11.03.2008
Charles Dubé : "Je refuse l'abîme du pessimisme"
Des "morceaux d'humanité". C'est ainsi que sont souvent décrites, ici et là , les chansons du Québécois Charles Dubé. Avec déjà deux albums à son actif, "Réverbère" et "Sortir de soi", cet auteur-compositeur-interprète qui fut pédopsychologue dans une autre existence, offre une lecture du monde à mille lieues du cynisme ambiant. Mais qui dit optimisme ou "idéalisme serein" ne dit pas forcément guimauve, loin de là . Un goût de liberté, une foi inextinguible en l'avenir traversent de part en part l'univers sensible de Charles Dubé. Dans l'interview qui suit, l'artiste nous révèle ses deux facettes, l'une solitaire, l'autre davantage tournée vers les autres...
En guise d'entrée en matière, voici la vidéo d'"Un ciel pour le soleil", chanson extraite du premier album de Charles Dubé, "Réverbère" sorti en 2004 :
Titus - Charles Dubé, votre album "Sortir de soi" tourne en boucle sur ma chaîne depuis près de deux mois. C'est un disque dont l'optimisme est contagieux et qui fait plutôt du bien par les temps qui courent... Les articles qui ont été publiés à votre sujet vous présentent souvent comme un "idéaliste serein". Cette définition vous sied-elle ?
Je crois que oui. En fait, je suis une personne plutôt optimiste de nature. J’ai souvent l’impression de voir le verre d’eau à moitié plein ;) D’un autre côté, je ne suis pas naïf non plus. Loin de moi l’idée de nier les difficultés de l’existence et des exigences que la vie amène. En fait, les problèmes, je m’en occupe, mais je refuse l’abîme du pessimisme.
Titus - J'ai évoqué votre optimisme. Toutefois, je ne voudrais pas donner l'impression que ce que vous faites se classe dans les produits "rose bonbon". La gravité, la tristesse apparaissent sans arrêt en filigrane dans vos compositions. Vous ne cherchez pas à éluder les difficultés de l'existence; seulement, vous semblez refuser d'y réagir par le cynisme, pourtant si répandu par ailleurs...
Je crois que je suis fondamentalement un humaniste dans la vie et par le fait même dans ma façon d’écrire. Le mouvement existentiel donne du sens à ma perception du monde. Conceptualiser le bien, c’est aussi devoir reconnaître la souffrance… Par ailleurs, il est vrai que le cynisme est répandu et qu’il est en quelque sorte une continuité de l’absence de lien vrai entre les gens. Il amène le regard ailleurs pour ne pas voir combien il est souvent difficile de vivre l’intimité entre nous et avec soi-même (dans cette vie ou tout va de plus en plus vite).
Que le désir d’être avec l’autre est souvent difficile dans un monde ou tout se doit d’être parfait, car être intime doit inévitablement passer par l’obligation d’ouvrir sur sa propre vulnérabilité, sur ses forces et ses faiblesses. Mes chansons cherchent à exprimer la force et la vulnérabilité qui nous habitent, à reconnaître les bonheurs et les difficultés de la vie pour en arriver à célébrer ce qui nous fait du bien et nous unit à la fois.
Titus - Dans vos chansons qu'on décrit souvent comme des "morceaux d'humanité", vous parlez de vie, de mort, de vieillesse, d'amour. Des thèmes finalement indémodables mais que vous abordez avec une sincérité touchante. Je crois que vous avez toujours accordé beaucoup d'importance à cette sincérité de l'artiste, non ?
En effet, il me semble important de rester vrai dans ce que j’appelle «la démarche artistique». Je trouve plus de plaisir à chanter des choses que je ressens et qui me ressemblent. De plus, je perçois une plus grande réaction chez les gens face à mes chansons, comme s’ils s’y retrouvaient. On demeure tous humains après tout...
Titus - J'aimerais qu'on revienne un moment sur le milieu où vous avez grandi. En préparant cette interview, je me suis un peu égaré en lisant le portrait de Charles-Edgar Dubé que vous publiez sur votre site MySpace. Je me suis amusé à faire le tri, car au-delà de ce portrait un peu fantaisiste de poète maudit, j'imagine qu'il y a quelques détails véridiques. Par exemple votre naissance en 1975 à Sainte-Adèle, au Québec, peut-être ?
En effet, je suis né à Sainte-Adèle, au Québec. Un pays de neige, de montagnes et de jours d’été ensoleillés. J’y ai passé une enfance extraordinaire à jouer dans la forêt, à pêcher la truite avec mon frère plus vieux, et à découvrir un univers à travers les livres que mes parents nous fournissaient à la maison.
Titus - Votre mère pianiste est-elle celle qui vous a inculqué la musique ?
D’abord, ma mère est une femme extraordinaire. Elle a toujours été ouverte sur le monde autour d’elle. Pianiste, peintre, professeur de théâtre et de français, elle m’a transmis son optimisme, son amour de la vie et son goût pour l’art et la musique.
Titus - Votre père, mathématicien diplômé de littérature vous a quant à lui transmis sa passion des livres ?
Mon père est le pôle rationnel de la maison, mais il est aussi très ouvert. Il aime le «savoir» et excelle dans l’art de le transmettre. Il a toujours aimé regarder peindre ma mère ou l’écouter jouer du piano en lisant et en rêvassant. La poésie, la musique et la littérature ont toujours occupé une place importante pour mes parents, alors jouer de la guitare pour moi, et chercher à faire carrière dans ce domaine était également encouragé. Paradoxalement, j’ai d’abord cherché à étudier, passant bon nombre d’années à l’école pour ensuite aller vers la musique.
La chanson "La marée", extraite de l'album "Réverbère" :
Titus - Quelles ont été vos influences les plus marquantes, tant d'un point de vue littéraire que musical ? J'ai lu que vous étiez un fervent lecteur de Saint-Exupéry, est-ce vrai ?
J’adore la littérature et mon style d’écriture y trouve ses racines. Les auteurs comme Réjean Ducharme, Camus, St-Exupéry et Paul Auster sont mes préférés. J’affectionne la façon qu’ils ont de me faire rêver et le style qu’ils utilisent, chacun à leur manière, pour décrire la vie en soi et autour de soi. En musique, je crois que Richard Desjardins, Manu Chao et Bob Marley sont mes influences les plus notables. En fait, j’adore la sincérité de leur démarche, la profondeur qu’ils ont et cette grande humanité qui les caractérise tous les trois.
Titus - Vous avez étudié les sciences humaines, une sensibilité qui traverse aujourd'hui votre oeuvre, non ?
En effet, les gens sont au cœur de l’existence. Être avec soi et avec ceux qui nous entourent est la seule chose qui reste vraiment au bout de cette vie.
Titus - Avant de devenir musicien, vous avez exercé en tant que pédopsychologue pendant une dizaine d'années. Avez-vous jamais hésité entre une carrière artistique et cette autre voie ?
J’ai toujours aimé l’école, alors y faire mon chemin a été quelque chose de plaisant et de valorisant pour moi. La rencontre avec la compréhension de l’être humain et finir par aider des enfants souffrants et parfois perdus dans la vie, était pour moi passionnant. Par ailleurs, je suis arrivé un jour à sentir le besoin d’exprimer des choses et à laisser aller cette partie créatrice de moi qui cherchait la lumière. J’ai fait ce que je partageais en clinique… Je me suis laissé aller à ce qui cherchait à vivre en moi, et j’ai choisi la musique. Même si parfois il est difficile de rester sur ce chemin, j’y trouve encore énormément de bonheur.
Titus - J'ai lu que vous avez été art-thérapeute. Utilisiez-vous tous les arts dans cette pratique, ou essentiellement la musique ?
Jamais en ce qui a trait à la musique. Les médiums de travail utilisés sont le jeu de sable, la terre glaise, le plâtre et tout ce qui permet de construire quelque chose qui cherche à s’exprimer.
Titus - Parallèlement à votre métier, la musique était déjà un élément essentiel de votre vie. Pouvez-vous nous parler de votre premier public ?
Le premier public que j’ai connu est d’abord relié au théâtre. J’ai commencé sur les planches par cette forme d’art que j’ai beaucoup aimé et qui me plaît encore. Par la suite, les premières rencontres musicales avec un auditoire sont venues à l’université. J’avais un groupe de musique où je chantais et jouais de la guitare. Nous animions les fêtes des diverses facultés avec grand plaisir.
Titus - En 2001, vous avez participé au challenge "Relève" de Repentigny où vous avez décroché le premier prix. Est-ce que c'est votre entourage, votre premier public, qui vous a ainsi poussé à présenter vos chansons à un concours, ou aviez-vous le sentiment qu'il était temps de passer à la vitesse supérieure ?
Je souhaitais simplement présenter mes chansons et voir la réaction des gens. J’avais en même temps peur de le faire, d’être jugé par un public que je ne connaissais pas. Il y a toujours une dimension de pudeur dans le fait de livrer une partie de soi sur une scène. J’ai été très heureux du résultat et je crois que ça été le début de quelque chose qui existe encore aujourd’hui.
Titus - Ce premier succès aura une conséquence directe : celle de vous voir assurer quelques premières parties prestigieuses : Michel Pagliaro, Kevin Parent ou Laurence Jalbert. Mais je crois que la toute première opportunité d'assurer une première partie fut avec les Frères à ch'val...
Ces premières parties ont été mon école en fait. Regarder ces artistes travailler sur la scène et surtout en arrière-scène a été très important pour moi. Ces expériences ont été le départ dans un métier qui m’était encore inconnu. C’est aussi un travail que d’être sur scène et, comme tout métier, on doit vivre ce quotidien pour ensuite trouver sa façon de faire.
Titus - Les musiciens que vous aviez choisis à l'époque sont encore ceux qui vous accompagnent aujourd'hui. N'est-ce pas une indication de l'importance que vous accordez à l'amitié, et à la fidélité en amitié ?
Le hasard fait souvent bien les choses… En fait, cette rencontre musicale m’a permis d’ouvrir sur un monde que je ne connaissais pas. Rencontrer des gens formidables, ouverts et talentueux. Jouer d’une façon régulière avec les mêmes personnes amène inévitablement, des amitiés qui rendent possible la complicité sur la scène. De plus, je me rends compte que les gens ressentent cette complicité dans un spectacle. Cette relation sur scène, donne encore plus de puissance à cette rencontre entre l’artiste et le public.
Titus - En 2004, votre premier album "Réverbère" paraît, un disque pour lequel vous étiez bien entouré puisqu'on compte, parmi vos collaborateurs, le fameux guitariste montréalais Rick Haworth, un réalisateur associé à la plupart des belles découvertes musicales des deux dernières décennies au Québec...
C’est vrai que Rick a été très important pour "Réverbère". Il m’a aidé à me définir comme artiste et son talent a contribué à la construction et au succès de cet album.
Titus - Ce premier album a immédiatement fait sensation au Québec. Avez-vous eu le sentiment qu'un tourbillon, soudain, vous emportait, vous qui aviez toujours baigné dans la musique sans vraiment chercher à en faire carrière ?
Les tourbillons nous emportent toujours…, quelquefois plus loin qu’on pense. "Réverbère" a été très enivrant pour moi. J’ai connu l’industrie à la puissance «ça va vite» ;) J’ai presque uniquement de bons souvenirs de l’album et de la tournée qui en a suivi.
Titus - Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la chanson "Réverbère", extraite de l'album éponyme ?
J’ai composé cette chanson après être revenu d’une fête avec des amis. Ayant perdu mon chemin dans un parc, j’ai vu un réverbère au loin qui éclairait le chemin du retour. J’ai marché dans sa direction et arrivé sous sa lumière, il y avait une grosse roche sur laquelle il y avait d’inscrit «On est mieux d’apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons tous mourir ensemble comme des idiots », une phrase de Martin Luther-King. Pendant le reste de mon retour, j’ai réfléchi à cette citation. Quelque temps plus tard, Al Qaïda attaquait les États-Unis. J’étais partagé entre la peine pour ces gens tués dans les tours et celle pour les 25.000 personnes décédées en Irak cette même année, à cause de l’embargo américain. Les quatre oiseaux de la chanson sont en fait les quatre avions attaquant le sol américain. J’ai donc écrit cette chanson en pensant à Luther-King et sa citation.
La vidéo de "Réverbère" :
Titus - Votre second album, "Sortir de soi", a été publié il y a quelques mois. Dites-moi si je me trompe, mais j'ai un peu le sentiment que cet album est une émanation directe de votre être, avec ses deux facettes, l'une ouverte sur le monde et les rencontres, et l'autre, plus solitaire et intimiste. Une facette enjouée, fraîche, où les refrains optimistes à l'image de votre chanson "Etre bien" s'enchaînent, et puis une facette plus intérieure, posée, comme dans "L'Etang".
J’aime ce parallèle que vous faites entre cet album et ma personnalité. On y retrouve en effet, ce désir de rencontrer les autres tout en partageant mon besoin de solitude. Sortir de soi vient de là . La rencontre avec l’autre est nécessaire pour faire du sens dans cette vie. Mais, pour aller vers l’autre, il faut aussi se connaître, avoir défini ses frontières afin de trouver l’espace pour cette rencontre.
Titus - Pour l'enregistrement de "Sortir de soi", vous étiez là -encore très bien entouré puisque l'album a été réalisé par François Lalonde, bien connu pour son travail avec Lhasa ou DobaCaracol... Pouvez-vous nous raconter votre rencontre et la manière dont s'est faite cette collaboration ?
Cette rencontre avec François a été soudaine et imprévue. Il était trop occupé pour travailler à l’album et j’avais décidé de commencer seul. Il m’a rappelé pour me dire qu’il était disponible et intéressé. Le reste c’est la vie. On a eu beaucoup de plaisir à le faire. A trouver la direction et l’intention.
Titus - Vous avez été remarqué au festival de Pully-Lavaux, en Suisse, d'où vous avez rapporté le prix Guy-Bel du meilleur auteur-compositeur-interprète. S'agissait-il de votre première incursion sur le continent européen ?
J’ai remporté ce prix en juin 2006. Formidable expérience… J’ai joué à Nantes, en Bretagne et à Paris également. Les gens en Europe comprennent ce que je chante et semblent touchés par l’émotion de mes chansons. Pour un artiste, c’est une chose formidable. Pour l’instant, il n’y a que Pully… mais j’espère qu’il y en aura d’autres.
Titus - En matière de proximité, vous vous posez en exemple. Votre site Internet donne ainsi la possibilité à vos fans d'être en relation quasi permanente avec leur artiste préféré. Vous avez appelé cette partie de votre site La Passerelle, qui s'avère un espace privilégié d'échange et de dialogue où l'on peut notamment découvrir vos suggestions musicales et littéraires... C'est une idée vraiment originale...
La passerelle permet en effet de rester en contact avec ceux qui s’intéressent à ce que je fais. C’est aussi un lieu de partage qui favorise l’échange entre le public et moi. J’adore cette possibilité, car souvent les gens ont besoin de dire certaines choses, qu’après un spectacle, ils n’ont pas le temps de partager.
Titus - En écoutant le morceau "Mon étoile", une très belle chanson écrite par un père pour son fils ou sa fille, j'ai eu envie de vous demander si vous aviez des enfants et si cette chanson avait été écrite pour lui ou elle ?
Cette chanson a été écrite pour mes deux fils que j’adore et qui me permettent de devenir meilleur à tous les jours. Ils sont mes racines les plus profondes dans cette vie. Ils représentent le lien et la vie dans son ensemble.
Titus - On a parlé d'optimisme au début de notre interview. Plusieurs chansons de votre album évoquent l'espoir, à l'instar de "Trouver le jour", "Cadence", "L'univers" ou "Etre bien". Pouvez-vous nous dire deux mots sur cette dernière et le tournage de la vidéo ?
Être bien est une chanson qui parle de la décision d’aller vers l’avant, de choisir d’être heureux. Je crois que notre bonheur réside dans une forme de choix, celui de décider de regarder là où il y a de la lumière. La vidéo parle de ce concept. J’ai cherché à faire en sorte que l’on puisse sentir ce mouvement vers l’avant. Laisser tomber ce qui nous rend triste et lourd (la voiture qui tombe) pour aller vers les autres.
La chanson "Etre bien", premier single du second album de Charles Dubé :
Titus - Le site Web de Radio Canada vous consacre un bel espace. Dans votre boîte à secrets, on découvre, dans les choses qui vous gênent, que vous adorez les flamands roses... C'est un nouvel exemple de votre sens de l'humour ou une réelle passion insolite ?
Un peu des deux… J’aime bien tourner en dérision mes travers et mes contradictions. Je crois que c’est dans les choses simples de la vie que l’on existe vraiment.
Titus - L'année 2008 sera-t-elle principalement consacrée à la promo de votre nouvel album et à la scène ou prévoyez-vous déjà de retourner en studio ?
L’année 2008 sera consacrée à la promotion de l’album «Sortir de soi» et par une tournée de spectacles, qui a débuté en octobre 2007. De plus, j’ai plein d’idées dans la tête et je souhaite, à l’automne 2008, retourner en studio pour tenter quelque chose. Semer la terre, et un jour, sous le vent, voir danser le blé...
(Photos : Anouk Lessard et DR).
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de Charles Dubé.
Le site MySpace de l'artiste.
La page consacrée à l'artiste sur le site de Tacca Musique.
12:15 Publié dans Rencontres québécoises | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Charles Dubé, chanson québécoise, Sortir de soi, Tacca Musique
28.12.2007
Sylvie Paquette : "J'aime les musiques inspirées"
Tout à la fois intense et fragile, la trop discrète Sylvie Paquette poursuit, depuis 1993, un cheminement d'une grande cohérence artistique. A l'époque où nous l'avons rencontrée, l'auteur-compositeur-interprète québécoise venait de publier son premier album, Soul'Propos. Deux autres ont suivi, toujours dans la même veine folk-rock, notamment Oser, en 1997, qui lui a valu le prix Félix-Leclerc de la chanson aux Francofolies de Montréal. Autre jalon, son passage sur la grande scène des Francofolies de La Rochelle, entre Rachid Taha et Louise Attaque, "l'un de mes plus beaux souvenirs de musicienne"... Alors que vient de sortir son quatrième album (pour lequel elle s'est notamment entourée de Daniel Bélanger), nous vous proposons un retour sur notre rencontre avec Sylvie Paquette en 1993, interview qui laissait déjà entrevoir une personnalité fort singulière.
Titus - Sylvie, il y a beaucoup de choses à dire sur ton cheminement. Ton premier album, "Soul'Propos", est sorti au mois de mars (1993, ndr), mais on est frappé par sa maturité. Est-ce vrai qu'il y a eu dix ans de travail avant de publier ce premier disque ?
Titus - La critique dans son ensemble a salué la sortie de ce premier album. La qualité des textes, des compositions, le jeu de guitare...
Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :
Oui, je ne me considère pas comme une technicienne de la musique. Mais ce que j'ai développé avec les années, c'est un style personnel à la guitare, et dans ma façon d'écrire. C'est sûr que quand j'ai lu ces critiques, j'étais ravie. Je pense que mon style s'est développé grâce à l'expérience...
Titus - Y-a-t-il eu des rencontres marquantes au fil des ans ?
Titus - Ca vaut la peine d'attendre, parfois...
Oui, ça vaut la peine d'attendre... Par contre, si c'était à refaire, je ne sais pas si j'en aurais le courage parce qu'il y a eu des moments difficiles, avec de grandes remises en question périodiques. Je commençais à m'essouffler de me représenter exclusivement dans les bars. L'effort n'aura pas été vain en fin de compte...
Titus - Dans cet album, on entend du rock du blues, du rhythm'n blues, du reggae même. Quelles ont été tes influences ?
Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :
Titus - On parle d'influences, mais ton album m'impressionne en fait par son caractère singulier. On sent une empreinte personnelle très forte.
Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :
Ecouter un extrait de l'album Soul'Propos, la chanson Taxi reggae :
Titus - Rick Haworth est très présent dans la plupart des productions montréalaises actuelles, qu'il s'agisse de Paul Piché, Michel Rivard ou d'autres. Malgré tout, je n'ai pas l'impression que son empreinte soit ici fondamentale. Il vous a laissé beaucoup de liberté, non ?
Titus - Ce premier album est fort réussi. Que nous prépares-tu pour la suite ?
Titus - Du fait de l'absence d'artifices dans la production, j'imagine que la transposition de ce premier album sur scène a été relativement aisée, non ?
Titus - Pour conclure cette interview, peux-tu nous dire deux mots sur la chanson "Je crois", l'une des très belles ballades folk de Soul'Propos ?
Je l'appelle ma chanson de lumière. Elle m'a fait beaucoup de bien quand je l'ai composée. Je l'ai écrite avec Luc De Larochellière.
Ecouter un extrait de la chanson "Je crois" :
Soul'Propos (1993)
Oser (1997)
Souvenirs de trois (2000)
Tam-Tam (2007)
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de Sylvie Paquette
Le site MySpace de l'artiste
08:30 Publié dans Rencontres québécoises | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sylvie Paquette, Québec, chanson, Rick Haworth, Soul'propos, Souvenirs de trois, folk-rock
25.06.2007
Edgar Bori : "La planète, un immense marché aux puces"
Certains comparent sa voix à Sylvain Lelièvre; d'autres citent plutôt Reggiani ou Lama. En réalité, l'auteur compositeur interprète québécois Edgar Bori a su imposer un style qui n'appartient qu'à lui ! Pourtant, rien ne semblait gagné d'avance pour ce "chanteur de l'ombre", dont le visage n'apparaît jamais sur les pochettes de disques, et qui se retranche, sur scène, derrière un masque. Certains s'en étonneront peut-être, mais comme vous le constaterez en découvrant l'interview qui suit, réalisée peu après la sortie de son tout premier album, Edgar Bori est un enfant du théâtre... Depuis notre rencontre, en 1994, Edgar Bori a poursuivi son bonhomme de chemin : pas moins de six albums ont vu le jour dans la foulée de "Vire et valse la vie", dont le fameux "Ce monde poutt poutt" publié au printemps 2006, que le quotidien Le Devoir a qualifié de "salutaire guide de survie dans un monde qui sent la catastrophe".
Ci-dessous, le très beau film d'animation réalisé par Stéphan Lorti sur la chanson "Ce monde poutt poutt", extraite du dernier album d'Edgar Bori :
Titus - Avez-vous le sentiment d'avoir été trop longtemps un secret bien gardé au Québec ?
Edgar Bori - Pas vraiment, parce qu'on a commencé seulement à compter de 1991 à écrire nos chansons et "Vire et valse la vie" est le premier album qu'on sort. C'est un jeune bébé. Pour nous, c'est le début seulement...
Titus - Ca paraît extraordinaire, parce que lorsqu'on vous écoute, on ne peut qu'être surpris de la maturité des textes, de la richesse des arrangements musicaux... Tout cela nous rend évidemment un peu curieux sur votre parcours. On va y venir, mais j'aimerais que vous nous disiez d'abord la place qu'occupe l'humour dans vos chansons.
Je pense que c'est difficile d'utiliser la tragédie pure pour exprimer des sentiments de désarroi ou de détresse. Alors, on essaie - je dis "on" parce qu'on est plusieurs auteurs ! - , on essaie toujours de garder le côté "drôle" des difficultés. S'il fallait tout prendre au pied de la lettre, je pense qu'on se coucherait dans nos tombes assez rapidement !
Titus - On dirait que c'est une forme de soupape qui permet de garder un sens dans un monde que vous dépeignez par ailleurs assez durement !
Exactement ! La seule façon pour moi de s'en sortir, c'est de garder un côté ironique. C'est peut-être des fois un peu noir, quand même...
Titus - Un peu cynique, aussi ?
Certainement, mais ça fait partie de moi. C'est la façon dont je me suis toujours exprimé. En accord avec les gens avec qui on écrit, on va dans le sens de ce qu'on ressent. On prend beaucoup de temps pour exprimer ces sentiments-là en quelques phrases. Des sentiments enfouis, cachés, profonds, qu'on essaye d'aller mettre en lumière. Car chacun a en lui-même des moments de questionnement... C'est peut-être notre premier album, mais on écrit des textes depuis toujours ! On vient du milieu du théâtre et on a toujours travaillé dans l'écriture et la musique, mais en coulisses. Jamais on n'avait pensé qu'un jour on ferait un album.... C'est un rêve, finalement, qu'on a décidé de réaliser.
Titus - Un rêve qui prend corps, effectivement, avec ce premier album dont on va parler, "Vire et valse la vie". On parlait d'humour à l'instant : vous semblez manier jeux de mots et calembours avec un certain ravissement...
Ca ne vient pas tout seul. Ca vient d'un goût qu'on a de s'assurer que chaque mot, chaque phrase, chaque idée, se marie à l'autre. Alors on travaille assez fort sur les textes, avec beaucoup de recul. Ca a pris quand même deux ans et demi ou trois ans pour sélectionner, travailler, fignoler ces textes-là , jusque dans les dernières minutes où les "ce", les "le", tous les articles prennent de l'importance. Jusqu'à ce qu'on soit en accord avec chacun des mots et chacun des sentiments exprimés. Le seuil d'exigence est élevé car il faut que ça plaise à nos oreilles, et il ne faut pas qu'on s'en tanne facilement ! C'est ce qui fait que les gens, lors d'écoutes successives, rédécouvrent des choses en explorant les différentes strates des morceaux.
Titus - Une chose m'a frappé : vos textes se lisent tout autant qu'ils se chantent ! On éprouve un certain plaisir à relire vos mots parce qu'on y découvre toutes les subtilités de la langue ! Est-ce l'écriture qui vous a amené à la chanson ?
Ecouter la réponse d'Edgar Bori, dans Calypso, sur CINN FM :
Ca s'est toujours fait. Depuis l'adolescence, j'ai toujours eu une guitare à la main ou la main sur le piano. J'ai fait des études de musique à Vincent-d'Indy. Tranquillement pas vite, j'ai fait mon bonhomme de chemin, mais ça n'était pas une façon de gagner sa vie ! A un moment donné, en approchant la quarantaine - puisqu'il faut tout confier -, je pense que le poids des choses a pris de la place et il a fallu se rendre à l'évidence que si je ne plongeais pas dans la musique et l'écriture, ce qui était mon dada, mon hobby, je ne pourrais pas être parfaitement heureux. Et ça commence à aller bien depuis qu'on a réalisé cet album !
Titus - Vous parliez de théâtre précédemment... Pouvez-vous nous dire ce que vous y faisiez ?
J'étais dans les coulisses, essentiellement... J'ai été producteur; j'ai fait de la production de spectacles dans les théâtres d'été. J'ai été élevé dans une famille où les amis étaient issus du théâtre. J'ai été longtemps dans les coulisses à faire de l'éclairage, de l'assistance à la mise en scène. Toutes sortes de positions qui ne mettaient pas mon nom en évidence. Je n'ai jamais voulu être à l'avant plan ni au premier plan. J'ai aussi fait de la scène, un petit peu, mais ce côté-là , j'en parle moins parce que je n'étais pas vraiment intéressé ou stimulé. En fait, j'avais un grand problème à prendre du plaisir sur scène. Par contre, de l'autre côté du rideau, j'étais très à l'aise. Mais avec les années qui passent, on finit par accepter qu'un jour, il va peut-être falloir montrer le bout de son nez ! Je me suis dit qu'on allait commencer par faire un album. On va maintenant le faire entendre aux gens et on va bâtir, autour de ça, un personnage qu'on va habiller et qu'on va mettre sur scène...
Titus - Il y a aussi un côté chroniqueur de la vie quotidienne dans vos chansons, non ? On peut prendre l'exemple de "Marché aux puces"... Vous avez un grand sens de l'observation.
Ce sont des choses qui nous frappent. Si on parle de cette chanson-là , je me souviens du jour où je suis allé pour la première fois dans un marché aux puces. Je crois que ça a été la chanson la plus simple à faire sur l'album. C'est une description pure et simple, "à la Bori", avec cette façon que j'ai de jouer avec les mots. J'y évoque les sentiments des gens qui sont là pour l'argent et qui troquent les illusions d'amitié avec les affaires. J'accompagnais une amie qui cherchait une paire de lunettes de soleil. En arrivant là , je suis tombé à la renverse : ça n'avait aucun bon sens et c'est l'impression qui m'est restée. On a quand même essayé d'y ajouter une autre dimension. Le marché aux puces, on peut l'appliquer à toute la planète, finalement, si on regarde de plus loin...
Titus - Vous rappelez-vous du jour où vous avez touché un instrument pour la toute première fois ?
J'ai commencé au piano vers l'âge de 7 ans. J'ai fait trois années de musique à l'école de Vincent-d'Indy. Mais la rigidité de l'enseignement à ce moment-là était trop grande pour moi. J'aimais mieux aller jouer avec des amis. J'ai fait du violon par la suite, pendant deux ans. C'est ce qui a constitué ma formation musicale à la base. Adolescent, j'ai ramassé la première guitare à six cordes qui traînait dans un coin, et j'ai commencé, comme beaucoup, à gratter ça et à participer à des tournées avec des amis qui faisaient de la musique. J'ai commencé à composer à ce moment-là ... Tout le long de ma vie sociale, la guitare et le piano m'ont toujours suivi. J'entassais des chansons, des refrains sur des papiers ou des cassettes. A un moment donné, je me suis dit qu'il était temps de les réaliser... Le chemin a pris du temps. C'est seulement au milieu de la trentaine que j'ai décidé de terminer plusieurs chansons qui étaient inachevées.
Titus - On a beaucoup parlé de vos textes, mais peu finalement, des musiques que vous composez. Pourtant, elles méritent tout autant qu'on s'y attarde : vous semblez avoir le goût des variations car chaque chanson est une mosaïque de couleurs, de rythmes, de refrains, et vous n'hésitez pas à varier les genres...
Ca vient en même temps qu'on écrit les mots. Malgré mes études de musique, je n'ai pas de grandes facilités à écrire des partitions. Alors, on s'est muni d'un studio doté d'un échantillonneur de sons qui est un bon outil pour un créateur solitaire. Ca permet de se bâtir une orchestration intéressante. Un peu à l'image d'un disque que j'ai beaucoup entendu quand j'étais petit, "Pierre et le loup". On s'est laissé porter par les sons qu'on découvrait : ceux qu'on aimait, ceux qui se mariaient bien avec nos propos... En fait, notre musique se veut comme un éclairage pour les textes. C'est une manière de mettre les mots en lumière, d'enrober les phrases importantes et les couplets. Même s'il faut bien sûr laisser la place aux mots !
Titus - Beaucoup de chanteurs à texte ont tendance à sacrifier la musique au profit du texte, mais dans votre cas, c'est vrai qu'on observe une alchimie étonnante, pour ne pas dire détonante, entre les mots et la musique !
On y va avec l'émotion du moment. On écrit les textes, on les corrige et on les travaille au fur et à mesure. Souvent, si je prends la deuxième plage, "Urbain", on part d'une histoire qu'on déroule. Et tout en la faisant, de phrase à phrase, on écrit la mélodie et on l'enrobe immédiatement. C'est pas prendre un refrain comme "Au clair de la lune", et ensuite écrire des arrangements complets. C'est très difficile pour nous de faire ça. On fait tout en même temps et c'est peut-être pour ça que Ã





































