30 avril 2012
Eric Kerjean, historien. « Il y a une part de tragique dans le destin de Canaris »
Qui était au juste l'amiral Wilhelm Franz Canaris, cet ancien chef du service de renseignements militaires de l'Allemagne nazie ? Les biographies, souvent hagiographiques, qui ont vu le jour depuis la Seconde Guerre mondiale, en ont fait un héros de la résistance à Hitler. Une thèse battue en brèche dans un récent ouvrage de l'historien brestois Eric Kerjean, qui nous fait découvrir un tout autre visage du personnage. Pour lui, il ne fait aucun doute que Canaris s'est en fait rapproché de la résistance afin de mieux la contrôler, lui qui s'était résolument rangé du côté d'Hitler.

Titus - Eric Kerjean, comment en êtes-vous venu à vous intéresser au personnage de l'amiral Canaris, le maître espion de Hitler ?
Eric Kerjean - J'étais en thèse, en histoire antique, et j'ai arrêté. Parallèlement, j'ai décidé de postuler à la DCRI, la Direction centrale du renseignement intérieur. En attendant, je me suis dit qu'il valait tout autant continuer mes études et aller faire un master en histoire contemporaine. Je voulais un sujet en rapport avec le renseignement et l'Allemagne nazie. Cette dernière est toujours présente en effet, surtout quand on habite à Brest. Et là est apparue la figure de Wilhelm Franz Canaris, qui dirigeait les services secrets militaires. C'est important de le préciser; cette entité était liée à l'armée. Il a dirigé cette structure, qui s'appelait l'Abwehr, de 1935 à février 1944. Mon idée était donc d’en faire une biographie, et de voir comment il était possible de résister à l'intérieur de l'Allemagne nazie.
Depuis la guerre, les biographies ont surtout donné l'image d'un homme qui, tout en étant responsable de l'Abwehr, était un résistant et un traître à Hitler. Vous avez cherché à démontrer qu'il s'était en réalité approché de la résistance pour mieux la contrôler...

En 1933, Hitler arrive au pouvoir et il élimine assez rapidement la résistance dite de gauche, les communistes et les socialistes. Il reste bien sûr, au sein de cette résistance, toute une frange de la droite conservatrice. Et en 1938, avant le début de la Seconde Guerre mondiale, émerge une opposition à Hitler, précisément dans le milieu de l'armée, là où est présent Canaris. Et, surtout, elle émerge au sein des services secrets militaires. Les hommes qui sont sous la direction de Canaris viennent le voir pour qu'il participe à leur opération. Et lui décide, à partir de ce moment-là, plutôt que de tout de suite s'opposer à eux et de les arrêter, de faire semblant de participer à leurs projets, pour s'infiltrer, devenir un espion au sein de la résistance à Hitler.
Il y a eu jusqu'ici assez peu de biographies de Canaris. Comment l'explique-t-on ?
Il y a eu un certain nombre de biographies qui ont paru en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis. Il y en a une seule écrite par un Français, André Brissaud, mais il ne s'agit pas à proprement parler d'une biographie mais plutôt d'une hagiographie. C'est un éloge, du début à la fin, de tout ce qu'a fait Canaris. Les raisons pour lesquelles il a été pour l'instant présenté comme un résistant, c'est lié à ce qui s'est passé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y a eu notamment le procès de Nuremberg, et Canaris y a été présenté comme un résistant par le seul survivant qui appartenait à l'Abwehr...
Erwin von Lahousen...
Tout à fait. Lahousen dirigeait les services secrets autrichiens avant qu'Hitler envahisse l'Autriche et rassemble l'Autriche et l'Allemagne. Et il a donc rejoint Canaris. Lahousen est loin d'être un personnage très "clean" et il le présente à Nuremberg comme la figure tutélaire de la résistance.
Le cinéma a lui aussi beaucoup contribué à construire l'image du résistant Canaris, non ?
Le premier film consacré à l'Allemagne qui s'était opposée à Hitler, est sorti en 1954. Il s'appelait "Canaris", et prenait pour figure l'amiral. Je crois qu'en français, il y avait un sous-titre qui disait "Une vie pour l'Allemagne", quelque chose comme ça. La légende a ainsi continué de grossir. En Angleterre, un journaliste a écrit un livre présentant Canaris comme au service de Sa Majesté la reine Elizabeth II, parce que, soi-disant, il aurait notamment évité à Churchill de succomber dans une opération destinée à l'abattre. Il y a aussi cette nécessité, je crois, pendant la guerre froide, dans l'Allemagne de l'Ouest, et dans l'Europe de manière générale, de trouver des Allemands qui étaient au sein du régime et qui étaient opposés à Hitler. Il y a beaucoup de gens aussi, qui ont travaillé pour Hitler et qui ont continué, une fois la Seconde Guerre mondiale finie, de travailler pour leur pays qui, cette fois-ci, était devenu totalement démocratique. Je pense que c'est quelques raisons qui peuvent expliquer ce statut qu'a encore Canaris. Il faut savoir qu'à Berlin, il y a le musée de la Résistance, qui est situé rue de Stauffenberg, du nom de l'homme qui a accompli l'attentat du 20 juillet 1944. Lorsqu'on visite ce musée, dans le petit livret fourni à l'entrée, on voit que Canaris y est encore présenté comme membre de la résistance.
Comment expliquez-vous le fait que Canaris soit fait prisonnier sous l'impulsion d'Himmler et soit finalement pendu ? Cela n'est-il pas contradictoire avec le fait qu'il ait été, si l'on en croit votre thèse, un ardent militant de la cause nazie ?
Totalement. Je crois d'ailleurs qu'il reste encore du travail à faire là-dessus. Je crois qu'il a fini par là où il a péché. Il a à la fois servi le régime nazi et servi, entre guillemets, la résistance. Et, comme par hasard, ce sont ces deux forces, le nazisme et la résistance, qui, sans rien savoir des manœuvres de l'une et de l'autre, qui vont s'allier pour arriver à ce résultat, à savoir la pendaison de Canaris le 9 avril 1945 avec un certain nombre de résistants. Tout commence en février 1944; Canaris se retire du service de renseignements militaires pour permettre la création d'un service secret unifié sous la direction de Himmler. Et là, je crois que tout ceci se déroule avec l'accord de Canaris, d’Hitler et de Himmler. Jusque-là, donc, aucun problème. Ça permet en plus à Canaris de se mettre en retrait pour avoir une sorte de virginité politique. Dans l'idée d'Hitler et de Canaris, je crois qu'il y avait cette volonté de se servir de lui pour négocier avec les alliés. Et Canaris refait surface le 1er juillet 1944, soit 19 jours avant l'attentat contre Hitler. En 20 jours, il n'aura pas eu le temps de faire ce pour quoi il avait été mandaté par Hitler. Le 20 juillet, l'attentat contre Hitler échoue. Canaris n'y est pour rien. Au contraire, c'est l'un des premiers à envoyer un message à Hitler pour dire : "Heureusement que vous êtes en vie". Sauf que les résistants qui avaient travaillé sous ses ordres le dénoncent le lendemain. C’est le cas d’un certain Hansen, qui dit que depuis 1938, Canaris est celui qui a dirigé la résistance et que, sans lui, l'attentat du 20 juillet n'aurait pu avoir lieu. Il se fait donc arrêter par l'un de ses amis. Cet ami-là lui propose le suicide, mais Canaris soutient qu'il n'y a pas de problème et que s'il obtient un rendez-vous avec Himmler, tout va bien se passer. Sauf que les allégations des résistants vont se poursuivre. A mon sens, les résistants se sont rendu compte, à un moment ou un autre, du double jeu de Canaris. Je n'arrive pas forcément à déterminer lequel, mais il y a cette idée que Canaris a joué contre eux au service d'Hitler. Et je crois qu'ils ont essayé de se venger en le faisant tomber avec eux. D'un autre côté, il y a aussi une évolution du régime nazi, suite toujours à cet attentat, et Himmler le lâche totalement et décide, par là-même, de mettre un terme à la vie de Canaris. Comme ça, Himmler est sûr de s'assurer tout le pouvoir. Je crois qu'il y avait même cette volonté de préparer l'après-Hitler dans la tête d'Himmler, même si lui, tout comme Canaris, sont restés fidèles jusqu'à là fin. Donc, il y a cette conjonction de ces deux forces opposées qui ont contribué à la chute de Canaris. Mais il y a peut-être encore un autre contexte, que je n'arrive pas à déterminer pour l'instant.
Est-ce que ce n'est pas un aspect que vous voudriez développer dans une réédition de l'ouvrage ?
Absolument. Il y aura probablement une édition de poche. Nous n'en savons rien pour l'instant, mais il est probable qu'il y en ait une, et pour celle-ci, j'espère pouvoir étayer le dernier chapitre. Parce qu'avec l'aide d’un autre historien, le seul biographe français d'Hitler, François Delpla, il y a d'autres pistes qui se dégagent pour être plus précis. Il y aurait sans doute à apporter plus de précisions, mais je ne l'ai pas fait parce que ça n'était pas clair dans ma tête. Ça embrouillait plus qu'autre chose. Je trouvais, pour l'instant, qu'il valait mieux se contenter de ça. Donc, il y aura sans doute une réécriture de ce chapitre, d'ici un ou deux ans. Et dans un autre livre, Canaris va apparaître également, donc si je n'ai pas l'occasion de le faire pour l'édition de poche, ça se fera à ce moment-là.
Votre livre se lit comme un roman d'espionnage où transparaît, en filigrane, un personnage vraiment trouble. Est-ce l'impression que vous retirez de vos années d'enquête sur l'individu, qu'à force de jouer double jeu, un tel destin était inéluctable ?
Complètement. Je crois qu'il y a une part de tragique dans le destin de Canaris et qu'il n'a jamais vraiment cherché à lutter contre ce destin-là. Je suis convaincu qu'il l'a accepté et qu'il y a même adhéré. A partir du moment où il mettait ne serait-ce qu'un doigt dans l'engrenage de la résistance, je pense qu'il voyait déjà où ça allait le mener. C'était quelqu'un de très intuitif, de profondément spirituel aussi. Il avait cette capacité à beaucoup réfléchir sur ses propres actes. Ce qui l'a fait tenir, je pense, de 1938 à 1945, c'est l'amitié et même l'amour des gens avec qui il travaillait. Il avait beau faire partie de la résistance, il avait beau lutter contre elle, il y avait malgré tout cette amitié qui était là. C'est dingo, mais je crois que c'est ça qui l'a fait tenir.
Et son admiration pour Hitler, aussi, peut-être...
Bien sûr, et au-delà de son amitié pour les résistants et de son admiration pour Hitler, il y a cette autre idée de l'Allemagne...
Vous l'expliquez bien en début de votre ouvrage. On voit qu'il s'inscrit en réaction à la fin de l'ancien régime, dès la fin de la Première Guerre mondiale...
C'est ce qui marque sa vie le plus profondément, en effet. Canaris était sur un sous-marin à la fin de la Première Guerre, et il a débarqué à Kiel où il a vu que le monde qu'il avait connu, le Reich, donc l'Empire, n'existait plus. C'était la défaite, et cela représente un traumatisme absolu chez Canaris. Lui trouve un moyen de le dépasser en adhérant au courant contre-révolutionnaire. Et sa volonté a toujours été de reconstruire l'Allemagne telle que lui l'avait connue avant cet écroulement. C'était une utopie, et je me demande dans quelle mesure il ne s'en est pas rendu compte au fur et à mesure de son travail pour Hitler. Il y a un peu de désenchantement, aussi, mais ça je le dis moins.
Pour mener vos recherches, vous vous êtes rendu en Allemagne...
C'est là où tout s'est joué. Car quand j'ai commencé de travailler sur Canaris, je voulais parler d'un bonhomme – d'un bon – homme – qui avait résisté. Et je me suis rendu en Allemagne, à Munich, à l'Institut d'histoire contemporaine, où se situe une bonne partie des archives concernant Canaris. On y trouve des documents qui montrent que l'amiral a reçu la protection d'Himmler concernant au moins trois ou quatre opérations. Ça m'a amené à me poser des questions. Il y a aussi des documents liés à une tentative d'attentat contre Hitler qui s'est déroulée en mars 1943. On voit que quelques jours avant cette date, Canaris, avec quelques résistants, s'est rendu au camp de Smolensk, qui se trouve aujourd'hui en Biélorussie, qui était l'un des postes avancés de l'armée allemande dans sa lutte contre l'URSS. Il arrive là-bas les 9 et 10 mars et il livre des explosifs au groupe de résistants, des explosifs qui ont servi à l'attentat contre Hitler. Et, comme par hasard, il a échoué. Donc, mon hypothèse, c'est que Canaris a livré des explosifs qui ne pouvaient pas exploser, pour protéger Hitler. Et à partir de là, pour qu'il y ait une cohérence, parce qu'on ne peut pas à la fois être un résistant et pouvoir empêcher la résistance d'agir, je crois que la ligne qui explique beaucoup des comportements de Canaris, c'est celle-ci. Canaris a intégré la résistance pour l'empêcher d'agir.
Quel accueil avez-vous reçu en Allemagne ?
J'y ai été extrêmement bien reçu. La secrétaire du directeur de l'Institut d'histoire contemporaine était très francophile, et m'a beaucoup aidé. C'est grâce à elle que j'ai pu consulter un certain nombre d'archives qui étaient malheureusement indisponibles lorsque moi j'y étais. J'ai eu quelques passe-droits, ce qui n'est jamais évident en Allemagne. La rigueur allemande a cédé grâce à elle, c'était vraiment très chouette.
Quelles ont été les réactions à votre ouvrage, jusqu'ici ?
Il y a eu deux ou trois réactions négatives, dont une, d'un agrégé qui travaille à Bonn. Il ne s'est pas directement adressé à moi mais est passé par Internet. Selon lui, je dis n'importe quoi et ma thèse est fausse. Je crois que ce qui chagrine ce monsieur, c'est que je remets certains choses en cause. C'est difficile, je pense, pour ce genre de personnes, d'accepter qu'on puisse remettre en cause tout un pan de l'Histoire tel qu'il a été écrit jusqu'à aujourd'hui. C'est difficile d'accepter que cette résistance, qui a gravité essentiellement dans les milieux de l'aristocratie, puisse avoir été contrôlée de cette manière-là. Je crois que ce qui déplaît, c'est que la conclusion à laquelle j'arrive après avoir écrit ce livre sur Canaris, c'est qu'il faut réécrire l'Histoire de la résistance allemande, et je suis convaincu qu'il y a beaucoup de craintes par rapport à cela.
Cet agrégé, Pierre Jardin, vous reproche des erreurs ou des affirmations que rien ne vient étayer. Pourtant, il me semble que les exemples ne manquent pas dans votre livre...
J'ai fait un travail historique, scientifique, basé sur des recherches en archives. Et ce monsieur, s'il veut vraiment détruire ce que j'ai dit, n'a qu'à aller consulter les archives comme moi je l'ai fait. Il dit notamment que mon livre s'appuie sur moins d'archives que d'autres biographies; je suis désolé, mais il compare des choses qui sont incomparables. Il devrait comparer les archives que j'ai consultées avec les autres biographies qui ont été consacrées à Canaris. Et je crois que j'ai fait le même travail que les autres historiens qui se sont également intéressés à cette personne-là. Ce que je peux lui répondre également, c'est que moi, contrairement à lui, j'ai des notes de bas de page et lui ne donne aucune référence. J'ai l'impression qu'il a pris juste un malin plaisir à dire le contraire de ce que j'avais écrit. Alors oui, un livre n'est pas exempt d'erreurs. Il y a deux ou trois approximations, et j'en suis vraiment désolé. Là aussi où je suis d'accord, c'est que ce n'est pas la biographie définitive de Canaris. J'ouvre des portes plus que je ne les referme et moi je compte sur d'autres historiens, soit de ma génération, soit des générations plus anciennes, pour s'intéresser au personnage et étayer, je pense, ma thèse, pour la rendre encore plus crédible.
Comment peut-on expliquer que d'autres historiens allemands ne se soient pas préoccupés de cette question-là ?
Il y a eu un certain Heinz Höhne. C'est grâce à lui que j'ai eu l'idée de cibler mes recherches sur telles ou telles archives. Parce que c'est lui qui montre, pour la première fois, que Canaris a bénéficié de la protection d'Himmler. Je crois vraiment qu'il est extrêmement compliqué d’être un historien allemand et de s'intéresser à Canaris ou à la résistance allemande. Je pense que si j'avais été un historien allemand, je n'aurais pas pu aboutir à ce résultat-là. Parce qu'il y a des tabous. A l'heure actuelle, en France, l'Algérie est un sujet encore extrêmement sensible, et moi-même, pour rien au monde, je n'aurais voulu faire un travail sur la résistance française sous l'occupation, parce que j'estime ne pas avoir le recul nécessaire pour pouvoir le faire. Et il y a cette impossibilité, je crois, en Allemagne, encore à l'heure actuelle, pour accéder à certains résultats qui, pourtant, sont assez flagrants.
Au travers de vos recherches sur l'amiral Canaris, avez-vous entrevu d'autres sujets qui pourraient donner lieu à des développements, voire à des livres ?
L'un des proches de Canaris pendant la période nazie, a été Werner Best, qui lui, contrairement à beaucoup de nazis, a survécu à la Seconde Guerre mondiale. Il a été prisonnier durant quelques années à Copenhague et, lors de son séjour en prison, il a eu la bonne idée d'écrire des portraits sur les personnages qu'il a côtoyés, comme Canaris, Hitler, Himmler ou Heydrich. A l'heure actuelle, je fais la traduction de ces écrits avec une historienne allemande. Nous allons aussi préparer un commentaire et l'ouvrage devrait être disponible en 2013. Je compte aussi préparer une biographie sur un autre personnage tout aussi trouble. Je ne veux pas en donner le nom pour l'instant, mais il s'agit d'un proche de Canaris.
Eric Kerjean sera l'invité de la librairie Dialogues, rue de Siam, à Brest, le jeudi 10 mai, à 18 h.
Pratique

Canaris, le maître espion de Hitler, par Eric Kerjean, aux éditions Perrin.
Ouvrage disponible en librairie.
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24 juin 2010
Marc Mangin : "La Chine a troqué son environnement pour son développement"
Marc Mangin, spécialiste de l'extrême-Orient, sillonne l'Asie et la Chine depuis plus de vingt ans. Dans son excellent essai "Chine, l'Empire pollueur" (publié chez Arthaud en 2008), il évoque la problématique du développement économique chinois avec une étonnante acuité, son analyse permettant de mieux comprendre certains des déréglements du monde auxquels nous assistons.

(Photo : Didier Pruvot/Flammarion)
Marc Mangin, votre essai « La Chine, l’empire pollueur » constitue une réponse de choix à ceux qui disent que la Chine, c’est loin, et que ce qui s’y passe nous importe peu… Vous montrez à quel point notre avenir est lié, qu’on le veuille ou non, à celui de la Chine…
Mon objectif était de remettre les choses en place. D’une part, la planète, c’est la même pour tout le monde. On ne peut pas parler seulement de la pollution des Chinois. Ce qui me paraissait intéressant, c’était de montrer que la dégradation de l’environnement en Chine n’était pas purement un problème écologique et un problème chinois. La Chine a troqué son environnement pour son développement, mais c’est un mécanisme économique qui dépasse complètement la Chine. Au-delà de ça, les pays occidentaux qui, eux, ont exporté ou délocalisé leurs unités de production, c’était à la fois pour des raisons économiques et aussi écologiques parce qu’il est plus intéressant d’exploiter les ressources naturelles d’un pays tiers plutôt que d’exploiter ses propres ressources. C’est la partie que j’ai développée dans le bouquin, sur le commerce de l’eau virtuelle. Dans un espace X, il est parfois plus intéressant de stopper la production qui demande énormément d’eau et de la faire produire ailleurs. Ça n’est pas seulement une question de main d’œuvre. Les délocalisations vers la Chine n’étaient pas seulement motivées par les coûts de main d’œuvre. C’était une stratégie à beaucoup plus long terme.
La Chine est au cœur de nos vies, là même où on ne le soupçonne pas. Vous rapportez l’expérience d’une journaliste américaine, Sara Bongiorni, qui a essayé, en vain, de se passer pendant un an des produits « made in China ». L’occident aurait-il dû se méfier ?
Je ne pense pas qu’il faille se méfier. De toute façon, la collaboration internationale me paraît naturelle et nécessaire… Reste à savoir ce que l’on met dans cette relation. On voudrait faire supporter le coût de productions, qu’ils soient financiers, écologiques ou autres, à des tiers et on ne veut pas le partager. Tant qu’on n’est pas dans une coopération, mais qu’on est dans un système déséquilibré, on va forcément se heurter à des réactions où il faut se méfier car on ne joue pas franc jeu ! A partir de ce moment-là, on a toutes les raisons de se méfier. Quand on a délocalisé et non pas cherché à coopérer et à produire ensemble, forcément, les Chinois vont nous renvoyer le bébé, mais le bébé il aura pris un peu d’oxyde de CO² dans l’aile.
Vous n’êtes pas vraiment tendre avec les Chinois, accusés de ne poursuivre qu’un seul but, au fond, créer un environnement propice au développement de leurs affaires et, par-delà, à leur survie. Avez-vous le sentiment que l’occident fait fausse route dans sa manière de traiter avec la Chine ?
Je ne dirais pas qu’elle fait fausse route. Ce qui me semble se dégager de tout ça, c’est qu’on n’a pas les mêmes objectifs et on ne travaille pas dans la même perspective. Donc, on n’emprunte pas la même route. Les occidentaux sont plutôt dans une vision à court terme. Les Chinois sont davantage dans une vision à long terme. Il y a une petite blague qui circule : les occidentaux appréhendent le commerce selon la règle « grosses marges, petits chiffres » et les Chinois, c’est « petites marges, mais gros chiffres ». On n’a pas du tout le même état d’esprit par rapport au développement et à la relation à l’autre dans le cadre d’une politique de développement. De ce point de vue, la mondialisation, tôt ou tard, va se heurter à cette différence de conception.
Et d’ailleurs, tout l’ouvrage est parsemé de citations de Lao Tseu ou d’autres. On voit que des différences philosophiques sont à la base de ces divergences…
Absolument. Je n’ai pas la prétention de connaître les occidentaux dans leur globalité, mais, plutôt du côté français, je pense qu’on a une approche des relations internationales qui est encore très marquée par un passé colonial et paternaliste, où l’on s’est très longtemps peu soucié de la culture de l’autre, considérant que c’étaient des bouseux, des gueux, etc. Or, les Chinois sont quand même un peuple avec une très longue Histoire et une philosophie très présente dans la vie quotidienne. On a complètement sous-estimé l’imprégnation de cette philosophie taoïste, confucéenne dans la culture quotidienne des Chinois. Et les Chinois avec lesquels nous traitons aujourd’hui sont quand même des lettrés, c'est-à-dire ceux qui ont le plus baigné dans cette culture et dans ces textes. Il y a un phénomène intéressant en Chine, qui est le système d’apprentissage. Si on prend l’exemple de la calligraphie, quand on apprend à écrire, on apprend à recopier, et on recopie toujours les textes anciens. Et on les recopie véritablement parce qu’on doit travailler dans tellement de contraintes qu’il n’y a pas tellement de possibilités de s’exprimer individuellement. Donc, on recopie dès le plus jeune âge les textes anciens… Pareil pour la peinture. La peinture chinoise, c’est énormément de la copie d’anciennes peintures, etc. Il y a un tronc commun en Chine qui n’existe pas du tout chez nous, par exemple, où on va valoriser l’initiative individuelle, la créativité personnelle. En Chine, cette créativité s’exprime après un très long apprentissage d’un tronc commun. Et forcément, quand on a, pendant quinze ans, travaillé, répété autour des mêmes textes, des mêmes tableaux, des mêmes mouvements - c’est le cas du taï chi ou des arts martiaux - c’est rentré en nous et ça fait partie de nous. C’est une grande différence pour moi entre les Chinois et les Occidentaux. On a beaucoup sous-estimé cette culture.
Le casse-tête chinois aurait pu faire un autre titre pour ce livre. Vous montrez, et l’ouvrage fourmille d’arguments, les difficultés qui se posent aux Chinois, d’un point de vue alimentaire par exemple. La Chine doit en effet de plus en plus chercher à l’étranger de quoi nourrir les siens. Comment l’expliquez-vous ?
Je vais partir d’une information très récente. Il y a eu un rapport de l’Onu, il y a quelques semaines, sur le reboisement de la planète. Dans ce rapport, l’Onu ne donnait pas de satisfecit aux pays occidentaux, mais des pays comme la Chine étaient salués pour ce qu’ils font. Quand on regarde la configuration de la Chine, et la surface de terre arable dont les Chinois disposent pour produire leur nourriture, on sait que tout ce qu’ils peuvent exploiter en terres cultivables est exploité. Si on reboise la Chine, on ne peut pas reboiser dans les déserts, donc forcément, le reboisement empiète déjà un peu sur les surfaces qui étaient jusque là dédiées à l’agriculture. Ça, c’est une première chose. La désertification, qui est un phénomène dramatique pour la Chine, contribue à accélérer l’urbanisation qui, elle aussi, croque sur les terres vivables dans lesquelles ont été construites les villes. Donc, on a une réduction continue des surfaces cultivables qui pousse la Chine à chercher ailleurs une alimentation qu’elle sait aujourd’hui qu’elle est incapable de produire pour nourrir sa population.
Pourtant, et vous le dites très bien, la Chine a longtemps cru qu’elle serait capable, un jour, de parvenir à l’autosuffisance alimentaire. Ce projet n’est-il plus d’actualité ?
Non. Depuis son entrée à l’Organisation mondiale du commerce, la Chine a réintégré l’économie mondiale et, de ce fait-là, elle appréhende son économie de façon planétaire. Elle a compris que la production céréalière, par exemple, est tellement consommatrice d’eau qu’il vaudrait mieux qu’elle importe des céréales et qu’elle utilise son eau à autre chose. Donc, la Chine est déjà rentrée dans une politique écologique qui va l’amener à faire un peu plus attention à ses ressources hydriques. Elle est déjà entrée dans cette perspective-là. Il y a toute sa politique africaine qui s’appuie sur l’alimentation. Elle ne cherche plus à être autosuffisante alimentaire par une production nationale. Elle cherche l’autosuffisance par une production internationale. C'est-à-dire qu’elle se sert sur le marché mondial, mais par les accords et les programmes de développement qu’elle a mis en place, notamment en Afrique, elle cherche à s’auto suffire alimentairement, dans le cadre de ces accords.
Vous donnez en effet plusieurs exemples d’investissements chinois dans le domaine alimentaire, notamment en Afrique ou en Amérique latine. Les promesses d’investissement effectuées par les Chinois n’ont pas toujours été suivies d’effets. Au sujet de l’Amérique latine, vous parlez même du baiser du dragon, les Sud-Américains ayant dû rapidement déchanter…
Si les Chinois ont fait un petit pas en arrière, ils n’ont pas toutefois quitté l’Amérique latine. Ils ont réajusté leur stratégie vis-à-vis des Latino-Américains. J’ai quand même l’impression qu’ils ont une politique d’investissement au niveau international qui corrige leurs erreurs des premiers pas, mais surtout, ce dont on s’aperçoit, c’est que depuis quelques années, le développement des investissements dans les structures financières est fait par des prises de participation et la pénétration dans le capital de ces pays-là que la Chine progresse davantage. Ce n’est pas tant par des aides directes comme elle peut le faire en Afrique. Et encore, là-bas, elle a aussi une stratégie qui est, là, beaucoup plus de financer ses entreprises en Afrique. C’est une aide qui est d’une certaine manière liée. On finance la construction des routes mais ce sont les entreprises chinoises qui construisent les routes. Et même si ce n’est pas officiellement lié, les entreprises de travaux publics chinoises soumissionnent sur des appels d’offres internationaux mais elles ont des prix tellement bas qu’elles remportent tous les marchés.
Faut-il s’en inquiéter ?
Ce qui me paraît important de dire, c’est que les Chinois travaillent avec nos règles, des règles qui, à une époque pas si lointaine, nous convenaient parfaitement. L’histoire de l’OMC est très révélatrice. On a, pendant 18 ans, négocié avec la Chine un accord pour l’intégration de l’économie chinoise dans l’économie mondiale. Cela ne s’est pas fait dans le cadre des accords du Gatt, ça s’est fait avec l’OMC. Et l’objectif était de permettre une coopération économique beaucoup plus grande. Les Chinois ont signé l’accord ; aujourd’hui, ils en profitent. On a pensé qu’avec cette négociation, la Chine allait s’ouvrir à nos exportations, et on n’a jamais mesuré à quel point la Chine pouvait utiliser cet accord pour nous inonder de ses exportations. On pourrait trouver de nombreux exemples, où on a une conception des choses à court terme et les Chinois une perspective à long terme. Et donc, notre inquiétude, elle se nourrit de cette tendance à appréhender le monde à court terme.
Outre les besoins alimentaires de la Chine, il y a aussi ses besoins énergétiques, qui sont déjà énormes et ne cessent de grandir. La surface urbaine bâtie a été multipliée par 5 en 25 ans et les chantiers ne s’arrêtent jamais. Cela donne un peu le vertige, non ?
Oui, mais d’un autre côté, quand on voit dans quelles conditions la majorité des Chinois vit, on ne voit pas comment on pourrait échapper à ça. Si les familles qui vivaient jusqu’ici dans 10 m² ont la possibilité de vivre aujourd’hui dans 30 m², elles ne vont pas hésiter. Sauf qu’il n’y a pas 30 m² ; il faut construire. Il y a un énorme problème de logement, qui n’est pas qu’un problème urbain. La construction, c’est un chantier auquel la Chine ne peut pas échapper, et c’est un chantier qui s’est accéléré par le fait que le flux d’investissements étrangers en Chine a généré une activité colossale, a nourri un cycle d’augmentation de revenus, a entraîné la machine économique. Au début, c’étaient quelques millions, puis quelques dizaines de millions. Aujourd’hui, on a quelques centaines de millions de Chinois qui, entrevoient le bout du tunnel. Donc, ils veulent un logement, ils veulent se déplacer, éclairer leur maison. Tout cela consomme de l’énergie. Il y a une consommation des ménages naturelle. Les Chinois partent de tellement bas que le petit feu qui a été allumé il y a 30 ans, aujourd’hui, n’a cessé de croître.
Qui dit besoins énergétiques croissants dit, hélas, pollution croissante. Les exemples pullulent : les cimenteries, les décharges à ciel ouvert, le fait aussi que l’essentiel de l’énergie soit aujourd’hui produit à partir du charbon… Malgré tout, vous affirmez que la Chine, tout en étant le plus gros pollueur de la planète, investit plus que la plupart dans la recherche sur les énergies propres (1 milliard de dollars par an). Est-ce de la poudre aux yeux ?
C’est le premier producteur d’énergies propres, mais il ne faut jamais perdre de vue que la Chine, à elle seule, c’est plus de deux fois l’Union européenne des 27. Est-ce que l’on peut comparer la Chine à la France ou la Chine à l’Europe. En termes de population, la Chine, c’est quasiment quatre ou cinq fois la population des Etats-Unis. Donc, dès que la Chine fait quelque chose, c’est à la mesure de sa taille, de son obésité, de son embonpoint. C’est tout de suite colossal. Mais si on ramène ça à la taille de sa population, ça devient des investissements qui sont presque ridicules. Ça, c’est la première chose. Ensuite, est-ce que c’est vraiment une politique de production de l’énergie propre ou est-ce que cela s’inscrit dans un programme de recherche ? Je ne dis pas ça pour charger les Chinois, c’est simplement parce que les procédés de production d’énergies propres s’appliquent généralement, pour l’instant, à des petites unités de production. Et les petites unités de production ne correspondent pas à la configuration de la Chine. Même si ces techniques étaient relativement au point, elles seraient difficilement applicables à la Chine à moins de multiplier les investissements.
Bien que la Chine réunisse, je vous cite, tous les signes avant-coureurs d’une catastrophe, c’est actuellement un pays jalousé pour sa croissance à deux chiffres alors que le reste du monde patauge. Pourtant, la situation est loin de se résumer à ces chiffres et d’être idyllique… Quels sont d’après vous les problèmes les plus criants ?
Les zones rurales ne permettent plus à la population rurale de vivre de leur production agricole et autres, et n’offrent plus d’activité pour la main d’œuvre rurale. De ce fait, des dizaines de millions de Chinois sont aujourd’hui obligés de migrer, et ça me semble être une des principales préoccupations des dirigeants chinois. Comment va-t-on gérer ce mouvement de population pour éviter un clash intérieur. Car toute cette population qui va arriver dans la ville, démunie, désargentée, sans logement, posera inévitablement des problèmes de cohabitation avec la population déjà installée.
Vous parlez de manifestations récurrentes aussi…
Oui, il y a énormément, et surtout dans les zones rurales, de populations qui en ont marre de se faire taxer. En 2006, l’Etat a supprimé toutes les taxes d’Etat sur les produits agricoles. Parce qu’ils étaient tellement oppressés par ce système de taxes auquel s’ajoutent toutes les taxes locales. L’Etat, pour se protéger d’une révolte contre l’Etat, a supprimé les taxes qu’il imposait jusque-là, en se disant que si maintenant ça continuait à gronder dans les campagnes, ça se retournerait contre les pouvoirs locaux mais pas contre le système d’Etat. Il y a vraiment une fracture au sein de la population. Il y a un risque social, qui n’est pas nouveau en Chine. Comment est-ce que les responsables chinois vont gérer la reconversion du monde agricole qui aujourd’hui représente toujours près de 45 % de la population chinoise, et qui produit environ 15 % du PIB. Il y a un problème. Il faudrait réduire au moins de moitié la population rurale, mais on ne peut pas la réduire en disant simplement : j’en prends la moitié et je la mets dans les villes. C’est une question de place. Ça c’est le grand défi. Alors, il y a cette politique d’encouragement à l’émigration, notamment pour amener les paysans à s’installer en Afrique. Les Chinois se sont aperçus que, finalement, l’Afrique disposait de beaucoup plus de surfaces cultivables par habitant que la Chine, et que donc, il y avait de la terre à exploiter. Mais, si l’on regarde les chiffres officiels qui sont, en gros, de 150 millions de paysans qui vont être chassés de leurs terres par la désertification, cela ne représente pas la moitié de la population rurale. Ce qui veut dire que ce chiffre de 150 millions est une hypothèse basse. Que sur ces 150 millions, les villes vont peut-être pouvoir en absorber peut-être 30 millions, soit 20 %. Il reste 120 millions. Les pays africains ne pourront pas accueillir autant de monde. Aujourd’hui, il y a plus d’un million de Chinois en Afrique, et on voit déjà les problèmes que ça peut poser, que ce soit au Cameroun, au Gabon, en Algérie. Donc, où vont aller ces Chinois ? Il y a deux ans déjà, au moment où j’ai écrit ce livre, le Pentagone estimait que les deux sources de conflit majeures du XXIe siècle seraient l’eau et les réfugiés environnementaux. La contribution de la Chine aux réfugiés environnementaux sera donc, en gros, de 120 millions de personnes. Je pense que les Chinois ont conscience que leur économie est très liée à l’économie mondiale, et que tout raidissement, toute aggravation des relations sociales chez leurs partenaires ne peut que se répercuter sur leur propre économie. Donc, je ne pense pas qu’ils voient les risques de déstabilisation d’un bon œil. C’est là que nous sommes, en tant qu’Occidentaux, un peu légers. Ça devrait être une des préoccupations majeures d’aujourd’hui, parce que si on attend que ces populations commencent à débarquer, ça va pas bien se passer. Il y a nécessité absolue de coopérer et de remettre en cause notre système de production, c’est la leçon de la dégradation de l’environnement chinois. On a bien vu à Copenhague qu’on est loin d’être arrivés à simplement s’asseoir pour discuter de ça.
Comment avez-vous été amené, en tant que journaliste, à vous intéresser à l’Asie ?
Au tout début de ma carrière, j’étais très attiré par l’Afrique, et notamment l’Afrique du Sud. J’ai pas mal travaillé autour des questions de l’apartheid dans les années 80, et j’ai eu beaucoup de difficultés à publier des papiers sur l’Afrique. Je me suis aperçu que l’Afrique n’était pas que le pré carré des gaullistes. Par les hasards de mon évolution professionnelle, je me suis trouvé dans une ONG, « Frères des hommes », comme directeur adjoint de la communication. J’espérais que cela me conduirait en Afrique, mais c’est aux Philippines que j’ai abouti en 1987, pour préparer la venue d’une équipe de France 3 Picardie pour faire une série de films sur le sucre. Aux Philippines, ce qui m’a frappé, c’est la facilité avec laquelle nous pouvions travailler, en comparaison à l’Afrique. J’ai publié un papier dans le Monde Diplo, qui a été remarqué. Je suis retourné aux Philippines, là en tant que réalisateur d’une série produite par « Frères des hommes », en coproduction avec Gamma Télé. J’y suis resté deux mois et très vite, j’ai été piqué par la mouche philippine et j’ai été m’installer aux Philippines comme correspondant de presse pour Les Echos, La Croix et l’ancêtre du Temps à Genève. Quand je suis rentré à Paris, j’ai monté une petite « business newsletter » dans une petite boîte spécialisée dans les newsletters, mais les Philippines et l’Asie du sud-est, c’était trop étroit pour lui, ce qui fait qu’on a monté une petite lettre sur les relations économiques entre l’Europe et l’Extrême-Orient. Quand j’étais à Manille, je tournais un peu dans l’ensemble malais : Indonésie, Malaisie et Philippines. Là, du coup, j’ai commencé à rayonner sur toute l’Asie et quelques années plus tard, Le Monde m’a demandé si j’acceptais de faire des chroniques économiques sur l’Asie du sud-est. Ensuite, Le Monde a racheté Nord-Sud Export, une business newsletter, et m’a demandé si je voulais bien prendre la rubrique Asie, ce que j’ai fait.
Et cette passion pour la Chine ?
C’est aussi un peu le fruit du hasard. Quand je dirigeais la rubrique Asie de Nord-Sud Export, les gars du Monde m’ont poussé à monter une collection de petits bouquins d’analyses sur l’Asie. Je leur ai proposé de faire quelque chose sur la Corée. Mon choix se serait probablement plus porté sur la Corée car j’avais des liens assez forts avec celle-ci. C’était en 1998. C’était la fin des négociations entre la Chine et les Etats-Unis pour l’entrée à l’OMC et les collègues du Monde m’ont demandé un livre sur la Chine. J’avais déjà pas mal de billes sur la Chine. J’y allais déjà assez régulièrement à partir de 1991. Parallèlement, j’ai monté ma propre business newsletter sur l’économie chinoise, ce qui m’a vraiment fait découvrir la Chine. Je suis resté très attaché à la Chine. Les philosophes chinois, c’est un monde assez passionnant. De 1991 à 2006, j’ai été en Chine une fois par an.
Votre nouveau livre est sur le point d’être publié. De quoi traite-t-il ?
Ce sont des chroniques de voyage sur un voyage que j’ai fait en Iran l’année dernière, pendant la présidentielle. J’étais parti avec un visa touriste et puis, une fois que tous les journalistes ont été expulsés, en fait, j’ai repris un peu de service. Ce qui m’a permis de me faire arrêter, d’être assigné à résidence, de me retrouver à Téhéran au moment où Clotilde Reiss a été arrêtée, d’avoir des relations avec l’ambassade, particulièrement houleuses, pour ne pas dire tendues, et puis d’être viré le 14 juillet. Et puis après, j’ai continué ma route. Pendant tout le voyage, j’alimentais un blog, deux fois par semaine, de petites chroniques. Enfin, des petites chroniques qui faisaient quand même 6.000 signes. Et donc j’ai regroupé tout ça dans un bouquin. C’est le même ton que « L’Empire pollueur ». J’ai rajouté une partie que je n’avais pas publiée quand j’étais en Iran, pour des raisons de sécurité.
Pour en savoir plus :
Marc Mangin est aussi très bon photographe : découvrez ses photos sur son site dédié.
Il est aussi à l'origine du lancement de la plateforme d'éditions Sipayat.
L'écrivain publiait, dans la foulée de son essai sur la Chine, un roman intitulé "Instants damnés".
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08 février 2010
Bernie Mad : "Une invitation au voyage intérieur"
Bernie Mad a tout d'un « guitar hero ». A son extraordinaire virtuosité à la guitare, il faut en effet ajouter une histoire vraiment pas banale. Le parcours du musicien est à lui seul un condensé de l'histoire du rock made in France. Ancien pilier des formations Blue Vamp puis Gangster, il a collaboré avec Jean-Michel Jarre, Jean-Pierre Bucolo, Jacques Higelin ou Louis Bertignac, avant d'aller s'établir au Canada où il a notamment interprété David Gilmour dans un hommage à Pink Floyd. De retour en France depuis 2009, Bernie Mad vient d'enregistrer un album où ses riffs à la Mark Knopfler mâtinés d'influences celtiques, semblent lui ouvrir un tout nouveau boulevard.

Bernie Mad - Ma famille possédait une maison de campagne dans le Perche... Lorsque je décidais de revenir m'établir en France à mon retour du Canada, tout naturellement je pensais à cette maison, admirablement située au milieu des prés et des vaches, et assez grande pour que je puisse y pratiquer la musique en toute tranquillité. Bien sûr, je connaissais les liens entre le Perche et le Québec. Dans la banlieue Est de Montréal, à Boucherville, existe un grand boulevard nommé "boulevard de Mortagne". Je connais même le musée de la Nouvelle-France à Tourouvre.
Titus - Ta bio te présente comme Canadien Français... Es-tu né au Canada français ?
Le Canada est devenu mon pays d'adoption en 90, lorsque j'y entamais mon cours de pilote professionnel avion... Je suis devenu citoyen quelques années après. Français Canadien pourrait-on dire aussi ...
Titus - Bernie Mad, c'est un nom de scène ? Tu peux nous dire à quel moment tu l'as adopté et pourquoi ?
Bernie Mad est mon pseudonyme... Au Canada, tout le monde m'appelait Bernie... Depuis près de 20 ans, c'était devenu naturel pour moi d'entendre ce nom. De retour en France, un ancien copain m'a suggéré Bernie Mad ...
Titus - Peux-tu nous parler du milieu familial où tu as grandi ?
J'ai grandi dans un milieu de petite bourgeoisie française, mon père (pilote d'essai dans l'aéronavale à Brest) est décédé l'année de ma naissance dans un accident en vol en 54... Ma mère, s'est remariée 8 ans plus tard, et je ne m'entendais pas avec mon beau-père. Histoire classique ! J'ai passé mon adolescence seul dans ma chambre, à rêver sur les disques des Beatles, Stones, Creedence, Cream, Led Zep, Jimmi Hendrix. Tout ça était bien plus lumineux pour moi que l'atmosphère familiale dans laquelle je me ratatinais, à tel point que j'étais devenu bègue !
Titus - C'est à ce moment-là que tu as découvert la guitare ?
Oui, c'est arrivé à ce moment-là, au cours d'un camp de scouts (à Ribeauvillé, dans les Vosges, en 66). Par ailleurs, au patronage scouts, j'entendais régulièrement un groupe amateur à qui le curé avait prêté une salle pour répéter, et qui jouait "Le pénitencier". Ils avaient des guitares électriques, et mon poil était hérissé de bonheur à chaque fois que je passais à côté. J'ai réalisé que la guitare électrique me bouleversait littéralement. A partir de cette époque, je ne pensais plus qu'à ça. J'ai découvert rapidement Clapton, Hendrix, dont je collais les posters sur mes murs... Je découpais toutes les Gibson ou Fender que je voyais dans les "Rock&Folk" ou "Best" de l'époque, pour en recouvrir les murs de ma chambre. Je passais des après-midi entières, le jeudi, quand on n'avait pas cours, à aller regarder ces guitares dans les vitrines des magasins de musique à Pigalle...
Le 15 janvier 2010, au Jazz-café de Réveillon (près de Mortagne, dans l'Orne), Bernie Mad interprétant sur sa Stratocaster le classique des Animals, "The House of the rising sun" (Les portes du pénitencier) :
House of R.S - Live
BernieMad | Clips vidéo MySpace
Titus - Comment as-tu appris à en jouer ?
Dès Noël 66, je "commandais" bien sûr une guitare au Père Noël. A l'époque, elle coûtait 100 F. Ma famille m'a prévenu que si mes résultats scolaires ne donnaient pas plus de satisfaction, ils me confisqueraient ma guitare. Moi, ne sachant pas jouer bien sûr (hors de question pour ma famille de me payer des cours, ils espèraient juste que "ça me passerait"), j'ai accordé ma guitare à ma façon, pour arriver à en sortir deux ou trois sons. C'était l'extase !
Titus - Est-ce ta fascination pour les « guitar heroes » qui t'a donné envie de devenir à ton tour guitariste ?
Ce sont mes disques qui m'ont donné le sens de la guitare : je me disais, en toute simplicité, que je faisais partie des Stones ou des Beatles, et je jouais avec eux sur leur disque. J'inventais des jeux, m'imaginant être en concert ou en studio avec eux. Je grimpais sur mon lit pour jouer, afin de simuler une scène surélevée. Rapidement, je glanais quelques accords auprès des « gratteux » de mon lycée (il y avait énormément de garçons qui grattaient à cette époque-là, bien plus que maintenant. Il faut dire qu'il n'y avait pas d'ordi, ni de consoles de jeux !
Titus - Quelle fut ta première expérience en groupe ?
En 68, à 14 ans, j'ai fait l'acquisition de ma première guitare électrique, achetée 300 F (économisés à grand peine) à un camarade de lycée. J'utilisais le haut parleur de mon "tourne-disque" et un petit ampli de 10 W monté dans une boîte à sucre en métal, fabriqué maison par un copain passionné, qui me l'avait vendu 100 F. C'est ainsi que, « fully equiped », j'ai sollicité de mon proviseur une salle pour répéter le jeudi après-midi, avec un batteur (une caisse claire et une cymbale) et un guitariste acoustique. Là, on se prenait pour de vrais rockers, et on jouait les "Satisfactions", "Jumping jack flash", "Hey Joe", etc. Naturellement, on animait aussi les "Party" (fêtes au Canada, prononcer « parté », ndr) du lycée. J'étais à ce moment en adoration totale devant Eric Clapton. Oui, les "guitar heroes " me fascinaient ! et je rêvais d'en devenir un ! Ah, les problèmes d'ego à l'adolescence !
Titus - Est-ce à cette époque que tu as fait la rencontre de Jean-Pierre Bucolo, ton éternel compère ?
C'était quelques année plus tard. Nous avons été amenés à partager notre super local de répétition (dans une cave de Paris) avec le groupe Mongol, dont le guitariste n'était autre que Jean-Pierre Bucolo, avec lequel le courant est immédiatement passé. Nous avions 17 ans à l'époque. Les trois autres membres du groupe étaient Alex et ses frères, futurs Gibson Brothers qui allaient aligner quelques gros hits et devenir des stars à la période du disco quelques années plus tard ...
Titus - Avec Jean-Pierre Bucolo, l'un de vos premiers faits d'armes fut la création du groupe Blue Vamp. Vous avez assuré de très belles premières parties à l'époque...
Après plusieurs groupes (trois pour être précis), j'ai rencontré le producteur Didier Guinochet, qui lancera Indochine quelques années plus tard, alors que j'étais embarqué dans le projet Blue Vamp. Il est venu à la maison pour faire signer à ma mère mon premier contrat de disque. A l'époque, la majorité était à 21 ans, et j'en avais tout juste 18. J'ai averti Jean-Pierre Bucolo qui a accepté de se joindre au projet qui avait l'air important ...Trop important d'ailleurs pour nous ! Quatre mois de répétitions, l'enregistrement d'un album dans les studios Island à Londres, une tournée avec l'Olympia de Paris à l'issue ! C'était trop gros pour nous ! Nous étions vraiment immatures, nous aurions eu besoin d'un vrai réalisateur artistique! Au lieu de ça, nos producteurs ne pensaient qu'au look et au make up ! Dans la foulée, nous avons fait la première partie des New York Dolls. Je n'oublierai jamais le chanteur, ivre mort, qui pissait sur scène. Ecoeuré, je me demandais où était la musique là-dedans ? Mes idéaux en prenaient un coup...

Titus - J'aimerais que tu nous parles aussi de ta rencontre avec Jean-Michel Jarre...
Dans les couloirs de notre maison de disques, je croisais fréquemment un mec super cool, très professionnel, et qui m'encourageait de ses conseils. Il s'appelait Jean-Michel Jarre. Il m'a demandé si j'avais un peu de temps libre : il cherchait un guitariste pour travailler avec lui, dans son studio, des titres qu'il composait pour Christophe, pour d'autres, ou pour lui-même. J'ai accepté et, pendant 6 mois, il est venu m'attendre chaque matin à 8 h 30 en bas de chez moi, c'est-à-dire chez mes parents, pour m'emmener dans son studio installé chez sa mère à Vanves et ainsi travailler jusqu'à 18 h 30. Je lui assurais les guitares électriques, acoustiques et les basses.
Titus - Est-ce vrai que le second 45 T de Blue Vamp a été justement produit par Jean-Michel Jarre ?
Tout à fait ! Devant le manque de succès du premier disque, le producteur a décidé de faire appel à Jean-Michel Jarre pour composer un titre et assurer la direction artistique de l'enregistrement. Il estimait qu'il nous fallait un hit ! Etant déjà avec Jarre depuis quelques mois, on en a travaillé ensemble la teneur, et j'ai réalisé en studio ma partie de guitare ainsi que la basse (notre bassiste manquait ... d'énergie!). C'était en 74, j'avais 20 ans et j'étais sur un nuage ! J'avais enfin une Stratocaster, une Gibson Flyng V, et un Marshall trois corps plus haut que moi ! Bref, tous les critères du bonheur, enfin, selon mes valeurs de l'époque. Jean-Michel Jarre m'a recommandé pour d'autres séances ou pour des concerts avec Christophe ou Vince Taylor, etc., au studio Ferber.
Titus - Tu as également joué pour Jacques Higelin. Que retiens-tu de cette rencontre ?
Le travail avec Jean-Michel Jarre s'était calmé. C'est alors que j'ai rencontré par hasard (toujours lors d'une fête) Jacques Higelin. Je ne le connaissais pas mais mes copains m'ont dit qu'il venait de faire un film : "Elle court, elle court, la banlieue". Il y a des guitares sèches qui traînaient par là et, tout naturellement, Jacques a commencé à gratter sur l'une d'entre elles et à fredonner. Tout aussi naturellement, j'en ai attrapé une autre et j'ai commencé à le suivre. A la fin de la soirée, enthousiaste, il a noté mon numéro de téléphone. Une semaine après, au dîner, ma mère s'est levée pour répondre au téléphone et est revenue dans la cuisine me dire : "Il y a un certain Jacques qui voudrait te parler". Jacques Higelin faisait son premier Olympia 10 jours après et il avait besoin d'un guitariste. Les répétitions devaient commencer le lendemain. L'autre guitare était tenue par un Simon Boisseson, qui s'est engueulé gravement avec Jacques dès la première répét. Jacques l'a foutu dehors et m'a demandé si je pouvais assurer seul la guitare. Je lui ai répondu que non, mais que j'en connaissais un qui ferait parfaitement l'affaire ! J'ai aussitôt appelé Louis Bertignac, que j'avais rencontré un mois plus tôt dans un « party » d'amis. Un mec sympa, qui jouait tellement bien de la guitare ! On avait éprouvé une grande joie à "boeufer" ensemble. Louis a accepté la proposition d'Higelin, à la condition que je vienne pour l'aider à porter son Vox. On était fous de joie de jouer ensemble : Higelin a pu avoir la scène de l'Olympia chaque après-midi pour répéter, et Louis et moi avions vraiment un gros son de guitare. A deux, on formait un mur compact qui a dû séduire plus d'un amateur à l'époque !

Titus - Au début des années 80, tu as fondé le groupe Gangster. Les concerts s'enchaînaient, dont de nombreuses premières parties de Téléphone. Quels souvenirs est-ce que cette époque te rappelle ?
A 28 ans, je désirais me réaliser dans mon propre projet. J'ai monté Gangster, un trio basse/drums/guitare dans lequel j'assurais la voix et la guitare, faute d'avoir trouvé un chanteur. C'était une erreur, car je chantais très mal. Malgré tout, mon pote Louis Bertignac ne m'avait pas oublié pas et m'a "donné" de très belles premières parties de Téléphone. Dans les plus grosses salles de France, nous faisions deux rappels à chaque fois. Il n'y a pas eu d'exception à cette règle. C'est très rare pour des premières parties. Avec Gangster, entre 1982 et 1984, j'ai fait un disque et environ 200 concerts. Comme j'étais le seul guitariste du groupe, c'est là que je suis vraiment devenu guitariste. Une superbe école, à la dure ! Les années suivantes, j'ai tenté une carrière solo. J'ai signé avec un éditeur qui a remisé ma musique dans le fond d'un tiroir. Je lui ai fait un procès, afin de me libérer de son contrat.

Titus - A la fin des années 80, tu as choisi de lâcher la musique pour l'autre passion de ta vie, l'aviation. Pourquoi ?
J'avais 34 ans et mes revenus étaient pour le moins instables. J'ai donc songé à faire autre chose pour gagner ma vie, la guitare restant au fond de mon cœur pour les temps libres. J'ai commencé mon cours de pilote d'avion. Tout est allé très vite. Je suis devenu instructeur pour pilotes privés à Saint-Cyr, tout en continuant à jouer de la guitare électrique avec des potes chaque mardi, dans le sous-sol d'un pavillon de banlieue de l'un deux. Mais il m'apparaissait évident que la France était compliquée pour commencer ce type de carrière à 36 ans, et j'ai alors décidé de m'expatrier au Canada, où les opportunités sont supérieures. Une fois là-bas, j'ai accumulé les qualifications, multi moteurs, vol aux instruments, et finalement pilote de ligne. J'ai commencé à piloter sur des vols charters, à bord de petit avions d'une dizaine de passagers tout en étant, parallèlement, directeur du marketing d'une école de pilotage canadienne à Montréal.
Titus - Malgré tout, quand on est musicien chevronné, j'imagine qu'il est un peu difficile de tout lâcher... Tant et si bien que tu as recommencé à jouer au sein de formations canadiennes.
Durant cette même période, les démons de la guitare sont toutefois revenus me chercher, et j'ai commencé à jouer dans différents groupes avec lesquels on se produisait dans les bars de Montréal.
Titus - La musique semble avoir repris le dessus puisque tu es redevenu professionnel à partir de 2001...
C'est aussi du fait du 11 septembre 2001, cet événement ayant mis un terme à mes rêves de pilote de ligne. Trop de pilotes se sont retrouvés au chômage ; il n'y avait plus assez d'étudiants à former, bref, plus moyen de gagner ma vie au minimum. Pour survivre, j'ai passé mon permis super lourd et j'ai commencé à conduire pendant quatre ans des "Trucks", Kenworth, Peterbilt, et autres monstres américains, à travers les immensités glacées du nord du Québec. Toute une expérience !
Titus - Parmi tes expériences musicales canadiennes, tu as notamment donné des concerts en hommage à Pink Floyd dans la salle montréalaise mythique, le Spectrum. Peux-tu nous raconter ?
J'ai été sollicité pour interpréter David Gilmour dans un hommage à Pink Floyd. Le spectacle se jouait en effet au Spectrum de Montréal, ainsi que dans quelques « arénas » au Canada. Inutile de préciser que j'en ai retiré un énorme plaisir. C'est cela qui m'a décidé, à la fin de la quarantaine, de me réinvestir dans la musique.
Titus - Tu es un musicien vraiment polyvalent puisque tu fais aussi bien du hard rock que du jazz ou de la musique traditionnelle irlandaise... D'où te vient cet intérêt pour la musique celtique ?
J'essaye de jouer avec le maximum de gens, aussi bien du hard rock à l'américaine (style Bon Jovi), que de la musique traditionnelle irlandaise (qui m'a toujours fait vibrer le cœur, du fait de mes origines bretonnes je pense), pour laquelle je commence à jouer de la mandoline. Là aussi, j'ai commencé à donner des concerts, au Québec, et j'ai rencontré un franc succès de la part du public. Je jouais beaucoup de guitare acoustique en concert dans des groupes traditionnels qui sonnaient très celtiques ! Il y avait un Ecossais dans le groupe : il apparaissait toujours sur scène vêtu d'un kilt, muni d'une superbe cornemuse. J'adorais ça !
Bernie Mad au cours d'une improvisation jazzy et colorée
Jazz Bluesy Jam
BernieMad | Clips vidéo MySpace
Titus - Tu es de retour en France depuis 2009. Pourquoi ?
Je m'étais installé un petit studio d'enregistrement à la maison (cabane en bois, dans la forêt, au bord d'un lac ; les six mois de l'année ou ce n'était pas gelé, je me promenais sur mon canoë, tel le dernier des Mohicans. Je me suis enfermé d'octobre 2008 à mai 2009 pour composer, enregistrer, avec le projet de rentrer en France et de promouvoir ma musique. Le climat, la culture, la bouffe et plein de petites choses ont fait que l'appel de l'Hexagone se faisait de plus en plus pressant ! De plus, une forte intuition me disait que les Français aimeraient ma musique !
Titus - Ton ami Jean-Pierre Bucolo, qui a composé pour Francis Cabrel, Johnny Hallyday et Renaud, t'a encouragé à publier un album.
Aussitôt rentré, j'ai revu en effet Jean-Pierre Bucolo, qui a écouté ma musique et m'a encouragé à passer à l'action. J'ai aussi recommencé à écouter les musiciens français.
Titus - Certains de tes nouveaux morceaux ont une consonance très celtique. Parmi les "guitar heroes" bretons, il y a bien sûr Dan ar Braz. L'as-tu déjà rencontré ?
Je ne connais pas Dan Ar Braz personnellement mais je l'écoute fréquemment, ainsi que Gildas Arzel, Soig Siberil, et bien d'autres Bretonneux.
Titus - Parle-nous de "Guitar's Lake", ton album. Quelle en est la teneur ?
Mon studio ré-installé une fois de retour en France, j'ai repris les compositions et j'ai décidé de réaliser un album de musique instrumentale, qui exprime au mieux la relation que j'ai actuellement avec la guitare. Il s'agit du même concept que sur scène, j'utilise plein de guitares différentes, pour des sons et des arrangements qui se coupent et s'entrecroisent ... J'essaye d'amener les auditeurs à un véritable voyage intérieur, dans lequel ils se créent leurs propres émotions avec leurs propres images sonores ....
Titus - As-tu d'ores et déjà des projets de tournées en France, en Bretagne, et dans d'autres pays celtiques ?
Après avoir signé un contrat avec une agence de promotion pour mon album, je commence à faire des concerts. Le Web est un bon outil pour cela, mon site MySpace m'aide beaucoup à avancer. Je fais tout tout seul. J'espère ainsi gagner le cœur des gens, et finir par trouver les partenaires qui vont contribuer à me faire gravir quelques marches. Un fan est venu de Suède la semaine dernière, pour me voir en concert, et organiser ensuite une tournée en Suède. Il affirme que ma musique enthousiasme les Saxons.
Bernie Mad rivalisant de virtuosité au côté de ses compères d'un jazz band
Découvre cette vidéo : Jazz band Jam
Titus - Où peut-on trouver ton album ?
On peut trouver mon album sur mon site (téléchargement sur player Zimbalam, qui donne accès aux plate-formes classiques, I-tunes, Amazon, Nokia, Virgin, etc.), ou en vente physiquement à mes concerts. Je n'ai pas encore accès à la grande distribution. Ce sera la prochaine étape ....
Titus - On n'a pas parlé de spiritualité au cours de cette interview. Et pourtant, c'est un sujet qui semble te tenir à coeur. Comment es-tu devenu bouddhiste ?
Oui, la spiritualité est au cœur de ma vie depuis ma tendre enfance, comme quelque chose de parfaitement naturel et inébranlable ! Dès l'âge de 20 ans, j'ai commencé à étudier d'autres religions. La relation avec l'Invisible, avec les autres plans de notre Conscience cosmique m'a toujours attiré. Des amis canadiens m'ont initié au bouddhisme que j'ai pratiqué pendant quelque temps. Mais lassé de réciter des "mantras" en chinois, je suis revenu à des concepts bien inscrits dans ma langue et ma culture. Dans ce cadre, j'écris chaque matin deux versets sur mon site MySpace, que je tire d'ouvrages spirituels divers (Confucius, le Tao, La Bible, et bien d'autres encore). L'important, pour moi, c'est que les gens réagissent, et réfléchissent : il y a toujours entre 5 et 12 commentaires par jour laissés par les « MySpaciens ». Ce qui démontre un intérêt pour la spiritualité. On ne peut pas vivre indéfiniment coupé de notre Véritable Origine, et de notre véritable Identité. Tôt ou tard, elles nous rejoignent.
Titus - Tu affirmes que la musique est la forme la plus accomplie de la spiritualité. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Je me fonde sur ceci : La Vie n'est que vibrations, atomes en vibration, en mouvement qui forment la matière. La pensée est vibration, si celle ci s'accorde avec celle de la matière, il y a là un moyen de la modifier (le pouvoir des magiciens ?). Ce n'est pas pour rien que le son est très présent dans l'expression humaine de la spiritualité : le OOOHHHMMM bouddhiste par exemple, les chants des moines, le grégorien, tout ceci a pour but d'élever et modifier le niveau vibratoire ambiant. Et, pour conclure, n'est-il pas écrit dans la Genèse "qu'au début était le Verbe", ce fameux son divin, à l'origine de toute la création, avant même la lumière ? Même lors du Big Bang, une explosion a précédé la lumière !
Pour en savoir plus :
Le site MySpace de Bernie Mad (pour découvrir son album et acheter sa musique)
Un article sur la formation Blue Vamp dans Rock made in France.
Un article sur le groupe Gangster sur le blog d'Hervé Laithier.
"One last for the road" : Bernie Mad en formule solo au Jazz-café de Réveillon le 15 janvier 2010 :
Be Bop JazzyRock - Live
BernieMad | Clips vidéo MySpace
21:13 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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19 mai 2009
Jipes Project : "Un premier disque à 50 ans, pas si mal !"
Chanteur et guitariste d'origine parisienne, Jipes a fait son trou à Mulhouse, au début des années 90, où il participe simultanément à plusieurs formations blues et soul de la scène alsacienne. Sa plus récente initiative, le Jipes Project, auquel s'est joint le saxophoniste Maxime Meichler, devrait aboutir cette année à l'enregistrement d'un premier disque. Rencontre avec un musicien passionné, blogueur à ses heures, avec qui nous revenons notamment sur un voyage en Louisiane qui l'aura marqué à jamais...
Titus - Jipes, c'est un pseudo ? Si oui, d'où vient-il ?
Jipes - Oui, c'est bien un pseudo ça vient de l'époque où je cotoyais Phil Hammel, harmoniciste talentueux, qui m'a surnommé ainsi, de Jean-Pierre, en anglais, se prononçant Jai-pi et alsaciannisé, c'est devenu Ji-pes...
Titus - Tu es basé à Mulhouse, en Alsace, depuis 1990. Pourquoi avoir choisi de t'y établir ?
Je m'y suis rendu pour travailler dans un institut international de recherche en Suisse.
Titus - Tes origines sont parisiennes. Si mes infos sont exactes, tu es né dans la capitale en 1959... Si je te demandais d'évoquer tes premiers souvenirs d'enfance, quels seraient-ils ?
Les pentes de la Butte Montmartre, les odeurs de baguette chaude, les petits commerces du XVIIIème arrondissement, le Sacré-Coeur et ses jardins où l'on jouait, les disques d'opéra que mes parents écoutaient, les émissions radio de Francis Blanche et Pierre Dac...
Jipes dans "Up in the morning blues" :
Titus - Dans quel milieu as-tu grandi ?
Mon père était employé des Douanes et Maman était à la maison, milieu très modeste, petit appartement sombre avec les toilettes sur le palier. Maman faisait des enveloppes pour les vacances. Mais on était heureux en tous cas.
Titus - A quel moment la musique a-t-elle fait irruption dans ta vie ? T'en souviens-tu précisément ?
J'ai aimé l'Opéra et l'Opérette que mes parents écoutaient mais c'est la guitare qui m'a appelé assez vite, notamment celle d'Alexandre Lagoya (j'adorais Asturias, d'Isaac Albéniz) mais aussi les Machucambos, un groupe folklorique.
Titus - La guitare fut-elle ton premier instrument ? Comment as-tu appris à en jouer ?
J'ai commencé, comme tous les gosses, par la flûte à bec; j'étais pas trop mauvais. J'ai eu ma première guitare vers 12 ans, plutôt un jouet en fait, que mes parents avaient acheté à la Samaritaine (je l'ai toujours d'ailleurs). Ma vraie première guitare, c'était une folk, vers 15ans et puis j'ai commencé en autodidacte avec deux frères malgaches, les frères Valli. Ensuite, le folk anglais m'a passionné avec Bert Jansch et John Renbourn. J'ai pris quelques cours avec Didier Large, dans l'arrière boutique de Quincampoix Musique, haut lieu du folk à cette époque. Ensuite, avec mon premier groupe de copains, j'ai pris des cours de guitare électrique avec Pierre Fanen, superbe pédagogue assez sévère mais qui nous a bien fait progresser (je regrette de ne pas avoir poursuivi d'ailleurs; j'étais fainéant).
Titus - Assez tôt, tu as cherché à jouer en groupe. Te souviens-tu de ces premières expériences en collectif ?

Un vrai bonheur ! On habitait Alfortville et on a fait nos premières armes au Foyer Jean-Macé, grâce à la complicité des animateurs et des bénévoles. On a commencé par faire des jams et puis notre premier groupe a vu le jour : Préface. J'écrivais tous les textes et la musique était une création commune, surtout Frank le guitariste. On a assez rapidement commencé à arpenter le circuit des MJC. On etait 5 musiciens et deux potes aux éclairages et à la sono. Ca a duré 2 ans on a enregistré une maquette trois titres chez Bob Mathieu. Puis le groupe s'est séparé malheureusement !
Titus - En 25 ans de carrière, tu as évolué au sein de très nombreux groupes : Highway 66, Blue Mood... Que retiens-tu de ces années et des musiciens que tu as côtoyés ?

Du bonheur, quelques galères et des rencontres humaines magnifiques. J'ai eu la chance de faire de belles premières parties, de "boeufer" avec d'excellents professionnels et de, surtout, prendre du plaisir a échanger sur scène !
Titus - L'une de tes grandes passions, c'est le blues. Est-ce vrai que tu as découvert cette musique dans le métro ? (Tao Ravao et Andy Forrest ?)
C'est exact, c'est ce qui m'a mis le pied à l'étrier du blues. C'était en 1980, peu avant que je monte mon premier groupe de potes. Entendre ces deux musiciens fut un instant magique et j'ai tout de suite aimé le blues. Je me suis ensuite précipité chez le marchand de disques (des 33T à l'époque) et j'ai commencé à acheter du Sony Terry, Little Walter et Sonny Boy Williamson ,car j'ai commencé le blues à l'harmonica. Ensuite, Pierre, mon pote, jouant également de l'harmo, j'ai basculé à la guitare !
Titus - Tu m'as déjà parlé de ton amour pour le jazz de la Nouvelle-Orléans. J'aimerais que tu nous parles de ton voyage là-bas...
C'est une expérience incroyable ! A peine arrivé là-bas, j'étais accueilli par mon ami, Phil Hammel, qui jouait à cette époque avec Bryan Lee. J'ai passé 10 jours à arpenter tous les clubs de la ville de New Orleans et découvrir l'énorme culture blues, jazz et zydéco de cette ville. J'y ai vu les Funky Meters, Anson Funderburgh et Sam Myers au Tipitina's, un sacré souvenir et puis Johnny Sansone au Vic's Kangaroo café. J'ai également vu les excellents Rebirth Brass Band au Maple Leaf, où tout le monde dansait dans une chaleur incroyable : un grand moment ! J'ai fait le boeuf avec des musiciens locaux un dimanche, lors d'une scène ouverte au Check point Charlie, un club laverie et billard très original; je me sentais très à l'aise grâce à leur accueil chaleureux.
Titus - Quel impact aura eu cette expérience sur ton propre parcours de musicien ?
Enorme, car depuis, mon amour pour cette musique m'a profondément influencé, notamment John Mooney, Dr John ou les Meters. En même temps, j'ai un peu mieux compris ce que signifiait vraiment cette musique aux USA par rapport à nous Européens, qui ne partageons pas la même culture !
Titus - N'as-tu jamais envisagé d'aller t'y installer, ne serait-ce qu'un temps ?
Si, mais hélas, charge de famille et dans un boulot qui me passionne, pas simple de tout lâcher pour aller là-bas. Peut-être que si ça m'était arrivé à 25 ans, les choses auraient été différentes ?
Titus - Tu écoutes énormément de blues, j'imagine ? Peux-tu nous donner quelques noms de musiciens qui comptent beaucoup à tes yeux ?
Plus autant qu'avant, car mon horizon musical s'est très largement diversifié mais cela reste une base pour moi. Mes préférés dans le blues sont John Mooney, Tab Benoit (louisianais pur jus) et bien sûr les grands anciens Magic Slim et Buddy Guy.

Titus - En Alsace, tu t'es fait un nom en tant que guitariste au sein de deux formations, Mojo et Soulmaniacs. Evoquons d'abord le combo blues Mojo, si tu veux bien. A quand remonte la création du groupe ? Et qu'y fais-tu ?
Ca remonte à 1996; on s'est rencontrés lors d'une jam que j'organisais dans un café au centre-ville (le Café des Arts) et puis, petit à petit, on a décidé de se mettre ensemble (c'était mon premier groupe en trio). On a commencé à tourner dans le circuit des Caf conc. Je tiens la guitare et le chant, le groupe a donc maintenant 13 ans d'existence et plus de 250 concerts, dont des premières parties de Calvin Russell, Popa Chubby où JJ Milteau.
Titus - Parlons justement de ces premières parties assez prestigieuses. Cela a-t-il donné lieu à des rencontres ou boeufs mémorables ?
La première partie de JJ Milteau m'a permis de rencontrer Manu Galvin, que je connaissais de l'époque où il jouait dans un groupe qui s'appelait Hot'Cha. C'était très sympa de se rappeler le bon vieux temps ! Autrement, grâce à ce groupe et à Phil Hammel, j'ai également eu la chance de jouer avec Jon Mac Donald (qui joue désormais avec Magic Slim) pendant deux mini tournées en Suisse et Alsace. J'y ai appris énormément de choses sur le blues grâce à cette rencontre.
Titus - Par ailleurs, il y a donc les Soulmaniacs, autre groupe de covers auquel tu participes depuis 2002. Quel est le dénominateur commun de la dizaine de musiciens qui le composent ? La passion du rhythm'n'blues et de soul des années 60 et 70, j'imagine...
Exactement ! Partager le kif de jouer en grande formation (impossible à rentabiliser d'ailleurs) et remettre au goût du jour les standards d'Aretha Franklin, Otis Redding ou de Rufus Thomas.
Titus - On a parlé de tes talents de guitariste, mais peu du fait que tu étais également chanteur. Or, tu chantes aussi, et notamment avec les Soulmaniacs, en particulier sur les titres de Rufus Thomas et Otis Redding...
Soyons clair : reprendre Otis, c'est très difficile, vocalement je me sens plus proche de Rufus Thomas ou d'Eddie Bo, mais les standards d'Otis sont tellement merveilleux....
Titus - J'ai gardé le Jipes Project pour la fin, parce que c'est ton projet le plus récent et aussi parce qu'il s'agit du plus personnel... Quand as-tu décidé de jouer tes propres compos ?
C'est venu petit à petit, encore et toujours grâce à mon ami Phil Hammel, qui m'a initié à la MAO. J'ai commencé par enregistrer quelques idées en acoustique et puis je me suis pris au jeu et je suis tombé amoureux des guitares à résonateurs (Les National), surtout en devenant un inconditionnel de Chris Whitley. Mon amour du folk et de Kelly Joe Phelps m'ont également influencé de manière très importante.
Titus - Qu'est-ce qui différencie ton travail au sein du Jipes Project de tes collaborations précédentes ?
Tout se fait sur des guitares acoustiques, notamment les résonateurs; il m'a donc fallu dompter ces instruments et surtout apprivoiser les Open Tunings, dont je suis devenu très friand.
Titus - Maxime Meichler, saxophoniste des Soulmaniacs, t'a rejoint depuis peu pour ce projet... Le Jipes Project va-t-il continuer ainsi à s'étoffer de plusieurs autres collaborateurs ?
Je ne sais pas trop... A priori, ce seront des collaborations ponctuelles car ce sont des compositions intimistes qui verront le jour sur disque; pour la scène, je verrai si je les défendrai de suite où pas.

Titus - As-tu le projet d'endisquer à terme ?
Oui, l'objectif c'est d'entrer en studio à la fin de cette année et de sortir le disque en début d'année prochaîne Un premier disque à 50 ans, ça n'est pas si mal !).
Titus - Y-a-t-il des concerts en prévision ? Une tournée ?
Pour l'instant non. Il faut finaliser les titres et entrer en studio, on verra ensuite pour la scène . Entre temps, j'ai toujours des dates avec mes autres formations et ça me tient bien occupé (rires).
"Winter solitude", par le Jipes Project au Parterre, à Basel (Suisse) :
Titus - Comment arrives-tu justement à te partager entre ces différentes collaborations ? Arrives-tu aujourd'hui à vivre de la musique ou poursuis-tu d'autres activités parallèlement ?
Non, je suis un amateur éclairé (rires); j'ai un boulot passionnant, alors je prends du plaisir à jouer dans mes différentes formations !
Titus - D'autant que parallèlement, tu es aussi un blogueur très actif... En plus d'être un chroniqueur de CD pour les sites Jazzbreak et Docteur Blues, tu participes aussi au blog collaboratif "Le blog qui gratte". Peux-tu nous parler de ces différentes activités et de ce qu'elles t'apportent ?
Moi, je pars du principe que partager mes connaissances, aussi minimes soient-elles, est un bonheur; alors, je partage mes coups de coeur avec les internautes. Jazzbreak s'est malheureusement arrêté mais, avec mon blog perso, le BQG et Docteur Blues, j'ai pas mal de boulot, d'autant que je fais des vidéos pédagogiques de guitare pour les débutants !
Titus - Quelle place occupe aujourd'hui Internet dans ta vie ? Cela a-t-il généré des rencontres intéressantes sur le plan musical ?
Internet est un outil incroyable, on peut rencontrer des gens de tout horizons et de cultures différentes. Cela m'a permis de rencontrer des gens qui sont devenus des amis c'est un vrai "plus" !
POUR EN SAVOIR PLUS
Le blog de Jipes
Le site MySpace de l'artiste.
Le site de Mojo
Le site des Soulmaniacs
22:18 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : blues, alsace, jipes project, mulhouse, soulmaniacs, mojo, highway 66 |
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