouvais ça fantastique. J'ai passé le stade des hyper virtuoses où il fallait faire le plus de montées et de descentes d'octaves. Je n'ai pas voulu un album de virtuosité mais plutôt un album de simplicité. Et le piano représente la simplicité...
Titus - Et on observe le contraste avec des pièces plus torturées, à l'image d'"Orpheus", une pièce d'une puissance remarquable qui m'a fait penser au "Carmina Burana" de Carl Orff...
On a trop associé "Carmina Burana" au côté noir, satanique presque. Mais le côté noir est en chacun de nous... Cette pièce, pour moi, représente une révolte, puissante mais juste. A mon sens, on pourrait dire la même chose au sujet de "Carmina Burana". C'est une libération. Ce n'est pas aussi noir qu'on le dit parfois...
Titus - Pour ma part, je n'ai pas trouvé ce morceau lugubre. Plutôt dynamisant, en fait, à l'image d'une reprise de conscience, de la nécessité de faire face à la réalité...
C'est basé sur le mythe d'Orphée. C'est pour ça que je l'ai appelé Orpheus. L'inspiration du plus grand chanteur de tous les temps était Orphée. Quand elle est morte, il a perdu sa voix, et il est allé la chercher parmi les morts. On lui a dit toutefois que jamais il ne faudrait qu'il la regarde et que jamais il ne devrait douter. Au milieu de sa montée des enfers, il l'a cependant regardée et a perdu l'inspiration. Ma composition est basée sur ce thème : c'est quelqu'un qui découvre le passage d'Orphée et tout ce côté extraordinairement noir mais créatif. La morale de l'histoire, c'est sans doute qu'il ne faut pas chercher à savoir d'où vient l'inspiration. Il faut juste l'accepter. "Orpheus" est sans doute, sur l'album, ce qui se rapproche le plus de ce que j'ai entendu durant mon coma.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site MySpace de l'artiste : Paul Baraka.
Le site officiel du compositeur.
LA DISCOGRAPHIE DE PAUL BARAKA :
"Music for the imaginary" (1998 - réédition en 2007)
"Elyxium" (fin 2007)
"Biofear" (fin 2007) : spectacle conçu et réalisé par Paul Baraka.
BO du documentaire "Le chemin des étoiles" de Jean-Claude Marin (2006), sur les pèlerinages à Compostelle.
14:05 Publié dans Rencontres Nouvel Age | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Paul Baraka, Near Death experience, coma, expérience de mort imminente, musique New Age, Nouvel Age, Québec
28.12.2007
Sylvie Paquette : "J'aime les musiques inspirées"
Tout à la fois intense et fragile, la trop discrète Sylvie Paquette poursuit, depuis 1993, un cheminement d'une grande cohérence artistique. A l'époque où nous l'avons rencontrée, l'auteur-compositeur-interprète québécoise venait de publier son premier album, Soul'Propos. Deux autres ont suivi, toujours dans la même veine folk-rock, notamment Oser, en 1997, qui lui a valu le prix Félix-Leclerc de la chanson aux Francofolies de Montréal. Autre jalon, son passage sur la grande scène des Francofolies de La Rochelle, entre Rachid Taha et Louise Attaque, "l'un de mes plus beaux souvenirs de musicienne"... Alors que vient de sortir son quatrième album (pour lequel elle s'est notamment entourée de Daniel Bélanger), nous vous proposons un retour sur notre rencontre avec Sylvie Paquette en 1993, interview qui laissait déjà entrevoir une personnalité fort singulière.
Titus - Sylvie, il y a beaucoup de choses à dire sur ton cheminement. Ton premier album, "Soul'Propos", est sorti au mois de mars (1993, ndr), mais on est frappé par sa maturité. Est-ce vrai qu'il y a eu dix ans de travail avant de publier ce premier disque ?
Titus - La critique dans son ensemble a salué la sortie de ce premier album. La qualité des textes, des compositions, le jeu de guitare...
Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :
Oui, je ne me considère pas comme une technicienne de la musique. Mais ce que j'ai développé avec les années, c'est un style personnel à la guitare, et dans ma façon d'écrire. C'est sûr que quand j'ai lu ces critiques, j'étais ravie. Je pense que mon style s'est développé grâce à l'expérience...
Titus - Y-a-t-il eu des rencontres marquantes au fil des ans ?
Titus - Ca vaut la peine d'attendre, parfois...
Oui, ça vaut la peine d'attendre... Par contre, si c'était à refaire, je ne sais pas si j'en aurais le courage parce qu'il y a eu des moments difficiles, avec de grandes remises en question périodiques. Je commençais à m'essouffler de me représenter exclusivement dans les bars. L'effort n'aura pas été vain en fin de compte...
Titus - Dans cet album, on entend du rock du blues, du rhythm'n blues, du reggae même. Quelles ont été tes influences ?
Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :
Titus - On parle d'influences, mais ton album m'impressionne en fait par son caractère singulier. On sent une empreinte personnelle très forte.
Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :






































