01.02.2009
Mariana Lafrance : "La photographie est pour moi un langage"
"La Petite Fumée", son blog devenu véritable portfolio, est un hommage éblouissant au Nord de l'Ontario (Canada) qui l'a vue grandir. En photographiant des recoins isolés ou en friche, la Nord-Ontarienne Mariana Lafrance est parvenue, tel l'alchimiste transformant le plomb en or, à sublimer des lieux à première vue dépourvus de beauté. Son travail, initié dans la ville de Sudbury où vivent ses parents, s'est peu à peu enrichi de nouveaux horizons. L'artiste, dont le travail a récemment fait l'objet d'un livre, "La Ville Invisible", prépare actuellement une grande exposition pour la Galerie du Nouvel-Ontario. Dans l'entretien qui suit, Mariana Lafrance revient sur ses premiers pas dans l'univers de la photo, et décrit les passions qui l'habitent.
Titus. Mariana, tu es originaire de l'Ile Manitoulin, dans le Nord de l'Ontario. Quels souvenirs gardes-tu de ton enfance là-bas, ainsi qu'à Hearst, où tu as également vécu ?
Nous vivions en campagne... J'ai des souvenirs de champs, de grange, d'une maison dans les arbres que mon père nous a bâtie, d'aventures dans la forêt derrière chez nous. L'hiver, on patinait sur l'étang derrière la grange. Idyllique? Peut-être. Adolescente, c'était loin d'être le paradis.
J'ai vécu à Hearst seulement un an (à part mes deux ou trois toutes premières années). C'était vers la fin de mon secondaire. J'ai été très dépaysée. Je suis passée d'un milieu anglophone, isolé, mais quand même assez permissif, créatif... à un milieu francophone, aussi isolé, mais selon ma perception de l'époque, beaucoup plus classé "straight". C'était le règne de la motoneige, du hockey et des vêtements griffés.
Titus. Qu'est-ce qui t'a amenée à entreprendre des études de muséologie à l'université de Toronto ? Un intérêt marqué pour l'Histoire ?
Ce n'était pas l'Histoire du tout, mais un grand intérêt pour la création d'expositions. Ça me semblait être un métier créatif lié au savoir, à la communication, et à l'éducation, qui ont tous un certain attrait pour moi. Je m'intéressais surtout aux musées de science. En terminant mon bac (en sciences cognitives), j'ai vite réalisé que ce n'était pas assez pour trouver un emploi qui me satisferait. Je ne voulais pas continuer dans ce domaine... je ne partageais pas le point de vue de mes profs, selon lequel le cerveau est une machine et qu'on puisse réduire l'expérience humaine à des pulsations électriques de neurones. J'ai voulu changer de voie complètement, et j'ai pensé que le métier de muséologue pourrait me plaire.
Mariana Lafrance vue par Hannah Johnston (cliché du 17 janvier 2009).
Titus. Te rappelles-tu du premier appareil photo qu'on t'a offert ? De tes premières photos ? Qu'est-ce qui a fait de toi une passionnée de la photo ?
Quand j'avais 12 ans environ, ma famille a reçu une visite de la photographe Louise Tanguay, qui est une amie d'enfance de mon père. Louise avait bien sûr son appareil avec elle, et ça m'avait impressionnée. C'était la première fois que j'ai compris que la photographie pouvait être autre chose que des portraits de famille et la documentation d'anniversaires et d'événements. Je me souviens qu'elle m'avait permis de prendre une ou deux photos... On était au bord de l'eau, il y avait une petite presqu'île au loin et, au bout, un phare. Je me souviens de l'image que j'ai vue et que j'ai voulu capter. L'été de mes 13 ou 14 ans, je me suis incrite à un cours de photographie au Manitoulin Summer School of the Arts. Mon père m'a confié son appareil photo. J'ai fait un rouleau avant que le cours commence, sur pellicule noir et blanc, après avoir lu quelques livres sur la composition. Je me souviens de deux photos de ce rouleau. Il y avait la maison de mes voisins avec des bottes de foin dans le champ au premier plan, cadré par du feuillage (comme j'avais vu dans les livres). L'autre, c'étaient deux marches d'escaliers dehors, de bois vieilli, sous lesquelles poussaient des myosotis au bout de petites brindilles.
Dans le cours, j'ai appris la technique de base. Ça m'a permis de faire un peu de photo pour le journal local, tout au long de mon secondaire. Après, à l'université, j'ai fait beaucoup de chambre noire - couleur et noir et blanc. Je crois que c'est en tirant des photos couleur que je suis vraiment tombée amoureuse de la photo. Le soir, après ma première session de chambre noire couleur, j'ai eu une expérience de synesthésie... J'écoutais de la musique et, au lieu d'entendre les notes, je les voyais. Chacune avaient sa couleur, sa forme et son mouvement... J'avais tellement été absorbée par le visuel (et seulement le visuel !) cette journée-là !
Finalement, la photographie est devenue pour moi un langage. Et quel soulagement d'avoir le pouvoir de m'exprimer en images plutôt qu'en mots !
Titus. Je crois que dans ton parcours, le fait d'avoir vécu deux ans à Sudbury n'aura pas été anodin. Tu as en effet lancé un blog, "La petite fumée", sur lequel tu mettais chaque jour en ligne une photo de Sudbury... D'où venait cette idée ?
C'est une idée qui m'est venue lorsque je vivais à Toronto. Je suivais le travail du photoblogueur Sam Javanrouh du site Daily Dose of Imagery, qui était le plus connu des photoblogueurs torontois (et il y en avait une série... C'était tout un mouvement artistique). Le travail de Sam m'inspirait beaucoup : son regard, très centré sur la ville de Toronto - ses quartiers, ses édifices, son histoire, ses recoins. Ses visiteurs enrichissaient le site avec leurs propres anecdotes. J'aimais cette emphase mise sur les lieux, l'espace public, le bâti, le vécu.
Titus. Et un jour, tu t'es dit que Sudbury pourrait être un bel objet d'étude ?
Avant même que je décide de retourner à Sudbury, je rêvais de faire un projet semblable chez moi, dans le nord de l'Ontario. Et chaque fois que je visitais Sudbury (et ce n'était pas très rare car mes parents y vivaient depuis un certain temps), je m'épatais de voir cette ville mythique de mon enfance et je voulais capter son image. Sudbury avait gardé pour moi cette qualité de grande ville, avec ses graffitis, ses trains, ses édifices en briques à quatre étages, ses punks, et ses boutiques qui m'avaient tant impressionnée enfant, lors de voyages familiaux hors de l'Île. Même après avoir vécu à Ottawa, à Toronto, à Édimbourg. Même si Sudbury n'était plus la même ville qu'elle avait été... il y avait ce côté légendaire qui continuait à me faire rêver.
Titus. Quels lieux photographiais-tu en priorité ?
Les lieux que je cherchais à photographier, un peu inconsciemment, étaient ceux qui témoignaient de l'urbanité de Sudbury... Le passage du temps, les traces humaines, l'empreinte de l'industrie et du commerce. Aussi, les traits architecturaux propres au nord de l'Ontario, que je ne peux énumérer ni décrire mais que je reconnais instantanément, instinctivement.
Titus. Et quel a été l'accueil du public ?
L'accueil du public a été très enthousiaste. À plusieurs reprises, on m'a fait remarquer qu'à travers mes photos, je faisais voir la beauté de la ville, là ou l'on n'en cherchait pas. Des fois, je rencontrais des gens sur la rue et ils me disaient qu'ils suivaient le blog et qu'ils avaient beaucoup apprécié une telle photo la semaine d'avant. Ou bien je recevais des suggestions de photos à prendre - genre, "va voir dans tel quartier à tel coin de rue, j'ai vu une photo à prendre". J'aime penser que les gens se sont mis, eux aussi, à mieux regarder leur ville.
Titus. Tu fais de très beaux portraits, mais on en trouve relativement peu dans le travail que tu as réalisé à Sudbury. Pourquoi ?
Un projet à la fois ! J'étais très concentrée sur le projet de La petite fumée et il me restait trop peu de ressources mentales pour développer d'autres projets. En plus, mes années à Sudbury ont été un temps plutôt solitaire, à l'image de mes balades photographiques dans la ville, les dimanches matin. Mais la photographie de personnages hibernait toujours dans mon esprit et je réussissais à en faire de temps à autre.
Titus. La ville de Sudbury vient de célébrer ses 125 ans, et c'est ce qui a fait germer l'idée d'un ouvrage de textes et photos pour lui rendre hommage, le livre "La ville invisible", publié par Prise de Parole. Qui t'a approchée pour proposer de publier les photos de ton blog dans cet ouvrage ?
C'était premièrement l'idée de Jocelyne Landry-Altmann, conseillère municipale des quartiers que je photographiais. C'est elle qui a réuni quelques personnes-clefs autour d'une table. Les auteurs sont tous des gens qui vivent à Sudbury ou qui y ont passé la majorité de leur vie. Ils ont été choisis par l'équipe de travail... C'est un petit monde, tout le monde se connaît ou presque. Il s'agissait de Denise Truax (directrice de la maison d'édition Prise de Parole) et de Normand Renaud (écrivain et ancien animateur à Radio-Canada). Normand et Denise avaient à leur tour invité Michel Dallaire (écrivain et poète) et Guylaine Tousignant (écrivaine et poète également) à se joindre à nous. Tous des grands du milieu littéraire sudburois. Alors on avait là une équipe de rêve.
Titus. Qu'as-tu pensé de ce projet de prime abord ?
Mon côté aventurière n'a pas hésité une seconde...
Titus. Le titre du livre est une allusion évidente à l'auteur franco-ontarien Patrice Desbiens, qui a publié un livre intitulé "L'homme invisible". Peux-tu nous expliquer ce choix de titre ?
"L'homme invisible" est une oeuvre purement bilingue, la première du genre. Les auteurs qui ont contribué à "La ville invisible" ont été mis au défi de créer des oeuvres bilingues eux aussi, alors voilà une source d'inspiration pour le titre. Le titre fait aussi allusion au fait que les images et les histoires montrent les côtés "invisibles" de la ville.
Autoportrait de Mariana.
Titus. Au sujet de ton travail, l'auteur Normand Renaud, récemment interviewé par Radio Canada, évoquait ton "oeil magique, qui permet de dégager de la beauté dans des endroits qui en semblent dépourvus". N'est-ce pas là le plus beau compliment qu'on puisse faire à un photographe ?
C'est définitivement un des plus beaux compliments qu'on puisse faire à un photographe, et qu'il vienne de Normand Renaud le rend encore plus beau.
Titus. Pourquoi avoir surtout photographié des recoins désolés ou des lieux en friche ? Un peu de mélancolie ou un élan poétique ?
Élan poétique, tout à fait. Roger Léveillé, animateur d'une causerie autour de "La ville invisible" au Salon du livre du Grand Sudbury, l'année passée, a utilisé le terme japonais "wabi-sabi" pour décrire la sensibilité esthétique de ces photos, terme qui dénote la beauté "imparfaite, éphémère, et incomplète". Je ne crois pas qu'il a tort. Je ne vois pas de mélancolie dans les lieux que j'ai photographiés. Pour moi, ce sont des lieux enjoués, libres, pleins de possibilités, dénués d'artifices... Des façades sans façade.
Titus. Aimes-tu le résultat final ? Et qu'en ont pensé les Sudburois ?
Je suis très satisfaite du résultat final. J'aime la variété de styles d'écriture. J'aime le mélange d'histoires et de poèmes. Je suis très fière d'avoir collaboré avec chacun des contributeurs. En plus, la qualité d'impression du livre est superbe. Au lancement du livre, à la librairie Grand ciel bleu à Sudbury, j'ai pu constater que les Sudburois aussi en sont fiers... Du moins, ceux qui étaient présents au lancement !
Titus. Tu résides aujourd'hui à Ottawa... La photographie occupe-t-elle toujours une grande partie de ta vie ?
Autoportrait de Mariana.
Oui, je réside à Ottawa où je travaille comme muséologue. La photographie occupe une place primordiale dans ma vie, mais, par petits souffles. Idéalement, dans le futur, je travaillerai dans le monde des musées à demi-temps ou à contrat, et le reste du temps, je le consacrerai à mes projets artistiques.
Titus. Le blog "La petite fumée" est toujours en ligne. Prévois-tu de le continuer avec des photos d'Ottawa ou préfères-tu y montrer uniquement des photos du Nord de l'Ontario ?
La petite fumée est toujours en ligne, mais ce n'est plus un blog. C'est devenu mon portfolio virtuel, et j'y présente mes nouveaux projets, au fur et à mesure que je les produis. Ces nouveaux projets ne se limitent pas au Nord de l'Ontario. J'ai commencé à photographier Ottawa, un peu, mais c'est une ville qui demande une tout autre lecture. Je suis beaucoup moins familière avec son histoire, et je ne m'identifie pas encore à elle. Alors mon instinct artistique dépend beaucoup plus sur l'esthétique et l'imaginaire.
Titus. As-tu d'autres projets ?
Je prépare présentement une exposition à la Galerie du Nouvel-Ontario, à Sudbury, pour mai 2009. C'est un nouveau projet, des mises en scène photographiques. C'est mon plus grand projet à date, pour lequel je vais engager des comédiens, louer de l'équipement, etc. Je suis présentement au stade de recherche, que j'adore. Je lis Joseph Campbell et Guy Debord, en vue de developper un scénario. Je ne sais pas encore où je vais en venir et c'est excitant.
POUR EN SAVOIR PLUS
Le site en ligne de Mariana Lafrance.
Le podcast d'une interview de Mariana Lafrance par Radio Canada.
Un article de Jean-François Nadeau sur le travail de Mariana publié par le quotidien Le Devoir, à Montréal.
La librairie sudburoise Grand Ciel Bleu.
Les éditions franco-ontariennes Prise de Parole.
Le blog savoureux de Guylaine Tousignant, l'un des auteurs ayant contribué à l'ouvrage "La ville invisible".
12:25 Publié dans Rencontres franco-ontariennes | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Photographie, Ontario, Mariana Lafrance, Sudbury, La ville invisible, Prise de Parole
06.07.2008
Serge Monette : "Le Nord de l'Ontario est mon jardin"
Ancien pivot de la formation franco-ontarienne Cormoran, Serge Monette mène aujourd'hui sa barque en solo. En 2003, il s'illustrait déjà avec l'album "18 Roues", qui lui a valu d'être comparé, musicalement, à Bruce Springsteen ou Neil Young, excusez du peu. Il est vrai qu'à l'instar de ces géants nord-américains, Serge Monette est aussi un véritable conteur, capable de transformer en hymnes à la portée universelle des histoires profondément enracinées dans la culture de l'Ontario français. A l'image, sans doute, des pépites contenues dans son second album, "Bad Luck", sorti en avril dernier et qui fait sensation.
Serge Monette et son band à l'émission Planète Country sur TFO (Télévision française de l'Ontario) interprétant l'une des chansons de son nouvel album, "Frenchie".
Titus - Serge, les critiques suite à la sortie de ton nouvel album, "Bad Luck", sont unanimes. Quand je l'ai écouté la première fois, j'ai tout de suite pensé à Zachary Richard et d'ailleurs, plusieurs critiques ont parlé d'un style "bayou nord-ontarien". Les références, par ailleurs, au pionnier de la chanson franco-ontarienne que fut Robert Paquette ne sont sans doute pas pour te déplaire ?
Déplaire, non ! Je suis content d’écrire des chansons qui sont comparables à des grands de la chanson francophone. J’écris dans un style folk-rock qui s'inscrit dans la tradition des Zachary Richard ou Robert Paquette de ce monde. Et que dire de mon accent ! Je roule mes "RRR" gros comme un 18 roues sans brakes. Et j’aime ça comme ça. Ça permet de me démarquer. Ma trajectoire est celle de quelqu'un qui roule lentement mais de manière assurée.
Titus - J'aimerais que l'on revienne un moment sur ton parcours. Peux-tu nous décrire, dans un premier temps, la ville où tu as vu le jour ? En quoi est-ce un lieu spécial à tes yeux ?
Je suis né à Sudbury. Une ville minière et universitaire dans le Nord de l’Ontario. C’est le centre économique du Nord ontarien. J’ai grandi dans un petit village qui se nomme Val-Thérèse. À cet endroit, ma jeunesse fut marquée par le grand ciel bleu du Nord et une forêt où se cachaient plein d’aventures à découvrir. Entre 7 et 12 ans, mes passe-temps était de jouer au hockey (street hockey), faire des cabanes dans la forêt, jouer aux cow-boys et indiens. Ou simplement faire du vélo dans le bois. Entre 13 et 18 ans, j'ai commencé à jouer de la musique dans mon garage avec mes amis. C'était l'époque des pit-party, des chars et des filles. On faisait du camping sur la rivière des Français. Durant ma jeunesse (entre 4 ans et 18 ans), j’ai eu la chance de voyager avec mon père car il était camionneur. J’ai pu ainsi visiter tous les recoins de l’Ontario. J’ai pu réaliser les grandes distances qu’il y a entre chaque ville. J’ai aussi connu la solitude du voyageur, qui est parfois difficile à surmonter. L’Ontario est une très grande province; c’est beau de pouvoir passer d’une grande ville comme Toronto, et ensuite se retrouver dans le Nord ontarien avec les grands pins blanc et les aurores boréales qui dansent dans le ciel glacé. J’ai pu conduire le 18 roues de mon père aussi. J’avais appris à conduire le pick-up vers l’âge de 8 ans et le 18 roues vers l’âge de 12 ans. Dans le camion, on écoutait surtout de la musique country. La musique américaine était de mise. La musique francophone n’était pas une musique de choix chez mes parents. Mon frère plus vieux avait des vinyles francophones. Il avait gagné à l’école le disque de Robert Paquette "Au pied du courant". J’ai découvert ce disque quand j’avais environ 16 ans. J’étais, à l'époque, à l'école secondaire.
Titus - Comment es-tu venu à la musique ? Te rappelles-tu de tes premiers pas à la guitare ?
Mon père m’avait acheté ma première guitare à l’âge de 7 ans. J’ai suivi des cours dans un centre communautaire francophone. Aucun membre de ma famille immédiate n'était musicien. Mon père aimait beaucoup chanter dans son camion des "hurting songs". Il adorait la musique country américaine. Ça l’aidait à rester éveillé durant les longs voyages entre Toronto et Hearst.
La chanson "Deux minutes", extraite de l'album "18 Roues", interprétée live en 2003 à l'émission Le Garage sur TFO.
Titus - Quels musiciens ont compté dans ton éducation musicale ? Les critiques te comparent parfois, musicalement, à Neil Young ou Springsteen. Ce sont des artistes que tu as beaucoup écoutés ? Y en a-t-il d'autres ?
J’écoute beaucoup d’artistes folk. Neil Young et Springsteen sont des inspirations et des influences artistiques.Il y a aussi Wilco, Dylan, Gaston Mandeville, Richard Séguin, Daniel Lanois. Les artistes de musique country qui ont eu un impact sur mes créations sont Merle Haggard, Johnny Cash et Hank Williams Sr.
Titus - Côté franco-ontarien, que représentent pour toi des figures comme Cano, Paul Demers ou Robert Paquette ?
J’ai eu la chance de faire la tournée avec Demers, Paquette et Marcel Aymar (ancien membre de Cano). Ce sont des artistes accessibles qui m’ont beaucoup inspiré dans ma démarche artistique. J’ai pu apprendre davantage sur le métier et approfondir mes connaissances du répertoire franco-ontarien.
Titus - Sudbury et le Nord de l'Ontario de façon générale ont constitué une formidable pépinière de talents pour l'Ontario français. On peut parler de la chanson, du théâtre ou de l'écriture. Si l'on pense à Cano, par exemple, il n'était pas rare que toutes ces disciplines se trouvent entremêlées... Quelles furent tes premières expériences culturelles à Sudbury. Ont-elles été déterminantes pour la suite de ton parcours ?
Ce n’est que tard dans mon adolescence que j’ai découvert que je pouvais chanter en français. La fierté de la culture franco-ontarienne ne faisait pas partie des discussions autour de la table ou à l’école. Il n’y avait rien pour me donner l’envie d’écouter de la musique en français. En principe, "french music sucked". L'école ne transmettait pas la fierté d’être franco-ontarien. Il y avait très peu de sensibilisation aux artistes ou à la culture franco-ontarienne. Les enseignants, selon moi, avaient peu de culture générale franco-ontarienne. Plusieurs enseignants provenaient de la belle province (Québec) sans connaître la région et les artistes de l’Ontario. C’est vers l’âge de 18 ans que j’ai commencé à vouloir écrire des chansons et me représenter. J’ai réalisé qu’il était plus approprié de chanter en français. Ça résonnait mieux en moi. Cependant, écrire en français était et est toujours un défi. Ce fut la troupe de théâtre de l’Université laurentienne qui m’a donné un bon coup de pouce artistiquement. Hélène Gravelle (professeur de la troupe) m’a beaucoup aidé à prendre confiance et m’a aidé dans mon développement artistique. Elle fut une personne marquante dans mon cheminement personnel.Titus - Nous nous étions croisés à Hearst, dans les studios de CINN FM , en 1996. A l'époque, tu faisais partie du groupe franco-ontarien Cormoran, qui était considéré comme l'une des principales figures de la relève. Peux-tu nous raconter l'histoire de sa naissance ?
Cormoran fut créé lors de ma première année à l’Université. J’avais approché Jacques Grylls afin de former un groupe et présenter mes chansons à la Brunante de la SRC (Radio Canada), un concours francophone de la région de Sudbury. C'était un bon tremplin pour faire de la scène. La première année de notre participation à la Brunante, nous n’avons rien gagné. Ce fut la formation "En Bref", les grands lauréats. La deuxième année, nous avons remporté le premier prix. Cela nous a donné la possibilité de réaliser l'enregistrement d'un démo et de présenter quelques spectacles.Titus - Tes créations avec Cormoran t'ont propulsé à l'avant-scène de l'univers de la musique franco-ontarienne. A quel moment a surgi l'idée d'entamer une carrière solo ?
Après l’enregistrement démo, je voulais trouver de l’argent afin de faire un album LP. Cependant, j’étais en transition et je venais de terminer l’Université. J’ai quitté la région de Sudbury pour m’établir à Toronto et il était devenu difficile pour les membres du groupe de continuer le projet. Ils n’avaient pas les mêmes ambitions que moi. Après discussion avec Jacques Grylls, nous avons mis fin au projet Cormoran.
La chanson "Douceronne" à l'émission Planète Country de TFO, en 2007.
Titus - "18 Roues", ton premier album publié en 2003, avait eu un retentissement important. Le son est devenu plus rock qu'à l'époque des débuts avec Cormoran, non ?
Non, Cormoran fut un band rock. En revanche, "18 Roues" avait un son acoustique et la "pedal steel" a beaucoup coloré l’album. Mon inspiration, à ce moment, fut beaucoup "Harvest Moon" de Neil Young.Titus - Les références à Neil Young, justement, ou Springsteen, ne sont pas totalement fortuites dans la mesure où comme eux, tu es un véritable conteur. Mais n'est-ce pas aussi un trait constant du folklore franco-ontarien ?
La chanson franco-ontarienne est très diversifiée. On retrouve du rap, du rock, du traditionnel, du lounge, etc.
Je fais une musique qui me plaît. Et même si ce n’est pas la soupe du jour où à la mode, cela me convient.
Titus - L'écriture, chez toi, n'est jamais reléguée au second plan. Tes textes sont d'une grande sensibilité, ce qui n'empêche pas un petit penchant rebelle, non ?
Un peu rebelle, possiblement. J’aime écrire des chansons sur des personnages écorchés et qui ont quelque chose à dire de leur situation. J’aime le mélange du français et de l'anglais dans mes chansons. Je préfère l’image et la sonorité avant la rime parfaite.
Titus - Quels autres thèmes affectionnes-tu dans ton écriture ?
Le Nord de l’Ontario est mon jardin. Dans l’album "Bad Luck", je voulais explorer les thématiques où les histoires cachées de l’histoire franco-ontarienne. "Reesor Siding", "Frenchie" et "Enfant Bâtard" sont des exemples de chansons qui ont des thématiques propre au Nord ontarien.Titus - Bien qu'enracinées dans un contexte culturel bien défini, celui de l'Ontario français, je crois que ton album a un écho universel
Je crois que les chansons sur "18 roues" et "Bad Luck" sont universelles, en effet. En tant qu’artiste, je veux parler de mon environnement ou de mon héritage culturel tout en étant universel. C'est un défi en soi.
Titus - Tu as écrit conjointement avec certaines des plus belles plumes de l'Ontario francophone, à l'instar de Patrice Desbiens ou de Robert Dickson. Peux-tu nous raconter en quelles circonstances ?
J’ai eu le grand plaisir de faire des co-écritures avec Desbiens et Dickson. Desbiens a une belle sensibilité dans son écriture. C’est Paul Demers qui me l’a présenté afin de m’aider à peaufiner mes textes pour "18 Roues". J’étais un fan de Desbiens, je le connaissais par ses recueils de poésie et son regard sur le Nord et, plus particulièrement, sur Sudbury, m’avait beaucoup touché. Dickson est décédé, il y a presque deux ans. C'était une personne emblématique pour la communauté franco-ontarienne. Un francophile qui s’est allié avec les Francos de Sudbury. Il a d'ailleurs enseigné plusieurs années à l’Université laurentienne à Sudbury. Il a écrit des textes pour Cano et il a aidé plusieurs artistes dans leur démarche artistique. Dans ses dernières années, il traduisait des pièces de théâtre de Jean-Marc Dalpé, un auteur franco-ontarien bien respecté et reconnu au Canada. Dickson a collaboré sur une de mes chansons, "On dansera", qui figure sur l'album "18 roues". C’est une chanson que j’ai écrite pour ma fille. Je trouvais approprié de demander à Dickson de m’aider car le style ressemblait au sien.
Titus - Tu as aussi collaboré avec l'icône franco-ontarienne Paul Demers et Josée Lajoie pour le spectacle "30 ans de chansons", qui a donné lieu à un album en 2004, et qui vous a valu d'être lauréats du prix Coup de Foudre de Réseau Ontario. Peux-tu nous en toucher deux mots ?"30 ans de chansons" fut un spectacle concept où l’on interprétait les grands succès de l’Ontario français. Chacun de nous représentait une décennie. Paul les années 70, Josée les années 80 et moi, les années 90. Ce spectacle a beaucoup tourné en Ontario français.
Un court extrait du spectacle "30 ans de chansons" avec Paul Demers et Josée Lajoie, filmé le 17 février 2005 au Ottawa Winterlude Snowbowl.
Titus - Avec "Bad Luck", ton second album qui vient tout juste de sortir, tu n'hésites pas à évoquer des sujets tabous, à l'image de l'histoire de Reesor Siding, fait douloureux survenu en 1963. Peux-tu nous rappeler le contexte de cette chanson ?
C'est un épisode troublant de l’histoire ouvrière du Nord ontarien. Il y a eu une grève qui durera plusieurs mois entre bûcherons et la compagnie Reesor Siding. Les fermiers, eux, continuaient à fournir le moulin de bois. Ils étaient considérés comme des "scabs" (jaunes, NDT). Après plusieurs mois, les grévistes ont décidé d’aller montrer aux fermiers leur mécontentement. Ils voulaient empêcher les fermiers de fournir le bois au moulin car cela n’aidait pas dans les négociations. Lors d’un affrontement entre 400 grévistes et 20 fermiers, il y a eu une confusion mortelle; 2 ou trois grévistes ont essuyé des coups de feu et en sont morts. Aucun des fermiers n'a été formellement accusé et personne n’a été poursuivi pour le meurtre commis. Le gouvernement a effacé ce triste événement. Plusieurs familles ont été déchirées par cette tragédie car fermiers et grévistes se connaissaient ou étaient apparentés.Titus - Est-ce que certains t'ont reproché de faire resurgir ces faits qu'on cherchait à oublier ? Pourquoi as-tu choisi d'en parler ?
Personne n’a rien dit de négatif encore… "knock on wood". ("Je touche du bois", NDT) Cette histoire m’a troublé et j’ai voulu la partager sous la forme d'une chanson. J’ai une licence en Histoire, donc l’Histoire m’a toujours plu.
Titus - Peux-tu nous dire deux mots de l'équipe qui t'a entouré pour l'enregistrement de cet album ? Où a-t-il été enregistré, dans quelles conditions ? Et en combien de temps ?
Avec "Bad Luck", la guitare électrique frémissante de Sylvain Quesnel et la batterie magnétisante de Shawn Sasyniuk (aussi le coréalisateur de l’album) font la loi. Leurs rythmes accrocheurs et leurs riffs efficaces épousent des compositions solidement charpentées. Je te ressers le communiqué de presse, lol !L'album a été enregistré à Ottawa, au Little Bull Horn, sur ruban plutôt que numériquement. En studio, c’est brut à 100% : tout a été capté en quelques prises, « live off the floor », comme on dit dans l’industrie : c’est-à-dire lors d’exécutions en ensemble, non pas instrument par instrument. Mes voix et guitares acoustiques, pour la plupart, ont été enregistrées par après, à mon domicile.
Titus - J'ai noté la participation de la Fransaskoise Anique Granger, dans les choeurs. C'était votre première collaboration ?
Oui, c'était une première collaboration. On se connaît depuis plusieurs années et Shawn, le co-réalisateur, a proposé qu’on demande à Anique de chanter avec moi sur "That’s Life". Elle a bien marié sa voix à la mienne.
Titus - Maintenant que l'album est sorti, quels sont tes projets ?
Essayer de booker des spectacles et faire connaître les chansons. Faire des showcases, etc.
Titus - La chanson franco-ontarienne demeure encore largement méconnue en dehors des "frontières" de l'Ontario. Comment l'expliques-tu ? Est-ce lié à un problème de distribution ?
La chanson franco-ontarienne demeure largement méconnue en Ontario français aussi. On pourrait dire que la chanson francophone (tous les pays confondus) est largement méconnue. Faute de plusieurs instances. Manque de fonds dans la commercialisation tant privée que de l’aide gouvernementale, le protectionnisme ou simplement le fascisme de certains pays ou états qui ne facilitent pas les échanges ou la promotion de la musique francophone sur leur territoire. Titus - As-tu le projet de venir présenter tes chansons en France ?
Pour le moment, je n’ai pas de contact en France; c’est un peu difficile pour moi de vendre mon produit ou mon spectacle sans connections. Cependant, je crois que, dans un avenir à moyen terme, j’irai faire un tour sur le vieux continent. Je suis toujours ouvert aux opportunités.
"L'autre bord d'la track" , enregistré dans le cadre de l'émission Le Garage, sur TFO, en 2003
Crédits photo : Pierre Perreault.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de Serge Monette. Dans la rubrique discographie, il est possible d'écouter la totalité des titres des deux albums solo. Les paroles des chansons y figurent également. Possibilité de commander le CD en contactant directement Serge Monette.
Le site MySpace de l'artiste.
Pour commander le disque : Archambault Musique, Canada, ou encore le site de l'APCM (association des professionnels de la chanson et de la musique en Ontario français).
On peut aussi télécharger les fichiers audio par le biais de Puretracks. Indiquer "Monette" dans la recherche (search by artist).
16:10 Publié dans Rencontres franco-ontariennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Serge Monette, Cormoran, rock franco-ontarien, chanson franco-ontarienne, Ontario français, Bad Luck, Anique Granger
22.01.2008
Maurice Henrie : "Je prends un malin plaisir à taquiner mes lecteurs"

Je me suis d'abord demandé d'où elle pouvait bien venir et comment elle était arrivée là, cette petite culotte rose très pâle. Accrochée à un coton de blé d'Inde qui sortait de terre, elle brillait faiblement au soleil et frissonnait dans l'air du printemps. Quand le vent s'enflait un peu, elle s'élevait légèrement au-dessus du sol et flottait librement, pleine d'ondulations et de chatoiements, comme le ferait la soie d'un drapeau national. Au milieu du champ débarrassé de ses neiges depuis quelques jours seulement, du champ tout noir parsemé des cotons jaunes de la récolte de l'automne dernier, la culotte rose tranchait vivement. Elle dérangeait tout autant que si elle s'était accrochée, portée par les bourrasques de fin mars, à la fine pointe du clocher de l'église, qu'on apercevait tout près entre les arbres".
"Oksana", de Maurice Henrie, dans son recueil de nouvelles "La Savoyane", Editions Prise de Parole, Ontario (1996).
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L'écrivain franco-ontarien Maurice Henrie, qui a fait carrière dans l'enseignement universitaire, puis à la haute fonction publique fédérale canadienne, a publié son premier recueil de nouvelles, "La Chambre à mourir", en 1988. Un livre qui a été accueilli avec enthousiasme par le public et la critique. Nous l'avions rencontré, pour l'émission Calypso, sur CINN FM, alors qu'il venait tout juste de publier son recueil de nouvelles "La Savoyane". Le hasard a bien fait les choses; Maurice Henrie avait, quelques semaines plus tôt, reçu le Prix littéraire ontarien Trillium (qui se décline en anglais et en français) pour son magnifique roman "Le balcon dans le ciel".Titus - Maurice Henrie, vous venez de publier "La Savoyane", aux éditions Prise de parole (Sudbury, Ontario). J'aimerais d'abord souligner que vous êtes, depuis peu, le récipiendaire du Prix Trillium 1995 pour votre roman "Le balcon dans le ciel", un ouvrage qui vous a aussi valu le prix du salon du livre de Toronto. Comment avez-vous réagi ?
Maurice Henrie - La première réaction, bien sûr, c'est la surprise. Comme mon livre avait déjà reçu le prix du salon du livre de Toronto, tout le monde me disait qu'il ne fallait pas que je m'attende à en obtenir un autre... Au niveau des jurys, on dirait qu'il se produit un phénomène d'équilibre qui fait que lorsqu'on a un prix, il est généralement difficile d'en recevoir un deuxième. Cependant, tout ça n'a pas fonctionné dans mon cas puisque, quelques semaines plus tard, on m'a accordé le Prix Trillium, qui est encore plus prestigieux, comme vous le savez. C'est donc un double plaisir. J'étais vraiment très content. Titus - Votre dernier livre, "La Savoyane", semble reevoir aussi un bon accueil de la part de la critique. Il s'agit d'un recueil d'une quinzaine de nouvelles qui viennent, si on peut dire, démonter certains clichés sur la monotonie de la vie à la campagne. Ce sont des portraits de gens somme toute ordinaires, mais qui forment une collection de vignettes savoureuses. La plupart des personnages illustrés dans ces nouvelles n'hésitent pas à transgresser les tabous de notre société, mais vous arrivez à nous dépeindre ces hommes et femmes sans porter de jugement.
Maurice Henrie - Je ne suis pas très moraliste et n'éprouve pas le besoin de bénir ou de condamner mes personnages. Je les laisse faire, surtout par exemple à la fin de cette nouvelle qui s'appelle "Bandé paré" : les gens m'ont reproché de ne pas avoir de conclusion dans cette nouvelle-là. Mais c'est parce que je ne veux pas condamner mon personnage. Alors je le laisse et il continue à vivre et à faire ses mauvais coups...
Titus - Et malgré les actes parfois odieux de ces individus, on dirait que vous les aimez, malgré tout, un peu à l'image de François Mauriac qui a toujours eu en horreur le roman apologétique.
Maurice Henrie - C'est une très bonne comparaison, effectivement. Moi non plus, je ne veux absolument pas jouer au Dieu ou au juge en chef et distribuer des claques à gauche et des gifles à droite. Je laisse les choses aller comme elles sont... Et puis, on ne fait pas de la littérature avec des bons sentiments.
Titus - Derrière ces histoires extrêmement divertissantes qui n'ont pas forcément de lien entre elles, on sent qu'il y a quand même une sorte de fil conducteur, non ?
Maurice Henrie - C'est exact. Il y en avait déjà un, encore plus évident, dans mon tout premier recueil de nouvelles, "La chambre à mourir". Dans ce cas-ci, dans "La Savoyane", c'est plus subtil, mais c'est encore là. Dans ce livre-ci, j'avais pris la gageure de faire des nouvelles qui seraient un peu plus osées, un peu plus choquantes. Je dois vous avouer que je prends un plaisir un peu malin à taquiner le lecteur, à le choquer. Dans la nouvelle qui s'appelle "La Savoyane", la fin est plutôt imprévue. Ca fait sursauter le lecteur et moi, ça m'amuse (rires).Titus - On sent effectivement une grande délectation à conter. Et j'aime en particulier la façon dont vos nouvelles sont construites, notamment dans le cas d'Oksana, en partant d'une petite culotte qu'on voit flotter, accrochée à un coton de blé d'Inde. A partir de là, on arrive à un récit vraiment incroyable !
Maurice Henrie - Quand j'ai écrit cette nouvelle, j'étais dans la région où je demeure, l'Est ontarien. Il y a un village qui s'appelle Saint-Albert et qui est connu pour ses fromages. Un jour - on était très tôt au printemps - j'étais allé à Saint-Albert chercher des fromages, et je revenais à travers la campagne quand j'ai vu ce que vous savez, sur un coton de maïs ou de blé d'Inde, dans un champ qui avait été fauché l'année précédente. J'ai vu quelque chose qui flottait au vent. Au début, j'ai pensé à une guenille de quelque sorte. Et dans mon imagination, ça a fait feu. Je me suis dit que ce n'était pas une guenille mais une petite culotte. J'ai changé la couleur ; de blanche, elle est devenue rose. Et ensuite toute l'histoire s'est construite à partir de cette petite étincelle... Des fois, c'est un petit rien qui déclenche quelque chose chez un auteur. C'est la même chose qui est arrivée pour une autre nouvelle, "Mon homme". Vous avez une petite phrase anglaise de la chanteuse Sheryl Crow, "Are you strong enough to be my man ?" (es-tu assez fort pour être mon homme ?", ndr), dit-elle dans sa chanson. Ca m'avait frappé, ce bout de phrase-là, et ça m'a rappelé aussi des événements que j'ai connus il y a quelques années. Une sorte de drame familial. J'ai profité de cette étincelle qui m'était donnée gratuitement par Sheryl Crow et j'ai construit cette nouvelle à partir de sa phrase, tout en me reportant à ces souvenirs d'autrefois, où un homme avait été mis en boîte par sa femme parce qu'il était devenu, avec le temps, un peu faible...
Titus - Réginald Martel a dit de vous que vous étiez peut-être un philosophe qui ne l'avoue pas, et c'est vrai qu'il y a beaucoup de réflexions dans ce livre. Une philosophie apparaît en filigrane.
Maurice Henrie - Il y en a certainement une, mais je ne veux pas faire de la philosophie publiquement ou de manière formelle. Cela n'est pas étonnant, cependant, du fait que j'ai fait de longues études justement en philosophie. Ca m'est resté, cette manière de voir les choses. Dans cet autre livre qui a reçu le Trillium, "Le Balcon dans le ciel", c'est cousu d'allusions philosophiques. Par exemple, la manière d'apercevoir l'amitié ou l'amour. Comment cela débouche sur la trahison. Et puis à la fin du livre, cette explosion du personnage devant la vie qui le déçoit, et cet écran vide qu'il contemple tout au long du roman et dans lequel il espère voir quelque chose, et dans lequel il ne voit finalement rien. J'essaie de laisser, par ces moyens, des impressions dans l'esprit du lecteur. Titus - Dans la nouvelle "Ce qui s'en va" , c'est un peu l'auteur qui porte son regard sur la vie, non ?
Maurice Henrie - Tout à fait. Vous avez bien deviné. C'est bien moi, ce bonhomme qui réfléchit sur la vie et qui se dit tout à coup : "J'ai eu ma part; j'ai fait ce que j'ai pu et puis maintenant, je m'écarte et je laisse passer les autres".
Titus - Comment avez-vous bâti ce livre ? Ca a représenté un travail sur plusieurs mois, des années ?
Maurice Henrie - Je vais vous dire quelque chose d'un peu curieux. Vous savez, "Le Balcon dans le ciel", qui est l'avant-dernier de mes livres et qui a reçu le Prix Trillium. Cet ouvrage est un roman mais, à l'origine, ce devait être une nouvelle qui devait faire partie d'un livre qui, déjà, dans mon esprit, s'appelait "La Savoyane". Mais quand j'ai écrit "Le Balcon...", tout à coup, cette idée a pris du volume, du souffle, de l'ampleur. Et j'ai finalement décidé de le retirer de "La Savoyane" et d'en faire un roman. Pendant que j'écrivais "Le Balcon", "la Savoyane" a dû attendre. Le chantier est resté en panne pendant six-huit mois. Et une fois débarrassé du "Balcon", je me suis remis à "La Savoyane", et j'ai encore ajouté quelques contes. L'organisation du recueil ne s'est pas faite par hasard. Il y a une certaine continuité, une certaine filiation d'un conte à l'autre. Ce ne sont pas des petites histoires à l'eau de rose parce qu'à la fin, on reste avec quelque chose... Parfois, on est surpris ou choqué... Mais les gens se mettent à réfléchir, et ça j'aime bien.
Titus - Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la littérature franco-ontarienne dont vous êtes l'un des piliers ?
Maurice Henrie - Il y a deux ou trois ans, certains professeurs d'université sont venus me voir pour me demander si la littérature franco-ontarienne existait. A cette époque, j'étais extrêmement réservé, pour ne pas dire sceptique. J'ai répondu : "Peut-être, dans la mesure où il s'agit d'un phénomène littéraire qui s'inscrit dans le sillage du Québec, bla bla". Aujourd'hui, j'ai changé complètement d'avis. Je crois maintenant que la littérature franco-ontarienne commence à se tenir debout toute seule. Il n'y a pas que moi : vous connaissez de très bons écrivains en Ontario français. Nous avons d'excellents auteurs et nous publions des livres abondants chaque année. Il n'y a pas de rivalité entre les auteurs de chez nous. Au contraire, on s'appuie tous les uns sur les autres et on est en train de former une sorte de petit patrimoine littéraire. C'est un grand mot, peut-être. Disons une sorte de fonds littéraire qui non seulement va subsister mais va aussi se distinguer nettement du reste de la littérature canadienne. Il porte la marque de l'Ontario. D'ailleurs, les Québécois le sentent. Quand ils parlent d'un de mes livres à Montréal (j'y vais demain, d'ailleurs, pour y donner une suite d'entrevues), ils parlent toujours de moi comme d'un Franco-Ontarien. A leurs yeux aussi, je suis différent d'eux, et ça, ça me plaît !Titus - Vous êtes donc plutôt optimiste quant à l'avenir de cette littérature minoritaire ?
Maurice Henrie - Oui, je pense que d'autres gens vont prendre la relève. Je ne veux pas nier le fait que l'assimilation existe. Je ne veux pas aborder cette question-là parce que ça me désole, mais je pense qu'il existe une relève suffisante en Ontario pour assurer l'avenir dans le domaine littéraire. Et j'encourage fortement les jeunes à écrire ! Le succès est possible. Ce n'est peut-être pas un succès de librairie du genre Gallimard, mais ce peut être un succès relatif, qui est très satisfaisant pour celui qui écrit !
POUR EN SAVOIR PLUS OU COMMANDER LES LIVRES DE MAURICE HENRIE :
Editions Prise de Parole, Sudbury, Ontario, Canada
01:40 Publié dans Rencontres franco-ontariennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Maurice Henrie, littérature franco-ontarienne, Prise de Parole, Ontario
06.10.2006
Maurice Lamothe : "Il est possible aujourd'hui de faire carrière en Ontario" (2ème partie)
Avec Maurice Lamothe, universitaire auteur de "La chanson populaire ontaroise", nous évoquons, dans la seconde partie de notre interview, la première vague des chansonniers ontariens. (Ci-contre, photo de Donald Poliquin, l'un des pionniers de la chanson ontaroise, par Jules Villemaire)
Titus - Nous avons terminé la première partie de notre entretien en faisant allusion aux membres du groupe Cano (Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario), précurseur de la chanson en Ontario français dans les années 1970. Les Franco-Ontariens se sont aperçus, dans un film sorti à l'époque, qu'ils communiquaient en anglais entre eux. Comment cela a-t-il été perçu ?
Maurice Lamothe - Les réactions ont été nombreuses dans les journaux; très vite, le public ne s'est plus fait d'idées sur la capacité de Cano à vouloir défendre l'Ontario français, et la langue française. Ca a généré de la déception, et la population va être encore plus déçue après le référendum sur l'indépendance au Québec. (L'option indépendantiste est carrément rejetée le 20 mai 1980 par environ 60 p. 100 de l'électorat québécois et ce, malgré l'élection du Parti québécois en 1976, ndr). Avec la défaite des souverainistes, on assiste à une véritable débandade. Tout le marché de la chanson s'effondre. Et c'est à partir de ce moment que Cano commencera à chanter en anglais. Une période qui coïncide aussi avec la mort d'André Paiement (parolier et membre influent de Cano, ndr). A partir de cette période, le produit de Robert Paquette sera aussi beaucoup moins risqué, beaucoup plus standardisé. Pourquoi ? Parce que, tout à coup, ça coûte extrêmement cher de produire un disque. Il faut pouvoir compter sur ses propres moyens. L'industrie du disque n'investit plus comme avant. Auparavant, Kébéc-disc donnait de l'argent à Robert Paquette, et ça fonctionnait ou pas. Pour les disques qu'il a lui même produits, il a fallu qu'il prenne moins de risques. C'était fini, la belle époque des années 1970; désormais, il fallait un produit léché, et sans risque. Bien sûr, le public n'a pas suivi. En même temps, est-ce que ça n'était pas beaucoup demander à des chansonniers que de prendre un tel risque financier ? On parle quand même d'un investissement de l'ordre de 35 à 40.000 dollars. Et beaucoup de chansonniers y ont laissé leur chemise. Je pense notamment à Alain Grouette, qui était originaire de Hearst.
Titus - Avez-vous essayé de joindre certains de ces artistes pour compléter vos recherches ?
J'ai mené pas mal d'entrevues. Je pense à Michel Lalonde, de Garolou, Robert Paquette, Marcel Aymar, Butch Bouchard, etc. J'ai pris les artistes qui me semblaient parmi ceux qui ont le plus marqué. Il a fallu que je me restreigne un petit peu... Je pense pas non plus avoir couvert toute la matière. Il reste du travail à faire et j'espère que ce que j'ai fait va servir à d'autres...
Titus - Quel est votre sentiment sur l'évolution plus récente de la chanson franco-ontarienne ?
Dans les années 1970, pour avoir accès à du capital symbolique en Ontario, il fallait se produire au Québec. Aujourd'hui, le festival "La nuit sur l'étang" devenant une sorte de fête nationale, le Bureau franco-ontarien ayant développé un programme de bourses pour chansonniers, le réseau des écoles étant franchement ouvert aux artistes, il est possible désormais de faire carrière en Ontario, non pas en se faisant beaucoup d'argent, mais en espérant être reconnu par les Ontariens. Ca, c'est un phénomène nouveau.
Titus - Malgré tout, pour prendre un exemple très récent, un groupe comme Brasse-Camarade qui s'évertuait à faire le réseau des écoles en Ontario, se retrouve aujourd'hui à signer un contrat avec une maison de disques québécoise...
Ce qui est important, c'est de voir qu'il existe une stratégie d'accès au marché adulte. Prenons l'exemple de Donald Poliquin : c'est un spécialiste du réseau des écoles, mais un peu à regrets. Il a longtemps rêvé d'aller davantage vers le public adulte, autant au Québec qu'en Ontario. Il se produit bien sûr devant les adultes, mais sa stratégie d'accès, c'était avant tout le réseau des écoles. Et d'autres groupes l'ont fait, comme Chuck Labelle. Ca donne un produit assez particulier. Et c'est une des caractéristiques de la production franco-ontarienne, une espèce de produit à cheval entre le marché des enfants et celui des adultes. Un artiste apprend à communiquer de cette manière : parfois, il développe deux répertoires, un répertoire pour les enfants et un autre pour les adultes. Le matin, il va dans les écoles; les enfants en parlent à leurs parents qui, à leur tour, vont voir le spectacle le soir.
Titus - Le Québec s'ouvre-t-il aujourd'hui suffisamment aux productions francophones des autres provinces canadiennes ?
Il faut que le Québec recommence à ouvrir ses portes, parce que, dans les années 1980, quelque chose de fondamental est arrivé au Québec et qui est dommage : on a fermé les portes aux chansonniers francophones de l'Ontario et des autres provinces. Parce que le marché du disque était tombé, mais aussi parce que des artistes déjà en place protégeaient le peu du marché qui restait. Ils se protégeaient contre les intrus. Et il y a un discours qui est revenu très souvent; c'est que les Franco-Ontariens et les francophones hors-Québec en général, font du folklore. Or, dans les années 1980, le folklore n'est plus à la mode. Les artistes franco-ontariens ont donc été exclus pendant longtemps de toute espèce de vélléité de renouvellement. Cela était totalement faux, naturellement. Robert Paquette s'est renouvelé et l'image qu'on a de lui à la Quinzaine ontaroise en 1987, c'est un gars qui a l'air beaucoup plus punk que ce qu'on entend à son sujet dans la presse québécoise...
Titus - Vos recherches ne se limitent pas à la chanson ontaroise... Vous vous attelez à présent à la chanson acadienne ?
J'essaye de boucler la boucle et de faire le tour de la chanson francophone hors-Québec au Canada. Il reste beaucoup de travail à faire...
Pour commander l'ouvrage de Maurice Lamothe, publié aux Editions Le Nordir, en association avec les Editions québécoises Triptyque :
www.livres-disques.ca/editions_nordir/home/index.cfm
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23:05 Publié dans Rencontres franco-ontariennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Chanson franco-ontarienne, Brasse Camarade, Marcel Aymar, Butch Bouchard, Michel Lalonde, Garolou, Hearst
05.10.2006
La chanson populaire ontaroise : une histoire qui s'est fait attendre... (1ère partie)
Maurice Lamothe, professeur de littérature à l'université Sainte-Anne, en Nouvelle-Ecosse (côte Est du Canada), publiait, en 1994, le tout premier ouvrage sur la chanson populaire franco-ontarienne, "La chanson populaire ontaroise (1970-1990)" . Comment expliquer ce long silence sans évoquer le contexte si particulier des cultures minoritaires, qui doivent constamment subir les références aux grandes cultures ? Une esquisse de réponse dans cette interview de l'auteur, réalisée en 1995, sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.
Titus - Personne, aucun universitaire, n'avait jamais, avant vous, cherché à analyser le phénomène de la chanson franco-ontarienne. Vous avez choisi d'en faire votre thèse de doctorat...
Maurice Lamothe - Effectivement, j'ai passé six ans de ma vie à marteler ça et à faire de la recherche. J'ai réalisé beaucoup d'entrevues, j'ai réuni beaucoup d'articles de journaux, d'ouvrages de référence. La tâche était énorme.
Titus - Pourquoi cela n'a-t-il pas été fait plus tôt ?
Ecouter la réponse de Maurice Lamothe sur CINN FM :
On ne sait pas trop quoi faire avec la chanson en général. Les musicologues se disent que ce n'est pas de la musique. Les littérateurs se disent que ce n'est pas de la littérature. De sorte que ça reste au milieu, comme ça... Ca, c'est une première raison. L'autre raison vient de la difficulté que la chanson populaire peut avoir à être reconnue au niveau de la littérature en général, peu importe où d'ailleurs. A l'exception toutefois des Etats-Unis ou de l'Angleterre, qui eux reconnaissent leur chanson populaire, l'étudient et la respectent. Mais la tradition française relègue le genre "chansonnier" au rang des para-littératures. Pourquoi ? Parce qu'on considère que c'est du business. Que c'est une façon de se faire de l'argent, et que c'est soumis aux lois du commerce, alors qu'en littérature, on aime bien entretenir le mythe de l'auteur libre de toute espèce d'attache, de celui qui ne cherche pas la gloire...
Titus - Dans le contexte franco-ontarien, beaucoup de ces chanteurs ont été associés à un mouvement. Vous citez l'exemple de Paul Demers qui est devenu le porte-parole de la francophonie ontarienne. Il l'a même récemment été à une conférence au niveau national.
On voit l'importance qu'on accorde à la chanson. C'est assez extraordinaire : on a besoin des chansonniers; on en a eu besoin et on en aura besoin encore. On en a tellement eu besoin qu'on a même pardonné à Robert Paquette d'avoir dit que l'Ontario français n'existe pas en tant que culture. On lui a pardonné. J'ai un chapitre de mon livre qui s'intitule d'ailleurs : "Robert Paquette, traître et héros". Il a fallu expliquer pourquoi Robert Paquette a dit ça à plusieurs reprises. Bien sûr, en Ontario français, on ne reconnaissait pas la création. Il n'y avait pas de prix, de système de légitimation, de bourse. Pourquoi aurait-il dit que l'Ontario existait si la province même avait de la difficulté à le reconnaître. Alors, évidemment, il est allé à Montréal, et pendant ce temps-là, d'autres ont pris la relève. Je pense à Paul Demers qui, pour toutes sortes de raisons, est celui qui jouit du plus grand capital symbolique en Ontario. Alors que le premier chantre de l'Ontario français, c'est Robert Paquette.
Titus - La chanson ontaroise a-t-elle une identité qui lui est propre ?
Il y a des particularités à la chanson franco-ontarienne. La plus grande, et cela peut paraître curieux, c'est le produit chansonnier pour enfants. C'est dans ce domaine qu'il se vend le plus de disques. Il y a quelqu'un dont on parle assez peu, c'est Suzanne Pinel, qui a quand-même enregistré onze micro-sillons. Peu d'artistes peuvent se vanter de l'avoir fait. Et ce succès est principalement lié au réseau des écoles. On peut penser aussi à Donald Poliquin : en voilà un autre qui est spécialiste de la chanson pour enfants. Robert Paquette, Michel Lalonde ont fait le réseau des écoles. La plupart des chansonniers ont touché, à un moment ou un autre, au réseau des écoles, et touché, autant à la langue maternelle qu'à la langue seconde. C'est pas pour rien qu'on retrouve dans le répertoire de la formation Cano, la chanson "Frère Jacques", clairement destinée au public anglophone. C'est une chanson simple et ce public la connaît. L'originalité de la chanson franco-ontarienne vient du fait qu'elle doit, pour survivre, s'appuyer sur le réseau des écoles; c'est quelque chose d'alimentaire, ça.
Ecouter la réponse de Maurice Lamothe sur CINN FM :
Titus - Et vous ne pensez pas que ça pourrait se retrouver dans d'autres provinces, comme en Saskatchewan ?
Oui, bien sûr, mais à un moindre niveau puisqu'ils sont moins nombreux ! Ceci dit, il faudrait vérifier. Je suis actuellement en train de faire des recherches sur la chanson acadienne. Il y a des éléments de preuve qui semblent démontrer que ce réseau des écoles n'est pas seulement ontarois mais s'apparente à un véritable réseau hors-Québec. Calixte Duguay, un Acadien, a siégé sur des jurys en Ontario. Et on préfère prendre, à bien des égards, un francophone hors-Québec pour siéger sur ces jurys-là. Parce qu'un francophone hors-Québec, même issu d'une autre province que l'Ontario, comprendra davantage le produit ou les projets qui lui seraient présentés. Il existe donc un réseau hors-Québec de chansonniers. Il est clair qu'il existe des différences très nettes entre cette chanson hors-Québec et ce qui est fait au Québec.
Titus - Les artistes ontarois ont tenté à maintes reprises de se frotter au marché québécois, avec plus ou moins de réussite, à l'instar de Robert Paquette, Garolou, ou Cano...
Dans les années 1970, on assiste à la fièvre nationaliste. En 1976, c'est la prise de pouvoir par le Parti Québécois et en même temps, il y a comme une contradiction qui s'installe. Les Franco-Ontariens, eux, n'appuient pas le mouvement nationaliste au Québec. Ce qui est drôle, c'est qu'ils doivent pour autant compter sur le marché québécois qui lui est appuyé par des forces nationalistes. Ce sont toutes ces stratégies, tout de même assez complexes, que j'ai analysées. Je parle de la stratégie de la transcendance : être un citoyen du monde, est-ce que ça aide à ne pas prendre parti tout en ayant l'air de prendre parti ? Au Québec, on admet que les régions veuillent faire leur propre promotion, mais ça n'a rien à voir avec le mouvement qui devient de plus en plus séparatiste au Québec. Avec le groupe Cano, certaines chansons nous semblent quand même être partie prenante pour un certain nationalisme, et on assiste à un certain réveil de l'identité. Mais au sein de cette formation, il y a quand-même des anglophones, qui participent aussi à un marché; ils voient qu'au Québec, ça fonctionne. Et ils se disent que c'est le bon chemin à prendre. Dans le film "Cano, expérience collective", on s'aperçoit que tout le monde se parle en anglais dans le groupe. Il y a ce discours sur l'identité qu'on pourrait croire être lié à une ferveur politique, mais en même temps, dans le quotidien de ce groupe-là, on remarque qu'ils communiquent en anglais entre eux.
A suivre.
Pour commander l'ouvrage de Maurice Lamothe, publié aux Editions Le Nordir, en association avec les Editions québécoises Triptyque :
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13:20 Publié dans Rencontres franco-ontariennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Chanson franco-ontarienne, Michel Lalonde, Donald Poliquin, Suzanne Pinel, Paul Demers, Cano, Robert Paquette
17.08.2006
Daniel Poliquin : "Comme les autres, et... différent !"
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Daniel Poliquin est peut-être l'un des écrivains les plus emblématiques de l'Ontario français. Né à Ottawa, où il vit encore aujourd'hui, il a fait ses premières armes dans le monde de l'édition en traduisant successivement Matt Cohen, Jack Kerouac, W.O. Mitchell ou encore Mordecai Richler. Son oeuvre littéraire, riche et diversifiée, compte plusieurs romans et recueils de nouvelles, notamment "L'Ecureuil noir" , publié en 1994, qui a reçu un accueil enthousiaste en plus de se voir décerner le Prix littéraire ontarien Trillium. Lorsque nous avons rencontré Daniel Poliquin, le 24 janvier 1996, il était venu présenter à Hearst son recueil "Le Canon des Gobelins" (publié par les Editions Le Nordir de Hearst, et réédité depuis).
Titus - Vous avez dit que l'identité était dynamique et que vous vous considériez comme un métis culturel. D'où est partie cette réflexion sur l'identité ?
Daniel Poliquin - Elle a commencé alors que j'étais tout jeune. Je n'ai jamais eu quant à moi de crise identitaire. Enfant, je me savais Canadien-Français, et dans la famille ce sentiment était renforcé. Ensuite, à l'école secondaire, j'ai vu que cette qualité canadienne-française pouvait faire problème. A cette époque-là, en 1967-68, il y avait un régime de deux poids deux mesures, les Franco-Ontariens n'ayant pas droit aux mêmes droits scolaires que les Anglo-Ontariens. Ca me révoltait, mais je me disais qu'il y avait moyen de faire quelque chose. J'ai peut-être commencé ma carrière d'optimiste au même moment...
Ecouter la réponse de Daniel Poliquin sur CINN FM :
A mon arrivée à l'université, je vois des camarades qui font des choix. Certains décident de devenir anglophones, parce qu'ils ont peur. D'autres décident de devenir Québécois, aussi parce qu'ils ont peur. La première chose qu'on apprend, quand on est minoritaire, c'est la peur. Parce qu'on est différent, on se fait bousculer, et à ce moment-là, des choix se font. Il y a des gens qui décident de vivre à l'abri d'une majorité : c'était le cas de mes amis qui devenaient Québécois; et puis il y avait les amis qui décidaient de vivre à l'abri de l'autre majorité, c'est à dire les Canadiens anglais. D'autres ont choisi de rester entre les deux, comme moi. J'ai fait ce choix sans douleur. Ca n'a pas été une crise de conscience. Encore maintenant, on me pose des questions : "Pourquoi est-ce que tu viens pas vivre au Québec, Daniel ? Tes livres marchent bien, tu commences à être connu, tu serais bien chez nous..." La réponse que je fais toujours à ça, c'est que si j'allais vivre au Québec, il me semble que je perdrais ma combativité naturelle, qui trouve amplement à s'exprimer ici. J'aime finalement ce côté minoritaire qui fait que, justement, je ne suis pas comme les autres. J'ai découvert qu'il n'y avait rien de plus plate d'être comme les autres. Et mes amis qui sont devenus Canadiens-Anglais regrettent justement de s'être amalgamés, de s'être perdus dans le nombre. Ce qu'ils font aujourd'hui, c'est de mettre leurs enfants à l'école d'immersion pour leur apprendre le français, et leurs enfants leur en veulent aussi, d'avoir oublié le français parce qu'ils se rendent compte, aujourd'hui, que c'est un capital. Quand on se vante : on est bons, on est donc ben fins; nous autres on est Québécois, ceci cela...
L'identité devient alors une conception statique. L'identité devrait pourtant être dynamique; ce que je veux dire par là, c'est qu'on change. Et on vit dans un monde en mutation. Les Français que j'ai connus en 1968 ne sont plus les mêmes Français. Aujourd'hui, en France, on parle anglais, ce qu'on ne faisait pas autrefois. Les gens ont voyagé. Regardez au Québec : il y a un million de Québécois qui chaque année, vont en Floride. En vingt ans, ça change les mentalités. On voit des gens regarder la télé en anglais au Québec, ce qu'ils ne faisaient pas auparavant. Il y a une anglicisation des médias au Québec qui est massive. Donc, ça change. Et ce qu'on fait souvent, parce qu'on a peur du changement, on se raccroche à une identité mais ça devient folklorique et je me dis qu'à un moment, il faut accepter la mutation. L'enfourcher. Maîtriser l'inévitable au lieu de le subir. Je vois certains de mes amis franco-ontariens, par exemple le poète Patrice Desbiens, pour qui la mutation est un désarroi. Ils se demandent ce qui va nous arriver. J'arrive pas à partager ce désarroi-là. Je me dis qu'il va forcément arriver des choses, et qu'on va essayer de voir ce qu'il y a de bon dans ces changements-là. Et notre identité va changer. Mais si j'arrive à voir la réalité en face, mon identité va évoluer dans le sens que moi je veux.
Titus - Lors de la conférence que vous avez donnée à Hearst, vous avez eu des mots assez durs à l'égard d'une certaine bourgeoisie intellectuelle du Québec qui a le culte de l'identité, mais qui, en ce faisant, asphyxie toute possibilité d'évolution.
Daniel Poliquin - Il y a un phénomène historique au Québec. C'est que d'une génération à l'autre, la bourgeoisie intellectuelle cherche à imposer ses fantasmes au peuple qu'elle prétend servir. Et au peuple qu'elle trahit toujours. Deux exemples, celui, en premier lieu, du retour à la terre. Il s'est écrit, au Québec, des centaines de romans où on a invité les gens à retourner à la terre. Même aujourd'hui, à la télévision, dans les télé-romans "poële à bois" de Radio-Canada, on glorifie l'identité rurale, la nostalgie de la mémoire de la campagne. Quelle est la réalité ? Les Québécois ont quitté la terre. Autrement dit, les Canadiens-Français n'ont pas écouté la bourgeoisie intellectuelle. Les Québécois aujourd'hui sont en ville. On a cherché aussi, par des romans, à ramener les Québécois exilés aux Etats-Unis. Mais qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils sont restés aux Etats-Unis, et ça nous a donné Jack Kerouac. C'est toujours comme ça : on propose un fantasme; on l'impose, mais les Québécois sont plus rusés et en font à leur tête. Et c'est ça la réalité au Québec : les Québécois sont indépendants et ils ont déjà un pays à eux. En Ontario français, ça se passe à peu près de la même façon. Vous avez une élite qui fait son travail : on a obtenu les écoles. Il y a eu des combats qui ont été menés et qui étaient justes, mais on obéit pas toujours à ce qu'on dit et nous aussi les Franco-Ontariens on est des gens indépendants. Pourquoi ? On a quitté le Québec, justement. C'était notre mère patrie mais on n'est pas restés là-bas. La valeur fondamentale, c'est l'individualisme, et non pas un certain collectivisme dont rêvent seulement les rédacteurs en chef des journaux et les universitaires.
Titus - Dans votre recueil de nouvelles "Le Canon des Gobelins", vous évoquez le phénomène de mutation des minorités, notamment dans la légende des rats d'Ottawa qui choisissent de devenir des écureuils noirs. On croit y reconnaître la condition des Franco-Ontariens, qui ont appris à se mettre dans la peau des autres, à se fondre dans la masse. Vous qui avez fait votre mémoire de maîtrise sur Kafka, pouvez-vous expliquer cette idée de métamorphose, dont la dizaine de personnages que vous faites vivre dans le recueil semble adepte...
Daniel Poliquin - Kafka m'a beaucoup marqué. Il y a énormément de nouvelles animalières chez lui. Et l'idée qui m'a le plus marqué, quand j'avais vingt ans - c'est aussi l'idée d'André Malraux - : la métamorphose est la conjuration de la mort. Pour ne pas mourir, il faut devenir autre. En se fondant dans la masse, les minorités arrivent à survivre. La légende de l'écureuil noir, que j'ai écrite, Oui, on peut se fondre dans la masse. Il n'y a rien qui distingue un Franco-Ontarien d'un Anglo-Ontarien; pour les traits, le physique, c'est pareil. Quand on parle bien la langue, on peut même passer pour un anglophone. Ca m'arrive assez souvent. Maintenant, on peut tout à fait se fondre dans la masse tout en conservant son intégrité. Tout en restant soi-même. Certains y voient une trahison et disent que c'est épouvantable d'avoir à faire ça. Mais c'est la vie quand on est minoritaire. Et si on assume sa condition de minoritaire, ça va ! Et puis la métamorphose étant la conjuration de la mort, on arrive justement à autre chose. Et là s'opère un métissage. Ce qui m'a le plus frappé, lorsque j'ai mis le pied à Sudbury la première fois; j'étais allé chez des mineurs canadiens-français, et ces gens-là avaient chez eux des saunas. Je leur ai demandé où ils avaient pris l'idée. Ils m'ont répondu qu'ils travaillaient avec des mineurs finnois, et que ces derniers leur ont montré comment en bâtir. Et ils faisaient aussi du vin parce que des mineurs italiens leur avaient appris à en fabriquer. C'est ça le métissage : je prends ce que vous avez de bon et moi je vous apporte ce que j'ai de bon. Sans doute que les mineurs italiens et finnois mangeaient de la tourtière, et c'est ça qui est formidable. Et les gens que j'ai rencontrés continuaient à parler français... Les échanges ne nous appauvrissent pas. La conception identitaire statique qu'on propose au Québec n'est pas un enrichissement, et quand on ne s'enrichit pas, on est condamné à une sorte de sclérose et on meurt idiot. Je n'ai pas envie de mourir idiot.
Titus - Faisons un parallèle avec votre métier. Vous êtes interprète à la Chambre des communes à Ottawa. Chez vous, la mutation, la métamorphose, c'est quelque chose que vous pratiquez au quotidien...
Daniel Poliquin - Mon expression canadienne-française préférée est la suivante : lui, il se prend pour un autre. Moi, je me prends pour un autre tout le temps. Je ne fais que ça. Quand je suis interprète, je prends la pensée de la personne qui parle et je la répète dans une autre langue. Quand j'écris, c'est la même chose. Je me prends pour un autre. Je me mets dans la peau de mes personnages; je deviens eux. Et quand je traduis des livres, c'est la même chose. Vous avez devant vous Jack Kerouac, Mordecai Richler, Matt Cohen... J'ai été tous ces personnages-là, et ça m'a enrichi. Certains me disent que quand je traduis, je perds ma personnalité et prends celle de l'autre. Absolument pas, je ne fais que l'emprunter. Je la garde le temps de m'en enrichir, et après je la délaisse.
Titus - Vous possédez un sens de l'humour remarquable. Cela me fait penser à l'humour typique de certaines cultures minoritaires, qui sont parvenues à intérioriser leurs craintes. Je pense notamment au roman juif, canadien ou américain, qu'il s'agisse de Saul Bellow, Mordecai Richler dont on vient de parler, ou Philip Roth. Est-ce qu'on peut établir un lien entre ces littératures minoritaires ? Je pense notamment à "The Victim", de Saul Bellow, où le personnage principal a un sens de culpabilité exacerbé.
Daniel Poliquin - La culpabilité s'exerce au niveau de l'identité, justement. Prenons l'exemple des juifs. Il est très bon. Vous avez un enfant juif qui grandit dans une ville; sa mère le force à apprendre l'hébreu. Il n'aime pas ça et sa mère lui dit : "N'oublie pas, tu es juif; il faut que tu gardes ta conscience". Plus tard, quand la mère part, il se sent coupable de ne pas être assez juif. Ca se voit beaucoup, et c'est le cas de nombreux amis juifs à moi, qui savent qu'ils sont juifs. Ils en sont fiers, mais ils ne se sentent pas assez juifs. On peut faire un parallèle avec l'Ontario français. On peut se sentir coupable, à un moment de sa vie, d'avoir perdu sa langue ou de la moins bien parler. Et cela engendre toutes sortes de comportements qui sont intéressants à observer, et qui peuvent se traduire de manière humoristique dans mes livres. L'humour naît toujours d'un certain désespoir ou de la malchance. Et c'est défensif. On se met à rire pour ne pas pleurer, et tout l'humour juif est né de cette façon. Il y a un certain humour canadien-français qui est très drôle. Parce qu'on va plaisanter sur ce qui nous est arrivé. Je pense à Yvon Deschamps, qui jouait son personnage de petit travailleur qui se faisait exploiter et ne s'en rendait pas compte. Tout le monde trouvait ça très drôle. Ca vient du désespoir. Ca vient qu'on est en bas de l'échelle et qu'on regarde en haut. Si on est en haut de l'échelle, tout va bien. On a une vision du monde tout à fait optimiste, rose, et c'est pas très bon pour faire de l'humour, ça ! Il faut être en bas de l'échelle pour bien voir les choses.
Titus - Quand on parle d'identité, il est parfois difficile de se dissocier de l'image du père, ou de la mère. Chez vous, le père, dans différents romans, notamment dans "L'écureuil noir", incarne quelqu'un de très dominateur. Est-ce que c'est l'empreinte de votre propre père que l'on retrouve dans vos écrits ?
Daniel Poliquin - En grec, le mot "tyran" voulait dire "ami du peuple". Tous les tyrans prennent le pouvoir pour faire le bien du peuple. Mon père, c'était un tyran, au sens originaire du terme grec. C'est à dire quelqu'un qui voulait faire le bien. Le problème, c'est qu'un tyran, ça finit toujours par devenir un tyran. Et lui, avec toutes ses bonnes intentions, il nous tyrannisait. De façon sympathique, je précise. Ca n'avait rien de méchant ou brutal. Mais il avait une forte personnalité et il ne se gênait pas pour l'imposer. Parfois même, il se surprenait à nous l'imposer. Ce qui fait que ça crée des rivalités, bien sûr. Ou alors, le contraire, c'est à dire des enfants soumis. J'avais pas de vocation pour être soumis, mais je l'admirais beaucoup, notamment parce qu'il avait appris l'allemand, entre autres. Il était journaliste, il était connu, et un jour, je me suis mis à apprendre l'allemand. Justement par admiration pour lui. Lui n'avait jamais mis les pieds en Allemagne, ou à peine. Mais il avait beaucoup lu; il avait une excellente connaissance passive de la langue. Je me mets donc à apprendre l'allemand, et je vais même vivre là-bas. Il me rend visite en Allemagne; ça va très bien. Et là, je l'entends parler l'allemand pour la première fois, et je me rends compte que son allemand est nul. Il se tourne souvent vers moi pour que je lui serve d'interprète. Je suis allé le reconduire à la gare; il a voulu acheter son billet tout seul. Le préposé ne le comprenait pas. Je suis intervenu, lui ai acheté son billet, l'ai amené par le bras au quai de la gare. Et là, il m'a regardé d'un drôle d'air et m'a dit : "T'as l'air content, toi". J'ai dit : "oui; parce que tout le monde t'admirait beaucoup parce que tu savais l'allemand; Je t'ai affronté sur ton terrain, et j'ai gagné. C'est moi ici qui parle allemand, et pas toi". Et il était content. Il était jaloux de moi, et il était fier d'être jaloux de moi. Je lui avais dit : "Ecoute, tu m'as fait lire "Le Médecin de campagne" de Balzac". Dans ce livre, le père a vendu sa terre à son fils, et le médecin lui demande : "Est-ce que vous êtes bien traité chez votre fils ?" Il dit : "Oui, il me traite comme si j'étais son enfant", comme si les rôles étaient renversés. Et j'ai dit à mon père, cette fois-là, "je te traite comme si tu étais mon enfant, je t'ai pris en charge, ici à la gare, mais c'est parce que je t'aime". Et il a dit, "moi aussi je t'aime mon petit gars." Puis, il est parti. J'avais 19 ans à l'époque, et ça a été un moment révélateur pour moi, parce que, tout d'un coup, le fils devient aussi fort que le père. Quand vous vivez des moments comme celui-là, vous devenez fort pour le restant de vos jours !
Titus - Comment était perçu ce choix d'apprendre l'allemand ?
Daniel Poliquin - Ca faisait rire mes amis dans ce temps-là. J'étais militant dans le mouvement franco-ontarien tout en faisant des études d'allemand. Ce qui me valait des reproches très amers de mes amis militants, qui me disaient : "Pourquoi tu n'étudies pas la sociologie ou le droit ? Tu pourrais vraiment nous aider avec ça." Je disais : "Ecoutez, je milite avec vous, pour l'école francophone de Sturgeon Falls ou celle d'Elliott Lake; mais j'ai aussi une vie privée, et je cherche ma spécificité. Et là, j'en ai trouvé une. Je suis un être sûrement unique au monde, car je suis certain d'être le seul germaniste franco-ontarien. Il ne doit pas y en avoir deux. Donc, j'ai mon identité sur terre, et cela m'aide à m'ancrer. Je ne suis pas comme les autres, et j'en suis content. Il y a des gens qui n'ont pas cette ambition-là. Ils veulent être comme les autres et ne pas se faire remarquer. C'est une forme de défense, aussi. On se protège du monde comme ça. C'est légitime, on a le droit. Faut pas condamner ça ou rire de ça. On a le droit d'être comme ça. Et moi, il fallait que je sois ce que je suis devenu. C'est à dire comme les autres, et différent.
Un extrait du "Canon des Gobelins"
"Je pense maintenant qu'on est toujours déjà amoureux avant de tomber amoureux. On se sent vulnérable, et tout à coup arrive quelqu'un qui incarne le besoin qu'on a d'être aimé. Le quelqu'un en question ne se doute de rien, il n'a même peut-être rien à voir avec l'amour qu'on lui porte. Il ne fait que profiter, ou pâtir, de la coïncidence. C'est pour ça que la personne qu'on pense aimer se demande toujours comment on fait pour l'aimer, et c'est pour ça qu'elle est toujours un peu surprise de vous trouver dans son lit le matin ; elle n'en revient pas de sa chance, ou de sa malchance. Et c'est pour ça aussi que la personne qui aime finit tôt ou tard par se demander : mais comment est-ce que j'ai fait pour tomber amoureux d'elle ? Ou de lui." (Dans Les bonnes soeurs)
Pour commander Le Canon des Gobelins, ou d'autres livres de Daniel Poliquin :
www.livres-disques.ca/editions_nordir/home/index.cfm
12:05 Publié dans Rencontres franco-ontariennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature franco-ontarienne, Hearst, Ontario, francophonie hors-Québec, Daniel Poliquin, prix Trillium
27.07.2006
Paul Demers, chantre de "Notre Place"
"De tous les artistes que connaît présentement l'Ontario français, le chanteur Paul Demers est probablement celui qui incarne le plus directement et le plus manifestement la spécificité franco-ontarienne. Avec des chansons comme "Un jour j'irai dans le Nord", "Mademoiselle", et "Notre place", il a su élever le vécu quotidien de toute une communauté au rang de symboles qui traduisent une fierté et un enracinement français". Ces quelques mots de Pierre Albert inscrits en préambule de la biographie de Paul Demers en disent déjà long sur la formidable empreinte de cet artiste originaire de l'Outaouais québécois, devenu en quelques années porte-flambeau de la francophonie ontarienne. Au cours de notre rencontre, au mois de mai 1992, Paul Demers évoquait son parcours et commentait l'avènement, en 1986, de la loi ontarienne sur les services en français, dont l'application connaissait alors quelques soubresauts en divers endroits de la province.
Paul Demers est le premier artiste franco-ontarien que j'ai rencontré, peu après mon arrivée dans le Nord de l'Ontario en 1991. J'enseignais alors le français dans une petite école secondaire du nord de l'Ontario, à Géraldton, et Paul avait été invité à venir passer une semaine complète auprès des élèves, vers la fin de l'année scolaire. Il est donc intervenu à plusieurs reprises en salle de classe, en plus d'encadrer, avec plusieurs élèves musiciens, un atelier de création musicale dont la finalité fut l'écriture d'une chanson en français.
Aussi banal que cela puisse paraître à des lecteurs français, habitués à vivre dans un environnement linguistique majoritairement francophone, le simple fait d'écouter de la chanson française ne coule pas toujours de source lorsqu'on vit en Ontario, même lorsque les francophones y sont majoritaires, comme c'est le cas dans plusieurs régions de la province.
Ces rencontres avec des chanteurs ou écrivains franco-ontariens, organisées dans les écoles autour d'un projet de création artistique, revêtent donc un double intérêt : amener les élèves à réfléchir à leur histoire et leurs origines; espérer faire émerger, ensuite, un sentiment d'appartenance à une même communauté (la population franco-ontarienne compte tout de même un demi-million d'individus !). En cela, la participation des artistes s'avère un formidable catalyseur. J'ai pu observer à quel point le passage de l'un d'eux à l'école faisait beaucoup plus qu'une leçon de grammaire pour amener les jeunes Franco-Ontariens à s'exprimer en français en dehors des salles de classe... Là-bas, nul besoin d'apprendre l'anglais, il "s'attrape" tout bonnement, disait-on... Et il n'était pas rare, effectivement, de voir des élèves utiliser la langue de Shakespeare dans toutes leurs activités extra-scolaires !
Très vite, une relation d'amitié s'est développée avec Paul. Cette même semaine, il est venu passer une soirée à la maison. Quel souvenir ! Un ami de l'école, Jacques, avait apporté sa guitare. Paul n'a pas tardé à la sortir de son écrin, et à l'aide du médiateur qui se trouve toujours dans sa poche, nous a offert une belle rétrospective de la création musicale en Ontario français. Sublime concert privé ! C'est en début de soirée, avant le début du récital, que nous avions réalisé l'interview que voici...
Titus - Qu'est-ce que cela représente, aujourd'hui, d'être franco-ontarien dans le contexte canadien français ?
Paul Demers - Dans la montée du nationalisme québécois, à partir de la fin des années 60 et dans les années 70, l'expression "canadien-français" a perdu un peu de ses plumes. Les Québécois s'identifiaient de plus en plus Québécois, et de nouvelles expressions sont apparues pour désigner les francophones hors-Québec . Ainsi, les francophones de l'Ontario ont choisi l'expression "franco-ontarien". Dans le Nord de l'Ontario, pour désigner la population francophone qui y est très importante, on a également vu se développer l'expression "Nouvel-Ontario" pour faire allusion à un pays imaginaire, idéal. Avec le recul, quelques décennies plus tard, beaucoup de choses ont changé en Ontario français, notamment dans le contexte constitutionnel, et cela est l'héritage direct de ces mouvements apparus dans les années 70, le résultat de la pression culturelle et politique exercée par les artistes et les gens actifs en Ontario. Cela a fait débloquer un certain nombre de choses. Entre autres, la loi 8 sur les services en français, qui a permis d'assurer des services en français dans certaines régions désignées. Même si ce n'est pas encore une province bilingue, la loi a enfin reconnu l'apport historique des francophones en Ontario.
Titus - Quelles étaient ces régions désignées ?
Paul Demers - Il y en avait 22, parmi lesquelles figurent l'Est ontarien, le Nord de l'Ontario, dont une partie du Nord-Ouest, et le Sud-Ouest, des secteurs où l'on recense beaucoup de francophones. Le problème, c'est que la loi n'est pas imposée aux municipalités, d'où certaines crises apparues dans certaines régions, par exemple à Sault-Sainte-Marie. Certaines municipalités, à l'image de cette dernière, ont eu peur de cette loi, jugeant que ça coûterait trop cher d'avoir des services bilingues, et dans l'urgence, se sont déclarées unilingues anglophones pour s'assurer de ne pas se voir mandater par la loi 8 d'offrir des services en français. Ce qui est parfois méconnu, c'est que beaucoup d'autres municipalités se sont déclarées bilingues. Il existe ainsi une association des municipalités francophones en Ontario, parallèle à l'association des municipalités telle quelle, et qui se bat contre certains vieux principes qui existent encore.
Titus - Quand on lit ta biographie, l'ouvrage que le journaliste Pierre Albert t'a consacré, on apprend que tu es né au Québec. Comment as-tu été amené à devenir l'un des artistes les plus symboliques de l'engagement franco-ontarien ?
Paul Demers - Au départ, il s'est agi d'un concours de circonstances, qui s'est transformé en histoire d'amour. Je suis né dans l'Outaouais québécois. De l'autre côté de la rivière, il y avait donc l'Ontario, et Ottawa, (capitale fédérale du Canada). Mon père travaillait du côté ontarien dans les écoles, et a déménagé en Ontario. J'ai donc fait une partie de ma scolarité, l'école primaire, au Québec, et mes études secondaires en Ontario. Et l'éveil culturel, naturellement, c'est à l'âge de l'adolescence qu'on vit ça. Et cet éveil, je l'ai vécu en pleine montée nationaliste québécoise, et je me sentais un peu déraciné en Ontario. Je me suis tout de suite identifié à la francophonie ontarienne en allant au théâtre ou à des concerts dans le Nord de l'Ontario. Car ces gens-là parvenaient, en réaction à ce qui se passait au Québec, à se créer eux-mêmes une identité. J'étais jeune adolescent; je grattais déjà la guitare et on écoutait des bonhommes comme Robert Paquette, André Paiement, Marcel Aymar, qui formeraient plus tard le groupe CANO, qui fut assez connu au Québec. Plus tard, il y eut une autre formation, Garolou... Je me suis identifié à ces gens-là assez facilement parce que c'était un nationalisme qui n'était pas forcément politique, mais qui se rapportait à l'émergence d'un peuple dans un contexte géographique "sauvage". D'un festival à l'autre, le mot s'est passé, et j'ai commencé à être invité un peu partout dans la province. Ensuite, j'ai été jouer au Québec, notamment en Abitibi ou en Gaspésie...
Au Québec, on ne s'imagine pas qu'il y a autant de francophones et de dynamisme à l'extérieur du Québec. Cette découverte, je voulais la communiquer aux autres. Et faire part de ce que je considère une injustice, qui est réservée aux francophones, autant par les communautés anglophones du Canada que, d'une certaine façon, par les Québécois. Au niveau des médias, tout est centré sur le Québec. C'est un peu le phénomène que le Québec a connu par rapport à la patrie-mère, la France, qui est parfois condescendante envers les anciennes colonies. Souvent, les francophones hors-Québec se sentent un peu comme ça et j'ai donc essayé de faire le pont, d'ouvrir des voies de communication, quand j'allais jouer au Québec notamment.
Titus - Commences-tu à voir les effets de cette action que tu mènes depuis plus de 10 ans ?
Paul Demers - Sur le terrain, dans les communautés francophones hors Québec, il est sûr que cette identité qui a été créée dans les années 70 a fait des petits, a fait une génération ou deux de gens qui, politiquement et culturellement, ont essayé de débloquer des choses. La loi 8 est une conséquence directe de cette effervescence. Par rapport au Québec, j'ai le sentiment que les Québécois ne demandent pas mieux que de garder contact avec les francophones hors-Québec et sont toujours ouverts à ça. Il s'agit juste d'ouvrir la porte plus souvent...
Titus - On a observé, en Ontario, une tentative de regroupement entre artistes pour peser davantage et essayer de mieux se faire connaître. C'est le cas de l'APCM, l'association des professionnels de la chanson et de la musique en Ontario français.
Paul Demers - L'APCM est un vieux rêve que j'avais avec d'autres musiciens membres du groupe CANO. CANO qui était déjà la coopérative des artistes du Nouvel-Ontario, une coopérative de gens qui faisaient de la poterie, de la musique, du théâtre. J'avais demandé à Marcel Aymar si on pouvait devenir membre du collectif, mais il m'avait dit que ça se faisait plus ou moins, que c'était un groupe "select". Dès ce moment-là, je voyais la nécessité d'avoir une association pour permettre aux gens faisant de la musique de se rencontrer, tout au moins d'une façon annuelle dans un cadre non compétitif, où on peut parler de nos problèmes, essayer de trouver des solutions pour la distribution, l'enregistrement ou la diffusion. Et l'APCM a vu le jour en 1989... J'en fus le président-fondateur. Il faut se rappeler que l'Ontario, c'est très vaste; les francophones sont dispersés partout à travers la province. Quand on est dans une métropole et qu'on fait de la musique, on rencontre ceux qui font le même métier lors des lancements, dans les bars et les cafés; mais en Ontario, ce n'est pas du tout évident parce qu'il y a des gens de Sudbury, d'Ottawa, de Windsor. Une association était essentielle pour provoquer les échanges entre tous ces créateurs. La majorité des membres sont des jeunes qui veulent vivre du métier, qui écrivent des chansons et chantent en français. Si on voulait une certaine continuité dans la chanson franco-ontarienne, il nous fallait un outil de plus. L'APCM a ainsi diffusé plusieurs compilations d'artistes franco-ontariens, a lancé un festival de chanson franco-ontarienne. Nous avons aussi un projet de diffusion, car il n'existe pas vraiment de diffuseur des oeuvres francophones en Ontario. Les gens ne trouvent pas nos disques.
Titus - Ton premier album a été publié aux éditions Poloden.
Paul Demers - C'est mon étiquette; c'est un album autoproduit. Après plusieurs années de scène, les gens avaient hâte d'entendre un album, et c'est des fans, des amateurs de mes spectacles, qui ont décidé de faire une levée de fonds pour financer l'album. Il a été enregistré dans deux studios à Montréal et un autre à Ottawa. J'avais besoin de cet outil-là. C'est une carte de visite en quelque sorte.
Titus - Ton premier album n'est pas à proprement parler thématique. C'est plutôt un album compilation où l'on retrouve plusieurs climats, plusieurs types musicaux.
Paul Demers - C'est toujours délicat, un premier album. J'ai travaillé avec des musiciens de Montréal. Yoland Houle, par exemple, qui joue avec un tas de gens au Québec (entre autres Paul Piché, Luc de Larochellière ou Daniel Lavoie). Il y avait un double mandat : répondre à l'attente de mon public immédiat, qui me connaît depuis quelques années et en même temps essayer de me faire connaître à un autre public. Le fait qu'on y entende autant d'ambiances est lié au fait que j'avais accumulé pas mal de chansons sur une période de dix ans, qui correspondent à diverses périodes de recherches musicales : il y a eu des périodes plus jazz, plus blues. L'album est donc une sorte de perspective de ce que j'avais écrit jusqu'à ce moment-là. Je suis aussi quelqu'un de la génération des Beatles, et ce groupe n'était pas thématique dans son approche. On pouvait passer du ragtime au heavy metal sur certains albums. Quand j'écris, selon les périodes, les goûts changent et les chansons le reflètent.
Titus - Avec Purlaine, le groupe dont tu faisais partie avant d'entamer une carrière solo, tu avais déjà eu l'occasion d'aller chanter en dehors de la province. De nouvelles opportunités se sont présentées depuis que tu chantes seul, puis que tu as notamment joué en France, aux francofolies de La Rochelle.
Paul Demers - C'était dans le cadre d'un échange entre la France et les Franco-Ontariens. J'étais passé sur l'émission Pollen de Jean-Louis Foulquier après ma performance. Il ne me connaissait pas vraiment; il m'a invité à La Rochelle, en 1987. Une visite en amenait toujours une autre : je suis retourné en France cinq ou six fois en l'espace de sept ans. Il y a eu aussi une visite au festival international de la Louisiane à Lafayette. Ca faisait longtemps que je voulais connaître la Louisiane, parce que j'ai toujours été intrigué par les Cajuns, depuis Zachary Richard dans les années 70, et même avant.
Titus - Comment le public de l'extérieur perçoit le chanteur franco-ontarien que tu es ?
Paul Demers - En France, le public confond toujours un peu Québec et Canada. Pour eux, la plupart du temps, il n'y a qu'au Québec qu'on chante en français. Et très souvent, canadien veut pratiquement dire francophone. Au travers de ces visites, on leur apportait la notion qu'il existe d'autres communautés francophones au Canada. Ils ne voient pas la différence car l'accent est semblable. C'était un grand défi pour moi de tester mon matériel sur d'autres gens; et finalement, ça s'est bien passé. Je fais une musique très contemporaine, et non pas ethnique culturelle. J'ai été très influencé par le blues, et l'accueil a été étonnant en Louisiane. De voir des noirs qui dansaient devant la scène quand je jouais, c'était une petite fleur qu'on me lançait, sans qu'ils s'en rendent compte.
Titus - Et quelle est l'attitude des musiciens québécois que tu as pu rencontrer à ton égard ?
Paul Demers - Je dirais que plus ils sont grands, et plus ils nous considèrent comme des compères. C'est souvent ceux qui ne sont pas tout à fait grands qui se montrent condescendants et qui attrapent la grosse tête. C'est pas pour rien que, des gens comme Charlebois, Michel Rivard sont des grands ! Ils sont vrais; ça se sent, quand on les rencontre dans les festivals notamment. Charlebois a même été jusqu'à enregistrer des percussions sur l'une de mes chansons, il faut le faire. Et Rivard s'est joint à moi pour chanter l'une de mes chansons. Il y a d'autres "grands noms" (entre guillemets) qui l'ont pas fait parce qu'ils avaient manifestement la grosse tête. Moi, je suis quelqu'un de plutôt direct, honnête, et je crois que c'est la meilleure carte de visite pour toucher quelqu'un. Qu'on soit un grand nom ou pas, c'est assez facile de toucher les gens quand on est sincère.
Titus - L'une des raisons pour lesquelles on te considère aujourd'hui comme l'un des porte-parole des Franco-Ontariens, c'est parce que tu as écrit une chanson qui s'appelle "Notre place" , qui apparaît comme un hymne, tant et tant d'ailleurs qu'il a été utilisé comme générique de certaines stations de télévision, comme TV Ontario. Lorsque tu as écrit cette chanson, pensais-tu qu'elle connaîtrait une destinée semblable ?
Paul Demers - C'est une drôle d'histoire, cette chanson-là. Au début de ma carrière, j'avais déjà écrit une chanson qu'on pourrait qualifier d'hymne, "la ballade d'un franco-ontarien", mais celle-là n'avait pas connu la même diffusion. Avec "Notre place" , il y avait sans doute plus de maturité et de vécu dans mon écriture : j'ai sans doute exprimé ce que les gens sentaient à l'intérieur mais qu'ils n'exprimaient pas. Ca a rejoint beaucoup de gens. Au départ, il s'agissait d'une commande pour souligner un événement historique : le début de la loi sur les services en français en Ontario, la fameuse loi 8. On avait fait un grand gala et on m'avait demandé d'écrire une chanson pour l'occasion. Cette chanson-là est en train de faire un grand bout de chemin auprès de la communauté. Elle ne m'appartient plus, en quelque part; c'est la chanson de toute la communauté franco-ontarienne, qui l'a adoptée comme un enfant.
Ecouter un extrait de "Notre place", interprétée par Paul Demers, Robert Paquette et Hart Rouge.
Titus - Un mot sur le livre que te consacre Pierre Albert. N'est-ce pas assez flatteur, à l'âge de 36 ans, et seulement un album à ton actif, qu'une biographie ait déjà été écrite à ton sujet ?
Paul Demers - A l'origine, il ne s'agissait pas à proprement parler d'une biographie. Les écoles francophones de l'Ontario aiment disposer de documents qui leur permettent de présenter aux élèves les acteurs de la vie culturelle en Ontario français. Or, les outils sont très rares. Au départ, il devait s'agir d'un recueil de textes de chansons, avec quelques notes biographiques au début. J'avais proposé à la maison d'édition que Pierre Albert en soit l'auteur, car je le connaissais bien. Et Pierre s'est emballé et a développé la partie biographique au-delà de ce qui était prévu. Bien sûr, je suis fier du résultat. Le livre aborde aussi un chapitre de ma vie qui, avant la publication, donnait lieu à diverses rumeurs. J'ai eu la maladie de Hodgkin, une forme de cancer, et en quelque sorte, je souhaitais que les gens connaissent la vraie histoire. Plusieurs chapitres ont été écrits pour faire toute la lumière.
Pour en savoir plus :
La biographie de Pierre Albert publiée en 1992 aux Editions L'Interligne, Ottawa.
http://interligne.ca
L'hebdomadaire franco-ontarien L'Express de Toronto a récemment consacré un article à Paul Demers, qui a célébré en mars dernier ses cinquante ans.
http://www.lexpress.to/archives/292/
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