30 avril 2012
Eric Kerjean, historien. « Il y a une part de tragique dans le destin de Canaris »
Qui était au juste l'amiral Wilhelm Franz Canaris, cet ancien chef du service de renseignements militaires de l'Allemagne nazie ? Les biographies, souvent hagiographiques, qui ont vu le jour depuis la Seconde Guerre mondiale, en ont fait un héros de la résistance à Hitler. Une thèse battue en brèche dans un récent ouvrage de l'historien brestois Eric Kerjean, qui nous fait découvrir un tout autre visage du personnage. Pour lui, il ne fait aucun doute que Canaris s'est en fait rapproché de la résistance afin de mieux la contrôler, lui qui s'était résolument rangé du côté d'Hitler.

Titus - Eric Kerjean, comment en êtes-vous venu à vous intéresser au personnage de l'amiral Canaris, le maître espion de Hitler ?
Eric Kerjean - J'étais en thèse, en histoire antique, et j'ai arrêté. Parallèlement, j'ai décidé de postuler à la DCRI, la Direction centrale du renseignement intérieur. En attendant, je me suis dit qu'il valait tout autant continuer mes études et aller faire un master en histoire contemporaine. Je voulais un sujet en rapport avec le renseignement et l'Allemagne nazie. Cette dernière est toujours présente en effet, surtout quand on habite à Brest. Et là est apparue la figure de Wilhelm Franz Canaris, qui dirigeait les services secrets militaires. C'est important de le préciser; cette entité était liée à l'armée. Il a dirigé cette structure, qui s'appelait l'Abwehr, de 1935 à février 1944. Mon idée était donc d’en faire une biographie, et de voir comment il était possible de résister à l'intérieur de l'Allemagne nazie.
Depuis la guerre, les biographies ont surtout donné l'image d'un homme qui, tout en étant responsable de l'Abwehr, était un résistant et un traître à Hitler. Vous avez cherché à démontrer qu'il s'était en réalité approché de la résistance pour mieux la contrôler...

En 1933, Hitler arrive au pouvoir et il élimine assez rapidement la résistance dite de gauche, les communistes et les socialistes. Il reste bien sûr, au sein de cette résistance, toute une frange de la droite conservatrice. Et en 1938, avant le début de la Seconde Guerre mondiale, émerge une opposition à Hitler, précisément dans le milieu de l'armée, là où est présent Canaris. Et, surtout, elle émerge au sein des services secrets militaires. Les hommes qui sont sous la direction de Canaris viennent le voir pour qu'il participe à leur opération. Et lui décide, à partir de ce moment-là, plutôt que de tout de suite s'opposer à eux et de les arrêter, de faire semblant de participer à leurs projets, pour s'infiltrer, devenir un espion au sein de la résistance à Hitler.
Il y a eu jusqu'ici assez peu de biographies de Canaris. Comment l'explique-t-on ?
Il y a eu un certain nombre de biographies qui ont paru en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis. Il y en a une seule écrite par un Français, André Brissaud, mais il ne s'agit pas à proprement parler d'une biographie mais plutôt d'une hagiographie. C'est un éloge, du début à la fin, de tout ce qu'a fait Canaris. Les raisons pour lesquelles il a été pour l'instant présenté comme un résistant, c'est lié à ce qui s'est passé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y a eu notamment le procès de Nuremberg, et Canaris y a été présenté comme un résistant par le seul survivant qui appartenait à l'Abwehr...
Erwin von Lahousen...
Tout à fait. Lahousen dirigeait les services secrets autrichiens avant qu'Hitler envahisse l'Autriche et rassemble l'Autriche et l'Allemagne. Et il a donc rejoint Canaris. Lahousen est loin d'être un personnage très "clean" et il le présente à Nuremberg comme la figure tutélaire de la résistance.
Le cinéma a lui aussi beaucoup contribué à construire l'image du résistant Canaris, non ?
Le premier film consacré à l'Allemagne qui s'était opposée à Hitler, est sorti en 1954. Il s'appelait "Canaris", et prenait pour figure l'amiral. Je crois qu'en français, il y avait un sous-titre qui disait "Une vie pour l'Allemagne", quelque chose comme ça. La légende a ainsi continué de grossir. En Angleterre, un journaliste a écrit un livre présentant Canaris comme au service de Sa Majesté la reine Elizabeth II, parce que, soi-disant, il aurait notamment évité à Churchill de succomber dans une opération destinée à l'abattre. Il y a aussi cette nécessité, je crois, pendant la guerre froide, dans l'Allemagne de l'Ouest, et dans l'Europe de manière générale, de trouver des Allemands qui étaient au sein du régime et qui étaient opposés à Hitler. Il y a beaucoup de gens aussi, qui ont travaillé pour Hitler et qui ont continué, une fois la Seconde Guerre mondiale finie, de travailler pour leur pays qui, cette fois-ci, était devenu totalement démocratique. Je pense que c'est quelques raisons qui peuvent expliquer ce statut qu'a encore Canaris. Il faut savoir qu'à Berlin, il y a le musée de la Résistance, qui est situé rue de Stauffenberg, du nom de l'homme qui a accompli l'attentat du 20 juillet 1944. Lorsqu'on visite ce musée, dans le petit livret fourni à l'entrée, on voit que Canaris y est encore présenté comme membre de la résistance.
Comment expliquez-vous le fait que Canaris soit fait prisonnier sous l'impulsion d'Himmler et soit finalement pendu ? Cela n'est-il pas contradictoire avec le fait qu'il ait été, si l'on en croit votre thèse, un ardent militant de la cause nazie ?
Totalement. Je crois d'ailleurs qu'il reste encore du travail à faire là-dessus. Je crois qu'il a fini par là où il a péché. Il a à la fois servi le régime nazi et servi, entre guillemets, la résistance. Et, comme par hasard, ce sont ces deux forces, le nazisme et la résistance, qui, sans rien savoir des manœuvres de l'une et de l'autre, qui vont s'allier pour arriver à ce résultat, à savoir la pendaison de Canaris le 9 avril 1945 avec un certain nombre de résistants. Tout commence en février 1944; Canaris se retire du service de renseignements militaires pour permettre la création d'un service secret unifié sous la direction de Himmler. Et là, je crois que tout ceci se déroule avec l'accord de Canaris, d’Hitler et de Himmler. Jusque-là, donc, aucun problème. Ça permet en plus à Canaris de se mettre en retrait pour avoir une sorte de virginité politique. Dans l'idée d'Hitler et de Canaris, je crois qu'il y avait cette volonté de se servir de lui pour négocier avec les alliés. Et Canaris refait surface le 1er juillet 1944, soit 19 jours avant l'attentat contre Hitler. En 20 jours, il n'aura pas eu le temps de faire ce pour quoi il avait été mandaté par Hitler. Le 20 juillet, l'attentat contre Hitler échoue. Canaris n'y est pour rien. Au contraire, c'est l'un des premiers à envoyer un message à Hitler pour dire : "Heureusement que vous êtes en vie". Sauf que les résistants qui avaient travaillé sous ses ordres le dénoncent le lendemain. C’est le cas d’un certain Hansen, qui dit que depuis 1938, Canaris est celui qui a dirigé la résistance et que, sans lui, l'attentat du 20 juillet n'aurait pu avoir lieu. Il se fait donc arrêter par l'un de ses amis. Cet ami-là lui propose le suicide, mais Canaris soutient qu'il n'y a pas de problème et que s'il obtient un rendez-vous avec Himmler, tout va bien se passer. Sauf que les allégations des résistants vont se poursuivre. A mon sens, les résistants se sont rendu compte, à un moment ou un autre, du double jeu de Canaris. Je n'arrive pas forcément à déterminer lequel, mais il y a cette idée que Canaris a joué contre eux au service d'Hitler. Et je crois qu'ils ont essayé de se venger en le faisant tomber avec eux. D'un autre côté, il y a aussi une évolution du régime nazi, suite toujours à cet attentat, et Himmler le lâche totalement et décide, par là-même, de mettre un terme à la vie de Canaris. Comme ça, Himmler est sûr de s'assurer tout le pouvoir. Je crois qu'il y avait même cette volonté de préparer l'après-Hitler dans la tête d'Himmler, même si lui, tout comme Canaris, sont restés fidèles jusqu'à là fin. Donc, il y a cette conjonction de ces deux forces opposées qui ont contribué à la chute de Canaris. Mais il y a peut-être encore un autre contexte, que je n'arrive pas à déterminer pour l'instant.
Est-ce que ce n'est pas un aspect que vous voudriez développer dans une réédition de l'ouvrage ?
Absolument. Il y aura probablement une édition de poche. Nous n'en savons rien pour l'instant, mais il est probable qu'il y en ait une, et pour celle-ci, j'espère pouvoir étayer le dernier chapitre. Parce qu'avec l'aide d’un autre historien, le seul biographe français d'Hitler, François Delpla, il y a d'autres pistes qui se dégagent pour être plus précis. Il y aurait sans doute à apporter plus de précisions, mais je ne l'ai pas fait parce que ça n'était pas clair dans ma tête. Ça embrouillait plus qu'autre chose. Je trouvais, pour l'instant, qu'il valait mieux se contenter de ça. Donc, il y aura sans doute une réécriture de ce chapitre, d'ici un ou deux ans. Et dans un autre livre, Canaris va apparaître également, donc si je n'ai pas l'occasion de le faire pour l'édition de poche, ça se fera à ce moment-là.
Votre livre se lit comme un roman d'espionnage où transparaît, en filigrane, un personnage vraiment trouble. Est-ce l'impression que vous retirez de vos années d'enquête sur l'individu, qu'à force de jouer double jeu, un tel destin était inéluctable ?
Complètement. Je crois qu'il y a une part de tragique dans le destin de Canaris et qu'il n'a jamais vraiment cherché à lutter contre ce destin-là. Je suis convaincu qu'il l'a accepté et qu'il y a même adhéré. A partir du moment où il mettait ne serait-ce qu'un doigt dans l'engrenage de la résistance, je pense qu'il voyait déjà où ça allait le mener. C'était quelqu'un de très intuitif, de profondément spirituel aussi. Il avait cette capacité à beaucoup réfléchir sur ses propres actes. Ce qui l'a fait tenir, je pense, de 1938 à 1945, c'est l'amitié et même l'amour des gens avec qui il travaillait. Il avait beau faire partie de la résistance, il avait beau lutter contre elle, il y avait malgré tout cette amitié qui était là. C'est dingo, mais je crois que c'est ça qui l'a fait tenir.
Et son admiration pour Hitler, aussi, peut-être...
Bien sûr, et au-delà de son amitié pour les résistants et de son admiration pour Hitler, il y a cette autre idée de l'Allemagne...
Vous l'expliquez bien en début de votre ouvrage. On voit qu'il s'inscrit en réaction à la fin de l'ancien régime, dès la fin de la Première Guerre mondiale...
C'est ce qui marque sa vie le plus profondément, en effet. Canaris était sur un sous-marin à la fin de la Première Guerre, et il a débarqué à Kiel où il a vu que le monde qu'il avait connu, le Reich, donc l'Empire, n'existait plus. C'était la défaite, et cela représente un traumatisme absolu chez Canaris. Lui trouve un moyen de le dépasser en adhérant au courant contre-révolutionnaire. Et sa volonté a toujours été de reconstruire l'Allemagne telle que lui l'avait connue avant cet écroulement. C'était une utopie, et je me demande dans quelle mesure il ne s'en est pas rendu compte au fur et à mesure de son travail pour Hitler. Il y a un peu de désenchantement, aussi, mais ça je le dis moins.
Pour mener vos recherches, vous vous êtes rendu en Allemagne...
C'est là où tout s'est joué. Car quand j'ai commencé de travailler sur Canaris, je voulais parler d'un bonhomme – d'un bon – homme – qui avait résisté. Et je me suis rendu en Allemagne, à Munich, à l'Institut d'histoire contemporaine, où se situe une bonne partie des archives concernant Canaris. On y trouve des documents qui montrent que l'amiral a reçu la protection d'Himmler concernant au moins trois ou quatre opérations. Ça m'a amené à me poser des questions. Il y a aussi des documents liés à une tentative d'attentat contre Hitler qui s'est déroulée en mars 1943. On voit que quelques jours avant cette date, Canaris, avec quelques résistants, s'est rendu au camp de Smolensk, qui se trouve aujourd'hui en Biélorussie, qui était l'un des postes avancés de l'armée allemande dans sa lutte contre l'URSS. Il arrive là-bas les 9 et 10 mars et il livre des explosifs au groupe de résistants, des explosifs qui ont servi à l'attentat contre Hitler. Et, comme par hasard, il a échoué. Donc, mon hypothèse, c'est que Canaris a livré des explosifs qui ne pouvaient pas exploser, pour protéger Hitler. Et à partir de là, pour qu'il y ait une cohérence, parce qu'on ne peut pas à la fois être un résistant et pouvoir empêcher la résistance d'agir, je crois que la ligne qui explique beaucoup des comportements de Canaris, c'est celle-ci. Canaris a intégré la résistance pour l'empêcher d'agir.
Quel accueil avez-vous reçu en Allemagne ?
J'y ai été extrêmement bien reçu. La secrétaire du directeur de l'Institut d'histoire contemporaine était très francophile, et m'a beaucoup aidé. C'est grâce à elle que j'ai pu consulter un certain nombre d'archives qui étaient malheureusement indisponibles lorsque moi j'y étais. J'ai eu quelques passe-droits, ce qui n'est jamais évident en Allemagne. La rigueur allemande a cédé grâce à elle, c'était vraiment très chouette.
Quelles ont été les réactions à votre ouvrage, jusqu'ici ?
Il y a eu deux ou trois réactions négatives, dont une, d'un agrégé qui travaille à Bonn. Il ne s'est pas directement adressé à moi mais est passé par Internet. Selon lui, je dis n'importe quoi et ma thèse est fausse. Je crois que ce qui chagrine ce monsieur, c'est que je remets certains choses en cause. C'est difficile, je pense, pour ce genre de personnes, d'accepter qu'on puisse remettre en cause tout un pan de l'Histoire tel qu'il a été écrit jusqu'à aujourd'hui. C'est difficile d'accepter que cette résistance, qui a gravité essentiellement dans les milieux de l'aristocratie, puisse avoir été contrôlée de cette manière-là. Je crois que ce qui déplaît, c'est que la conclusion à laquelle j'arrive après avoir écrit ce livre sur Canaris, c'est qu'il faut réécrire l'Histoire de la résistance allemande, et je suis convaincu qu'il y a beaucoup de craintes par rapport à cela.
Cet agrégé, Pierre Jardin, vous reproche des erreurs ou des affirmations que rien ne vient étayer. Pourtant, il me semble que les exemples ne manquent pas dans votre livre...
J'ai fait un travail historique, scientifique, basé sur des recherches en archives. Et ce monsieur, s'il veut vraiment détruire ce que j'ai dit, n'a qu'à aller consulter les archives comme moi je l'ai fait. Il dit notamment que mon livre s'appuie sur moins d'archives que d'autres biographies; je suis désolé, mais il compare des choses qui sont incomparables. Il devrait comparer les archives que j'ai consultées avec les autres biographies qui ont été consacrées à Canaris. Et je crois que j'ai fait le même travail que les autres historiens qui se sont également intéressés à cette personne-là. Ce que je peux lui répondre également, c'est que moi, contrairement à lui, j'ai des notes de bas de page et lui ne donne aucune référence. J'ai l'impression qu'il a pris juste un malin plaisir à dire le contraire de ce que j'avais écrit. Alors oui, un livre n'est pas exempt d'erreurs. Il y a deux ou trois approximations, et j'en suis vraiment désolé. Là aussi où je suis d'accord, c'est que ce n'est pas la biographie définitive de Canaris. J'ouvre des portes plus que je ne les referme et moi je compte sur d'autres historiens, soit de ma génération, soit des générations plus anciennes, pour s'intéresser au personnage et étayer, je pense, ma thèse, pour la rendre encore plus crédible.
Comment peut-on expliquer que d'autres historiens allemands ne se soient pas préoccupés de cette question-là ?
Il y a eu un certain Heinz Höhne. C'est grâce à lui que j'ai eu l'idée de cibler mes recherches sur telles ou telles archives. Parce que c'est lui qui montre, pour la première fois, que Canaris a bénéficié de la protection d'Himmler. Je crois vraiment qu'il est extrêmement compliqué d’être un historien allemand et de s'intéresser à Canaris ou à la résistance allemande. Je pense que si j'avais été un historien allemand, je n'aurais pas pu aboutir à ce résultat-là. Parce qu'il y a des tabous. A l'heure actuelle, en France, l'Algérie est un sujet encore extrêmement sensible, et moi-même, pour rien au monde, je n'aurais voulu faire un travail sur la résistance française sous l'occupation, parce que j'estime ne pas avoir le recul nécessaire pour pouvoir le faire. Et il y a cette impossibilité, je crois, en Allemagne, encore à l'heure actuelle, pour accéder à certains résultats qui, pourtant, sont assez flagrants.
Au travers de vos recherches sur l'amiral Canaris, avez-vous entrevu d'autres sujets qui pourraient donner lieu à des développements, voire à des livres ?
L'un des proches de Canaris pendant la période nazie, a été Werner Best, qui lui, contrairement à beaucoup de nazis, a survécu à la Seconde Guerre mondiale. Il a été prisonnier durant quelques années à Copenhague et, lors de son séjour en prison, il a eu la bonne idée d'écrire des portraits sur les personnages qu'il a côtoyés, comme Canaris, Hitler, Himmler ou Heydrich. A l'heure actuelle, je fais la traduction de ces écrits avec une historienne allemande. Nous allons aussi préparer un commentaire et l'ouvrage devrait être disponible en 2013. Je compte aussi préparer une biographie sur un autre personnage tout aussi trouble. Je ne veux pas en donner le nom pour l'instant, mais il s'agit d'un proche de Canaris.
Eric Kerjean sera l'invité de la librairie Dialogues, rue de Siam, à Brest, le jeudi 10 mai, à 18 h.
Pratique

Canaris, le maître espion de Hitler, par Eric Kerjean, aux éditions Perrin.
Ouvrage disponible en librairie.
14:53 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : brest, canaris, eric kerjean, éditions perrin |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
17 janvier 2010
Jane Siberry… star des salons
La chanteuse canadienne avant-gardiste Jane Siberry passera par la Bretagne, le vendredi 2 avril. La chanteuse se produira devant une audience limitée à quelques dizaines de personnes.
La célèbre chanteuse KD Lang dit de Jane Siberry qu’elle est sans conteste l’une des plus grandes compositrices canadiennes contemporaines. Hélas, le talent n’est pas toujours synonyme de reconnaissance, en ce monde où tout ce qui brille a toujours plus de chance de capter l’attention…
A défaut d’être extrêmement populaire, Jane Siberry a su toutefois, au fil des ans, se constituer un important public d’aficionados dans le monde entier, en plus d’obtenir la reconnaissance de ses pairs et des critiques. Parmi ses plus grands fans figure Brian Eno, ex musicien de Roxy Music et producteur réputé de (entre autres) Bowie, Coldplay ou U2. De sa rencontre avec Jane Siberry naîtra l’un des albums les plus aboutis de l’Ontarienne, le bouleversant « When I was a boy ».
L’un des grands succès de Jane Siberry, « Love is everything », extrait de son album "When I was a boy", produit par Brian Eno :
Parmi les autres collaborations qui ont fait date, l’écriture de musiques de film pour Wim Wenders, où l’interprétation de « The bridge », morceau écrit pour elle par Joe Jackson. Quelques « faits d’armes » cités en préambule pour donner une petite idée de l’opulent CV de mademoiselle Jane (cf. discographie ci-après). Difficile en effet de résumer pareil parcours en quelques lignes. Les 48 pages du livret de son anthologie publiée chez Warner en 2002 ne font elles-mêmes qu’effleurer un centième, sans doute, du cheminement remarquable de la Torontoise.
Il y a quelques mois, l’artiste lançait une invitation à ses fans par le biais de sa mailing list. Ceux qui souhaitaient la recevoir dans leurs salons respectifs n’avaient qu’à se rapprocher d’elle. Le vendredi 2 avril, la chanteuse se produira donc dans notre salon, (dont nous avons fixé la jauge à 35 personnes), pour une performance acoustique en solo, accompagnée seulement d’un piano et d’une guitare.
Discographie de Jane Siberry
Jane Siberry (1980, puis réédité en 1991 chez SIB Productions). Produit par Jane Siberry, David Bradstreet et Carl Keesee. Enregistré à Toronto, Bradstreet’s home studio.
No borders here (1984 – Duke Street/Open Air/Windham Hill). Co-produit par Jon Goldsmith et Kerry Crawford, Jane Siberry et John Switzer. Enregistré à Toronto (studios Manta Sound et Inception Sound). Contient les tubes « Mimi on the beach » et « You don’t need ».
The Speckless Sky (1985 – Duke Street/Open Air/Windham Hill). Produit par Jane Siberry et John Switzer. Enregistré au printemps 1985 à Toronto (Manta Sound). Contient les tubes « The taxi ride », « Map of the world (part II) » et « One more colour ».
The Walking (1988 – Duke Street/Reprise). Produit par John Switzer et Jane Siberry. Enregistré au printemps/été 1987 à Toronto (Manta Sound). Contient les tubes « Goodbye », « Red high heels », « The walking (and constantly) » et « The lobby ». Un album culte vénéré par les fans.
Bound by the beauty (1989 – Duke Street/Reprise). Produit par Jane Siberry et John Switzer. Enregistré au printemps 1989 aux studios Orchard, Norval, Ontario, puis à Toronto (Manta Sound, Hypnotic Studios et Number Nine Sound). Contient les tubes « Bound by the beauty », « Everything reminds me of my dog », « The valley ».
When I was a boy (1993 – Reprise). Produit par Jane Siberry, Brian Eno et Michael Brook. Enregistré aux studios Mushroom, à Vancouver, été 1991 ; aux studios Reaction, Toronto, en janvier 1993 ; aux studios Westside, Londres, été 1992. Contient les tubes « Temple », « Calling all angels » (utilisé par Wim Wenders pour son film “Until the end of the world”), « Love is everything » (duo avec KD Lang), et « Sail across the water ».
A collection 1984-1989 (1994 - Reprise). Compilation des plus grands succès de Jane Siberry depuis 1984 jusqu'en 1989.
Maria (1995 – Reprise). Produit par Jane Siberry. Enregistré aux studios Reaction, Toronto, de septembre 1994 à avril 1995. Contient les tubes « Maria », « Goodbye sweet pumpkinhead ». L’incursion de Jane Siberry dans l’univers du jazz.
Teenager (1996 – Sheeba). Produit par Jane Siberry. Les premières chansons composées par Jane durant son adolescence, réarrangées et enregistrées aux studios Reaction, Toronto.
A day in the life NYC 1997 (1997 – Sheeba). Créé et produit par Jane Siberry. Enregistré au studio Travers-Smith, Toronto, en 1997. Jane Siberry : vocals, guitar, piano. Contient l’étonnant morceau « Peony », qui résume en quelques minutes une carrière de plusieurs décennies.
New York Trilogy (boxed set) (1999 – Sheeba) :
Child (Music for the Christmas Season) (1997 – Sheeba). Créé et produit par Jane Siberry). Enregistré live à The Bottom Line, New York les 17 et 18 décembre 1996.
Tree (Music for Films and Forests) (1999 – Sheeba). Créé et produit par Jane Siberry. Enregistré live à The Bottom Line, New York, les 23 et 24 octobre 1996.
Lips (Music for Saying it) (1999 – Sheeba). Créé et produit par Jane Siberry. Contient le tube « Barkis is willin’ ». Enregistré live à The Bottom Line, New York, les 20 et 21 novembre 1996.
Hush (2000 – Sheeba). Produit par Jane Siberry. Enregistré aux studios Zolis Audio, Toronto, automne 1999 et printemps 2000. Contient les tubes « The water is wide », « As I roved out », « O Shenandoah/Sail away » et « All through the night ».
City (2001 – Sheeba). Collaborations diverses, notamment aux studios Real World de Peter Gabriel, avec Alex Gifford, Ayub Ogada, Caroline Lavelle, David Rhodes, Mark Rutherford, etc. Collaboration avec Graeme Revell : “It can’t rain all the time”, musique du film “The Crow”. Collaborations avec Nigel Kennedy, Takafumi Sotoma (Japon), Morgan Fisher, Frank London, Michael Grey, Barney (musique du film “Barney’s great adventure”), Joe Jackson (“The bridge”, repris dans l’album Joe Jackson and friends; Jane Siberry, vocals/Joe Jackson, piano). Collaboration avec Hector Zazou : “She’s like the swallow”; musique et paroles traditionnelles. Produit par Hector Zazou. Apparaissant sur l’album « Songs from cold seas » (1996, Sony). Collaboration avec Wim Wenders : « Slow tango », musique du film Faraway, so close (1993).
The Jane Siberry Anthology – Love is everything (2002 – Warner Bros. Records). Deux CD et un livret splendide de 48 pages. Comprend la plupart des succès de Jane Siberry de 1980 à 2002. 30 chansons.
Shushan the Palace (Hymns of Earth) (2003 – Sheeba). Produit par Jane Siberry. Orchestrations par Peter Kiesewalter et Jane Siberry. Enregistré par Jim Zolis aux studios Zolis Audio, Toronto, en 2003, puis aux studios Wild Boar à New York, ainsi qu’aux studios Raven Street, Ottawa. Hymnes de Handel, Bach, Mendelssohn-Bartholdy, Rossetti, Holst. Incursion de Jane Siberry dans l’univers du classique.
Dragon Dreams (2008 – IssaLight.com). Produit par Issa / Jane Siberry. Créé et enregistré de 2006 à 2008 à Bruxelles, Vancouver, Ashcroft, Byron Bay (Australie), Toronto (Zolis Audio et Switzer studio). Contient les tubes « I pick up the phone », « You never know », « When we are queen » et « Send me someone to love ».
With what shall I keep warm ? (2009 – IssaLight.com). Produit par Issa / Jane Siberry. Créé et enregistré aux studios Factory (Vancouver), Nashcroft (Ashcroft, Colombie-Britannique), Zolis Audio (Toronto), ZebraStation (Bruxelles), Byron Bay (Australie), Sterling Sound (New York). Livret illustré par des tableaux peints par Jane Siberry.
Autres collaborations
Indigo Girls – Swamp Ophelia (1994 – Sony Music). Jane Siberry apparaît dans les chœurs sur deux chansons de l’album, « Language or the kiss » et « Mystery », aux côtés des célèbres Emily Saliers et Amy Ray.
L'album de Noël "Count your blessings" (1994). Une performance live de Jane Siberry aux côtés d'autres grandes voix canadiennes, Holly Cole, Rebecca Jenkins, Victoria Williams et Mary Margaret O'Hara. Jane Siberry y livre une chanson originale, "Are you burning little candle", qui figure aussi sur l'anthologie publiée en 2002.
17:28 Publié dans Les bonnes infos de Titus | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : jane siberry, guilers, brest, tournée internationale des salons, bretagne, issa, canada, ontario |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
29 mars 2009
Pascale Picard à Brest : un set ébouriffant
Simplicité et générosité. Dans leur loge, après deux heures d'un concert survitaminé à La Carène de Brest, hier soir, le Pascale Picard Band se montre à la hauteur de sa réputation. Visiblement ravis de se trouver "à 6.000 km de la maison", Pascale Picard et ses fidèles accolytes Mathieu Cantin (guitare), Phil Morrissette (basse) et Stéphane Rancourt (percussions) ont démarré cette nouvelle tournée française sur les chapeaux de roues. Le quatuor ne boude pas son plaisir d'être en France. Cette méga-tournée hexagonale débutée voilà trois semaines devrait leur permettre de continuer la promotion de l'unique album de la formation, le déjà cultissime "Me, Myself & Us" (160.000 copies vendues au Canada et, déjà, plus de 120.000 en France).
Sur scène, le Pascale Picard Band a la hargne d'un garage band. Quand ils entonnent le déjà classique "Annoying", l'influence punk-rock est nettement perceptible. Nous sommes ici plus près d'Alanis Morissette ou de Nina Hagen que de la patte folk-rock qui prévaut sur l'album, à l'instar de "Useless", "l'une de mes chansons préférées", confiait la nouvelle égérie de la pop canadienne.
Cette dernière se révèle très nature, aussi bien "on stage" que "backstage". Arrachant une bouffée de cigarette entre deux morceaux, trinquant aussi, à l'occasion, à la santé du public sur "Let's have a drink", Pascale Picard se livre au public comme elle le faisait, il n'y a pas si longtemps, lorsqu'elle écumait les bars de la région de Québec où elle a été révélée. Lorsqu'un sbire de la sécurité veille à ce qu'aucune photo ne soit prise pendant le concert, la Québécoise le tance gentiment : "Je comprends qu'il fasse son métier; on ne tient pas à être au dessus des lois, mais je tenais quand même à vous dire que nous, ça ne nous dérange absolument pas que vous preniez des photos, même avec le flash si ça vous fait plaisir !" Sans plus attendre, portables et appareils numériques crépitent à l'unisson...
Une nouvelle chanson
Pour les fans qui se demandent encore si cette tournée sera mise à profit pour tester de nouvelles chansons, qu'ils soient ici rassurés ! Dans l'interview récente accordée à Titus, Pascale Picard admettait avoir commencé à distiller, au Québec, quelques nouvelles compos du band, pour aider les fans québécois à patienter en attendant la vraisemblable sortie d'un nouvel album en 2010 (cette fois simultanément au Canada et en France). Elle nous disait, vu la sortie plus récente de l'opus en France, qu'il serait peut-être encore un peu tôt pour aborder le nouveau répertoire du groupe. Eh bien non ! Le quatuor en a finalement décidé autrement, pour le plus grand bonheur de ses fans, interprétant une très belle ballade "destinée à figurer sur le prochain album, si vous l'aimez". Silence religieux dans la salle. Les fans brestois sont aux anges.
L'autre bonne nouvelle, c'est que le Pascale Picard a élu domicile en France pour quelques mois encore, et que leur retour en Bretagne est déjà programmé. "On n'était jamais venus ici, et on a été super bien accueillis, aussi bien à Rennes, Nantes ou Brest aujourd'hui. La Carène était jusqu'ici l'une de nos plus grandes salles, et le concert était sold out depuis déjà quelques semaines, merci Brest. Du coup, on doit revenir jouer à Guipavas le 24 octobre..." Et ce n'est pas tout, puisque la formation sera l'une des têtes d'affiche des festivals bretons de cet été, notamment au festival du Bout du Monde (du 31 juillet au 2 août) et au Festival du Chant de marin à Paimpol (du 7 au 9 août). De nouvelles opportunités pour découvrir ce groupe attachant et d'une tonicité contagieuse.
09:37 Publié dans Les sorties de Titus | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : pascale picard band, tournée française 2009, la carène, brest, guipavas, me myself & us, pop-rock canadien |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
07 janvier 2009
9.000 kilomètres à bord du Transsibérien
Hervé Bellec n'est sans doute pas le premier à parcourir les 9.000 kilomètres qui séparent Moscou de Vladivostok à bord du mythique Transsibérien. D'autres ont fait ce voyage avant lui, mais peu importe. Dans "Les Sirènes du Transsibérien", son récit publié par Géorama en avril 2008, l'écrivain brestois nous entraîne dans une aventure des plus drôle et dépaysante à travers la taïga sibérienne.
Par un drôle de hasard, le stand d'Hervé Bellec se trouvait en face de celui de la délégation franco-ontarienne au salon du livre du Releck-Kerhuon, le 29 novembre dernier. Je me souviens que je venais à peine de quitter mes interlocuteurs ontariens, avec lesquels nous avions évoqué les immensités blanches du Nord de l'Ontario, lorsque je me suis retrouvé face à la très belle couverture du dernier livre d'Hervé Bellec. On y voit la statue d'une sirène à moitié recouverte par la neige et, au second plan, la silhouette d'un train. Je me suis dit que les organisateurs du salon avaient bien fait les choses : le nord du Canada et le nord de la Russie ont en effet beaucoup en commun. Sept ans dans le nord de l'Ontario ont fait de moi un amoureux des pays de grand froid. Je n'ai donc pas hésité longtemps devant le livre d'Hervé Bellec, qui me promettait une escapade à tout le moins rafraîchissante.
Aventure humaine avant tout
La glace, la neige et le froid servent effectivement de toile de fond à ce récit d'Hervé Bellec, mais ce n'est pas là l'essentiel. L'aventure est avant tout humaine et, pour le coup, plutôt chaleureuse. Elle est le fruit de multiples rencontres à bord du train, le Rossa 2 assurant la liaison entre Moscou et Vladivostok. L'écrivain brestois nous brosse un portrait tout en nuances de la Russie d'aujourd'hui, au travers d'une myriade de personnages hauts en couleur. A commencer bien sûr par les "sirènes" de son wagon, la jeune et jolie Yulia avec qui il partage sa cabine, ou encore la pulpeuse Tanya, qui arpente les couloirs du Transsibérien pieds nus et en nuisette. Regardé d'abord avec méfiance, d'autant qu'il ne maîtrise pas la langue, le voyageur breton campe un personnage d'occidental un tantinet fruste avant qu'il ne se révèle très vite un compagnon de voyage attachant, partageant ses échantillons de parfum français, son pâté Hénaff ou son vin de bordeaux avec les autres passagers du train.
Et au-delà de la routine qui s'instaure inévitablement dans ce type de voyages au long cours, Hervé Bellec arrive à tenir le lecteur en haleine en parsemant son récit d'anecdotes historiques ou de références littéraires (Blaise Cendrars, Andreï Makine, Dostoïevski, etc.) qui font de ce livre une fort belle introduction à la Russie contemporaine.
LA DEDICACE
POUR EN SAVOIR PLUS
Le site officiel d' Hervé Bellec.
Editions Géorama, 65 rue de Lyon 29200 Brest.
23:57 Publié dans Le salon littéraire | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : Hervé Bellec, Vladivostok, Transsibérien, Géorama, Brest |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook














