22.01.2008

Maurice Henrie : "Je prends un malin plaisir à taquiner mes lecteurs"

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Je me suis d'abord demandé d'où elle pouvait bien venir et comment elle était arrivée là, cette petite culotte rose très pâle. Accrochée à un coton de blé d'Inde qui sortait de terre, elle brillait faiblement au soleil et frissonnait dans l'air du printemps. Quand le vent s'enflait un peu, elle s'élevait légèrement au-dessus du sol et flottait librement, pleine d'ondulations et de chatoiements, comme le ferait la soie d'un drapeau national. Au milieu du champ débarrassé de ses neiges depuis quelques jours seulement, du champ tout noir parsemé des cotons jaunes de la récolte de l'automne dernier, la culotte rose tranchait vivement. Elle dérangeait tout autant que si elle s'était accrochée, portée par les bourrasques de fin mars, à la fine pointe du clocher de l'église, qu'on apercevait tout près entre les arbres".

"Oksana", de Maurice Henrie, dans son recueil de nouvelles "La Savoyane", Editions Prise de Parole, Ontario (1996).

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572bd492feb18cd58e2d6e12347d38ce.gifL'écrivain franco-ontarien Maurice Henrie, qui a fait carrière dans l'enseignement universitaire, puis à la haute fonction publique fédérale canadienne, a publié son premier recueil de nouvelles, "La Chambre à mourir", en 1988. Un livre qui a été accueilli avec enthousiasme par le public et la critique. Nous l'avions rencontré, pour l'émission Calypso, sur CINN FM, alors qu'il venait tout juste de publier son recueil de nouvelles "La Savoyane". Le hasard a bien fait les choses; Maurice Henrie avait, quelques semaines plus tôt, reçu le Prix littéraire ontarien Trillium (qui se décline en anglais et en français) pour son magnifique roman "Le balcon dans le ciel".


Titus - Maurice Henrie, vous venez de publier "La Savoyane", aux éditions Prise de parole (Sudbury, Ontario). J'aimerais d'abord souligner que vous êtes, depuis peu, le récipiendaire du Prix Trillium 1995 pour votre roman "Le balcon dans le ciel", un ouvrage qui vous a aussi valu le prix du salon du livre de Toronto. Comment avez-vous réagi ?

3750859c47f449e5aec0c51c16653ba3.jpgMaurice Henrie - La première réaction, bien sûr, c'est la surprise. Comme mon livre avait déjà reçu le prix du salon du livre de Toronto, tout le monde me disait qu'il ne fallait pas que je m'attende à en obtenir un autre... Au niveau des jurys, on dirait qu'il se produit un phénomène d'équilibre qui fait que lorsqu'on a un prix, il est généralement difficile d'en recevoir un deuxième. Cependant, tout ça n'a pas fonctionné dans mon cas puisque, quelques semaines plus tard, on m'a accordé le Prix Trillium, qui est encore plus prestigieux, comme vous le savez. C'est donc un double plaisir. J'étais vraiment très content.

Titus - Votre dernier livre, "La Savoyane", semble reevoir aussi un bon accueil de la part de la critique. Il s'agit d'un recueil d'une quinzaine de nouvelles qui viennent, si on peut dire, démonter certains clichés sur la monotonie de la vie à la campagne. Ce sont des portraits de gens somme toute ordinaires, mais qui forment une collection de vignettes savoureuses. La plupart des personnages illustrés dans ces nouvelles n'hésitent pas à transgresser les tabous de notre société, mais vous arrivez à nous dépeindre ces hommes et femmes sans porter de jugement.

Maurice Henrie - Je ne suis pas très moraliste et n'éprouve pas le besoin de bénir ou de condamner mes personnages. Je les laisse faire, surtout par exemple à la fin de cette nouvelle qui s'appelle "Bandé paré" : les gens m'ont reproché de ne pas avoir de conclusion dans cette nouvelle-là. Mais c'est parce que je ne veux pas condamner mon personnage. Alors je le laisse et il continue à vivre et à faire ses mauvais coups...

Titus - Et malgré les actes parfois odieux de ces individus, on dirait que vous les aimez, malgré tout, un peu à l'image de François Mauriac qui a toujours eu en horreur le roman apologétique.

Maurice Henrie - C'est une très bonne comparaison, effectivement. Moi non plus, je ne veux absolument pas jouer au Dieu ou au juge en chef et distribuer des claques à gauche et des gifles à droite. Je laisse les choses aller comme elles sont... Et puis, on ne fait pas de la littérature avec des bons sentiments.

Titus - Derrière ces histoires extrêmement divertissantes qui n'ont pas forcément de lien entre elles, on sent qu'il y a quand même une sorte de fil conducteur, non ?

658ce5e998734c9c0b6fd56acd8892eb.jpgMaurice Henrie - C'est exact. Il y en avait déjà un, encore plus évident, dans mon tout premier recueil de nouvelles, "La chambre à mourir". Dans ce cas-ci, dans "La Savoyane", c'est plus subtil, mais c'est encore là. Dans ce livre-ci, j'avais pris la gageure de faire des nouvelles qui seraient un peu plus osées, un peu plus choquantes. Je dois vous avouer que je prends un plaisir un peu malin à taquiner le lecteur, à le choquer. Dans la nouvelle qui s'appelle "La Savoyane", la fin est plutôt imprévue. Ca fait sursauter le lecteur et moi, ça m'amuse (rires).

Titus - On sent effectivement une grande délectation à conter. Et j'aime en particulier la façon dont vos nouvelles sont construites, notamment dans le cas d'Oksana, en partant d'une petite culotte qu'on voit flotter, accrochée à un coton de blé d'Inde. A partir de là, on arrive à un récit vraiment incroyable !

Maurice Henrie - Quand j'ai écrit cette nouvelle, j'étais dans la région où je demeure, l'Est ontarien. Il y a un village qui s'appelle Saint-Albert et qui est connu pour ses fromages. Un jour - on était très tôt au printemps - j'étais allé à Saint-Albert chercher des fromages, et je revenais à travers la campagne quand j'ai vu ce que vous savez, sur un coton de maïs ou de blé d'Inde, dans un champ qui avait été fauché l'année précédente. J'ai vu quelque chose qui flottait au vent. Au début, j'ai pensé à une guenille de quelque sorte. Et dans mon imagination, ça a fait feu. Je me suis dit que ce n'était pas une guenille mais une petite culotte. J'ai changé la couleur ; de blanche, elle est devenue rose. Et ensuite toute l'histoire s'est construite à partir de cette petite étincelle... Des fois, c'est un petit rien qui déclenche quelque chose chez un auteur. C'est la même chose qui est arrivée pour une autre nouvelle, "Mon homme". Vous avez une petite phrase anglaise de la chanteuse Sheryl Crow, "Are you strong enough to be my man ?" (es-tu assez fort pour être mon homme ?", ndr), dit-elle dans sa chanson. Ca m'avait frappé, ce bout de phrase-là, et ça m'a rappelé aussi des événements que j'ai connus il y a quelques années. Une sorte de drame familial. J'ai profité de cette étincelle qui m'était donnée gratuitement par Sheryl Crow et j'ai construit cette nouvelle à partir de sa phrase, tout en me reportant à ces souvenirs d'autrefois, où un homme avait été mis en boîte par sa femme parce qu'il était devenu, avec le temps, un peu faible...

Titus - Réginald Martel a dit de vous que vous étiez peut-être un philosophe qui ne l'avoue pas, et c'est vrai qu'il y a beaucoup de réflexions dans ce livre. Une philosophie apparaît en filigrane.

5091842f370a961376081af07e40af7b.jpg Maurice Henrie - Il y en a certainement une, mais je ne veux pas faire de la philosophie publiquement ou de manière formelle. Cela n'est pas étonnant, cependant, du fait que j'ai fait de longues études justement en philosophie. Ca m'est resté, cette manière de voir les choses. Dans cet autre livre qui a reçu le Trillium, "Le Balcon dans le ciel", c'est cousu d'allusions philosophiques. Par exemple, la manière d'apercevoir l'amitié ou l'amour. Comment cela débouche sur la trahison. Et puis à la fin du livre, cette explosion du personnage devant la vie qui le déçoit, et cet écran vide qu'il contemple tout au long du roman et dans lequel il espère voir quelque chose, et dans lequel il ne voit finalement rien. J'essaie de laisser, par ces moyens, des impressions dans l'esprit du lecteur.

Titus - Dans la nouvelle "Ce qui s'en va" , c'est un peu l'auteur qui porte son regard sur la vie, non ?

Maurice Henrie - Tout à fait. Vous avez bien deviné. C'est bien moi, ce bonhomme qui réfléchit sur la vie et qui se dit tout à coup : "J'ai eu ma part; j'ai fait ce que j'ai pu et puis maintenant, je m'écarte et je laisse passer les autres".

Titus - Comment avez-vous bâti ce livre ? Ca a représenté un travail sur plusieurs mois, des années ?

Maurice Henrie - Je vais vous dire quelque chose d'un peu curieux. Vous savez, "Le Balcon dans le ciel", qui est l'avant-dernier de mes livres et qui a reçu le Prix Trillium. Cet ouvrage est un roman mais, à l'origine, ce devait être une nouvelle qui devait faire partie d'un livre qui, déjà, dans mon esprit, s'appelait "La Savoyane". Mais quand j'ai écrit "Le Balcon...", tout à coup, cette idée a pris du volume, du souffle, de l'ampleur. Et j'ai finalement décidé de le retirer de "La Savoyane" et d'en faire un roman. Pendant que j'écrivais "Le Balcon", "la Savoyane" a dû attendre. Le chantier est resté en panne pendant six-huit mois. Et une fois débarrassé du "Balcon", je me suis remis à "La Savoyane", et j'ai encore ajouté quelques contes. L'organisation du recueil ne s'est pas faite par hasard. Il y a une certaine continuité, une certaine filiation d'un conte à l'autre. Ce ne sont pas des petites histoires à l'eau de rose parce qu'à la fin, on reste avec quelque chose... Parfois, on est surpris ou choqué... Mais les gens se mettent à réfléchir, et ça j'aime bien.

Titus - Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la littérature franco-ontarienne dont vous êtes l'un des piliers ?

24596a15b80662d64cf3b101667017a2.jpgMaurice Henrie - Il y a deux ou trois ans, certains professeurs d'université sont venus me voir pour me demander si la littérature franco-ontarienne existait. A cette époque, j'étais extrêmement réservé, pour ne pas dire sceptique. J'ai répondu : "Peut-être, dans la mesure où il s'agit d'un phénomène littéraire qui s'inscrit dans le sillage du Québec, bla bla". Aujourd'hui, j'ai changé complètement d'avis. Je crois maintenant que la littérature franco-ontarienne commence à se tenir debout toute seule. Il n'y a pas que moi : vous connaissez de très bons écrivains en Ontario français. Nous avons d'excellents auteurs et nous publions des livres abondants chaque année. Il n'y a pas de rivalité entre les auteurs de chez nous. Au contraire, on s'appuie tous les uns sur les autres et on est en train de former une sorte de petit patrimoine littéraire. C'est un grand mot, peut-être. Disons une sorte de fonds littéraire qui non seulement va subsister mais va aussi se distinguer nettement du reste de la littérature canadienne. Il porte la marque de l'Ontario. D'ailleurs, les Québécois le sentent. Quand ils parlent d'un de mes livres à Montréal (j'y vais demain, d'ailleurs, pour y donner une suite d'entrevues), ils parlent toujours de moi comme d'un Franco-Ontarien. A leurs yeux aussi, je suis différent d'eux, et ça, ça me plaît !

Titus - Vous êtes donc plutôt optimiste quant à l'avenir de cette littérature minoritaire ?

Maurice Henrie - Oui, je pense que d'autres gens vont prendre la relève. Je ne veux pas nier le fait que l'assimilation existe. Je ne veux pas aborder cette question-là parce que ça me désole, mais je pense qu'il existe une relève suffisante en Ontario pour assurer l'avenir dans le domaine littéraire. Et j'encourage fortement les jeunes à écrire ! Le succès est possible. Ce n'est peut-être pas un succès de librairie du genre Gallimard, mais ce peut être un succès relatif, qui est très satisfaisant pour celui qui écrit !


POUR EN SAVOIR PLUS OU COMMANDER LES LIVRES DE MAURICE HENRIE :

Editions Prise de Parole, Sudbury, Ontario, Canada

24.07.2007

La grande visite !

Un week-end mémorable ! Déjà six ans que nous ne les avions vus... Simon et Linda sont repartis au Québec après trois (trop courtes) journées en Bretagne, qui concluaient un voyage de dix jours en Europe... L'occasion de reparler des années passées à Hearst (en Ontario, au Canada), et de la station de radio CINN FM, où nous avons évolué de concert pendant cinq ans !



Simon est arrivé les mains pleines. Quelques jours avant son départ du Canada, il était parvenu à voir Gaétane, la directrice de CINN FM, qui lui a remis à notre attention moult petits souvenirs de la station (tee-shirts, coupe-papier, pense-bête, portefeuille et même des alcootests, tous à l'effigie de la petite station qui monte, qui monte..., et qui s'apprête à célébrer, en 2008, son vingtième anniversaire !).
La grande nouvelle, colportée par Simon, est qu'il est désormais possible d'écouter en direct les émissions de CINN FM aux quatre coins de l'univers. Il ne faut donc pas s'en priver : c'est ici que ça se passe !

Chasseur d'interviews
Simon ne travaille plus aujourd'hui à CINN FM. Il est à présent établi à Montréal où il est programmateur musical d'un important réseau de radios. Mais je ne peux m'empêcher de le revoir à mon arrivée à CINN FM, en 1992. Il avait à peine 18 ans à l'époque, et c'est lui qui m'avait accueilli à la station, me faisant faire un premier tour des studios et m'initiant aux outils techniques propres à CINN FM. Par la suite, Simon est devenu directeur musical de CINN FM, et grâce aux nombreux contacts qu'il avait noués dans l'industrie du disque, je lui dois (ainsi qu'à plusieurs autres directeurs musicaux de la station, au fil des ans) de m'avoir obtenu une bonne partie des interviews que j'ai eu le plaisir de retranscrire sur ce blog depuis un an !

Depuis cette époque, un lien d'amitié continue à relier tous ceux qui, à un moment ou un autre, ont participé à l'aventure de CINN FM. Une bonne partie des animateurs, journalistes qui ont officié à cette antenne sont aujourd'hui disséminés à travers le Canada et au-delà : certains travaillent toujours en radio ou dans la presse; d'autres ont élargi leurs horizons. Mais c'est toujours avec bonheur qu'on se retrouve pour évoquer le bon temps (comme ces valeureux radiothons où nous restions 24 heures sans arrêt à l'antenne pour récolter des fonds pour la station !).

Passage remarqué
aux Vieilles Charrues

Puisque Simon et Linda (qui travaillait quant à elle, jusqu'à récemment, comme agent de promotion d'artistes au Québec) sont tous deux férus de musique, et comme leur séjour chez nous coïncidait avec le week-end des Vieilles Charrues, nous les avons invités, vendredi, à Carhaix, à assister, entre autres gâteries, à la prestation très attendue des Montréalais Arcade Fire (lire note précédente), que Simon avait déjà eu la chance de voir lors d'une prestation unique dans une petite église de 300 places, par moins 25 degrés celsius.

Le passage de Simon et Linda aux Vieilles Charrues n'est pas passé inaperçu. A tous moments, ils se faisaient bombarder de questions par les festivaliers visiblement ravis de croiser des Canadiens. Nombre d'entre eux, fans du site humoristique québécois des Têtes à claques, avaient préparé une liste de questions, style "c'est quoi des pop tarts ?" (en lien avec le sketch "Halloween"). Eh bien, la réponse, la voici la voilà : les pop tarts, ce sont de petites tartelettes aux fruits commercialisées en Amérique du nord.

Nos amis, qui à défaut de "pop tarts", ont découvert les crêpes bretonnes fourrées Whaou, de fabrication landernéenne, se sont promis d'en faciliter l'importation au Québec. On s'en promet tout une, n'est-ce pas, Simon ?

30.04.2007

Shannon Lyon : "Je me laisse guider par l'instinct"

medium_European_tour_poster.jpgLes concerts folk-rock ne sont pas légion à la pointe bretonne. Le petit festival qui monte, les Vaches folk, en a fait son créneau. Après nous avoir fait découvrir Rachelle van Zanten en 2006, c'est un autre Canadien, Shannon Lyon, qui sera l'hôte de la salle polyvalente de Cast (près de Châteaulin), le samedi 19 mai. Shannon Lyon, qui a creusé son sillon au sein de la formation rock Strange Days de 1989 à 1993, poursuit une carrière solo fertile depuis 1994. Pas moins de neuf albums ont jalonné ces treize dernières années, le dernier en date, "Safe Inside", faisant l'objet d'une tournée européenne ce printemps. Cast sera la seule (et la première) date en France de Shannon Lyon. Avant d'entamer son European Tour, le songwriter ontarien a bien voulu répondre à nos questions.



Titus - Shannon, pourrais-tu nous parler un peu de tes origines ?

medium_farmphoto.jpgShannon Lyon - J'ai été élevé dans le sud de l'Ontario, près de Kitchener. J'habitais à la campagne, au bord d'un chemin non bitumé. Je me souviens qu'à l'âge de trois ans, j'écoutais déjà le vieux Stompin' Tom sur un tourne-disque Mickey Mouse.

Titus - La musique était omniprésente à la maison ?

Tout à fait. Ma maman était une grande fan d'Elvis. Je me rappelle d'ailleurs que je portais des tee-shirts à l'effigie d'Elvis jusqu'en sixième ou cinquième.

Titus - Te souviens-tu du jour où tu as mis la main la première fois sur un instrument de musique ?

Absolument. J'étais en colonie de vacances. Je devais avoir 12 ans à l'époque. J'ai commencé à chanter "Bee Bob a loo la" en courant autour du camp. C'est à ce moment-là que j'ai su que je voulais devenir chanteur. Ce fut ma première expérience "cathartique" avec la chanson. Un intense sentiment de libération... C'est aussi au cours de ce même été qu'un animateur de colo m'a donné l'opportunité de jouer sur une guitare acoustique pour la toute première fois. Je suis sorti de cette expérience particulièrement inspiré !

Titus - Après cette première expérience, comment as-tu appris à jouer véritablement ?

medium_shannonlyon.jpgA force de jouer et pratiquer avec des amis. Mon père a aussi contribué à sa mesure : il m'a enseigné les trois accords qu'il connaissait. Bien qu'il était gaucher, il arrivait tant bien que mal à jouer à l'envers sur une guitare de droitier.

Titus - As-tu commencé à jouer au sein d'un groupe quand tu étais jeune ?

J'ai lancé mon premier duo au milieu des années 1980. Le duo s'est finalement transformé en une formation de cinq musiciens que nous avons baptisée "Strange Days". Nous avons tourné d'un bout à l'autre de notre bon vieux pays pendant plusieurs années. C'est à ce moment que nous sommes devenus amis avec les Blue Rodeo (autre groupe canadien bien connu, ndr). Nous avons effectué des tournées avec de très nombreuses formations à l'époque, The Tea Party, Bruce Cockburn et même les Troggs.

Pour se faire une idée de Shannon Lyon à l'époque de la formation rock Strange Days, en 1992, voici la chanson "Gettin' kicked" :


Titus - Depuis quand composes-tu tes propres chansons ?

medium_doublesly.jpgDéjà tout jeune, j'écrivais de la poésie et des nouvelles. L'achat de ma première guitare a été un formidable catalyseur. Arriver à combiner mélodies et paroles, c'est quelque chose d'assez puissant ! J'ai commencé à écrire mes propres chansons presque immédiatement. Elles n'étaient pas forcément très réussies au début, mais il fallait bien commencer d'une manière ou d'une autre ! Ca m'a bien pris deux ans avant de produire quelque chose d'audible !

Titus - Quels chanteurs écoutais-tu quand tu étais plus jeune ? Et quels sont ceux qui ont compté dans ton parcours personnel ?

Neil Young est sans conteste celui qui m'a le plus marqué. J'étais complètement accro à sa musique au moment-même où j'apprenais à jouer de la guitare et commençais à composer mes propres morceaux. Il fut donc plus qu'une influence... D'autant que le personnage aussi m'impressionnait : sa candeur, une intégrité à fendre le coeur. J'ai su d'emblée que mes pas devaient s'inscrire dans les siens.

Titus - Qu'est-ce qui a fait qu'un jour, l'idée de faire carrière dans la musique s'est imposée à toi ?

medium_arnhem1_bonne_resolution_.jpgCa n'est pas venu d'un seul coup ! En fait, deux ou trois événements dans ma vie ont sérieusement compliqué les choses. J'éprouvais quelques difficultés à trouver ma place au milieu de ce que je vivais. C'est difficile de trouver les mots pour décrire certaines expériences-pivot que j'ai vécues à l'époque. Tout cela m'a obligé à faire table rase du passé. L'occasion d'un nouveau départ; un tournant décisif qui a trouvé son expression dans l'écriture.

Titus - Ton album "Summer Blonde", sorti en 2000, fut le premier de tes albums à être distribué à l'échelle du Canada et reçut à l'époque un accueil très enthousiaste des critiques.

Le succès de "Summer Blonde" m'a ouvert quelques portes. On m'a notamment proposé un certain nombre de premières parties de Blue Rodeo en 2000. On se retrouvait ainsi chaque soir devant des audiences de plus d'un millier de spectateurs. Une époque passionnante. Le public n'a cessé de grandir jusqu'à mon départ pour la Hollande en 2001.

Titus - Pourquoi avoir choisi de partir en Hollande ?

C'est le compositeur Rob Lamothe qui m'a présenté à ses agents hollandais. Cela faisait un moment qu'il me faisait de la pub aux Pays-Bas. Ca s'est concrétisé par la mise sur pied d'une tournée de quatre semaines en Hollande. J'avais pris un aller simple pour Amsterdam. J'y suis finalement resté deux ans...

Titus - Aujourd'hui, où vis-tu ?

Je réside actuellement au Canada, mais ça va sans doute encore changer cet été. Je cherche un nouveau domicile, si possible près de la mer et sous le soleil... Ca me changerait des six mois de neige et glace canadiens. J'ai entendu dire que le sud de la France était assez chouette. J'en profite pour lancer un appel : si quelqu'un a une petite villa à louer en bord de mer, contactez Titus qui transmettra...

Un extrait du dernier album de Shannon Lyon, "Safe Inside", la chanson "I believe in you" :


Titus - Ton album "Safe Inside" débute par une chanson intitulée "Marie" dans laquelle tu racontes une rencontre survenue à Dresde, en Allemagne...

medium_gretschn.jpgC'est la seule chose que je sais faire : parler de moi et des choses qui m'arrivent. J'ai rencontré cette fille, Marie, à Dresde, pendant l'intermède à l'un de mes concerts. On avait un peu trop bu cette nuit-là et, à la fin du spectacle, nous avons eu quelques difficultés à trouver ensemble la sortie de la salle. Je ne l'ai jamais revue depuis...

Titus - Tes albums "Wandered" et "Safe Inside" ont tous deux été enregistrés aux Pays-Bas. Quelle en est la raison ?

Dans le cas de "Wandered", c'est tout simplement parce que je vivais en Hollande à l'époque. J'avais rencontré plusieurs musiciens et producteurs vraiment cool dans le sud des Pays-Bas. C'est là que nous avons décidé d'enregistrer l'album. Nous avons emménagé dans un vieux corps de ferme datant du XVI siècle pour deux semaines. Ce fut une période très intense : on a "bouffé" de cet album 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Ca s'est tellement bien passé que j'ai engagé la même équipe pour "Safe Inside". Ce dernier album a été coproduit par moi et BJ Baartmans.

Titus - C'est l'album "Wandered" qui t'a permis de signer avec la fameuse étiquette V2 Records, lancée par Branson...

medium_shannon_3.jpgV2 m'avait à l'oeil depuis un certain temps déjà. Je vivais toujours en Europe à l'époque mais j'étais retourné en Amérique pour des concerts à New York et Toronto. Ils m'ont fait une offre à l'issue de ces shows.

Titus - Quand ton album "Dharma" est sorti en 2002, tu as effectué une tournée de neuf mois en Hollande, Allemagne et Belgique. Comment expliques-tu cet intérêt des publics hollandais et allemand notamment ?

Il existe un vaste public en Europe pour la musique "roots", et notamment en Hollande et en Allemagne. Et vous êtes aussi tellement plus nombreux en Europe, surtout si l'on fait la comparaison avec le Canada, qui est un grand pays peu peuplé...

Titus - Il faut avoir le voyage dans la peau pour effectuer d'aussi longues tournées, non ?

Heureusement que j'aime voyager, en effet ! Même si c'est quand même fatigant à la longue. En fin de tournée, je suis complètement crevé. J'aime aussi le temps passé dans mon propre studio à travailler de nouveaux morceaux. Je fais un peu des deux ; ça rend la vie intéressante... Et ce n'est pas tout, puisque je trouve aussi le temps de produire des chanteurs canadiens, comme Barry Payne, Phil McTaggart ou David Fougère. Avec mon associé, Chris Giesbrecht, nous produisons des albums depuis plus de trois ans !

medium_cd_safeinsidesmall.jpgTitus - Combien de temps a-t-il fallu pour enregistrer "Safe Inside" ?

Ca n'a pas pris tellement de temps : l'enregistrement des pistes a été réalisé en trois jours. Une session plutôt rapide ! Je suis ensuite retourné au Canada et nous nous sommes échangé les fichiers par Internet pour compléter le mixage. C'est comme ça que nous avons travaillé !

Titus - Majolein van der Klawn apparaît dans les choeurs sur "Safe Inside". Vos voix s'accordent magnifiquement.

Elle a une très belle voix, mais nous n'avons jamais encore chanté ensemble sur une scène. Pas comme avec Ellen ten Damme, qui faisait les choeurs sur "Wandered", et avec qui j'ai chanté "live" plus d'une fois.

Titus - Pourrais-tu nous dire quelques mots sur l'un des titres phare de ton dernier album, la chanson "Hallelujiah"...

medium_Euro_20Tour_203.jpgA l'époque, je lisais et étudiais le philosophe indien Krisnamurti. C'est à ce moment que cette chanson m'est venue. Elle porte l'idée, qui émane de la pensée bouddhiste, que chacun peut être sa propre lumière. Je n'ai aucune croyance particulière en ce qui me concerne, et comme le mot "Hallelujah" est emprunté à la Bible, je me suis dit que ce serait une bonne idée d'en modifier l'orthographe. C'est pourquoi j'ai ajouté un "i", ce qui a donné "Hallelujiah". C'est une manière de revendiquer ma liberté. Ne suivre aucun modèle pour atteindre mon but, mais me laisser plutôt guider par mon instinct.

Le clip de la chanson "Hallelujiah", un extrait du dernier album de Shannon Lyon :


medium_winston-star_smaller.jpgTitus - Tu es l'invité des Vaches Folk le samedi 19 mai, à Cast. S'agira-t-il de ton premier concert en France ?

Tout à fait, ce sera d'ailleurs mon premier voyage en France et Cast sera la seule date française de ma tournée européenne. Je m'y produirai en solo. Quand je suis en tournée, je voyage généralement seul et me produis en solo dans 90 % des cas. Ca me permet de rester équilibré (rires).

Titus - As-tu déjà commencé à travailler sur ton prochain album ?

En fait, j'ai à peu près deux albums d'avance... En général, les paroles et la musique me viennent en même temps. Elles reposent les unes sur les autres durant le processus d'écriture...


PROPOS RECUEILLIS ET TRADUITS DE L'ANGLAIS
PAR TITUS



Billetterie pour le concert de Cast
le 19 mai, à 20 h 30
:
sur place : 10 €; à la mairie de Cast : 10 €;
à l'espace culturel Leclerc de Quimper : 10 € + frais location (0.50 €)
Shannon Lyon sera aussi en showcase à Dialogues Musiques, à Brest, le 18 mai, à 18 h.




Discographie de Shannon Lyon :
Safe Inside (Busted Flat/InBetweens) 2006 ; Someday Mourning (Busted Flat/Festival) 2004 ; Bound (Busted Flat/FAB) 2003 ; Wandered (V2/BMG) 2003 ; Dharma (InBetweens) 2002 ; Summer Blonde (Square Dog/Outside) 2000 ; Tales Of A Yellow Heart (Swallow/EMI) 1997 ; Mods Rule (Swallow/EMI) 1996 ; Buffalo White(Swallow/EMI) 1995.

POUR EN SAVOIR PLUS
Le site officiel de l'artiste : Shannon Lyon
Sur MySpace : Shannon Lyon

05.03.2007

Deux Amérindiens dans les tranchées

medium_le_cjhemin.jpgPour un premier roman, quel tour de force ! Avec "Le Chemin des Ames", ("Three-day Road" dans la version anglaise d'origine), l'écrivain canadien Joseph Boyden, 39 ans, offre un grand livre. Un hommage légitime aux nombreux Amérindiens engagés dans les conflits du XXe siècle, des conflits qui ne les concernaient pourtant pas... Un ouvrage au réalisme bouleversant.


1914. Xavier Bird est un indien cree; lui et son cousin Elijah, chasseurs talentueux, ont décidé de se joindre aux forces canadiennes engagées dans la guerre qui bat son plein outre-Atlantique. Leur but : vivre l'aventure de leur vie... Partis en canoë de Moose Factory (lire complément ci-après), leur village situé en bordure de la baie James, Xavier et Elijah rejoignent Toronto pour se faire recruter. Pendant quatre ans, ils participeront, aux côtés des autres armées engagées dans les Flandres, à la tristement célèbre guerre des tranchées.

Joseph Boyden s'est librement inspiré d'une histoire vécue. Celle du tireur d'élite indien et héros de guerre Francis Pegahmagabow qui, à son retour du front où il s'était pourtant particulièrement illustré, s'est vu refuser le petit prêt qu'il demandait pour acheter des chevaux, sous prétexte qu'on ne pouvait pas faire confiance à un indien.

"Sentir cette terre qui porte encore
les cicatrices des combats"

Pour s'imprégner de l'ambiance, l'écrivain canadien a passé de nombreuses journées sur les anciens champs de bataille, en France. "Afin de toucher, sentir cette terre qui porte aujourd'hui encore les cicatrices des combats meurtriers", expliquait Joseph Boyden, en juin 2006, à Emmanuel Romer, de La Croix. Il s'est rendu, en particulier, à proximité de la crête de Vimy, où eut lieu l'une des offensives alliées les plus meurtrières de la Grande Guerre, et où l'armée canadienne joua un rôle crucial. Un épisode raconté de manière magistrale dans le roman.

medium_Boyden.jpgL'auteur aux origines indiennes, écossaises et irlandaises, fils lui-même de l'un des médecins militaires canadiens parmi les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale, s'est abondamment documenté. Il s'est notamment inspiré des travaux de R. James Steel, historien canadien de la Première Guerre mondiale. Les descriptions sont d'un réalisme souvent terrifiant. Rédigé en cinq ans, remanié maintes fois avant publication pour se détacher d'une version originale que l'auteur estimait "trop chronologique et linéaire", le livre débute en fin de compte en 1919, au retour du front du soldat Xavier Bird. Niska, la vieille tante de ce dernier, est venue l'attendre sur un quai de gare. C'est leur lente progression en canoë jusqu'à la baie James, qui servira de fil conducteur au roman. Car ce retour au pays d'un Xavier amoindri, morphinomane, fait remonter de très nombreux souvenirs à la surface. Souvenirs d'enfance douloureux pour Niska, souvenirs des horreurs du front pour le soldat traumatisé. Un récit d'une extraordinaire richesse !


"Le Chemin des âmes" a déjà été traduit en quinze langues, et une version en cree est même en cours d'élaboration. L'auteur travaille actuellement sur une suite qui mettrait en scène les enfants de Xavier et Elijah.

Bibliographie :

Joseph Boyden, la voix des vétérans indiens (article d'Emmanuel Romer dans le supplément Livres & Idées du quotidien La Croix, le 15 juin 2006).
Supplément de Télérama consacré au Festival America, auquel Joseph Boyden était invité, fin septembre 2006.




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En 1993, un convoi poussif, parti de la gare de Cochrane, village du nord de l'Ontario, nous avait conduits jusqu'aux avant-postes de l'ancienne Compagnie de la Baie d'Hudson, en bordure de la baie James. Moosonee et Moose Factory, deux villages où les trappeurs indiens venaient en grand nombre, dès le XVIIe siècle, échanger leurs fourrures.


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Ironiquement, le train qui relie la baie James (et par là-même, la baie d'Hudson, principale route maritime vers l'intérieur des terres) aux villages du nord de l'Ontario a été baptisé l'Express de l'ours polaire. Même si celui-ci n'a pas grand'chose d'un train à grande vitesse, et même si c'est l'ours noir qu'on rencontre abondamment en ces contrées, et non l'ours polaire ! Au terme d'un voyage assez monotone de plusieurs heures à travers la forêt, les touristes découvrent cette petite ville d'à peine 1.500 âmes, située sur une île de la rivière Moose.

Des linges d'autel en peau d'orignal
Plusieurs bâtiments historiques y ont été restaurés, notamment une forge de 1740, peut-être le plus vieil édifice en bois de la province. Les linges d'autel et les vêtements liturgiques de l'église anglicane Saint-Thomas (1864) sont en peau d'orignal. Des Indiens cree y vivent en nombre et proposent des dégustations de pain bannique sous un tipi dressé non loin du centre de Moosonee (notre photo ci-dessus).

02.03.2007

Seul...

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Le bleu du ciel s'épaissit
L'artisan du ciel ajoute du sombre.

A travers les vitres du salon,
des branches dégarnies se trémoussent encore,
effeuillées mais peu discrètes.

Les lampadaires prennent vie un à un,
la grand'messe des mouches commence.

Un passant passe au trot, suivi d'un chien essoufflé ;
s'arrêteront-ils pour zieuter, indiscrets,
dans mon salon illuminé ?

Tout est pourtant disposé sur le rebord des fenêtres,
pour piquer la curiosité des passants...
Cactus, petits moulins de Hollande en céramique,
la pousse de pamplemousse qui frise les trois centimètres...

La palette des surprises se fait rare,
tandis que le sombre s'empare du ciel.

Je vais pouvoir fermer les rideaux ;
il ne viendra personne,
ce soir encore.


Hearst, Ontario, le 18 mai 1994.


Illustration : "Jeune fille", toile du peintre chinois Lin Fa, datant de 1989, extraite de l'ouvrage "Collection de peintures de Lin Fa", publié par la Maison d'édition de Beaux-Arts de Hunan, Chine.

14.09.2006

North Bay (Ontario) : "Un simple regard" (Breen Leboeuf)

medium_breen1.jpg Le chanteur et bassiste Breen Leboeuf (photo : Daniel Henry), né en 1949 dans la région de North Bay, doit une partie de sa popularité à sa participation au groupe de rock québécois Offenbach, entre 1977 et 1985.



Une chanson : "Un simple regard"





"Un simple regard" : texte de Pierre Côté; musique de Breen Leboeuf. Guitaristes : Roger Mann et Jeff Smallwood. Batterie : Louis Gagé. Basse, claviers, congas : Breen LeBoeuf.



Voilà encore un musicien dont les origines ontariennes sont trop souvent méconnues ! Dans le cas de Breen Leboeuf, le fait qu'il ait fait partie de la célèbre formation québécoise Offenbach n'a certainement rien arrangé. D'autant qu'il mène désormais sa carrière depuis Montréal (Québec), où est principalement concentrée l'industrie du disque francophone au Canada !

medium_breen13.jpg C'est d'ailleurs à Montréal que j'ai entendu Breen Leboeuf pour la première fois. Je n'étais arrivé au Canada que depuis peu de temps et sa chanson "De ville en aventure" (extraite de son premier album solo publié en 1990) cartonnait sur la plupart des stations montréalaises. A l'époque, trois choses m'avaient frappé : son sens de la mélodie, son énergie de rocker baroudeur et, sans doute plus que tout, sa voix haut perchée qui n'était pas sans me rappeler celle de Peter Cetera (ex- Chicago).

Le parcours de Breen remonte à 1966, alors qu'il écumait les bars de North Bay au sein de plusieurs groupes locaux. Très vite, la passion le gagne, tant et tant qu'il opte, à la fin des années 60, pour un déménagement à Toronto, la capitale provinciale. Un choix qui n'a rien d'étonnant pour un Ontarien originaire de North Bay, où l'anglais domine assez nettement. C'est donc à Toronto qu'il se joindra au groupe Chimo, qui fut à l'origine d'au moins un succès (c'était l'ère du 45 tours), dans la langue de Shakespeare ou, pour faire plus canadien, dans celle de Margaret Atwood.

medium_breen14.jpgLe grand tournant de sa carrière survient toutefois en 1977, lors d'une rencontre fortuite avec les musiciens d'Offenbach, qui effectuaient une tournée promotionnelle à Toronto. Les musiciens québécois, au nombre desquels le fameux Gerry Boulet, sont frappés par son jeu de basse et décident un peu plus tard de le recruter, au même titre d'ailleurs que le guitariste ontarien Doug McCaskill, qui abandonnera peu après et sera remplacé par un autre Ontarien, John McGale, compère de Breen devant l'éternel. (Ci-dessus, Breen Leboeuf et John McGale en concert / Photo : Daniel Henry).

Recruté à l'origine pour ses talents de bassiste, Breen chante une première chanson sur l'album "Traversion" d'Offenbach, un texte de Pierre Huet, qui obtient un succès monstre. Breen Leboeuf est de plus en plus sollicité et de nombreuses collaborations voient le jour. Il accompagne notamment le groupe vedette franco-ontarien