27.02.2007

Alain Caron : "Il faut continuer d'avancer !"

medium_Alain_Caron_11.jpgDans les années 1990, un classement du prestigieux magazine américain Bass Player plaçait le Québécois Alain Caron au quatrième rang des meilleurs bassistes au monde. Longtemps pivot de la formation de jazz Uzeb, Alain Caron a choisi de faire cavalier seul après quatorze années consacrées au trio mythique. Outre ses nombreuses collaborations avec des sommités du jazz (Lockwood, Leni et Mike Stern, entre autres), il a fondé Le Band, un ensemble qui a jusqu'ici publié six albums, dont le plus récent (en 2006) est un enregistrement en concert. Nous avions rencontré Alain Caron en 1993, précisément au moment où il publiait son premier album solo avec Le Band.


Titus - Cet album avec Le Band, s'agit-il d'une simple escapade ou d'un tournant décisif ?

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medium_Alain_caron5.jpgAlain Caron - C'est un tournant décisif. C'est une chose qu'on avait dans la tête depuis déjà un petit bout de temps, chacun de nous. Le groupe a duré quand même 14 ans et on avait le goût de faire des choses différentes. Evidemment, on change, on évolue et on éprouve le goût de faire autre chose. Michel (Cusson) avait envie de faire son groupe; moi, j'avais envie de faire le mien et Paul (Brochu) la même chose. Donc, on a décidé de franchir le pas. Je pense que c'était le temps de faire chacun notre musique.

Titus - On peut considérer qu'il s'agit de votre premier album en solo... C'est un moment important dans le parcours d'un musicien, peut-être même a fortiori quand on est musicien de jazz, non ?

Oui ! Je pense qu'il faut attendre d'être prêt et moi, je sentais que je l'étais en tout cas.

Titus - J'aimerais que l'on retrace ensemble les points saillants de votre carrière. Celle-ci est déjà très longue et on sera sans doute obligés de résumer certains points... Commençons par vos origines si vous le voulez bien...

medium_Alain_caron4.jpgJe suis né dans un village du bas du fleuve, au Québec. Je suis venu à Montréal après une dizaine d'années de tournée avec des groupes du TOP 40. Je ne suis pas très vieux mais on remonte déjà assez loin parce que j'ai commencé jeune. A l'époque, il n'y avait pas de discothèque, donc on jouait dans les clubs sept soirs par semaine. On jouait de la musique populaire, les chansons des Beatles par exemple. C'est à cette époque que j'ai commencé à écouter du jazz et à travailler, tous les jours, avec des livres. Par la suite, je suis venu à Montréal quand j'ai rencontré Michel Cusson, avec qui on a formé le groupe Uzeb, dans les années 1970.

Titus - Lorsque vous avez débuté, vous deviez compter parmi les précurseurs du jazz-fusion, non ?
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medium_Alain_Caron8.jpgJe crois que oui. Ca remonte déjà à pas mal de temps et c'est difficile à dire... Il y a toujours eu d'autres musiciens qui voulaient faire ce genre de choses. Mais je crois qu'on a été le seul groupe à vraiment l'exporter. C'est-à-dire à travailler à l'extérieur, à faire des tournées, etc. On a quand même publié dix disques, et on a fait le tour du monde. On a fait pas mal de choses; on a reçu pas mal de Félix. On a travaillé beaucoup. Uzeb a été notre priorité à chacun de nous pendant quatorze ans ! Je suis persuadé que le succès d'Uzeb est lié au fait qu'on a donné tout notre temps à ce groupe ! Bien sûr, on a continué à faire des choses parallèlement : on a joué avec d'autres musiciens, mais notre priorité était le groupe. C'est ce qui est très difficile, car plus on est connu et plus le téléphone sonne. Et, des fois, il y a des choses très intéressantes à tenter... Il faut savoir faire un choix et c'est ce que beaucoup de musiciens que je connais n'arrivent pas à faire...

Titus - Pensiez-vous d'emblée que la mayonnaise allait prendre avec Uzeb ?

Quand on lance un groupe, on veut que ça marche. Nous autres, on était convaincus que ça marcherait. On a peut-être été privilégiés, ou chanceux, mais tout ce que je sais, c'est qu'on a travaillé très fort et qu'on a été honnêtes.

Titus - Vous êtes un bassiste réputé. Quand avez-vous commencé à tâter de cet instrument ?

medium_Alain_Caron_basse.2.jpgJ'ai commencé la basse en autodidacte à l'âge de 11 ans, et j'ai acheté une contrebasse acoustique à 18 ans, avec laquelle j'ai travaillé pendant une dizaine d'années, parallèlement à la basse électrique; c'est un peu après que j'ai commencé à faire fabriquer des basses à plus de quatre cordes... J'ai commencé avec des basses à cinq cordes et je joue, depuis plusieurs années, avec des basses à six cordes.

Titus - Uzeb a produit dix albums entre 1981 et 1990, dont plusieurs albums "live". Au travers de vos tournées, vous avez été amené à faire de nombreuses rencontres, et à partager la scène avec d'autres grands noms du jazz, tel Didier Lockwood.

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medium_Alain_Caron2.jpgQuand on voyage beaucoup, on fait inévitablement des rencontres. Ces gens-là, je les ai rencontrés dans le cadre de nos tournées. On voit tout de suite si on a des affinités. Et on essaye de trouver un moment pour se rencontrer et jouer ensemble. Après, cela débouche parfois sur des projets. En ce moment, j'ai des projets avec Mike Stern. Dans le passé, j'ai fait un album en duo avec Michel Donato. C'est un projet qu'on avait en tête depuis trois ans à peu près. Quant à Didier Lockwood, il avait joué avec Uzeb en 1986-1987. On s'était rencontrés parce qu'on avait la même compagnie de disques en France. Et quand on a décidé de prendre une année sabbatique avec Uzeb, Didier m'a téléphoné pour m'offrir de faire un trio guitare, violon et basse. Donc, je suis allé à Paris; on a commencé à travailler et la compagnie de disques m'a demandé de produire l'album.

Titus - Si on voulait commenter l'évolution du jazz au cours des dix dernières années, vous montreriez-vous plutôt optimiste ? La créativité bat-elle toujours son plein aujourd'hui ?

Je pense que le jazz est en mouvement. De plus en plus, la fusion est présente. La musique de fusion, ce n'est pas nécessairement celle des années 1970. Dans le milieu, quand on dit musique de fusion, on entend tout de suite la musique des années 1970. On pense notamment aux musiciens qui ont joué avec Miles Davis : Chick Corea, John McLaughlin ou Herbie Hancock; on a commencé à leur coller l'étiquette "fusion". Aujourd'hui, la fusion continue, mais ce n'est plus la même chose ! De plus en plus, les gens de différents milieux musicaux, de différentes influences musicales, jouent ensemble. Des Européens jouent avec des Américains, des Sud-Américains jouent avec des New-Yorkais, etc. C'est plutôt là où la musique est intéressante en ce moment ! Il y a de nouvelles recettes, associé à un retour de la musique acoustique. Il est vrai que lorsqu'on enrobe la musique avec beaucoup d'électronique, on peut se perdre. Il y a danger ! Donc il y a un retour à un jazz plus pur : avec beaucoup plus d'improvisation. Je trouve ça très bien. Il y a des choses très intéressantes qui se passent en ce moment !

medium_Alain_Caron9.jpgTitus - Quand on parle de mondialisation et de musique fusion, quelle est à votre avis la nouvelle capitale mondiale du jazz ? Ca ne serait pas Montréal ?

Difficile à dire. Le jazz est aujourd'hui plus international qu'il ne l'a jamais été ! Grâce au festival de jazz qu'on a à Montréal, qui est l'un des plus importants, la période du mois de juillet fait de Montréal une ville importante du jazz. Pendant le reste de l'année, c'est un peu plus tranquille cependant. Il y a moins de clubs de jazz qu'il y en avait il y a dix ou quinze ans ! Pour cette raison, je n'irai pas dire que Montréal est devenue une capitale du jazz, non. New York, par contre, est une ville très importante du point de vue du jazz : il y a une vie autour du jazz; les musiciens se rencontrent. Paris aussi est une ville importante de jazz : il y a beaucoup de clubs de jazz, il y a une bonne communauté de jazz.

Titus - Avez-vous remarqué une évolution côté public ? Les gens de par le monde sont-ils plus réceptifs au jazz aujourd'hui ?

medium_Alain_Caron7.jpgOn a joué dans plusieurs pays, et j'ai toujours dit que le problème n'a jamais été le public. Je le dis de plus en plus fort. Le public de jazz est là. Il y en a plus qu'on ne peut l'imaginer. Le problème, c'est les diffuseurs. Les promoteurs de jazz, ceux qui ont le pouvoir d'organiser des tournées, les compagnies de disques et les diffuseurs médiatiques. C'est eux qui n'y croient pas. Quand ont été publiés les premiers albums d'Uzeb, personne n'y croyait dans le milieu. Finalement, on a fait une tournée, les quatre gars dans un camion, et on a vendu plus de disques que la plupart des chanteurs populaires qui tournent à la radio. On avait prouvé quelque chose : d'abord, on confirmait que notre musique pouvait être diffusée plus largement sans faire de concessions pour autant ! Le public de jazz est beaucoup mieux portant qu'on ne le pense. Moi, j'en suis convaincu maintenant.

Titus - C'est donc aux radios et télés de consacrer un peu plus d'heures d'antenne au jazz, finalement ?

Il s'agit peut-être de donner un autre choix au public ! Quand un disque de Michael Jackson sort, on n'a pas le choix de l'entendre. On ouvre la radio et partout, on va l'entendre ! Si moi je sors un disque, on l'entendra moins. Alors, ce n'est pas juste ! On ne donne pas le choix au public de choisir ce qu'il veut ! Ca c'est un problème.

Titus - Parlons un peu de la publication du premier album que vous avez produit avec Le Band. C'est en novembre et décembre 1992 que vous avez réalisé cet enregistrement, n'est-ce pas ?

medium_Alain-Caron-180h.jpgOn a été en studio en novembre, et j'ai fait le mixage après, en décembre et début janvier. J'ai pris deux musiciens de Montréal, Jerry De Villiers à la guitare et Magella Cormier, un batteur que je connais depuis des années mais avec qui je n'avais jamais joué, cependant. Je me promettais de jouer avec eux un jour car j'adore la façon dont ils jouent. J'ai écrit toutes les musiques de l'album et je savais que ces musiciens pouvaient jouer cette musique-là. Je cherchais aussi un claviériste et, je me suis dit que celui dont j'avais besoin était un vieil ami à moi, avec qui j'avais joué à Boston, Gerry Etkins. Je lui ai téléphoné et je lui ai parlé du projet. Je lui ai fait écouter la musique et ça l'a tout de suite intéressé. Il est venu nous retrouver pour l'enregistrement studio et maintenant, il fait partie du groupe.

Titus - La critique a souligné la "transparence sonore" chez Le Band. On a souligné aussi que vous aviez marqué cet album d'une forte empreinte personnelle. Quelle différence voyez-vous avec ce que vous faisiez auparavant avec Uzeb ?

Dans Uzeb, sans prétention, j'étais plus ou moins un tiers d'Uzeb. Donc, il y avait aussi un tiers de Michel Cusson et un tiers de Paul Brochu, dans les dernières années en tout cas, puisque nous étions devenus un trio. Ca n'était pas un produit Alain Caron. Tandis que pour ce disque, j'ai écrit la musique, je l'ai arrangée, j'ai produit en studio et j'ai réalisé le mixage. C'est donc du Alain Caron à cent pour cent, avec bien entendu la contribution des musiciens qui ont joué dessus. Mais tout cela s'est fait sous ma direction. Je prenais les décisions finales. Ca n'enlève rien à ce qu'on a fait avec Uzeb, bien au contraire : quelle aventure fantastique ! J'ai adoré ce groupe-là mais il faut continuer d'avancer et maintenant, j'ai suffisamment de confiance pour faire quelque chose sous mon nom. La musique que j'entends dans ma tête, maintenant elle est sur ce disque-là ! C'est ce que je voulais faire et c'est ce que je vais continuer de faire tant et aussi longtemps que j'aurai des idées et que j'aurai de la musique dans ma tête. Quand je joue de la basse pour Leni Stern, je joue la musique de Leni Stern, à la façon d'Alain Caron, et si ça fait l'affaire de Leni Stern, c'est fantastique.

medium_rythmjazz.2.jpgTitus - Que pensez-vous de votre apparition dans la dernière édition du dictionnaire du jazz publié par Robert Laffont ?

J'étais très flatté. Pour moi, c'est de "l'essence" pour la créativité. Ca m'encourage à continuer. Sans prétention, ça fait du bien. C'est comme quand le public applaudit à la fin d'un concert ! On se dit que ça vaut la peine de continuer.



Voir Alain Caron en concert, interprétant une musique de son album "Play", publié en 1997, "D-Code". Celui-ci a été considéré comme l'un des dix meilleurs albums de basse de la décennie par le magazine américain Bass Player magazine :




La discographie d'Alain Caron et du "Band" :
1993 - Le Band
1995 - Rhythm'n Jazz
1997 - Play
2000 - Call me Al !
2003 - "5"
2006 - "5" Live

21.02.2007

Michel Cusson : "Plus j'avance, plus j'ai des choses à apprendre"

medium_Cusson1.jpgReconnu dans le monde entier pour ses talents de musicien et de compositeur, l'ancien guitariste fondateur de la célèbre formation québécoise de jazz-fusion Uzeb, Michel Cusson est un abonné des prix musicaux. Pas moins de 14 Félix, 7 prix Socan, 6 prix Gémeaux et un Gemini Award ont déjà couronné la carrière de ce fabuleux touche-à-tout, aussi à l'aise sur une scène que dans la composition de bandes sonores pour le cinéma ou la télévision. Nous avions rencontré ce passionné de musiques du monde en 1994, à l'occasion de la sortie de son album "Wild Unit".


Titus - Depuis la séparation d'Uzeb (formation que vous aviez fondée en 1976), en 1991, vous avez créé le groupe Wild Unit, avec lequel vous n'avez de cesse d'explorer de nouvelles avenues musicales. Sur les deux albums jusqu'ici publiés, vous n'hésitez pas à faire fusionner des musiques d'origines les plus diverses. Je crois que ça devient quelque chose d'habituel chez vous...

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medium_cusson5.jpgMichel Cusson - La musique, ça me tient plus qu'en vie... Je suis très curieux de nature, alors il faut toujours que j'aie quelque chose à chercher, à apprendre et à fouiller. C'est pour ça que j'ai créé Wild Unit : pour aller plus loin, étudier différentes inspirations. Il y a beaucoup de sortes de musiques qui m'intéressent et j'aime mêler ces langages-là ensemble.

Titus - J'aimerais qu'on s'arrête un instant sur ce qui vous a conduit à fonder Wild Unit. Est-ce que vous saviez avant de fonder le groupe, que vous vouliez vous diriger vers ce son très empreint de rythmes africains ?

C'est quelque chose que je voulais expérimenter en effet. J'ai choisi certains de mes musiciens en conséquence mais pour d'autres, ça a davantage été le fruit du hasard. Il y en a qui étaient des amis avec lesquels je n'avais jamais joué. D'autres m'ont été présentés. C'est un cercle d'amis qui grandit toujours. On est aujourd'hui un noyau de six-sept qui peut grossir jusqu'à dix-douze. Ca dépend des occasions. Nous avons plusieurs influences : l'influence africaine, bien sûr, mais aussi celle du blues, du jazz ou même du rock...

medium_cusson2.jpgTitus - D'où vient cette attirance pour l'exotisme ?

Ce qui a déclenché ça, c'est sans doute quand j'ai commencé à fouiller dans le jazz. Je ne suis pas un chanteur - j'ai déjà chanté mais je ne chante pas très bien ! -, alors j'ai vite développé mon penchant naturel pour les musiques au sens large. Ca a développé un sens de la recherche. Quand j'ai commencé à jouer de la guitare à l'âge de 15-16 ans, je pensais, peut-être naïvement, qu'à un moment donné, ça serait de plus en plus facile et que j'aurais pas besoin de travailler autant, mais c'est le contraire qui se passe. Plus j'avance, plus j'ai l'impression d'avoir des choses à apprendre ! Plus il y a de choses à écrire.

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medium_cusson4.jpgLe voyage a sûrement constitué un autre élément déclencheur. A un moment donné, j'ai vu Doudou N'Diaye Rose à Paris, un grand percussioniste qui est un peu le Miles Davis du Sénégal. C'est extraordinaire ce qu'il fait. Je me suis dit : "Wow, ça vaut la peine d'étudier ça !" C'est un exemple parmi tant d'autres, mais c'est le même dans tous les domaines.

Titus - Je retiens votre modestie : vous dites que plus ça va, et plus vous avez à apprendre. Ca fait drôle d'entendre un musicien de votre réputation dire ce genre de choses...

J'ai eu une guitare à onze ans, mais j'ai commencé à jouer sérieusement à 13 ans. Mais je ne sais pas si on est jamais vraiment maître de son instrument. La musique est un langage. L'important, je pense, c'est de s'exprimer. Avec le temps, on est de moins en moins naïf, mais il faut être un peu naïf avant de faire de la musique, sinon on n'en ferait pas ! Un "kid" qui commence, c'est sûr qu'il ne pourra pas tout jouer, mais il va jouer avec son coeur et c'est aussi valable que quelqu'un qui joue depuis des années. L'émotion, c'est ce qui compte en premier. Ce que ça dégage à l'intérieur de soi-même...

medium_cusson7.jpgTitus - Chez vous, quelle a été la première étincelle ?

Ca a été Led Zeppelin, à l'âge de 13 ans. C'est là que j'ai vraiment eu envie de m'intéresser à la guitare. Je joue tous les jours ou presque depuis l'âge de 13 ans. Ca a été un vrai déclic. Je pense que ça a été le bon choix en ce qui me concerne.

Titus - Avez-vous commencé à jouer au sein de groupes ?

Oui, dès l'âge de 14 ans. D'ailleurs, Uzeb a été fondé, un peu malgré moi; ça a commencé sans qu'on s'en aperçoive, mais j'étais là au tout début. Et c'est moi qui l'ai mis au monde, indirectement. Ca a commencé avec des amis, un orchestre de noces, comme on dit, mais qui a bien évolué par la suite.

Voir le trio Uzeb à l'oeuvre dans le morceau "60, rue des Lombards", un extrait de concert à Montréal où l'on retrouve notamment sur scène Michel Cusson, Paul Brochu (percus) et Alain caron (basse) :



medium_cusson8.jpgTitus - Wild Unit fait partie de votre expérience la plus récente, et la première expérience d'enregistrement avec Wild Unit est survenue en 1991, c'est à dire que vous n'avez pas vraiment perdu de temps après la séparation d'Uzeb...

Je fais toujours maintes et maintes activités parallèles. Quand j'ai commencé Wild Unit, c'était vraiment inspirant. Ca l'est toujours, encore plus même ! J'avais des choses à dire au niveau de l'écriture et au niveau de l'execution. Une orientation peut-être plus personnelle qu'avec Uzeb, même si ce n'est pas moi qui décide tout de A à Z pour Wild Unit, loin de là !

Titus - A la différence d'un trio comme Uzeb, où chaque musicien apportait une empreinte forte, on a davantage l'impression désormais qu'il s'agit d'une carrière en solo. Michel Cusson et ses musiciens : c'est une différence dans l'approche, non ?

Je trouvais qu'à Montréal, il y avait d'excellents musiciens et j'avais le goût de partager cette expérience avec eux, mais je partais aussi avec l'intention d'apprendre de nouvelles choses à leurs côtés. En jazz, il y a deux formules : soit on prend les mêmes musiciens tout le temps, ou on change fréquemment. Les changements fréquents apportent beaucoup au niveau de l'improvisation parce qu'il ya toujours de la fraîcheur. Je me considère un peu comme un maître de piste dans mon cirque et je m'amuse à diriger ça selon l'humeur du moment.

medium_cusson6.jpgTitus - Au temps d'Uzeb, j'imagine qu'il fallait faire davantage de compromis, non ?

Oui, c'était une façon différente de travailler. Je n'aurais peut-être pas pu faire le Wild Unit si je n'avais pas eu l'expérience préalable avec Uzeb. Je crois que c'était important pour moi de côtoyer les mêmes gens. J'ai beaucoup appris durant toutes mes années avec Uzeb.

Titus - Votre ex-compère, le bassiste Alain Caron, a fondé de son côté Le Band, qui est plus une fusion jazz-rock en ce qui le concerne. Vous avez choisi des chemins différents pour prolonger l'oeuvre d'Uzeb en quelque sorte...

Oui. Moi, j'ai tourné la page pour l'instant. J'ai gardé des relations, bien entendu, mais moi, ce qui m'inspire aujourd'hui, c'est plutôt des gens comme Peter Gabriel, Doudou N'Diaye Rose, Miles Davis... Pour résumer mon idée, le Wild Unit appartient davantage aux années 90. Les années 80, c'étaient les années 80... C'est du passé en ce qui me concerne ! C'est aujourd'hui l'époque des communications. Ce monde qui se rapproche de plus en plus. Avec plus d'ouverture...

medium_cusson_album.jpgTitus - Dans votre deuxième album avec Wild Unit, en plus des musiques instrumentales qui sont très rythmées et musclées, il y a une grosse surprise puisque vous avez inclus une chanson dans le répertoire, Melodia azul, interprétée par Marc-Alie.

Marc-Alie est un ami de longue date. On écrit de la musique ensemble depuis longtemps. Le morceau émergeait en fait tout naturellement vers une mélodie chantée. Je trouvais que c'était un plus. C'est un album d'écriture. Il y a beaucoup de matériel, une mine d'or à exploiter en spectacle. On a travaillé fort sur le côté mélodique, pour trouver des choses simples mais originales, et qui touchent.