26.02.2009
Pascale Picard : "La musique, mon équilibre"
160.000 exemplaires du tout premier album de Pascale Picard, "Me, Myself & Us", sorti en avril 2007, se sont écoulés au Canada. En France, où l'album a été seulement publié en juin 2008, le succès est également au rendez-vous puisque 120.000 copies ont d'ores-et-déjà été vendues. Nouvelle égérie du folk-rock canadien, Pascale Picard n'est pas du genre à tout ramener à elle. Ce succès, c'est au nom de son groupe, le Pascale Picard Band, qu'elle le revendique... Rencontre à quelques jours du lancement d'une vaste tournée hexagonale du quatuor.
Titus - Votre premier album, "Me, Myself and Us", sorti au Québec en 2007 et l'an dernier en France, a reçu d'emblée un accueil extraordinaire. On dit que vous parvenez malgré tout à garder la tête froide...
Je crois que oui. Dans la vie, je suis quelqu’un d’assez terre à terre. Le fait de se promener en groupe, avec toujours la même équipe sur la route, on vit les mêmes choses au quotidien. En revanche, les shows auxquels on participe sont simplement plus bondés qu'avant. On ne se rend pas bien compte du succès qu’on a, en fait… On est trop dedans; on a trop le nez collé dessus.
Titus - Comment vivez-vous le succès qui est le vôtre en France depuis moins d'un an ?
A partir du moment où on a été en pourparlers avec Universal en vue de la sortie de l’album en France, c’est devenu très excitant, culturellement parlant. Il y a beaucoup de Québécois qui prennent un sac à dos et vont faire le tour de la France et de l’Europe à leurs frais. Dans notre cas, la musique nous permet de voyager, d’aller faire des découvertes et d’apprendre de nouvelles choses. D’aller rencontrer des gens de France, de Belgique et même de Tunisie. C’est super trippant.
Titus - Vous avez été contrainte d'annuler plusieurs concerts au Québec pour pouvoir répondre à la demande en France à la fin 2008. Les Québécois ne vous en veulent pas trop ?
On les a seulement reportés. On n’a pas un assez gros nom pour se permettre de dire non à une grosse émission ou à une grosse radio en France. Je ne suis pas Lenny Kravitz. Donc, si on nous offre quelque chose, on décide de le prendre parce que c’est bon pour nous. On sait que les gens au Québec veulent que ça fonctionne pour nous. Ils ne nous veulent pas du mal. On leur explique.
Le vidéoclip de "Gate 22", premier extrait de "Me, Myself & Us" :
Titus - Le public français est-il différent du public québécois ?
Je n’ai pas vraiment vu de différence pour l’instant, mais c’est vrai que l’échantillon a été assez limité jusqu’ici. On a fait un concert à La Cigale à Paris, et le lendemain, un show au Havre. Là-bas, j’ai senti que c’était la même chose qu’au Québec. Les gens connaissaient toutes les paroles des chansons, ça criait et les gens étaient super chaleureux. Mais c’est le reste de la tournée qui va nous en dire plus...
Titus - Votre spectacle est bien rodé puisque vous le présentez de manière intensive depuis près de trois ans. Dans la tournée que vous entreprenez dès ce printemps dans l'Hexagone, testerez-vous de nouveaux titres ?
C’est une bonne question. En fait, on n’en a pas encore discuté...
Titus - Vous avez commencé à tester quelques nouveaux morceaux au Québec, non ?
C’est exact. Au Québec, on s’est senti un peu obligés de le faire car l'album y est sorti en 2007. C'est une sorte de faveur à l'égard de nos amis québécois car ils attendent avec impatience le nouvel album. Et avec le temps qu'on va passer en France, il faut qu'on les aide à patienter. En France, par contre, comme l'album est sorti plus récemment, je crois qu'il est peut-être encore trop tôt pour faire entendre les nouveaux morceaux. C'est sûr que ça va nous tenter de les jouer... On est assez fiers de nos nouvelles compositions et on a hâte de les présenter au public.
Titus - Le nouvel album est donc déjà en chantier ?
Absolument, dès qu’on a un moment de libre, on travaille sur de nouvelles chansons. Universal parlait de sortir un extrait vers la fin de l’année, peut-être un peu avant Noël. Le deuxième album verrait alors probablement le jour en 2010.
Titus - Et est-ce que cette fois il sortirait simultanément en France et au Québec ?
C’est l’objectif. On a fait un showcase aux Etats-Unis, à New York, en décembre dernier, et les Américains parlent de sortir l’album là-bas au même moment. Ce qu’on aimerait, c’est qu’il sorte partout en même temps. Parce que ça n’est pas évident pour un groupe de faire vivre le même album pendant quatre ans. C’est ce qui s’est passé pour le premier album, du fait de ces sorties décalées.
Titus - Vous n’éprouvez pas déjà de la lassitude, tout de même ?
En France, les gens ne nous ont pas encore vus, ou très peu, donc on n'aura pas l'impression de nous répéter. Les gens qui sont dans la salle te donnent l’énergie pour faire ton show. Mais c’est sûr qu’on a hâte aussi de présenter de nouvelles compos car on a encore plein de choses à dire…
La chanson "Thinking of it" :
Titus - Vous êtes épaulée par une major, Universal en l'occurrence, mais votre profil tranche avec les icônes québécoises auxquelles le public français a été habitué... Votre succès a ouvert la voie à d'autres aspects de la création québécoise, qui a toujours été très variée mais largement méconnue chez nous. Avez-vous l'impression d'avoir cassé un moule ?
C’est difficile de dire ça soi-même. C'est peut-être le fait qu'on soit un band qui fait la différence. D’habitude, ce qui s’exporte chez vous, c’est surtout des artistes solo. On est tous égaux dans ce groupe et c’est toute la différence.
Titus - Et vous apportez des compositions assez différentes. On a peut-être été habitués à des choses plus formatées. Vous apportez une fraîcheur qu’on n’avait peut-être pas eu l’habitude d’entendre…
Merci, c’est super gentil. Je vais prendre ça comme un compliment. Et je crois que ça sonne différemment parce que je chante en anglais…
Titus - Justement... Qu'est-ce qui peut inciter une Québécoise "pure laine" à décider de faire carrière dans la langue de Shakespeare ? Etait-ce le goût de l’anti-conformisme ?
C’est avant tout une question d’influences musicales. Comme j’écoutais surtout des chansons anglophones, j’ai commencé à composer mes propres morceaux en anglais. C’était pas dans le but de faire carrière dans la chanson. Je le faisais par plaisir, parce que j’aimais ça, puis les choses se sont toujours enchaînées. J’ai joué dans les bars pour gagner ma vie, et les gens autour me disaient qu’il faudrait que je chante en français si je voulais percer parce qu’au Québec on chante en français. Mais je me disais que ce n’était pas grave parce que mon intention n’était pas de faire carrière. Je faisais des études en parallèle : le collège en arts et lettres et l’université en enseignement primaire mais j’ai abandonné après une session à l’université parce que je me suis rendue compte que j’étais en train de jeter mon argent par la fenêtre. J’avais fini par réaliser que ce n’était pas ce que je voulais faire. Je me suis dit qu’il valait mieux faire une pause jusqu’à ce que je trouve ce que je voulais vraiment faire plus tard. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré mon groupe. Dans le fond, j’ai décidé de faire de la musique pour une période de ma vie, et on verra où ça s’arrêtera.Titus - Y-a-t-il eu quelques réticences au Québec au fait que vous ayez choisi de chanter en anglais ?
C’est sûr qu’il y a eu des réticences et il y en aura toujours. Je les comprends et je n’ai pas de problème avec ça. Ce que j’ai toujours pensé, c’est que nous faisions notre musique en tant que groupe. Si les gens aiment ça, tant mieux. Sinon, c’est pas grave. Nous, on fait ça pour le plaisir. Si on fait ça pour les bonnes raisons, avoir du plaisir et le faire pour soi, peu importe ce qui arrive tu ne seras pas déçu. Même si ça ne fonctionne pas, toi tu as l’impression d’avoir accompli quelque chose. Même si notre deuxième album ne fonctionne pas, c’est sûr que je serai déçue parce que j’aimerais que les gens l’aiment, mais ça ne serait pas un drame non plus parce que personnellement, je vais être satisfaite de cet album-là. Je n’ai pas l’intention de le faire graver avant qu’il ne soit parfaitement à mon goût ou au goût du band…
Titus - J'aimerais que l'on revienne un instant sur vos origines... Etes-vous née dans la ville de Québec ?
Absolument, je suis née dans la ville de Québec et j’y habite toujours. Mes parents étant séparés, j’ai déménagé assez souvent et j’ai dû changer plusieurs fois d'école. Je pense que ça m’a donné une bonne capacité à m’adapter et à bien m’entendre avec les gens en général. A développer des rapports facilement.
Titus - C'est vrai que c'est votre père qui vous appris vos premiers accords de guitare ?
Absolument, j’avais 13 ans à l'époque. Ce n’est pas un grand guitariste mais il m’a montré ce qu’il connaissait. Il m’a montré deux chansons et par intérêt, j’ai continué à pratiquer dans ma chambre. J’avais déjà joué un peu de piano et de batterie, mais je n’étais pas vraiment bonne. Je suis une autodidacte de nature et je n’avais pas envie de suivre de cours… Je n’ai pas poussé plus qu’il fallait tandis qu’avec la guitare, je me suis rendue compte qu’avec un minimum de connaissances, j’étais capable de faire quelque chose et d’avoir du plaisir. D’écrire des petites chansons et de composer des mélodies. J’ai appris beaucoup depuis que j’ai rencontré mon band et j’ai encore beaucoup à apprendre mais la guitare, pour moi, a été une vraie révélation.
Titus - Quels sont les artistes auxquels vous avez été exposée lorsque vous étiez jeune ? Quels sont ceux qui vous influencent le plus ?
C’est difficile à dire car dans la vie, je ne suis pas seulement influencée par la musique. J’ai l’impression d’être influencée par les livres que je lis, les chose que je vois à la télé, les films, les gens autour de moi. Mais c’est sûr que dans le contexte musical dans lequel j’ai été élevée, c’était beaucoup les Beatles, Led Zeppelin, Cat Stevens. Mes parents étaient de grands fans de pop anglophone. Moi, après ça, j’ai beaucoup écouté de punk rock, comme No FX. Par la suite, je me suis tranquilisée un peu et maintenant j’écoute un peu de tout !
Titus - Est-ce que vous pourriez envisager de faire autre chose dans la vie aujourd’hui ou pensez-vous avoir trouvé votre voie ?
Je crois que j’ai trouvé ma voie mais, en même temps, c’est quelque chose de tellement fragile… C’est le public qui fait qu’on vit. Quand ce public sera lassé de nous, ça va être terminé. Mais je suis certaine que je garderai la musique comme passion. Jamais je n’arrêterai de faire de la musique, mais peut-être pas professionnellement… L’important, à mes yeux, c’est de conserver mon amour pour la musique avant tout. Mais je ne veux pas m’acharner. Si ça ne fonctionne pas, j’irai trouver un autre travail et ferai de la musique pendant le week-end. Ca ne m’énerve pas plus qu’il faut.Titus - Vous avez mentionné votre intérêt pour la littérature. Ca fait partie de vos jardins secrets ?
Oui, j’aime beaucoup la lecture. Parmi mes auteurs favoris, il y a notamment Patrick Senécal (le Stephen King québécois, NDR), ou encore Frédéric Beigbeder. « L’Amour dure trois ans » est pour moi une Bible. Je lis tout ce qui me tombe sous la main. Ces temps-ci, je lis la trilogie suédoise « Millenium ». Dans l’avion, partout où je passe, j'adore échanger sur les livres. Sinon, j’adore cuisiner. Et puis, au Québec, l’hiver est tellement rigoureux qu'on est bien obligés de trouver des sports d’hiver pour l’apprécier. Je fais donc de la planche à neige et du ski de fond.
Titus - Vous déployez une énergie qui est assez peu coutumière. Dans la chanson "Annoying", vous vous mettez même carrément en colère. La musique est-elle pour vous une forme d'exutoire ?
Vous avez mis le mot dessus. Ca va dans le même sens que ce que je disais plus tôt, qu’il faut faire les choses pour soi-même. La musique, je vais toujours avoir besoin d’en composer, qu’elle se vende ou non. « Annoying » est une chanson qui remonte à l’époque où je jouais dans les bars et les restaurants, où personne ne t’écoute. Toi, tu donnes tes tripes aux gens qui sont là tandis qu’ils continuent de parler entre eux. C’est de ça que ça parle. Ce n’est pas une émotion que je vis tout le temps. Je ne suis pas une vieille dame aigrie fâchée avec tout le monde. Les chansons sont comme des photos, comme si j’essayais de prendre la photo d’un événement ou d’une émotion. Cette chanson-là, c’est quand je suis fâchée, dans le bar, parce que personne ne m’écoute. A chaque fois qu’on est en spectacle, je suis capable de me remettre exactement comme j’étais lorsque ça m’arrivait.
La chanson "Annoying", par le Pascale Picard Band, au Cabaret théâtre de St-Jean-Sur-Richelieu, le 12 septembre 2007 :
Titus - Parallèlement à ces chansons qui ne manquent pas de force, l'album recèle aussi de très belles ballades intimistes, à l'image de "Useless" ou "Half asleep" où semble poindre une Pascale plus fragile.
C’est plus facile de composer dans des moments difficiles. Quelqu’un qui va écouter l’album va peut-être se dire que je suis la personne la plus troublée qu’il ait rencontrée parce que j’ai l’air complètement dépressive par moments, ou en colère. J’ai pas l’air de quelqu’un de très agréable. Mais ce ne sont que des émotions, des instantanés de ma vie. De transcrire ces émotions, c’est ce qui me permet de rester équilibrée. Il y a tellement de gens qui n’ont pas cette possibilité-là. Pour moi, c’est une chance. Je le conçois comme un privilège, d’être capable de canaliser les événements les plus noirs de ma vie, de les sortir de moi et de les regarder avec objectivité. Après ça, je tourne la page. C’est terminé, c’est passé ! Je me considère bien chanceuse d’être capable de faire ça.
Titus - Qu'évoque le titre de votre premier album, "Me, myself & Us" ?
Quand nous avons terminé l’album, à la lecture des textes, je me suis rendue compte que je n’arrêtais pas de parler de moi et de mes expériences. Cela m’a fait penser à l’expression anglaise, « Me myself and I » (Moi, moi-même et je). En fait, c’est moi et mon groupe. C’est moi en relation avec n’importe qui, mes amis, mes anciens copains, les gens autour de moi et notamment ceux qui peuvent se reconnaître dans ces chansons. Le « Us » se rapporte donc à tous les autres.
Titus - Vous avez rencontré les membres de votre groupe, le Pascale Picard band, en 2002. Sept ans, ça n'est pas rien pour un groupe. Quel est votre secret pour durer ?
Le fait d’avoir les mêmes objectifs et de voir ça de la même manière. On a une sorte de détachement par rapport à ce qui se passe. On ne tient pas mordicus à vendre des millions d’albums puis à faire une grosse carrière. On est tous des gens qui sommes amoureux de la musique, qui veulent avoir du plaisir. Je crois que c’est ce qui nous permet de pas trop prendre les choses à cœur. Ce qui n’empêche pas d’être très sérieux dans ce qu’on fait et de travailler très fort. On n’est pas prêts à faire n’importe quel compromis par peur de tout perdre. On prend toutes les décisions à quatre.
Titus - Comment travaillez-vous ensemble lorsque vous composez de nouveaux morceaux ? Est-ce vrai que vous avez tous des goûts musicaux assez différents ?
Il n’y a pas vraiment de formule magique mais on dirait qu’on sait ce qui fonctionne ou pas. On vient tous d’univers musicaux différents, on a différentes influences… Serge et Philippe sont de grands fans de rock. Serge, le drummer, trippe sur Radiohead, Pearl Jam; Philippe adore Tragically Hip, Pearl Jam. Mathieu, lui, est un fan de blues, de reggae, de jazz. Moi, j’ai été bercé par les Beatles puis le punk rock. J’ai tendance, quant à moi, à composer des chansons plutôt pop, mais avec des arrangements qui vont virer vers le jazz ou le rock, dépendamment… Ce qu’on fait, en général, c’est qu’on prend le propos de la chanson et on brode les arrangements autour de ça. La plupart du temps, on se rend compte qu’on n’a même pas besoin de discuter. C’est des choses qui se sentent. C’est sûrement ça qui fait qu’on s’entend aussi bien…
Titus - Votre chanson "Smilin'" a fait l'objet d'un vidéoclip humoristique qui montre tout ce qui peut mal tourner lors d'un tournage de clip. Cette chanson est-elle inspirée d'un événement vécu ?
Cette chanson-là n’était pas supposée être sur le premier album. A la fin de l’enregistrement, je me suis mise à réaliser que cet album allait sortir et que les gens allaient le juger. Que tout cela allait forcément échapper à notre contrôle. Ca me faisait peur et c’est de ça que cette chanson parle. La maison de disque ne voulait pas cependant que l’on retourne en studio pour l’enregistrer. Mais on a tenu "notre boutte" en disant que cette chanson-là n’aurait pas la même signification sur le deuxième album et qu’il fallait donc absolument qu’elle y figure. Après avoir fait valoir notre avis, on a fini par retourner en studio pour l’enregistrer. On est très contents de cette chanson qui a d’ailleurs très bien fonctionné au Québec.
Le vidéoclip de "Smilin'"
Titus - J'ai lu que vous et vos musiciens aviez été un peu surpris de l'utilisation assez courante en France du playback (lipsync au Québec, NDR) sur les plateaux de télé...
Au Québec, on ne connaît pas le playback. On a pu comprendre, cependant, pourquoi c’était aussi courant en France. C’est vrai que vous avez tendance à faire des spectacles avec quasiment trente artistes en trois heures. C’est vrai que techniquement, c’est impossible de faire jouer tout le monde pour du vrai. Ca serait bien trop de travail. On s’est habitués à ça. Moi je chante et les musiciens font semblant de jouer. C’est spécial pour nous, on n’est vraiment pas habitués à ça au Québec. Et on n’est pas fous de ça non plus ! Mais à Rome, on fait comme les Romains. C’est une question de culture.
Titus - Il y a quelques mois, une partie de votre équipement a été volée à Montréal. Avez-vous réussi à remettre la main sur celui-ci ?
Non, malheureusement, c’est resté sans suite. On a plein d’amis qui ont fait le tour des pawn shops. Tout le monde garde l’œil ouvert mais pour le moment, rien n’a été retrouvé. La police a sûrement d’autres chats à fouetter que des instruments volés. Peut-être qu’un ou deux instruments vont ressurgir dans une dizaine d’années, si on est chanceux… A moins qu’ils ne soient au fond du fleuve…
Titus - Après le Canada et la France, vous avez fait quelques excursions sur le sol américain avec l'idée d'y sortir votre album... Est-ce plus difficile aux Etats-Unis ?
Rien ne garantit encore qu’on va y percer. On a fait notre premier spectacle à New York et les gens qui étaient dans la salle étaient super accueillants, mais de là à savoir si ça va avoir des répercussions, si on va y sortir l’album, si le public va l’aimer, c’est autre chose. On en saura plus dans un an ou deux…
Titus - Le Canada anglophone vous a-t-il, pour sa part, réservé bon accueil ?
On est super bien accueillis dans chaque lieu où on va jouer, au Canada anglais aussi. Mais on soupçonne les Canadiens anglais d’écouter davantage les médias américains. On se dit donc que si on arrive à percer aux Etats-Unis, ça aura peut-être des répercussions dans le reste du Canada.
Titus - Un effet ricochet, en quelque sorte…
Exactement.
Titus - La Bretagne sera gâtée cette année puisque vous allez vous y produire à plusieurs reprises, dès le mois de mars et, à nouveau cet été, dans plusieurs grands festivals. S'agira-t-il de votre première visite dans notre région ?
Oui, absolument. On a bien hâte de visiter la Bretagne. Ca va être merveilleux. On va avoir la chance de voir vraiment du pays, de rencontrer des gens différents… On a vraiment hâte…
Titus - Qu'évoque pour vous la Bretagne ?
C’est une bonne question. Je ne peux m’empêcher de penser à Astérix. Le reste, je vais l’apprendre sur place. Je suis sûr qu’on y sera bien accueillis ; tout le monde est super fin avec nous. On a bonne réputation, les Québécois. A chaque endroit où l’on va, on est vraiment heureux.
Propos recueillis par Titus le 10 février 2009. Une version partielle de cette interview a été publiée le mercredi 25 février dans Le Télégramme. Photos DR.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel du Pascale Picard Band.
Le site MySpace de Pascale Picard.
Depuis la sortie de son album au Québec, le 3 avril 2007, 160.000 copies de "Me, Myself & Us" ont été vendues. En France, ce sont 120.000 copies qui se sont écoulées depuis la sortie de l'album le 30 juin 2008.
Sur Pascale Picard et son Band, deux billets des archives du Monde de Titus à relire : janvier 2008 et avril 2008.
OU VOIR LE PASCALE PICARD BAND CETTE ANNEE ?
Le 6 mars, à 20 h, à Alençon, Basse-Normandie;
Le 7 mars, à 20 h, Salle de La Cité, Rennes, Bretagne;
Le 10 mars, à 20 h, Exo7, Rouen, Haute-Normandie;
Le 11 mars, à 20 h, L’Olympic, Nantes, Pays-de-la-Loire;
Le 12 mars, à 20 h, CC Valéry-Larbaud, Vichy, Auvergne;
Le 13 mars, à 20 h, La Bourse du Travail, Lyon, Rhône-Alpes;
Le 14 mars, à 20 h, CC Espace rencontre et culture, Les Orres;
Le 17 mars, à 20 h, CC La Blaiserie, Poitiers;
Le 18 mars, à 20 h, L’Orangerie, Bruxelles (Belgique);
Le 19 mars, à 20 h, La Laiterie, Strasbourg, Alsace;
Le 20 mars, à 20 h, 112, Terville;
Le 21 mars, à 20 h, Le Splendid, Lille, Nord-Pas-de-Calais;
Les 24 et 25 mars, à 20 h, Le Bataclan, Paris;
Le 26 mars, à 20 h, L’Ouvre Boîte, Beauvais, Picardie;
Le 27 mars, à 20 h, Bigbandcafé, Caen, Basse-Normandie;
Le 28 mars, à 20 h, La Carène, Brest, Bretagne;
Le 31 mars, à 20 h, Festival, Douai;
Le 1er avril, à 20 h, Le Loup Blanc, Niort, Poitou-Charentes;
Le 2 avril, à 20 h, Le Fémina, Bordeaux, Aquitaine;
Le 3 avril, à 20 h, Le Bikini, Toulouse, Midi-Pyrénées;
Le 4 avril, à 20 h, La coopérative de mai, Clermont-Ferrand, Auvergne;
Le 7 avril, à 20 h, L’Intégral, Belley;
Le 8 avril, à 20 h, El Médiator, Perpignan;
Le 9 avril, à 20 h, Le Pasino, Aix-en-Provence;
Le 10 avril, à 20 h, Lino Ventura, Nice;
Le 11 avril, à 20 h, Le Rockstore, Montpellier;
Le 19 avril, à 20 h, Salle Carthage 1 – Barcelo Carthage Thalasso Gammarth – La Marsa – Tunis.
08:00 Publié dans Rencontres québécoises | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : folk-rock, québec, canada, interview, pascale picard band, universal, me myself & us
01.08.2008
Marie-Luce Béland : "J'ai le sang chaud"
De la pop québécoise comme vous n'en avez peut-être jamais entendue... Marie-Luce Béland est la révélation de l'année 2008 au Québec, où son premier tube, "Pleine Lune", ne semble pas vouloir décoller du sommet des palmarès radio. Ce titre ne dévoile en fait qu'une infime partie de son premier album, "A l'Envers", publié il y a tout juste quelques mois par les Disques Passeport. La quasi-totalité des onze chansons du disque, de jolies perles pop raffinées à souhait et aux refrains contagieux, ont été composées par Steve Veilleux, de la formation québécoise Kaïn. Au-delà de cette collaboration fructueuse, Marie-Luce Béland confie travailler déjà sur un nouvel album, un disque où apparaîtraient sans doute davantage de chansons de son cru...
Titus - Marie-Luce Béland, votre chanson "Pleine Lune" est, depuis quelques semaines, au sommet du TOP 100 québécois. Quelle est votre réaction face à un tel enthousiasme du public et des critiques ?
Marie-Luce Béland - Je suis complètement surprise ! Je me sens bien... J'attendais une réponse avec impatience et voilà. La bonne nouvelle est arrivée à moi comme une bouffée d'air frais.Titus - J'aimerais que l'on revienne sur votre parcours. Parlez-nous de vos origines et de la façon dont celles-ci influent sur ce que vous êtes aujourd'hui...
Je suis née à Miches, une petite ville de République Dominicaine. Je crois que mon amour de la danse, mon sens du rythme et ma passion de la musique sont de mes racines, j'ai le sang chaud sans aucun doute. J'y suis retournée pour la première fois, l'année dernière, et c'est un vrai spectacle pour les yeux.
Titus - Est-il vrai que vous avez tourné dans des pubs télévisés alors que vous n'étiez qu'un enfant ? Pensez-vous que le fait d'être ainsi, déjà toute jeune, sous le feu des projecteurs, vous a donné la piqûre ?
Je crois que c'est même avant ça ! La première fois que j'ai écouté de la musique ou que j'ai vu un spectacle. C'est devenu aussitôt un besoin d'attention, de divertir, de recevoir cette forme d'amour électrique.Titus - Comment êtes-vous venue à la musique ? J'ai lu que vous aviez commencé à chanter toute jeune au sein d'une chorale ?
Enfant, à l'école, dès la première année, nous avions une classe de musique, de flûte plus précisément. Je me souviens que j'adorais ça ! Nous faisions des chansons en chorale pour le temps des fêtes.
Titus - Vous avez suivi des études musicales ? De quels instruments jouez-vous ?
J'ai fait mon secondaire en concentration musique. Je jouais de la clarinette.
Titus - Quels musiciens ont compté dans votre éducation musicale ?
Jimi Hendrix , Tori Amos, Elvis Costello et tant d'autres...
Titus - Vous étiez paraît-il naturellement attirée par le théâtre, la danse et la musique. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Ils étaient tous des moyens de m'évader. Je suis une fille très sensible, je suis chargée d'émotion, donc ces trois formes d'art me semblaient toutes naturelles.Titus - Je crois que dans votre cas, c'est la rencontre avec Steve Veilleux, de la formation québécoise Kaïn, qui a été déterminante. Steve Veilleux a écrit à lui seul une dizaine de chansons sur votre premier album. Pouvez-vous nous raconter votre rencontre.
Nous avions une amie en commun... Alors qu'elle fêtait son vernissage, elle m'a demandé de chanter pour lui faire plaisir et c'est là que Steve à flashé sur ma voix... Voilà!
Titus - Vous avez été invitée à vous produire en tournée avec Kaïn. Quel souvenir en gardez-vous ?
Un souvenir inoubliable. J'ai beaucoup appris : garder l'attention d'un public qui n'est pas venu pour me voir, gérer le stress, bouger et prendre la place sur scène.Titus - Est-ce au cours de cette tournée que s'est dessiné ce projet de collaboration avec Steve Veilleux et cette idée de premier album ?
Non ! Bien avant, dès notre rencontre, en fait.
Titus - Tout semble avoir été relativement vite par la suite puisque vous êtes entrés en studio dès le printemps 2007... Comment avez-vous travaillé ? Steve Veilleux a-t-il écrit les chansons spécialement pour vous, où avait-il accumulé plusieurs créations de son côté. Avez-vous travaillé ensemble pour peaufiner les morceaux ?
Il les a toutes composées pour moi. Dans un studio, il me les jouait une ou deux fois et c'était une affaire réglée.
Titus - Pouvez-vous nous parler de la chanson Pleine Lune, dont le succès ne se dément pas sur les radios québécoises cet été...Le succès "Pleine Lune" appartient à tous et toutes, c'est une chanson qui porte l'été en elle. Elle parle entre autres de l'envie de voyager, de s'évader, de relaxer.
La vidéo de Pleine Lune, chanson qui s'est maintenue au sommet du TOP 100 québécois plusieurs semaines d'affilée, cet été :
Titus - Pouvez-vous nous dire deux mots de l'équipe qui vous a entouré pour l'enregistrement de l'album, et notamment du réalisateur, Guy Tourville ? Où a-t-il été enregistré, dans quelles conditions ? Une anecdote à raconter ?
Guy est un pionnier. Il est patient, de bon conseil et est en plus extrêmement talentueux. Je suis honoré qu'il ait accepté de collaborer avec moi à mon tout premier album. Nous avons enregistré à son studio, à Montréal, sur la rue Parthenais. Nous avons mis un an à enregistrer. Nous étions très complices; c'était merveilleux. Nous n'avons pas la chance de nous voir souvent, mais je pense souvent à lui et m'ennuie de lui.Titus - Parmi les chansons de l'album, il y a la très belle "Regarde-moi", qui semble un très bel hommage d'une fille à son père. C'est aussi la seule chanson que vous signez sur l'album. J'imagine donc qu'elle est autobiographique...
Oui, elle l'est. Je l'avais écrite à l'occasion de la fête des pères. Je lui ai donc dédié cette chanson, pour moi c'était tout naturel de l'intégrer à l'album.
Titus - Est-ce que cela vous a donné l'envie d'en écrire davantage et, peut-être, d'arriver à écrire un album de A à Z ?
Ha bien oui ! J'y travaille en ce moment. C'est ce que je veux effectivement. Mais pour le premier, j'aimais mieux travailler mon côté interprète.
Marie-Luce Béland dans une performance entièrement acoustique :
Titus - Quels autres thèmes pourriez-vous envisager d'aborder dans vos chansons ?
Tout et rien, la vie vient comme elle vient avec tout ce qu'elle m'inspire... On verra bien.
Titus - Maintenant que l'album est sorti, quels sont vos projets ? Avez-vous notamment des projets de collaboration ?
J'aime mieux réserver les surprises, mais il y a de beaux projets pour moi, oui.
Titus - Avez-vous le projet de venir présenter vos chansons en France ? L'album doit-il sortir prochainement en Europe ?
J'aimerais évidemment ! Passez le message, ha ha ha ! Pour l'instant, il est disponible en importation sur plusieurs sites Internet et sur iTunes à travers l'Europe !
Une vidéo où Marie-Luce Béland dévoile son projet "La Cenne Noire"
@ Photos Monic Richard et DR
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de l'artiste.
Le site La Cenne Noire de Marie-Luce Béland.
Le site MySpace de l'artiste.
Le point de vue de Titus sur le disque.
11:05 Publié dans Rencontres québécoises | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Marie-Luce Béland, Kaïn, pop québécoise, A l'envers, Disques Passeport
11.03.2008
Charles Dubé : "Je refuse l'abîme du pessimisme"
Des "morceaux d'humanité". C'est ainsi que sont souvent décrites, ici et là, les chansons du Québécois Charles Dubé. Avec déjà deux albums à son actif, "Réverbère" et "Sortir de soi", cet auteur-compositeur-interprète qui fut pédopsychologue dans une autre existence, offre une lecture du monde à mille lieues du cynisme ambiant. Mais qui dit optimisme ou "idéalisme serein" ne dit pas forcément guimauve, loin de là. Un goût de liberté, une foi inextinguible en l'avenir traversent de part en part l'univers sensible de Charles Dubé. Dans l'interview qui suit, l'artiste nous révèle ses deux facettes, l'une solitaire, l'autre davantage tournée vers les autres...
En guise d'entrée en matière, voici la vidéo d'"Un ciel pour le soleil", chanson extraite du premier album de Charles Dubé, "Réverbère" sorti en 2004 :
Titus - Charles Dubé, votre album "Sortir de soi" tourne en boucle sur ma chaîne depuis près de deux mois. C'est un disque dont l'optimisme est contagieux et qui fait plutôt du bien par les temps qui courent... Les articles qui ont été publiés à votre sujet vous présentent souvent comme un "idéaliste serein". Cette définition vous sied-elle ?
Je crois que oui. En fait, je suis une personne plutôt optimiste de nature. J’ai souvent l’impression de voir le verre d’eau à moitié plein ;) D’un autre côté, je ne suis pas naïf non plus. Loin de moi l’idée de nier les difficultés de l’existence et des exigences que la vie amène. En fait, les problèmes, je m’en occupe, mais je refuse l’abîme du pessimisme.
Titus - J'ai évoqué votre optimisme. Toutefois, je ne voudrais pas donner l'impression que ce que vous faites se classe dans les produits "rose bonbon". La gravité, la tristesse apparaissent sans arrêt en filigrane dans vos compositions. Vous ne cherchez pas à éluder les difficultés de l'existence; seulement, vous semblez refuser d'y réagir par le cynisme, pourtant si répandu par ailleurs...
Je crois que je suis fondamentalement un humaniste dans la vie et par le fait même dans ma façon d’écrire. Le mouvement existentiel donne du sens à ma perception du monde. Conceptualiser le bien, c’est aussi devoir reconnaître la souffrance… Par ailleurs, il est vrai que le cynisme est répandu et qu’il est en quelque sorte une continuité de l’absence de lien vrai entre les gens. Il amène le regard ailleurs pour ne pas voir combien il est souvent difficile de vivre l’intimité entre nous et avec soi-même (dans cette vie ou tout va de plus en plus vite).
Que le désir d’être avec l’autre est souvent difficile dans un monde ou tout se doit d’être parfait, car être intime doit inévitablement passer par l’obligation d’ouvrir sur sa propre vulnérabilité, sur ses forces et ses faiblesses. Mes chansons cherchent à exprimer la force et la vulnérabilité qui nous habitent, à reconnaître les bonheurs et les difficultés de la vie pour en arriver à célébrer ce qui nous fait du bien et nous unit à la fois.
Titus - Dans vos chansons qu'on décrit souvent comme des "morceaux d'humanité", vous parlez de vie, de mort, de vieillesse, d'amour. Des thèmes finalement indémodables mais que vous abordez avec une sincérité touchante. Je crois que vous avez toujours accordé beaucoup d'importance à cette sincérité de l'artiste, non ?
En effet, il me semble important de rester vrai dans ce que j’appelle «la démarche artistique». Je trouve plus de plaisir à chanter des choses que je ressens et qui me ressemblent. De plus, je perçois une plus grande réaction chez les gens face à mes chansons, comme s’ils s’y retrouvaient. On demeure tous humains après tout...
Titus - J'aimerais qu'on revienne un moment sur le milieu où vous avez grandi. En préparant cette interview, je me suis un peu égaré en lisant le portrait de Charles-Edgar Dubé que vous publiez sur votre site MySpace. Je me suis amusé à faire le tri, car au-delà de ce portrait un peu fantaisiste de poète maudit, j'imagine qu'il y a quelques détails véridiques. Par exemple votre naissance en 1975 à Sainte-Adèle, au Québec, peut-être ?
En effet, je suis né à Sainte-Adèle, au Québec. Un pays de neige, de montagnes et de jours d’été ensoleillés. J’y ai passé une enfance extraordinaire à jouer dans la forêt, à pêcher la truite avec mon frère plus vieux, et à découvrir un univers à travers les livres que mes parents nous fournissaient à la maison.
Titus - Votre mère pianiste est-elle celle qui vous a inculqué la musique ?
D’abord, ma mère est une femme extraordinaire. Elle a toujours été ouverte sur le monde autour d’elle. Pianiste, peintre, professeur de théâtre et de français, elle m’a transmis son optimisme, son amour de la vie et son goût pour l’art et la musique.
Titus - Votre père, mathématicien diplômé de littérature vous a quant à lui transmis sa passion des livres ?
Mon père est le pôle rationnel de la maison, mais il est aussi très ouvert. Il aime le «savoir» et excelle dans l’art de le transmettre. Il a toujours aimé regarder peindre ma mère ou l’écouter jouer du piano en lisant et en rêvassant. La poésie, la musique et la littérature ont toujours occupé une place importante pour mes parents, alors jouer de la guitare pour moi, et chercher à faire carrière dans ce domaine était également encouragé. Paradoxalement, j’ai d’abord cherché à étudier, passant bon nombre d’années à l’école pour ensuite aller vers la musique.
La chanson "La marée", extraite de l'album "Réverbère" :
Titus - Quelles ont été vos influences les plus marquantes, tant d'un point de vue littéraire que musical ? J'ai lu que vous étiez un fervent lecteur de Saint-Exupéry, est-ce vrai ?
J’adore la littérature et mon style d’écriture y trouve ses racines. Les auteurs comme Réjean Ducharme, Camus, St-Exupéry et Paul Auster sont mes préférés. J’affectionne la façon qu’ils ont de me faire rêver et le style qu’ils utilisent, chacun à leur manière, pour décrire la vie en soi et autour de soi. En musique, je crois que Richard Desjardins, Manu Chao et Bob Marley sont mes influences les plus notables. En fait, j’adore la sincérité de leur démarche, la profondeur qu’ils ont et cette grande humanité qui les caractérise tous les trois.
Titus - Vous avez étudié les sciences humaines, une sensibilité qui traverse aujourd'hui votre oeuvre, non ?
En effet, les gens sont au cœur de l’existence. Être avec soi et avec ceux qui nous entourent est la seule chose qui reste vraiment au bout de cette vie.
Titus - Avant de devenir musicien, vous avez exercé en tant que pédopsychologue pendant une dizaine d'années. Avez-vous jamais hésité entre une carrière artistique et cette autre voie ?
J’ai toujours aimé l’école, alors y faire mon chemin a été quelque chose de plaisant et de valorisant pour moi. La rencontre avec la compréhension de l’être humain et finir par aider des enfants souffrants et parfois perdus dans la vie, était pour moi passionnant. Par ailleurs, je suis arrivé un jour à sentir le besoin d’exprimer des choses et à laisser aller cette partie créatrice de moi qui cherchait la lumière. J’ai fait ce que je partageais en clinique… Je me suis laissé aller à ce qui cherchait à vivre en moi, et j’ai choisi la musique. Même si parfois il est difficile de rester sur ce chemin, j’y trouve encore énormément de bonheur.
Titus - J'ai lu que vous avez été art-thérapeute. Utilisiez-vous tous les arts dans cette pratique, ou essentiellement la musique ?
Jamais en ce qui a trait à la musique. Les médiums de travail utilisés sont le jeu de sable, la terre glaise, le plâtre et tout ce qui permet de construire quelque chose qui cherche à s’exprimer.
Titus - Parallèlement à votre métier, la musique était déjà un élément essentiel de votre vie. Pouvez-vous nous parler de votre premier public ?
Le premier public que j’ai connu est d’abord relié au théâtre. J’ai commencé sur les planches par cette forme d’art que j’ai beaucoup aimé et qui me plaît encore. Par la suite, les premières rencontres musicales avec un auditoire sont venues à l’université. J’avais un groupe de musique où je chantais et jouais de la guitare. Nous animions les fêtes des diverses facultés avec grand plaisir.
Titus - En 2001, vous avez participé au challenge "Relève" de Repentigny où vous avez décroché le premier prix. Est-ce que c'est votre entourage, votre premier public, qui vous a ainsi poussé à présenter vos chansons à un concours, ou aviez-vous le sentiment qu'il était temps de passer à la vitesse supérieure ?
Je souhaitais simplement présenter mes chansons et voir la réaction des gens. J’avais en même temps peur de le faire, d’être jugé par un public que je ne connaissais pas. Il y a toujours une dimension de pudeur dans le fait de livrer une partie de soi sur une scène. J’ai été très heureux du résultat et je crois que ça été le début de quelque chose qui existe encore aujourd’hui.
Titus - Ce premier succès aura une conséquence directe : celle de vous voir assurer quelques premières parties prestigieuses : Michel Pagliaro, Kevin Parent ou Laurence Jalbert. Mais je crois que la toute première opportunité d'assurer une première partie fut avec les Frères à ch'val...
Ces premières parties ont été mon école en fait. Regarder ces artistes travailler sur la scène et surtout en arrière-scène a été très important pour moi. Ces expériences ont été le départ dans un métier qui m’était encore inconnu. C’est aussi un travail que d’être sur scène et, comme tout métier, on doit vivre ce quotidien pour ensuite trouver sa façon de faire.
Titus - Les musiciens que vous aviez choisis à l'époque sont encore ceux qui vous accompagnent aujourd'hui. N'est-ce pas une indication de l'importance que vous accordez à l'amitié, et à la fidélité en amitié ?
Le hasard fait souvent bien les choses… En fait, cette rencontre musicale m’a permis d’ouvrir sur un monde que je ne connaissais pas. Rencontrer des gens formidables, ouverts et talentueux. Jouer d’une façon régulière avec les mêmes personnes amène inévitablement, des amitiés qui rendent possible la complicité sur la scène. De plus, je me rends compte que les gens ressentent cette complicité dans un spectacle. Cette relation sur scène, donne encore plus de puissance à cette rencontre entre l’artiste et le public.
Titus - En 2004, votre premier album "Réverbère" paraît, un disque pour lequel vous étiez bien entouré puisqu'on compte, parmi vos collaborateurs, le fameux guitariste montréalais Rick Haworth, un réalisateur associé à la plupart des belles découvertes musicales des deux dernières décennies au Québec...
C’est vrai que Rick a été très important pour "Réverbère". Il m’a aidé à me définir comme artiste et son talent a contribué à la construction et au succès de cet album.
Titus - Ce premier album a immédiatement fait sensation au Québec. Avez-vous eu le sentiment qu'un tourbillon, soudain, vous emportait, vous qui aviez toujours baigné dans la musique sans vraiment chercher à en faire carrière ?
Les tourbillons nous emportent toujours…, quelquefois plus loin qu’on pense. "Réverbère" a été très enivrant pour moi. J’ai connu l’industrie à la puissance «ça va vite» ;) J’ai presque uniquement de bons souvenirs de l’album et de la tournée qui en a suivi.
Titus - Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la chanson "Réverbère", extraite de l'album éponyme ?
J’ai composé cette chanson après être revenu d’une fête avec des amis. Ayant perdu mon chemin dans un parc, j’ai vu un réverbère au loin qui éclairait le chemin du retour. J’ai marché dans sa direction et arrivé sous sa lumière, il y avait une grosse roche sur laquelle il y avait d’inscrit «On est mieux d’apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons tous mourir ensemble comme des idiots », une phrase de Martin Luther-King. Pendant le reste de mon retour, j’ai réfléchi à cette citation. Quelque temps plus tard, Al Qaïda attaquait les États-Unis. J’étais partagé entre la peine pour ces gens tués dans les tours et celle pour les 25.000 personnes décédées en Irak cette même année, à cause de l’embargo américain. Les quatre oiseaux de la chanson sont en fait les quatre avions attaquant le sol américain. J’ai donc écrit cette chanson en pensant à Luther-King et sa citation.
La vidéo de "Réverbère" :
Titus - Votre second album, "Sortir de soi", a été publié il y a quelques mois. Dites-moi si je me trompe, mais j'ai un peu le sentiment que cet album est une émanation directe de votre être, avec ses deux facettes, l'une ouverte sur le monde et les rencontres, et l'autre, plus solitaire et intimiste. Une facette enjouée, fraîche, où les refrains optimistes à l'image de votre chanson "Etre bien" s'enchaînent, et puis une facette plus intérieure, posée, comme dans "L'Etang".
J’aime ce parallèle que vous faites entre cet album et ma personnalité. On y retrouve en effet, ce désir de rencontrer les autres tout en partageant mon besoin de solitude. Sortir de soi vient de là. La rencontre avec l’autre est nécessaire pour faire du sens dans cette vie. Mais, pour aller vers l’autre, il faut aussi se connaître, avoir défini ses frontières afin de trouver l’espace pour cette rencontre.
Titus - Pour l'enregistrement de "Sortir de soi", vous étiez là-encore très bien entouré puisque l'album a été réalisé par François Lalonde, bien connu pour son travail avec Lhasa ou DobaCaracol... Pouvez-vous nous raconter votre rencontre et la manière dont s'est faite cette collaboration ?
Cette rencontre avec François a été soudaine et imprévue. Il était trop occupé pour travailler à l’album et j’avais décidé de commencer seul. Il m’a rappelé pour me dire qu’il était disponible et intéressé. Le reste c’est la vie. On a eu beaucoup de plaisir à le faire. A trouver la direction et l’intention.
Titus - Vous avez été remarqué au festival de Pully-Lavaux, en Suisse, d'où vous avez rapporté le prix Guy-Bel du meilleur auteur-compositeur-interprète. S'agissait-il de votre première incursion sur le continent européen ?
J’ai remporté ce prix en juin 2006. Formidable expérience… J’ai joué à Nantes, en Bretagne et à Paris également. Les gens en Europe comprennent ce que je chante et semblent touchés par l’émotion de mes chansons. Pour un artiste, c’est une chose formidable. Pour l’instant, il n’y a que Pully… mais j’espère qu’il y en aura d’autres.
Titus - En matière de proximité, vous vous posez en exemple. Votre site Internet donne ainsi la possibilité à vos fans d'être en relation quasi permanente avec leur artiste préféré. Vous avez appelé cette partie de votre site La Passerelle, qui s'avère un espace privilégié d'échange et de dialogue où l'on peut notamment découvrir vos suggestions musicales et littéraires... C'est une idée vraiment originale...
La passerelle permet en effet de rester en contact avec ceux qui s’intéressent à ce que je fais. C’est aussi un lieu de partage qui favorise l’échange entre le public et moi. J’adore cette possibilité, car souvent les gens ont besoin de dire certaines choses, qu’après un spectacle, ils n’ont pas le temps de partager.
Titus - En écoutant le morceau "Mon étoile", une très belle chanson écrite par un père pour son fils ou sa fille, j'ai eu envie de vous demander si vous aviez des enfants et si cette chanson avait été écrite pour lui ou elle ?
Cette chanson a été écrite pour mes deux fils que j’adore et qui me permettent de devenir meilleur à tous les jours. Ils sont mes racines les plus profondes dans cette vie. Ils représentent le lien et la vie dans son ensemble.
Titus - On a parlé d'optimisme au début de notre interview. Plusieurs chansons de votre album évoquent l'espoir, à l'instar de "Trouver le jour", "Cadence", "L'univers" ou "Etre bien". Pouvez-vous nous dire deux mots sur cette dernière et le tournage de la vidéo ?
Être bien est une chanson qui parle de la décision d’aller vers l’avant, de choisir d’être heureux. Je crois que notre bonheur réside dans une forme de choix, celui de décider de regarder là où il y a de la lumière. La vidéo parle de ce concept. J’ai cherché à faire en sorte que l’on puisse sentir ce mouvement vers l’avant. Laisser tomber ce qui nous rend triste et lourd (la voiture qui tombe) pour aller vers les autres.
La chanson "Etre bien", premier single du second album de Charles Dubé :
Titus - Le site Web de Radio Canada vous consacre un bel espace. Dans votre boîte à secrets, on découvre, dans les choses qui vous gênent, que vous adorez les flamands roses... C'est un nouvel exemple de votre sens de l'humour ou une réelle passion insolite ?
Un peu des deux… J’aime bien tourner en dérision mes travers et mes contradictions. Je crois que c’est dans les choses simples de la vie que l’on existe vraiment.
Titus - L'année 2008 sera-t-elle principalement consacrée à la promo de votre nouvel album et à la scène ou prévoyez-vous déjà de retourner en studio ?
L’année 2008 sera consacrée à la promotion de l’album «Sortir de soi» et par une tournée de spectacles, qui a débuté en octobre 2007. De plus, j’ai plein d’idées dans la tête et je souhaite, à l’automne 2008, retourner en studio pour tenter quelque chose. Semer la terre, et un jour, sous le vent, voir danser le blé...
(Photos : Anouk Lessard et DR).
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de Charles Dubé.
Le site MySpace de l'artiste.
La page consacrée à l'artiste sur le site de Tacca Musique.
12:15 Publié dans Rencontres québécoises | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Charles Dubé, chanson québécoise, Sortir de soi, Tacca Musique
28.12.2007
Sylvie Paquette : "J'aime les musiques inspirées"
Tout à la fois intense et fragile, la trop discrète Sylvie Paquette poursuit, depuis 1993, un cheminement d'une grande cohérence artistique. A l'époque où nous l'avons rencontrée, l'auteur-compositeur-interprète québécoise venait de publier son premier album, Soul'Propos. Deux autres ont suivi, toujours dans la même veine folk-rock, notamment Oser, en 1997, qui lui a valu le prix Félix-Leclerc de la chanson aux Francofolies de Montréal. Autre jalon, son passage sur la grande scène des Francofolies de La Rochelle, entre Rachid Taha et Louise Attaque, "l'un de mes plus beaux souvenirs de musicienne"... Alors que vient de sortir son quatrième album (pour lequel elle s'est notamment entourée de Daniel Bélanger), nous vous proposons un retour sur notre rencontre avec Sylvie Paquette en 1993, interview qui laissait déjà entrevoir une personnalité fort singulière.
Titus - Sylvie, il y a beaucoup de choses à dire sur ton cheminement. Ton premier album, "Soul'Propos", est sorti au mois de mars (1993, ndr), mais on est frappé par sa maturité. Est-ce vrai qu'il y a eu dix ans de travail avant de publier ce premier disque ?
Titus - La critique dans son ensemble a salué la sortie de ce premier album. La qualité des textes, des compositions, le jeu de guitare...
Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :
Oui, je ne me considère pas comme une technicienne de la musique. Mais ce que j'ai développé avec les années, c'est un style personnel à la guitare, et dans ma façon d'écrire. C'est sûr que quand j'ai lu ces critiques, j'étais ravie. Je pense que mon style s'est développé grâce à l'expérience...
Titus - Y-a-t-il eu des rencontres marquantes au fil des ans ?
Titus - Ca vaut la peine d'attendre, parfois...
Oui, ça vaut la peine d'attendre... Par contre, si c'était à refaire, je ne sais pas si j'en aurais le courage parce qu'il y a eu des moments difficiles, avec de grandes remises en question périodiques. Je commençais à m'essouffler de me représenter exclusivement dans les bars. L'effort n'aura pas été vain en fin de compte...
Titus - Dans cet album, on entend du rock du blues, du rhythm'n blues, du reggae même. Quelles ont été tes influences ?
Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :
Titus - On parle d'influences, mais ton album m'impressionne en fait par son caractère singulier. On sent une empreinte personnelle très forte.
Ecouter la réponse de Sylvie Paquette, sur CINN FM :
Ecouter un extrait de l'album Soul'Propos, la chanson Taxi reggae :
Titus - Rick Haworth est très présent dans la plupart des productions montréalaises actuelles, qu'il s'agisse de Paul Piché, Michel Rivard ou d'autres. Malgré tout, je n'ai pas l'impression que son empreinte soit ici fondamentale. Il vous a laissé beaucoup de liberté, non ?
Titus - Ce premier album est fort réussi. Que nous prépares-tu pour la suite ?
Titus - Du fait de l'absence d'artifices dans la production, j'imagine que la transposition de ce premier album sur scène a été relativement aisée, non ?
Titus - Pour conclure cette interview, peux-tu nous dire deux mots sur la chanson "Je crois", l'une des très belles ballades folk de Soul'Propos ?
Je l'appelle ma chanson de lumière. Elle m'a fait beaucoup de bien quand je l'ai composée. Je l'ai écrite avec Luc De Larochellière.
Ecouter un extrait de la chanson "Je crois" :
Soul'Propos (1993)
Oser (1997)
Souvenirs de trois (2000)
Tam-Tam (2007)
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de Sylvie Paquette
Le site MySpace de l'artiste
08:30 Publié dans Rencontres québécoises | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sylvie Paquette, Québec, chanson, Rick Haworth, Soul'propos, Souvenirs de trois, folk-rock
25.06.2007
Edgar Bori : "La planète, un immense marché aux puces"
Certains comparent sa voix à Sylvain Lelièvre; d'autres citent plutôt Reggiani ou Lama. En réalité, l'auteur compositeur interprète québécois Edgar Bori a su imposer un style qui n'appartient qu'à lui ! Pourtant, rien ne semblait gagné d'avance pour ce "chanteur de l'ombre", dont le visage n'apparaît jamais sur les pochettes de disques, et qui se retranche, sur scène, derrière un masque. Certains s'en étonneront peut-être, mais comme vous le constaterez en découvrant l'interview qui suit, réalisée peu après la sortie de son tout premier album, Edgar Bori est un enfant du théâtre... Depuis notre rencontre, en 1994, Edgar Bori a poursuivi son bonhomme de chemin : pas moins de six albums ont vu le jour dans la foulée de "Vire et valse la vie", dont le fameux "Ce monde poutt poutt" publié au printemps 2006, que le quotidien Le Devoir a qualifié de "salutaire guide de survie dans un monde qui sent la catastrophe".
Ci-dessous, le très beau film d'animation réalisé par Stéphan Lorti sur la chanson "Ce monde poutt poutt", extraite du dernier album d'Edgar Bori :
Titus - Avez-vous le sentiment d'avoir été trop longtemps un secret bien gardé au Québec ?
Edgar Bori - Pas vraiment, parce qu'on a commencé seulement à compter de 1991 à écrire nos chansons et "Vire et valse la vie" est le premier album qu'on sort. C'est un jeune bébé. Pour nous, c'est le début seulement...
Titus - Ca paraît extraordinaire, parce que lorsqu'on vous écoute, on ne peut qu'être surpris de la maturité des textes, de la richesse des arrangements musicaux... Tout cela nous rend évidemment un peu curieux sur votre parcours. On va y venir, mais j'aimerais que vous nous disiez d'abord la place qu'occupe l'humour dans vos chansons.
Je pense que c'est difficile d'utiliser la tragédie pure pour exprimer des sentiments de désarroi ou de détresse. Alors, on essaie - je dis "on" parce qu'on est plusieurs auteurs ! - , on essaie toujours de garder le côté "drôle" des difficultés. S'il fallait tout prendre au pied de la lettre, je pense qu'on se coucherait dans nos tombes assez rapidement !
Titus - On dirait que c'est une forme de soupape qui permet de garder un sens dans un monde que vous dépeignez par ailleurs assez durement !
Exactement ! La seule façon pour moi de s'en sortir, c'est de garder un côté ironique. C'est peut-être des fois un peu noir, quand même...
Titus - Un peu cynique, aussi ?
Certainement, mais ça fait partie de moi. C'est la façon dont je me suis toujours exprimé. En accord avec les gens avec qui on écrit, on va dans le sens de ce qu'on ressent. On prend beaucoup de temps pour exprimer ces sentiments-là en quelques phrases. Des sentiments enfouis, cachés, profonds, qu'on essaye d'aller mettre en lumière. Car chacun a en lui-même des moments de questionnement... C'est peut-être notre premier album, mais on écrit des textes depuis toujours ! On vient du milieu du théâtre et on a toujours travaillé dans l'écriture et la musique, mais en coulisses. Jamais on n'avait pensé qu'un jour on ferait un album.... C'est un rêve, finalement, qu'on a décidé de réaliser.
Titus - Un rêve qui prend corps, effectivement, avec ce premier album dont on va parler, "Vire et valse la vie". On parlait d'humour à l'instant : vous semblez manier jeux de mots et calembours avec un certain ravissement...
Ca ne vient pas tout seul. Ca vient d'un goût qu'on a de s'assurer que chaque mot, chaque phrase, chaque idée, se marie à l'autre. Alors on travaille assez fort sur les textes, avec beaucoup de recul. Ca a pris quand même deux ans et demi ou trois ans pour sélectionner, travailler, fignoler ces textes-là, jusque dans les dernières minutes où les "ce", les "le", tous les articles prennent de l'importance. Jusqu'à ce qu'on soit en accord avec chacun des mots et chacun des sentiments exprimés. Le seuil d'exigence est élevé car il faut que ça plaise à nos oreilles, et il ne faut pas qu'on s'en tanne facilement ! C'est ce qui fait que les gens, lors d'écoutes successives, rédécouvrent des choses en explorant les différentes strates des morceaux.
Titus - Une chose m'a frappé : vos textes se lisent tout autant qu'ils se chantent ! On éprouve un certain plaisir à relire vos mots parce qu'on y découvre toutes les subtilités de la langue ! Est-ce l'écriture qui vous a amené à la chanson ?
Ecouter la réponse d'Edgar Bori, dans Calypso, sur CINN FM :
Ca s'est toujours fait. Depuis l'adolescence, j'ai toujours eu une guitare à la main ou la main sur le piano. J'ai fait des études de musique à Vincent-d'Indy. Tranquillement pas vite, j'ai fait mon bonhomme de chemin, mais ça n'était pas une façon de gagner sa vie ! A un moment donné, en approchant la quarantaine - puisqu'il faut tout confier -, je pense que le poids des choses a pris de la place et il a fallu se rendre à l'évidence que si je ne plongeais pas dans la musique et l'écriture, ce qui était mon dada, mon hobby, je ne pourrais pas être parfaitement heureux. Et ça commence à aller bien depuis qu'on a réalisé cet album !
Titus - Vous parliez de théâtre précédemment... Pouvez-vous nous dire ce que vous y faisiez ?
J'étais dans les coulisses, essentiellement... J'ai été producteur; j'ai fait de la production de spectacles dans les théâtres d'été. J'ai été élevé dans une famille où les amis étaient issus du théâtre. J'ai été longtemps dans les coulisses à faire de l'éclairage, de l'assistance à la mise en scène. Toutes sortes de positions qui ne mettaient pas mon nom en évidence. Je n'ai jamais voulu être à l'avant plan ni au premier plan. J'ai aussi fait de la scène, un petit peu, mais ce côté-là, j'en parle moins parce que je n'étais pas vraiment intéressé ou stimulé. En fait, j'avais un grand problème à prendre du plaisir sur scène. Par contre, de l'autre côté du rideau, j'étais très à l'aise. Mais avec les années qui passent, on finit par accepter qu'un jour, il va peut-être falloir montrer le bout de son nez ! Je me suis dit qu'on allait commencer par faire un album. On va maintenant le faire entendre aux gens et on va bâtir, autour de ça, un personnage qu'on va habiller et qu'on va mettre sur scène...
Titus - Il y a aussi un côté chroniqueur de la vie quotidienne dans vos chansons, non ? On peut prendre l'exemple de "Marché aux puces"... Vous avez un grand sens de l'observation.
Ce sont des choses qui nous frappent. Si on parle de cette chanson-là, je me souviens du jour où je suis allé pour la première fois dans un marché aux puces. Je crois que ça a été la chanson la plus simple à faire sur l'album. C'est une description pure et simple, "à la Bori", avec cette façon que j'ai de jouer avec les mots. J'y évoque les sentiments des gens qui sont là pour l'argent et qui troquent les illusions d'amitié avec les affaires. J'accompagnais une amie qui cherchait une paire de lunettes de soleil. En arrivant là, je suis tombé à la renverse : ça n'avait aucun bon sens et c'est l'impression qui m'est restée. On a quand même essayé d'y ajouter une autre dimension. Le marché aux puces, on peut l'appliquer à toute la planète, finalement, si on regarde de plus loin...
Titus - Vous rappelez-vous du jour où vous avez touché un instrument pour la toute première fois ?
J'ai commencé au piano vers l'âge de 7 ans. J'ai fait trois années de musique à l'école de Vincent-d'Indy. Mais la rigidité de l'enseignement à ce moment-là était trop grande pour moi. J'aimais mieux aller jouer avec des amis. J'ai fait du violon par la suite, pendant deux ans. C'est ce qui a constitué ma formation musicale à la base. Adolescent, j'ai ramassé la première guitare à six cordes qui traînait dans un coin, et j'ai commencé, comme beaucoup, à gratter ça et à participer à des tournées avec des amis qui faisaient de la musique. J'ai commencé à composer à ce moment-là... Tout le long de ma vie sociale, la guitare et le piano m'ont toujours suivi. J'entassais des chansons, des refrains sur des papiers ou des cassettes. A un moment donné, je me suis dit qu'il était temps de les réaliser... Le chemin a pris du temps. C'est seulement au milieu de la trentaine que j'ai décidé de terminer plusieurs chansons qui étaient inachevées.
Titus - On a beaucoup parlé de vos textes, mais peu finalement, des musiques que vous composez. Pourtant, elles méritent tout autant qu'on s'y attarde : vous semblez avoir le goût des variations car chaque chanson est une mosaïque de couleurs, de rythmes, de refrains, et vous n'hésitez pas à varier les genres...
Ca vient en même temps qu'on écrit les mots. Malgré mes études de musique, je n'ai pas de grandes facilités à écrire des partitions. Alors, on s'est muni d'un studio doté d'un échantillonneur de sons qui est un bon outil pour un créateur solitaire. Ca permet de se bâtir une orchestration intéressante. Un peu à l'image d'un disque que j'ai beaucoup entendu quand j'étais petit, "Pierre et le loup". On s'est laissé porter par les sons qu'on découvrait : ceux qu'on aimait, ceux qui se mariaient bien avec nos propos... En fait, notre musique se veut comme un éclairage pour les textes. C'est une manière de mettre les mots en lumière, d'enrober les phrases importantes et les couplets. Même s'il faut bien sûr laisser la place aux mots !
Titus - Beaucoup de chanteurs à texte ont tendance à sacrifier la musique au profit du texte, mais dans votre cas, c'est vrai qu'on observe une alchimie étonnante, pour ne pas dire détonante, entre les mots et la musique !
On y va avec l'émotion du moment. On écrit les textes, on les corrige et on les travaille au fur et à mesure. Souvent, si je prends la deuxième plage, "Urbain", on part d'une histoire qu'on déroule. Et tout en la faisant, de phrase à phrase, on écrit la mélodie et on l'enrobe immédiatement. C'est pas prendre un refrain comme "Au clair de la lune", et ensuite écrire des arrangements complets. C'est très difficile pour nous de faire ça. On fait tout en même temps et c'est peut-être pour ça que ça se tient ! Mais si on avait été soumis aux exigences du marché par une compagnie de disques désireuse de faire rapidement des sous avec le produit, on n'aurait pas pu travailler comme ça ! Quand on soumis des démos à des compagnies, toutes nous ont dit que ça avait de la valeur, mais que ça n'aurait pas d'impact sur le marché...
Titus - Ca a dû être frustrant pour vous, non ? Après tout le travail effectué...
A ce moment-là, on a décidé de produire à compte d'auteur... Au dos de l'album, on publie une liste de remerciements : il doit y avoir une centaine de noms de personnes qui nous ont épaulés pour couvrir les frais de la réalisation de l'album et de la mise en marché. Ce qui est arrivé, étrangement, c'est que quelques stations de radio, comme la vôtre par exemple, ont commencé à diffuser l'album et il y a eu une réponse du public ! Et ne serait-ce qu'à Québec, il y a eu 500 copies de l'album à s'arracher très rapidement sans véritable promotion.
Ecouter la réponse d'Edgar Bori dans Calypso, sur CINN FM :
Le bouche à oreille a été rapide. Les gens ont aimé ça. Et c'est à ce moment-là que les grosses compagnies, se faisant un peu damer le pion, se sont dit que si un seul disquaire en vend 500 copies sur une période de deux mois, c'est que quelque chose est en train de se passer avec ce produit-là ! De fil en aiguille, la petite vente souterraine a fait son chemin et les compagnies de distribution nous ont approchés pour signer notre produit. Nous avons maintenant un contrat pour trois albums. En fin de compte, c'est le public qui décide ! C'est intéressant de voir qu'il y a, au sein du public, des gens qui s'ennuient des chansons à texte, comme nous on s'ennuie d'ailleurs, c'est pour ça qu'on a voulu faire ça... Moi, j'ai été élevé avec Brel, Brassens, Ferré, beaucoup de chanteurs français en plus de tous les chanteurs québécois bien sûr, Charlebois, Vignault, Léveillé ! Donc, c'étaient des chansons où on s'accrochait aux paroles et à l'histoire. On les vivait de l'intérieur. Aujourd'hui, la musique a pris beaucoup de place, et je comprends que la voix du chanteur est devenue comme un autre instrument dans l'orchestration et les mots finalement, dans les chansons qu'on entend couramment à la radio, sont des chansons dont on voit facilement le bout après quelques écoutes...
Titus - Dans certaines critiques, on a comparé votre style musical au cabaret ou au répertoire musical du cirque. Vous y voyez quelque chose de conscient ?
Oui, le cirque m'a toujours fasciné. Les clowns, les trapèzes, les éclairages; la féerie, finalement... A l'intérieur d'un chapiteau, on se promène à travers toutes sortes de mondes : les éléphants, les dompteurs... Mais je reviens aux clowns et aux côtés absurde ou triste que les clowns véhiculent... Dans notre histoire du personnage, Edgar Bori, c'est un gars qui a passé longtemps le balai sur les pistes où les éléphants ont donné leur numéro. C'est lui qui balayait la poussière après que la foule ait quitté le chapiteau...
Titus - C'est très beau, ce que vous dites... Ca rejoint ce qu'on disait sur l'humour. C'est vrai que le clown est un personnage rocambolesque sur scène; il peut être aussi le personnage le plus triste du cirque, non ?
C'est des personnages, comme beaucoup de gens dans le milieu du spectacle, qui après leur spectacle sont très seuls. La médaille a toujours son revers, et le cirque, c'est ça aussi ! C'est à la fois la féerie et la misère que les gens du cirque ont vécue à travers les temps. Sur la jaquette de notre album "Vire et valse la vie" (ci-contre), le lettrage de Bori a été fait à l'image du cirque "Barnum & Bailey".
Titus - Vous utilisez des instruments qui ne sont pas utilisés, à proprement parler, par tous les chanteurs contemporains : xylophone, hautbois, tuba, accordéon. Le mélange crée une ambiance intéressante...
Oui, j'ai toujours aimé les orchestres ambulants, comme ceux du cirque ou du théâtre, avec des hautbois, des tubas, des trombones... Ils ne sont pas là en permanence, mais ils sont là pour créer des climats, des atmosphères bien intéressantes. On voulait pas traîner avec nous une orchestration, un "band" de quarante musiciens. On utilisera un échantillonneur... Lorsque nous présenterons nos chansons sur une scène, le spectacle s'orientera davantage vers la forme d'une revue musicale; il s'apparentera plus au milieu du théâtre qu'à un one-man show avec un micro et tout un orchestre sur scène ! Chaque chanson sera une scène, une section du spectacle qui sera représentée dans un monde imaginaire...
Titus - A plusieurs reprises, vous avez mentionné que vous travailliez en équipe. J'ai noté les prénoms de Gustave et Gaspard, qui reviennent à plusieurs reprises, à la fois pour les textes et la musique... Ce sont des coéquipiers ?
Tout à fait ! Au tout début, quand j'ai décidé de soumettre les embryons de textes et de musiques à des amis, je voulais pas les chanter moi-même. Alors, je suis allé voir des gens pour essayer de me trouver un chanteur, finalement. Et c'est là qu'on m'a dit : "Mais, non, il faut que tu les chantes !" Et là, on s'est mis à travailler avec ces gens-là qui m'ont conseillé, des gens en qui j'avais une grande confiance : un metteur en scène et des comédiens de métier... Ces gens-là ont utilisé des pseudonymes, les prénoms de Gustave et Gaspard, pour masquer leur identité réelle puisque, dans le monde du théâtre, lorsque vous êtes identifié à un auteur, les offres de rôle se mettent à disparaître comme par enchantement. Les gens ont tendance à cataloguer les écrivains comme des écrivains, les auteurs comme des auteurs, et les comédiens comme des comédiens. C'était donc la raison. Sans compter qu'il était plus facile, aussi, pour ces gens-là, d'écrire des choses qui font parfois mal sans pouvoir être identifié... C'est un phénomène étrange, mais les gens qui sont habitués à passer par un personnage pour dire des choses se sentent plus à l'aise de cette façon... C'est pourquoi vous ne connaîtrez pas l'identité réelle des vrais auteurs avant un certain temps. On s'est dit : "Laissons durer le suspense et amusons-nous. On ne fait pas ça pour agacer les gens non plus ; on fait ça pour avoir du plaisir !
Ecouter la bande annonce de l'émission Calypso consacrée à l'interview d'Edgar Bori :
D'autres lectures passionnantes sur Edgar Bori :
Le Polyscope
Radio Canada
17:44 Publié dans Rencontres québécoises | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Québec, Edgar Bori, chanson québécoise, Ce monde poutt poutt, Le Devoir
16.11.2006
Térez Montcalm : "Le public est prêt à entendre quelque chose de nouveau !"
Une voix à la Janis Joplin, l'énergie d'un James Brown... La chanteuse québécoise Térez Montcalm, qui a publié cette année (en collaboration avec l'ex-guitariste de la célèbre formation jazz québécoise Uzeb, Michel Cusson), le premier d'une série de cinq albums en anglais, "Voodoo", était l'invitée de Calypso, sur CINN FM, à l'occasion de la sortie de son tout premier album en solo, "Risque", en 1994.
Titus - Il m'a semblé, en lisant tout ce qu'on dit sur toi, que tu n'es pas du genre à faire des compromis.
Térez Montcalm - Tu ne te trompes pas du tout. C'est très important que je me sente à l'aise de chanter sur une musique qui me correspond. De respecter aussi le son acoustique. Tous les instruments, dans un band, ont leur importance, mais c'est la contrebasse qui me fait chanter avant tout.
Titus - Il y a eu des propositions de Sony que tu as rejetées. Tu avais même débuté un album en 1992, un album qui est resté en plan, si j'ai bien compris...
Térez Montcalm - Les gens n'étaient pas capables de respecter le son que je voulais. Ils disaient que ce n'était pas un produit assez commercial, et qu'il fallait absolument rajeunir le son. L'autre trouble que j'ai eu, c'est avec des producteurs. Si j'avais continué avec certains d'entre eux, j'aurais eu de sérieux problèmes. C'étaient pas des gens très honnêtes.
Titus - Tu as donc patienté, jusqu'à ce qu'un contrat te permette d'avoir le champ libre...
Térez Montcalm - Avec la persévérance, on arrive à ce qu'on veut. Il faut faire ce qu'on aime. Moi, l'album, avant tout, je l'ai fait sincèrement pour moi. C'est évident que si le public l'aime, je suis très très heureuse, mais c'est important que je me fasse plaisir. C'est pas une job que je fais; moi, je m'amuse. Si je ne suis pas bien en faisant ce que je fais, je ne vois pas la nécessité de le faire du tout.
Titus - Ce contrat, tu l'as obtenu avec BMG, comme quoi tout vient à point à qui sait attendre... Les perdants, dans tout ça, c'est nous, les auditeurs, car ça fait longtemps qu'on aurait dû te découvrir...
Térez Montcalm - Peut-être que je n'étais pas prête, non plus. Tout le monde dit que c'est à 30 ans qu'une chanteuse ou un chanteur commence vraiment à faire carrière sérieusement dans son domaine. Moi, j'ai 31 ans, c'est un bon timing, tu trouves pas ?
Titus - En tout cas, on ne regrettera sûrement pas d'avoir attendu, s'il avait fallu que tu fasses le sacrifice de toutes tes bonnes idées pour pouvoir être produite ! J'imagine que tu as dû tout de même avoir quelques moments de découragement, non ? Lorsqu'on a la conviction intime qu'on détient un produit unique à faire connaître, et que ça ne va pas comme on veut, la patience s'impose...
Térez Montcalm - Tu ne me croirais pas si je te disais à quel point je suis patiente. Je suis très très patiente. C'est sûr qu'il y a eu des moments de découragement, mais je n'ai jamais songé pour autant à tout lâcher. Pas une seule fois. Je savais très bien qu'à un moment donné, je le ferais, cet album-là. Le public, je le sens de plus en plus prêt à entendre quelque chose de nouveau et de frais. Souvent, les compagnies de disque prennent le public pour des caves, et ce n'est pas le cas du tout. Le public est prêt à entendre quelque chose de nouveau, et puis me voilà.
Ecouter Térez Montcalm dans Calypso, sur CINN FM :
Titus - Revenons quelques années en arrière, au moment où ta maman te faisait faire le tour des concours de chant au Québec. Est-ce que c'est ta mère qui voulait que sa fille fasse une carrière dans la chanson, ou est-ce que c'est toi qui a senti très tôt que c'était ta vocation ?
Térez Montcalm - J'ai commencé à chanter quand j'ai découvert que j'avais une voix. J'avais environ huit ans. J'étais la seule dans la famille qui avait un don. Je trouve que c'est un don; tout le monde est capable de chanter. C'est évident qu'il faut travailler pour s'améliorer. La musique, chez nous, c'était très important sauf que personne n'avait un talent particulier dans ce domaine. Tout le monde écoutait de la musique. Il y avait trois systèmes de son dans la maison, et les trois fonctionnaient en même temps. Maman, pour me faire plaisir, parce qu'elle savait que j'aimais vraiment ce que je faisais, m'a inscrite à des concours. Sûrement que c'était pour m'encourager aussi. Mais j'ai jamais gagné de concours. J'ai commencé à travailler sérieusement sur la voix il y a environ huit ans, quand j'ai eu un contrat pour aller travailler en Alberta, à l'ouest du Canada. J'avais l'opportunité pour composer de la musique pour du théâtre et j'ai habité presque trois ans là-bas. J'en ai profité en même temps pour travailler les compositions, monter mon premier duo contrebasse/guitare-voix, perfectionner la voix...
Titus - Pensais-tu à l'époque que tu retournerais au Québec ?
Térez Montcalm - Je savais très bien que je reviendrais dans l'Est parce que c'est là que se trouve la compétition. J'ai beaucoup besoin de compétition. J'aime ça. Je te dirais que c'est là (en Alberta), que j'ai vraiment travaillé fort. Mais j'ai toujours eu la voix rauque. J'étais toute petite et les gens pensaient que j'avais la grippe. Ils pensaient que j'étais malade, et encore aujourd'hui, c'est la même chose. Ca ne me dérange pas, je m'y suis habituée.
Titus - Ca doit te faire plaisir quand on relève cette caractéristique, non. C'est plutôt bien d'avoir une voix originale quand on est chanteur !
Térez Montcalm - (Elle rit) Ouiii. J'aime bien ça.
Titus - A partir de la période vécue en Alberta, tu as effectué plusieurs premières parties intéressantes.
Térez Montcalm - Oui, j'étais très chanceuse. J'ai eu l'opportunité de faire la première partie de Jim Corcoran, de Robert Charlebois, des Cowboy Junkies, de Plume Latraverse. Je suis partie en tournée avec Bruel. J'ai travaillé aussi avec Carbone 14 pendant près de deux ans. Eux vont partout dans le monde et ils font de grandes scènes. De cette manière, j'ai pu me faire connaître à un plus vaste public.
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Titus - Pour ce premier album, "Risque", tu as travaillé avec Peter Moore, le producteur des Cowboy Junkies et de Holy Cole. C'est toi qui l'as sollicité ?
Térez Montcalm - Oui. Je voulais absolument travailler avec ce monsieur-là parce que je trouvais qu'il était très respectueux envers le son qu'il donnait aux instruments. Je savais que ce gars-là me rendrait bien mon son acoustique sur le compact. Il n'avait jamais travaillé avec des francophones quand BMG l'a contacté. Il a demandé à avoir une cassette et il a dit qu'il voulait bien travailler avec moi. Je suis alors rentrée en studio; j'ai fait un Dat de toutes les chansons et compositions que j'avais et on le lui a envoyé. Je suis descendu à Toronto pour voir, pour commencer, si j'allais bien m'entendre avec le monsieur. On a cliqué. Il n'y a eu aucun problème. C'est un amour, ce gars-là. On a fait le choix des chansons ensemble. On a auditionné les musiciens ensemble. Je me suis mêlée de tout sur l'album. Il me laissait faire.
Titus- C'est un album personnel, parce que tu as écrit la plupart des musiques et paroles. Personnel, aussi, parce qu'en entendant les quatre reprises qui sont sur l'album, on n'a pas vraiment l'impression d'entendre des classiques. Tu as redonné beaucoup de fraîcheur à des chansons de Nougaro, Aznavour, Willie Dickson ou Tom Waits. Pourquoi avoir choisi ces chansons-là ?
Térez Montcalm - Ce sont des styles de musique très différents, mais tous font partie de mes influences. Je suis la dernière d'une famille de cinq enfants et la plus âgée, chez nous, a 45 ans. Elle écoutait Brel, Aznavour. Chez nous, on écoutait aussi Frank Zappa, Jimmy Hendrix, Streisand, Presley, Sinatra, Tony Bennett. J'ai subi l'influence musicale de tous ces gens-là. Et ce sont tous des gens que j'admire énormément. Aznavour, pour moi, c'est un dieu. Quelqu'un qui est capable de mettre une image pour chaque phrase qu'il écrit. Il est très fort au niveau des mélodies. J'aime le bonhomme. Quand je reprends leurs chansons, j'essaye de les rafraîchir. Si elles semblent différentes, c'est sans doute parce que je compose et que j'ai souvent travaillé seule. J'ai développé un style, un rythme qui est différent, et je pense que ça se reflète dans les interprétations.
Un extrait de la chanson "Risque", extraite de l'album éponyme :
Titus- Parlons un peu d'humour. On en trouve dans la plupart de tes textes... Notamment dans la chanson "Nez à nez" qui aborde le thème de l'amour d'une manière originale.
Térez Montcalm - C'est très important d'avoir de l'humour dans mes chansons. Toujours ! J'aime chanter l'amour de façon différente, avec une touche d'humour. Pour ce qui est de "Nez à nez", j'adore les gros nez. C'est la première chose que je regarde sur le visage de quelqu'un...
Titus- Es-tu soucieuse de ton image et, si oui, quelle est l'image que tu voudrais que le public ait de toi après ce premier album ?
Térez Montcalm - L'image d'une fille simple, pure et honnête.
A noter, sur l'album "Voodoo", publié cette année, une reprise jazzy du succès immortel des Eurythmics, "Sweet dreams". Une version aérée, soft, qui redonne à la chanson toute sa virginité. Pour l'écouter, il suffit de consulter le site de GSI Musique, qui permet de découvrir plusieurs des nouvelles chansons de Térez Montcalm.
08:00 Publié dans Rencontres québécoises | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : térez montcalm, risque, québec, peter moore, holy cole, cowboy junkies
06.07.2006
Gisèle Benoit, la femme qui parle aux orignaux
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Artiste peintre naturaliste, auteur de recherches sur le comportement animal, mais aussi scénariste et réalisatrice de films documentaires sur la faune, Gisèle Benoit a plus d'une corde à son arc. Reconnue sur la scène internationale (et notamment en France, où elle a été l'invitée de l'émission Ushuaia) pour son travail sur les orignaux (élans d'Amérique) ou les oiseaux, elle est aussi à l'origine d'un mouvement à but non lucratif destiné à promouvoir la conservation du patrimoine faunique par le biais de projections de films et de diaporamas. Ma rencontre avec Gisèle Benoit remonte à l'année 1995, où elle était précisément invitée, par le ministère ontarien des Richesses naturelles, à présenter une conférence à Hearst, ville du nord de l'Ontario réputée pour être la capitale de l'orignal au Canada (une étude a démontré en effet que la plus grande concentration d'élans dans ce pays se trouvait dans cette région).
Il paraissait donc inévitable que les pas de Gisèle Benoit la mènent un jour dans la région Nord-Aski, elle qui fut, avec ses parents Monique et Raynald, à l'origine de l'excellent documentaire "En compagnie des orignaux", qui lui a valu le surnom, depuis, de "femme qui parle aux orignaux".
Ses études sur le langage des animaux ont reçu en effet des critiques élogieuses soulignant le sérieux de ses démarches. Louise Cousineau, chroniqueuse du journal québécois La Presse, n'hésitait pas à comparer son travail sur les orignaux à celui accompli par Jane Goodall et Dian Fossey auprès des singes et des gorilles. Une référence qui n'est pas volée car, à l'instar de ses aînées, Gisèle Benoit a toujours accordé la priorité aux longs séjours d'observation pour se consacrer à ses recherches sur le comportement.
Pour l'anecdote, aussi étrange que cela puisse paraître, si Gisèle Benoit ne craint pas de côtoyer les cervidés de 700 kg, elle ne cache pas avoir une peur bleue des araignées...
Titus - La faune a toujours été pour vous une passion, pour ne pas dire votre raison de vivre; est-ce que vos parents Raynald et Monique ont été le principal élément déclencheur de cette passion ?
Gisèle Benoit - Je dois ma passion pour la nature à mes parents mais, dans le fond, je crois qu'ils n'ont eu aucune difficulté à me l'inculquer car je l'avais déjà en moi. Je crois qu'on naît avec ça en nous. Parfois, on a simplement l'occasion de le développer. Moi, j'ai eu la chance d'être dans un milieu qui a favorisé mon épanouissement et mes relations avec la nature.
T.- Vous aimez la nature de façon générale, mais je crois que vous êtes quand même davantage passionnée par certains animaux en particulier...
G.B.- Oui, j'ai mes chouchous, si on peut dire. Il y a des animaux que je préfère observer. En général, il s'agit d'animaux avec lesquels j'aurai une possibilité de contact. Je pense à l'orignal par exemple. Il me fascine beaucoup. D'une part par sa grande taille : dire qu'un animal du format d'un cheval puisse vivre dans nos forêts et passer la plupart du temps tout à fait inaperçu, c'est extraordinaire ! Ce qui est encore plus extraordinaire, c'est qu'on peut communiquer avec lui. On peut imiter son langage et pratiquement tenir des conversations avec lui.
T. - Quand a commencé cette fascination pour le plus grand des cervidés ?
G.B. - Ca remonte aux années 80, quand j'ai visité le parc de la Gaspésie pour la première fois. Avant ça, j'avais jamais eu l'occasion d'observer l'orignal de façon satisfaisante, dans son élément naturel. Dans le parc de la Gaspésie, il y a une très forte densité d'orignaux, et c'est là que j'ai eu la chance de me retrouver devant un magnifique mâle accompagné de deux femelles. Ca a été le coup de foudre pour cet animal. De par sa beauté, sa noblesse. Il était si harmonieux dans son élément naturel.
T. - C'est vrai qu'en dépit de sa grandeur, c'est un animal très gracieux...
G.B.- Absolument, il est très élégant, malgré ses traits assez robustes, un museau assez tombant... On peut pas le comparer avec un cerf de Virginie, qui est tellement délicat, "cute" (mignon en anglais). L'orignal, en comparaison, est fort et puissant, mais combien beau et intéressant. Et ce qui m'a beaucoup surpris, aussi, c'est de voir le calme de ces animaux-là. Je pensais que durant la période de rut, c'étaient des animaux très agités, un peu fous. Mais dans le fond, ça n'était pas le cas. Ce n'était pas l'animal agressif dont j'avais entendu parler par des chasseurs. Souvent, on entend dire que c'est un animal stupide car il répond aux appels des chasseurs, mais ce n'est pas le cas; c'est un animal qui est franc. Il ne peut pas s'imaginer qu'on lui ment.
T. Il faut être humain pour comprendre le mensonge...
G.B. - Oui. C'est pas parce qu'on est innocent qu'on est forcément stupide ! Je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup de préjugés au sujet de l'animal, et je me suis donné comme but de découvrir qui il était vraiment, et porter un regard autre que celui d'un chasseur sur cette espèce-là. Je crois que ça a été très apprécié par les gens qui ont vu le documentaire qu'on a réalisé. Ce film était le résultat de douze ans de recherche et d'observation, et autant de tournage.
T. De tout ce que vous avez observé sur l'orignal, quelle a été la révélation la plus marquante ?
G.B. - Pour moi, ça a été de voir qu'on pouvait communiquer avec lui et se faire comprendre. D'abord, il a fallu que j'apprenne son langage par l'observation. Ce n'est pas suffisant seulement de l'entendre faire ses sons en forêt. Il faut voir dans quelles circonstances il fait ces interactions-là avec les autres de son espèce. Au parc de la Gaspésie, étant donné qu'il y a beaucoup d'espaces ouverts après les coupes forestières, j'ai pu justement observer dans quelles circonstances les animaux émettaient tel ou tel son. Ca m'a permis de décoder les sons et le comportement gestuel du panache, qui est très important aussi. Quand j'étais sûre de bien connaître ce langage, même s'il y a toujours des choses à apprendre, j'ai pu moi-même me glisser parmi les animaux et communiquer sur leur propre terrain en utilisant leurs sons et leur gestuelle, par le biais d'un faux panache.
T. - Et qu'est-ce qu'ils vous ont dit, alors ?
G.B.- Des fois, c'est moi qui amorçais la communication. Des fois, c'était eux. En période de rut, je me suis présentée devant un grand mâle pour le provoquer à l'aide du faux panache et lui dire "je suis plus fort que toi". Les gens s'imaginent souvent qu'en pareil cas, on est aussitôt attaqué. Mais si je sais bien communiquer, je déclenche le rituel d'intimidation. Chez des gros animaux comme ça, l'agressivité pourrait être très destructrice si elle n'était pas contrôlée par le rituel. Ils pourraient se blesser, autrement, s'ils se jetaient les uns sur les autres, sans réfléchir. Le rituel est là pour déterminer le rang social par de la gestuelle et de l'intimidation, des frottements de panache, des oscillations de tête, toutes sortes de mimiques qui font que les combats sont parfois évités.
T. Dans la pratique, vous n'avez jamais subi aucune agression ? Il n'y a jamais eu aucune charge à votre égard ?
(Extrait de l'interview diffusée par CINN FM, Hearst, en avril 1995) :
G.B.- Pas durant les rituels d'intimidation, pas durant les séances de communication. On a eu le malheur, une fois, d'être chargés tous les trois, mes parents et moi, par un orignal, mais ce n'était pas un orignal qu'on avait appelé. On était en train de tourner tout à fait autre chose. Mon père filmait des plantes à contre jour, un matin très tôt, et l'orignal a dû nous entendre arriver et nous installer. Il a soudain surgi dans le sentier près de nous. C'était un terrain très couvert, il y avait plein d'ombre, et on était vraiment serrés contre l'orignal. Se retrouvant proche d'êtres humains, comme ça, sans y être préparé, il a paniqué. Il a eu très peur et c'est pour ça qu'il a chargé ! Mais dans le fond, une souris aurait réagi de la même façon. Il ne faut pas coincer un animal sauvage, quel qu'il soit, parce qu'à ce moment-là, il est porté à réagir pour se défendre.
T. Vos recherches, vous les avez menées principalement en Gaspésie ?
G.B.- Oui, mais on est allés aussi à plusieurs reprises dans les Rocheuses canadiennes. Il y a certains secteurs où il y a une bonne population d'orignaux, aussi.
T. - Quel est votre sentiment sur la façon dont les populations d'orignaux sont gérées par les provinces canadiennes ?
G.B. - En ce qui concerne le Québec, je considère que l'orignal n'est pas bien géré. Il y a des lacunes. On fait des choses pour faire augmenter les populations d'orignaux, mais on prend pas les bonnes mesures. Quand on dit qu'il y a peut-être 150.000 permis de chasse à l'orignal de vendus pour une population d'orignaux qui compte à peine 80.000 têtes, il y a un déséquilibre quelque part. Si chaque chasseur devait tuer son orignal à l'automne, cette espèce serait éteinte. Il n'y a pas assez de contrôles. On n'est pas assez sensibilisés à la valeur de ces animaux-là. On pourrait intéresser les touristes à venir l'observer.
T. - Lors d'une récente visite dans le parc de Gaspésie, j'ai remarqué que des petits observatoires ont été installés pour permettre aux visiteurs de s'asseoir, d'attendre et éventuellement observer le passage d'orignaux.
G.B. - On développe ça tranquillement, en effet, mais d'un autre côté, on diminue continuellement le nombre de gardes de chasse et de gardes de parc, et on ouvre de ce fait la porte à du braconage et à toutes sortes d'abus : on refoule les animaux plus loin dans la forêt. C'est dommage qu'il n'y ait pas plus de mesures de sécurité ou de contrôle des visiteurs. Je sais que du côté américain, il existe plus de mesures de conservation.
T. - Outre l'orignal, l'ornithologie est aussi l'une de vos passions... et vous avez réalisé un film sur la perdrix, intitulé "Des oiseaux pas comme les autres".
G.B. - Ce film se consacre à l'étude du comportement de la gélinotte huppée et du tétras, que j'ai observés de manière assez intensive pendant cinq ans. Moi, c'est toujours la communication qui m'intéresse, alors il m'importait de connaître leur langage pour communiquer avec ces oiseaux.
T. - La perdrix fait partie de ces espèces que l'on rencontre dans la forêt mais qu'on oublie, parfois, parcequ'elles semblent permanentes. Qu'est-ce qui vous a incitée à choisir cet oiseau pour un nouveau film ?
G.B. - Je vais vous dire une chose. Ce n'est pas moi qui ai choisi la perdrix, je crois que c'est plutôt la perdrix qui m'a choisie. Un jour, il m'est arrivé quelque chose qui sort de l'ordinaire. Je revenais d'une excursion en forêt, et roulais en camionnette sur une route du parc de la Gaspésie, lorsqu'une gélinotte huppée s'est placée en travers du chemin. Elle s'est mise à tourner autour de mon véhicule, et quand je suis descendue de la camionnette, elle m'a suivie partout. Elle s'en prenait à moi et essayait de m'attaquer. Elle me sautait sur les jambes. Ce n'était pas une poule accompagnée de ses poussins; c'était un mâle extrêmement territorial. Ca a piqué ma curiosité et j'ai voulu apprendre à connaître les perdrix par la suite. En général, la gélinotte huppée est assez farouche avec l'être humain, mais les animaux ont toujours une personnalité qui leur est propre et il y a toujours des exceptions à la règle. Ce film accorde aussi beaucoup d'importance aux parades nuptiales. Ce que j'ai trouvé très beau quand j'ai pu l'observer par la suite, c'est la galanterie du mâle par rapport à la femelle, à la période des amours. C'est extraordinaire de voir ça. Ce ne sont pas des oiseaux aux couleurs vives, mais la gestuelle lors des parades nuptiales est tellement impressionnante. Les sons qu'ils émettent aussi sont très intéressants : ce ne sont pas des oiseaux chanteurs, mais ils produisent des sons très aigus lorsqu'ils proviennent d'une source vocale, ou des sons mécaniques par le frottement des plumes de la queue ou des ailes. Parfois, pour le film, j'ai dû poser le micro à quelques pieds des oiseaux pour être capable de les enregistrer parce que les sons étaient très aigus et faibles.
T. Là encore, est-ce que vous vous êtes fait des amis ?
G.B. - Il y avait toujours ce coq très agressif, que j'avais baptisé Woody, que j'ai observé durant une période de presque deux ans, jusqu'au jour où il a disparu. Je changeais assez souvent de territoire pour pouvoir comparer les comportements, et j'ai observé des oiseaux extraordinaires. Les anecdotes fourmillent.
T. - Vous êtes aussi une peintre animalière de grande réputation, tout comme votre mère, Monique. Comment définissez-vous la contribution de la naturaliste à votre oeuvre picturale ?
G.B. - C'est cent pour cent de contribution. Je pense que je suis d'abord naturaliste, et peintre en second. Si j'avais pas eu de talent pour la peinture, j'aurais certainement exprimé mon amour de la nature d'une autre façon. D'ailleurs, je le fais déjà par des films ou des écrits, car j'aime aussi beaucoup l'écriture. Mais pour être peintre naturaliste, il faut au départ être naturaliste et bien connaître son sujet. Avoir vu l'animal évoluer dans son décor naturel. C'est un art scientifique, même s'il demeure un art de création. Le défi, dans un tableau, c'est de créer quelque chose, donc d'aller au-delà d'une scène qu'on peut photographier ou filmer.
A propos de Gisèle Benoit : membre de l'institut des arts figuratifs et de l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision. Autodidacte. Née le 22 décembre 1960 à Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville (Québec).En mars 1994, elle était en nomination pour les Gemini Awards pour son film "En compagnie des orignaux".
www.giselebenoit.com
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