19.05.2009
Jipes Project : "Un premier disque à 50 ans, pas si mal !"
Chanteur et guitariste d'origine parisienne, Jipes a fait son trou à Mulhouse, au début des années 90, où il participe simultanément à plusieurs formations blues et soul de la scène alsacienne. Sa plus récente initiative, le Jipes Project, auquel s'est joint le saxophoniste Maxime Meichler, devrait aboutir cette année à l'enregistrement d'un premier disque. Rencontre avec un musicien passionné, blogueur à ses heures, avec qui nous revenons notamment sur un voyage en Louisiane qui l'aura marqué à jamais...
Titus - Jipes, c'est un pseudo ? Si oui, d'où vient-il ?
Jipes - Oui, c'est bien un pseudo ça vient de l'époque où je cotoyais Phil Hammel, harmoniciste talentueux, qui m'a surnommé ainsi, de Jean-Pierre, en anglais, se prononçant Jai-pi et alsaciannisé, c'est devenu Ji-pes...
Titus - Tu es basé à Mulhouse, en Alsace, depuis 1990. Pourquoi avoir choisi de t'y établir ?
Je m'y suis rendu pour travailler dans un institut international de recherche en Suisse.
Titus - Tes origines sont parisiennes. Si mes infos sont exactes, tu es né dans la capitale en 1959... Si je te demandais d'évoquer tes premiers souvenirs d'enfance, quels seraient-ils ?
Les pentes de la Butte Montmartre, les odeurs de baguette chaude, les petits commerces du XVIIIème arrondissement, le Sacré-Coeur et ses jardins où l'on jouait, les disques d'opéra que mes parents écoutaient, les émissions radio de Francis Blanche et Pierre Dac...
Jipes dans "Up in the morning blues" :
Titus - Dans quel milieu as-tu grandi ?
Mon père était employé des Douanes et Maman était à la maison, milieu très modeste, petit appartement sombre avec les toilettes sur le palier. Maman faisait des enveloppes pour les vacances. Mais on était heureux en tous cas.
Titus - A quel moment la musique a-t-elle fait irruption dans ta vie ? T'en souviens-tu précisément ?
J'ai aimé l'Opéra et l'Opérette que mes parents écoutaient mais c'est la guitare qui m'a appelé assez vite, notamment celle d'Alexandre Lagoya (j'adorais Asturias, d'Isaac Albéniz) mais aussi les Machucambos, un groupe folklorique.
Titus - La guitare fut-elle ton premier instrument ? Comment as-tu appris à en jouer ?
J'ai commencé, comme tous les gosses, par la flûte à bec; j'étais pas trop mauvais. J'ai eu ma première guitare vers 12 ans, plutôt un jouet en fait, que mes parents avaient acheté à la Samaritaine (je l'ai toujours d'ailleurs). Ma vraie première guitare, c'était une folk, vers 15ans et puis j'ai commencé en autodidacte avec deux frères malgaches, les frères Valli. Ensuite, le folk anglais m'a passionné avec Bert Jansch et John Renbourn. J'ai pris quelques cours avec Didier Large, dans l'arrière boutique de Quincampoix Musique, haut lieu du folk à cette époque. Ensuite, avec mon premier groupe de copains, j'ai pris des cours de guitare électrique avec Pierre Fanen, superbe pédagogue assez sévère mais qui nous a bien fait progresser (je regrette de ne pas avoir poursuivi d'ailleurs; j'étais fainéant).
Titus - Assez tôt, tu as cherché à jouer en groupe. Te souviens-tu de ces premières expériences en collectif ?

Un vrai bonheur ! On habitait Alfortville et on a fait nos premières armes au Foyer Jean-Macé, grâce à la complicité des animateurs et des bénévoles. On a commencé par faire des jams et puis notre premier groupe a vu le jour : Préface. J'écrivais tous les textes et la musique était une création commune, surtout Frank le guitariste. On a assez rapidement commencé à arpenter le circuit des MJC. On etait 5 musiciens et deux potes aux éclairages et à la sono. Ca a duré 2 ans on a enregistré une maquette trois titres chez Bob Mathieu. Puis le groupe s'est séparé malheureusement !
Titus - En 25 ans de carrière, tu as évolué au sein de très nombreux groupes : Highway 66, Blue Mood... Que retiens-tu de ces années et des musiciens que tu as côtoyés ?

Du bonheur, quelques galères et des rencontres humaines magnifiques. J'ai eu la chance de faire de belles premières parties, de "boeufer" avec d'excellents professionnels et de, surtout, prendre du plaisir a échanger sur scène !
Titus - L'une de tes grandes passions, c'est le blues. Est-ce vrai que tu as découvert cette musique dans le métro ? (Tao Ravao et Andy Forrest ?)
C'est exact, c'est ce qui m'a mis le pied à l'étrier du blues. C'était en 1980, peu avant que je monte mon premier groupe de potes. Entendre ces deux musiciens fut un instant magique et j'ai tout de suite aimé le blues. Je me suis ensuite précipité chez le marchand de disques (des 33T à l'époque) et j'ai commencé à acheter du Sony Terry, Little Walter et Sonny Boy Williamson ,car j'ai commencé le blues à l'harmonica. Ensuite, Pierre, mon pote, jouant également de l'harmo, j'ai basculé à la guitare !
Titus - Tu m'as déjà parlé de ton amour pour le jazz de la Nouvelle-Orléans. J'aimerais que tu nous parles de ton voyage là-bas...
C'est une expérience incroyable ! A peine arrivé là-bas, j'étais accueilli par mon ami, Phil Hammel, qui jouait à cette époque avec Bryan Lee. J'ai passé 10 jours à arpenter tous les clubs de la ville de New Orleans et découvrir l'énorme culture blues, jazz et zydéco de cette ville. J'y ai vu les Funky Meters, Anson Funderburgh et Sam Myers au Tipitina's, un sacré souvenir et puis Johnny Sansone au Vic's Kangaroo café. J'ai également vu les excellents Rebirth Brass Band au Maple Leaf, où tout le monde dansait dans une chaleur incroyable : un grand moment ! J'ai fait le boeuf avec des musiciens locaux un dimanche, lors d'une scène ouverte au Check point Charlie, un club laverie et billard très original; je me sentais très à l'aise grâce à leur accueil chaleureux.
Titus - Quel impact aura eu cette expérience sur ton propre parcours de musicien ?
Enorme, car depuis, mon amour pour cette musique m'a profondément influencé, notamment John Mooney, Dr John ou les Meters. En même temps, j'ai un peu mieux compris ce que signifiait vraiment cette musique aux USA par rapport à nous Européens, qui ne partageons pas la même culture !
Titus - N'as-tu jamais envisagé d'aller t'y installer, ne serait-ce qu'un temps ?
Si, mais hélas, charge de famille et dans un boulot qui me passionne, pas simple de tout lâcher pour aller là-bas. Peut-être que si ça m'était arrivé à 25 ans, les choses auraient été différentes ?
Titus - Tu écoutes énormément de blues, j'imagine ? Peux-tu nous donner quelques noms de musiciens qui comptent beaucoup à tes yeux ?
Plus autant qu'avant, car mon horizon musical s'est très largement diversifié mais cela reste une base pour moi. Mes préférés dans le blues sont John Mooney, Tab Benoit (louisianais pur jus) et bien sûr les grands anciens Magic Slim et Buddy Guy.

Titus - En Alsace, tu t'es fait un nom en tant que guitariste au sein de deux formations, Mojo et Soulmaniacs. Evoquons d'abord le combo blues Mojo, si tu veux bien. A quand remonte la création du groupe ? Et qu'y fais-tu ?
Ca remonte à 1996; on s'est rencontrés lors d'une jam que j'organisais dans un café au centre-ville (le Café des Arts) et puis, petit à petit, on a décidé de se mettre ensemble (c'était mon premier groupe en trio). On a commencé à tourner dans le circuit des Caf conc. Je tiens la guitare et le chant, le groupe a donc maintenant 13 ans d'existence et plus de 250 concerts, dont des premières parties de Calvin Russell, Popa Chubby où JJ Milteau.
Titus - Parlons justement de ces premières parties assez prestigieuses. Cela a-t-il donné lieu à des rencontres ou boeufs mémorables ?
La première partie de JJ Milteau m'a permis de rencontrer Manu Galvin, que je connaissais de l'époque où il jouait dans un groupe qui s'appelait Hot'Cha. C'était très sympa de se rappeler le bon vieux temps ! Autrement, grâce à ce groupe et à Phil Hammel, j'ai également eu la chance de jouer avec Jon Mac Donald (qui joue désormais avec Magic Slim) pendant deux mini tournées en Suisse et Alsace. J'y ai appris énormément de choses sur le blues grâce à cette rencontre.
Titus - Par ailleurs, il y a donc les Soulmaniacs, autre groupe de covers auquel tu participes depuis 2002. Quel est le dénominateur commun de la dizaine de musiciens qui le composent ? La passion du rhythm'n'blues et de soul des années 60 et 70, j'imagine...
Exactement ! Partager le kif de jouer en grande formation (impossible à rentabiliser d'ailleurs) et remettre au goût du jour les standards d'Aretha Franklin, Otis Redding ou de Rufus Thomas.
Titus - On a parlé de tes talents de guitariste, mais peu du fait que tu étais également chanteur. Or, tu chantes aussi, et notamment avec les Soulmaniacs, en particulier sur les titres de Rufus Thomas et Otis Redding...
Soyons clair : reprendre Otis, c'est très difficile, vocalement je me sens plus proche de Rufus Thomas ou d'Eddie Bo, mais les standards d'Otis sont tellement merveilleux....
Titus - J'ai gardé le Jipes Project pour la fin, parce que c'est ton projet le plus récent et aussi parce qu'il s'agit du plus personnel... Quand as-tu décidé de jouer tes propres compos ?
C'est venu petit à petit, encore et toujours grâce à mon ami Phil Hammel, qui m'a initié à la MAO. J'ai commencé par enregistrer quelques idées en acoustique et puis je me suis pris au jeu et je suis tombé amoureux des guitares à résonateurs (Les National), surtout en devenant un inconditionnel de Chris Whitley. Mon amour du folk et de Kelly Joe Phelps m'ont également influencé de manière très importante.
Titus - Qu'est-ce qui différencie ton travail au sein du Jipes Project de tes collaborations précédentes ?
Tout se fait sur des guitares acoustiques, notamment les résonateurs; il m'a donc fallu dompter ces instruments et surtout apprivoiser les Open Tunings, dont je suis devenu très friand.
Titus - Maxime Meichler, saxophoniste des Soulmaniacs, t'a rejoint depuis peu pour ce projet... Le Jipes Project va-t-il continuer ainsi à s'étoffer de plusieurs autres collaborateurs ?
Je ne sais pas trop... A priori, ce seront des collaborations ponctuelles car ce sont des compositions intimistes qui verront le jour sur disque; pour la scène, je verrai si je les défendrai de suite où pas.

Titus - As-tu le projet d'endisquer à terme ?
Oui, l'objectif c'est d'entrer en studio à la fin de cette année et de sortir le disque en début d'année prochaîne Un premier disque à 50 ans, ça n'est pas si mal !).
Titus - Y-a-t-il des concerts en prévision ? Une tournée ?
Pour l'instant non. Il faut finaliser les titres et entrer en studio, on verra ensuite pour la scène . Entre temps, j'ai toujours des dates avec mes autres formations et ça me tient bien occupé (rires).
"Winter solitude", par le Jipes Project au Parterre, à Basel (Suisse) :
Titus - Comment arrives-tu justement à te partager entre ces différentes collaborations ? Arrives-tu aujourd'hui à vivre de la musique ou poursuis-tu d'autres activités parallèlement ?
Non, je suis un amateur éclairé (rires); j'ai un boulot passionnant, alors je prends du plaisir à jouer dans mes différentes formations !
Titus - D'autant que parallèlement, tu es aussi un blogueur très actif... En plus d'être un chroniqueur de CD pour les sites Jazzbreak et Docteur Blues, tu participes aussi au blog collaboratif "Le blog qui gratte". Peux-tu nous parler de ces différentes activités et de ce qu'elles t'apportent ?
Moi, je pars du principe que partager mes connaissances, aussi minimes soient-elles, est un bonheur; alors, je partage mes coups de coeur avec les internautes. Jazzbreak s'est malheureusement arrêté mais, avec mon blog perso, le BQG et Docteur Blues, j'ai pas mal de boulot, d'autant que je fais des vidéos pédagogiques de guitare pour les débutants !
Titus - Quelle place occupe aujourd'hui Internet dans ta vie ? Cela a-t-il généré des rencontres intéressantes sur le plan musical ?
Internet est un outil incroyable, on peut rencontrer des gens de tout horizons et de cultures différentes. Cela m'a permis de rencontrer des gens qui sont devenus des amis c'est un vrai "plus" !
POUR EN SAVOIR PLUS
Le blog de Jipes
Le site MySpace de l'artiste.
Le site de Mojo
Le site des Soulmaniacs
22:18 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blues, alsace, jipes project, mulhouse, soulmaniacs, mojo, highway 66
06.03.2009
Tété : "Il y a des poches d'éveil un peu partout"
Personnage incontournable de la nouvelle scène musicale française, Tété teste en ce moment les chansons de son nouvel album (le quatrième) dans le cadre d'une mini tournée intitulée "Labo Solo Tour" qui le conduira à Cast (arrière-pays de Châteaulin) samedi 7 mars. Dans l'entretien qui suit, le songwriter évoque naturellement ses projets, mais revient aussi assez longuement sur son parcours, et notamment sur sa participation à l'émission de télé "Tété ou Dédé", tournée aux Etats-Unis, au côté d'André Manoukian, l'an dernier.

Titus - Vous ferez halte à Cast le samedi 7 mars dans le cadre de votre mini tournée du Labo Solo Tour. Pouvez-vous nous éclairer sur ce concept ?
On l’a appelé comme ça cette fois-ci mais c’est quelque chose que j’ai fait avant chaque album, quand je suis en période d’écriture. C’est une sorte de laboratoire. J’aime bien, au fur et à mesure, pouvoir tester les morceaux sur scène. Ca permet de mieux les apprivoiser avant d’entrer en studio…
Titus - Comme son nom l’indique, cette tournée s’effectue en solo. Cela est-il une indication que le prochain album sera particulièrement acoustique, même si le précédent, l’était déjà beaucoup ?
C’est exactement ce que j’allais dire. J’ai toujours fait en sorte de garder une touche acoustique sur chacun de mes albums. J’ai toujours aussi écrit des morceaux guitare-voix, donc je pense que le prochain album sera dans la continuité des précédents. Au gré des rencontres, des collaborations, je trouve ça intéressant d’intégrer de nouvelles choses…
Titus - Le fait de tester vos nouveaux morceaux en spectacle vous amène-t-il à les faire évoluer ?
Oui, ça permet de voir si la tonalité va, si le tempo va, des choses comme ça.
Titus - Quand prévoyez-vous d'entrer en studio pour enregistrer ces chansons ?
Ça se précise. Ça va soit se faire en parallèle de mes concerts, par salves successives, soit au terme de la tournée. En fait, je vais tourner jusque début juillet. Il y a 25 dates de prévues en France, en Belgique. Et en juin, je vais tourner aux Etats-Unis deux semaines.
Titus - Avez-vous une petite idée de l'équipe qui vous entourera et du lieu où tout cela se fera ?
Je m’efforce toujours de me concentrer sur l’écriture des morceaux avant de penser au reste. Parce qu’on a beau bosser avec les meilleures personnes du monde, si on n’a pas un morceau qu’on est content de jouer guitare-voix dans son salon ou ailleurs, c’est difficile de se projeter. J’y vais donc pas à pas. Et pour l’équipe, les choses se sont toujours faites naturellement, donc je pense que ça sera pareil cette fois-ci.Titus - L'été dernier, vous co-animiez avec André Manoukian le magazine musical "Tété ou Dédé" pour France 5. L'occasion de parcourir les Etats-Unis à la rencontre de musiciens. Qu'avez-vous retiré de cette expérience ?
Ça m’a beaucoup plu, pour plusieurs raisons, la re-rencontre et l’opportunité de faire un bout de chemin avec André Manoukian, le fait d’avoir parcouru les Etats-Unis, un pays qui a une culture qui moi, m’a toujours inspiré. C’était fabuleux. Le fait d’interviewer les gens, de mettre en valeur le travail d’autres personnes…
Titus - Quelle est l'étape de ce voyage qui vous a le plus marqué ?
On a visité quatre villes : Miami, San Francisco, New York et la Nouvelle-Orléans. Je connaissais déjà New York mais pas les autres villes. Et c’est la Nouvelle-Orléans qui m’a le plus marqué. Par rapport à la musique tout d’abord. C’est le Sud des Etats-Unis et c’est l’un des berceaux du blues. C’est une confluence de plein d’influences : la culture des colons européens, des esclaves, des Amérindiens aussi. Ces derniers ont apporté beaucoup à la musique américaine et c’est souvent un héritage qui est un peu occulté. Je me suis rendu compte que le blues, c’était tout ça, et ça a un peu dépoussiéré l’image d’Épinal que je pouvais en avoir. Et puis la Nouvelle-Orléans est une ville de partage, où tout le monde cohabite. Voilà une culture singulière qui naît de la rencontre de beaucoup d’autres…
Titus - Cette émission a-t-elle débouché sur des rencontres avec des musiciens avec lesquels vous pourriez envisager de collaborer ?
Ah ça j’aimerais beaucoup. C’est vrai que ça a été une année et demie assez riche en rencontres parce qu’il y a eu l’émission mais aussi les tournées aux Etats-Unis et en Australie. J’ai fait deux tournées en Australie avec mon ami Jeff Lang, qui est un musicien australien. Et à cette occasion-là, j’ai aussi rencontré Bob Brosman, qui est un musicien américain. Ce sont autant de gens qui vous inspirent de par leur musique, mais aussi par le simple fait de passer un peu de temps à côté d’eux, de voir leur vision du monde. Tout ça vous fait grandir. Il y a eu quelques collaborations sur scène et c’est sûr que si ça pouvait déboucher sur une collaboration en studio, j’en serais ravi.
Titus - Quel rôle a joué la musique des Etats-Unis dans votre propre éveil musical ?
C’était assez central, en fait. Mes premières influences, c’étaient les disques qu’écoutait ma mère quand j’étais enfant. C’était une fan de jazz et des Beatles, donc j’ai grandi exclusivement avec ces sons-là. Et puis ensuite, j’ai creusé mon propre sillon en allant explorer des genres qui me correspondaient plus à différentes époques. De façon générale, j’écoute beaucoup de musique anglo-saxonne.
Titus - Si l'on remonte un peu plus dans le temps, quel est justement votre premier souvenir lié à la musique ?
Probablement, le fameux single des Buggles, « Video killed the radio stars ». Je devais avoir quatre-cinq ans.
Titus - Vous êtes né en 1975 à Dakar, mais vous n'y avez que très peu vécu… Pouvez-vous nous parler de l'environnement qui était celui de votre enfance ? Avez-vous évolué, dès votre plus jeune âge, dans un univers où la musique était très présente ?
Il n’y avait pas de musiciens dans ma famille. J’ai fait un peu de violon quand j’étais enfant. Mais j’ai arrêté à cause du solfège qui m’était désagréable. Plus tard, je me suis cassé la jambe et me suis retrouvé immobilisé à l’un de mes anniversaires. Je devais avoir 16 ans. C’est là que je me suis offert une guitare. Mais pendant longtemps, la seule musique qu’il y avait à la maison, c’était surtout les disques qu’écoutait ma mère.
Titus - Quels sont les musiciens qui ont le plus compté dans votre éducation musicale ?
Pour les mélodies, je dirais que c’est les Beatles. Pour le son, je réalise avec le temps que les disques de ma mère m’ont bien influencé aussi. Et puis aussi des gens comme Hendrix, Keziah Jones à une époque, et toute la scène folk qu’on appelle « Americana ». Le travail de Bob Marley ou Bob Dylan aussi.
Titus - Aviez-vous eu, très jeune, le désir de faire de la chanson votre métier ?
Pas du tout. Enfant, je pensais devenir dessinateur. J’ai progressivement arrêté de dessiner à mesure que je jouais de plus en plus de guitare. A un moment donné, j’ai eu envie d’avoir plus de temps pour écrire des morceaux et jouer. Je me suis donné un an pour jouer dans les bars à Nancy. Au terme de cette année-là, je suis allé à Paris et c’est là que j’ai pu signer, à l’âge de 23 ans.
Titus - En réalité, le succès a été rapidement au rendez-vous, votre premier album "L'air de rien" ayant été acclamé à la fois par la critique et le public... A quoi attribuez-vous ce succès ?
Il m’arrive de repenser à cette époque-là et de me dire que j’ai eu beaucoup de chance. C’est sûr que j’ai beaucoup travaillé mais il y a plein de gens qui bossent et qui n’ont pas cette chance. De rencontrer la personne qui va leur permettre de faire le lien ou d’avoir la possibilité de faire le même métier dans de meilleures conditions. Parce qu’on ne fait jamais les choses tout seul.
Titus - La sortie du deuxième album, "A la faveur de l'automne", sorti deux ans plus tard, en 2003, n'a fait que confirmer cette première impression. Pourtant, vous restez méfiant par rapport au succès, non ?
On a vu plein de gens qui ont fait des disques fondateurs, qui ont marqué l’histoire de la musique et qui, après un ou deux disques, n’ont plus eu la chance de travailler dans les mêmes conditions. Je pense aussi à d’autres gens dont j’admire le travail et qui font ce métier depuis bien plus longtemps que moi et qui, commercialement, ont connu des périodes de hauts, de bas. Je crois que c’est un cheminement. Ce qui est intéressant dans ce qu’on peut appeler le succès, c’est surtout qu’il nous permet de faire de la musique autant qu’on souhaite en faire et tout au long de l’année et ne faire que ça, alors je n’ai aucun problème avec ça.
A la faveur de l'automne, en duo avec Jenifer au TNT Show de Direct 8 le 19 novembre 2007.
Titus - Quel regard portez-vous sur la nouvelle scène française à laquelle beaucoup vous rattachent, même si une telle étiquette recouvre forcément beaucoup de styles…
Ce que je peux dire, c’est que c’est un plaisir d’évoluer et de croiser les acteurs de cette scène-là, car il y a une scène foisonnante en France. Il y a plein de gens de grand talent ; il y a une belle émulation et un côté décomplexé.
Titus - Le vôtre, de style, a toujours été bien personnel, pour ne pas dire atypique. Je crois que vous aimez parler de pop blues… C’est une expression qui vous définit bien ?
Le côté pop fait référence aux mélodies et aux chansons courtes. C’est quelque chose que j’ai toujours aimé depuis les Beatles. Et le blues, c’est un sentiment, un matériau, et c’est un peu le dénominateur commun entre toutes les musiques qui m’ont toujours plu.
Titus - Nous avons beaucoup parlé musique, mais on vous connaît aussi pour votre plume délicate qui se rapproche souvent de la poésie. Vos textes comprennent toujours plusieurs niveaux de lecture. Textes et musique sont indissociables quand on évoque votre univers. Quand vous écrivez une chanson, qu’est-ce qui vient en premier généralement ?
La musique et la mélodie. L’idée, c’est de trouver ensuite un sujet une fois qu’on a trouvé une image, d’essayer de trouver des mots.
Titus - Les thèmes que vous abordez sont universels. Vous n’hésitez pas à vous faire gentiment grinçant de temps à autre. Je pense notamment à votre chanson « La Relance », qui figure sur votre dernier album.
Ce qui est rigolo, c’est que c’est une chanson qui a été écrite il y a trois ou quatre ans, mais qui faisait référence à la période précédant l’élection présidentielle. Tragiquement, la situation économique, française d’abord et globale ensuite, n’a cessé de se dégrader. Quand je repense, rétrospectivement, à des textes que j’ai pu écrire il y a quatre ans, il est tragique que ces textes fassent plus écho maintenant qu’ils ne le faisaient à l’époque où ils ont été écrits.Titus - Quelles sont les évolutions, dans notre société, qui vous inspirent de l’inquiétude ?
Je préfère me concentrer sur les choses qui me donnent aujourd’hui de l’espoir. L’être humain ne manque pas de ressources. Même si je ne suis pas militant, je vois d’un bon œil la mobilisation, enfin, sur le développement durable… Il y a quantité de sujets qui donnent matière à se réjouir ; il y a des poches d’éveil un petit peu partout.
Titus - L’un des thèmes que vous évoquez est la question des minorités… Et notamment la difficulté d’être accepté en France.
Je ne suis pas forcément le mieux placé pour parler de ce sujet. Ca fait dix ans que je fais un métier que j’adore et dans de bonnes conditions. Mais il est évident qu’il y a des problèmes et c’est bien d’en avoir conscience. Mais je pense que donner une importance outre mesure à ce sujet-là peut relever de la névrose.
Titus - Malgré cet engagement manifeste, vous refusez je crois l’étiquette de chanteur militant. Pourquoi ?
Je trouve que c’est pas mon boulot. J’ai des opinions sur plein de sujets comme tout le monde, mais le mélange des genres, je ne sais pas s’il a sa place ici. J’ai la chance de faire un métier où, par le biais de mes textes, je peux de toute façon laisser filtrer ma sensibilité.
Titus - Que vous inspire aujourd’hui l’actualité politique française ? On vous sent un peu désabusé…
(Rires) Je ne sais que vous répondre. Juste que l’administration qui est en place a été élue démocratiquement. C’est le choix du peuple et il faut le respecter…
Titus - Mais ?
Oui, je sais, c’est une réponse de Normand… (rires) mais je pense que tout le monde aura compris que la majorité en place partage des valeurs pour lesquelles je n’ai pas voté. C’est le jeu de l’alternance.
Titus - Et dans le monde ? Que vous inspire notamment la victoire d’Obama ?
Je crois que j’ai eu du mal à en prendre la mesure au début parce que ça semblait tellement improbable. Mais il faut ensuite remettre les choses en perspective. Il est noir, d’accord, mais il est aussi président. L’idée, c’est qu’il soit bon, au-delà qu’il soit noir et sympa. Mais symboliquement, c’est très fort.
Titus - Vous en attendez beaucoup ?
Un certain nombre de choses n’allaient pas bien avec la précédente administration, donc on espère, dans l’absolu, que quiconque prend la succession va s’attacher à régler ces problèmes. Mais il suscite un tel espoir ! J’espère qu’il pourra faire avancer les choses, parce que sinon la déception des gens sera à la mesure de l’attente qu’ils avaient placée en lui.
Titus - Durant votre séjour aux Etats-Unis au côté d’André Manoukian, avez-vous eu le sentiment que quelque chose était en train de s’y passer ?
Ca a été très fugace car on a beaucoup travaillé, mais c’est vrai qu’on sentait une prise de conscience, un bel élan.
Titus - « Le sacre des Lemmings et autres contes de la lisière », votre dernier album, a été perçu par la critique comme un album concept. Quelle était votre idée, au départ ? Et pourquoi avoir choisi les lemmings en particulier ?
C’est quelque chose qui s’est imposé rétrospectivement. J’ai toujours mis des interludes sur mes albums, sauf peut-être sur le premier. C’est une manière de faire respirer les morceaux parce qu’ils sont généralement assez courts. Sur mon dernier album, il y avait trois interludes qui parlaient de thèmes de société et qui posaient la question, globalement, du vivre ensemble. En est-on capable, ou pas ? Les lemmings sont des animaux qui vivent en groupe et qui ont des comportements suicidaires par moments. L’idée des trois interludes, c’était matin, midi et soir. C’est après que ça a pu être perçu comme un album concept. C’était pas volontaire au départ.
Le fils de Cham, un extrait du troisième album de Tété (2006) :
Titus - Dans votre parcours, les deux premiers albums étaient davantage introspectifs. Dans le dernier, en revanche, vous livrez davantage votre point de vue sur le monde…
Oui, il y avait beaucoup de sujets que je voulais aborder depuis longtemps. Je pense qu’il m’a fallu tout ce temps pour trouver des angles pour les aborder. C’est pourquoi je ne les ai traités que sur le troisième album, bien qu’à mon avis ils étaient en filigrane sur les deux autres.
Titus - Vous êtes déjà venu jouer en Bretagne à plusieurs reprises. Je me souviens notamment de vous avoir vu au Festival du Bout du Monde à Crozon peu après la sortie de « L'Air de rien » en 2001. Vous avez des affinités avec cette région ?
Je crois que c’est la région de France où j’ai le plus tourné. C’est la région où les gens ont gardé cette habitude de sortir en groupe pour aller voir de la musique vivante. La convivialité y est très forte et ce sont des gens qui ont toujours été ouverts et bienveillants à mon égard et j’ai toujours plaisir, moi, à y retourner et pour jouer et en vacances.
Titus - Est-ce qu’on peut en savoir plus sur le concert du 7 mars à Cast. Savez-vous déjà ce que vous y présenterez ?
L’idée du labo, c’est de jouer les titres au fur et à mesure qu’ils arrivent, et de les insérer au milieu d’anciens titres. Il y aura donc des morceaux de mes trois albums, plus des nouveaux titres, et des reprises aussi. Tout ce qu’il faut pour se faire plaisir.
Propos recueillis par Titus le mardi 24 février 2009. Photos : Lisa Roze et DR. Une version partielle de cette interview a été publiée le 6 mars dans Le Télégramme.
POUR EN SAVOIR PLUS
Le site MySpace de Tété
Tété.TV
Tété, le blog
OU VOIR LE LABO SOLO TOUR CETTE ANNEE ?
7 mars, à 20 h, Cast, Bretagne (Vaches Folks)
19 mars, à 20 h, Liège (L'Escalier)
20 mars, à 20 h, Bruxelles (La Maison du peuple)
21 mars, à 20 h, Namur (Le Belvédère)
17 avril, à 20 h, Le Havre (Palais des régates)
18 avril, à 20 h, Sannois (EMB)
19 avril, à 20 h, La Rochelle (Port des Minimes)
2 mai, à 20 h, Dommarien (Le Chien à Plumes)
14 mai, à 20 h, Avignon (Akwaba)
15 mai, à 20 h, Feyzin-Lyon (L'épicerie moderne)
16 mai, à 20 h, Tours (Le bateau ivre)
20 mai, à 20 h, Agen (Florida)
22 mai, à 20 h, Bordeaux (Espace Tatry)
29 mai, à 20 h, Cognac (West Rock)
30 mai, à 20 h, Laval (Le 6 par 4)
5 juin, à 20 h, Paris (Nouveau Casino)
6 juin, à 20 h, Blois (Chatodo)
11 juin, à 20 h, Annemasse (Château Rouge)
12 juin, à 20 h, Brainans-Jura (Moulin de Brainans)
13 juin, à 20 h, Chartres (salle Ravenne)
4 juillet, à 20 h, Saint-Prouant (Festival Les Feux de l'été)
5 juillet, à 20 h, Belle-Ile (salle Arletty)
6 juillet, à 20 h, Vierzon (Les Estivales du Canal).
08:15 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tété, vaches folks, labo solo tour, tété ou dédé, andré manoukian, cast, pop blues, le sacre des lemmings
16.09.2008
H-Burns : l'héritage folk assumé
Après avoir récemment conquis le coeur des Nord-Américains, la formation folk H-Burns, basée à Valence, présentera son second album, "How strange it is to be anything at all", sorti en mars 2008, sur la scène des Vaches Folks, à Cast, le samedi 11 octobre. Fondateur du groupe, le chanteur et guitariste Renaud Brustlein, retrace pour nous l'itinéraire d'une formation qui assume totalement l'héritage des légendes du folk et le fait de chanter en anglais.
Titus - Qui fait quoi au sein des H-Burns ?
Renaud Brustlein - Le groupe est à géométrie variable. Nous sommes généralement trois ou quatre et faisons tous plusieurs choses au sein du groupe. Stéphane Milochevitch est à la batterie, à la pedal steel et au banjo, Antoine Pinet à la basse, à la guitare, à la mandoline et à la batterie, tandis que je suis à la guitare et chante. Le quatrième, Jonathan Morali, qui fait aussi partie du groupe Syd Matters, nous accompagne occasionnellement sur scène, principalement quand on joue en région parisienne, et intervient lors des enregistrements en studio : il fait les choeurs, joue du piano et de la scie musicale.
Titus - Peux-tu nous raconter l'origine du groupe ?
Au départ, le groupe n'en était pas un. J'ai enregistré le premier album, "Songs from the electric sky", absolument tout seul, et je l'ai présenté sur scène en solo, notamment en première partie de Syd Matters. Dans ce milieu, on fait toujours des rencontres, et c'est ainsi que le groupe s'est constitué peu à peu... Tout naturellement. J'ai quand même roulé ma bosse un an et demi en solo...
Titus - De quels moyens avais-tu disposé pour réaliser ce premier album sorti en 2006 ?
Il avait été bricolé en deux jours à la maison. Et même si nous avions eu de bons articles à sa sortie, y compris dans Libé, l'album était très mal distribué. Il s'est peut-être écoulé une centaine de copies dans l'Hexagone à l'époque... Une sortie avortée, en quelque sorte. Six mois après avoir signé avec un autre label, Boxson, nous avons donc ressorti le disque, avec une vraie mise en place cette fois.
Un extrait du premier album de H-Burns, "Dry dry taste" :
Titus - C'est aussi chez Boxson que vous avez publié le second album du groupe, "How strange it is to be anything at all", en mars 2008. L'enregistrement s'est déroulé dans de meilleures conditions, cette fois-ci ?
Oui. Disons qu'on a disposé de quinze jours au lieu de deux pour faire les prises de son, et puis nous étions quatre musiciens, au lieu d'un seul. Mais comme nous voulions une vraie authenticité de son, nous l'avons enregistré, cette fois encore, à la maison. Nous étions dans une maison familiale en Ardêche, une espèce de manoir dont certaines pièces étaient quasi abandonnées. C'est dans celles-ci qu'on a installé notre matériel. De cette manière, le son n'est pas mat. Ca sonne plus authentique.
Titus - La production a été réalisée par toi et Jonathan Morali. Comment vous y êtes-vous pris ?
Nous avions une idée assez précise de ce que nous voulions avant même d'aller en studio. Lors des premières prises de son, on avait déjà enregistré les guitares et voix pour chaque morceau de l'album. On s'est ensuite retrouvés tous les deux, avec Jonathan, puis à quatre, afin de défricher les chansons. C'est à partir de ce moment que nous y avons ajouté des instruments, morceau par morceau. Le mixage a ensuite été réalisé par Branier, de la formation Thousand & Branier.
Les H-Burns en session acoustique pour le webzine Le Cargo :
Titus - Les critiques disent au sujet d'H-Burns que ce que vous faites n'a jamais été tenté en France dans le domaine de la folk. Qu'est-ce qui, à ton avis, fait justement votre originalité ?
C'est une bonne question. Je dirais que c'est sans doute notre côté influences anglo-saxonne et américaine complètement assumé. On s'est totalement approprié ce style et ça m'a toujours paru naturel que nous chantions nos chansons en anglais. Pendant longtemps, il y a eu un vrai complexe de chanter en anglais en France. Les choses ont évolué, avec notamment des groupes comme Syd Matters ou Moriarty.
Titus - Comment expliques-tu le fait que tu chantes si bien en anglais, précisément ?
Au début, mon accent était un peu forcé. En fait, je n'ai jamais vécu en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. J'ai appris à l'oreille, en écoutant et en m'efforçant d'imiter Cohen et Dylan à l'âge de 15 ans. Progressivement, au gré de mes voyages, mon accent s'est amélioré. Je suis revenu de notre tournée américaine et canadienne, cet été, complètement décomplexé.
Titus - Parlons-en, justement. C'était une première ?
Pas tout à fait. Je m'étais déjà représenté en solo dans un festival de Toronto. C'est à cette occasion que j'avais pris des contacts. Notre tourneur français avait quant à lui des contacts au Québec. Du coup, nous avons pu bâtir une tournée aux Etats-Unis, au Canada anglophone et au Québec. Pour la partie québécoise, nous nous sommes retrouvés aux côtés de Mickey Tout Seul, le projet solo du chanteur de Mickey 3D.
Titus - Comment avez-vous été accueillis, notamment par les anglophones ?
Le public là bas était très attentif. Nous avons eu beaucoup de retours positifs. Les gens venaient nous rencontrer à l'issue des concerts et nous encourageaient. Certains venaient nous parler de nos textes, ce qui naturellement fait très plaisir. Le disque a été très bien reçu dans l'ensemble, ce qui était pour nous très important...
Titus - C'est important d'aller se frotter au public nord-américain quand on fait de la musique qui y puise ses origines ?
Tout à fait. Jusqu'ici, on était dans le fantasme américain. On se l'imaginait par le biais de la musique et des films... C'était bien de voir enfin du concret. De pouvoir jouer dans de petits clubs enfumés, ou pas enfumés d'ailleurs. Là, on se dit qu'on est dans le vrai, que c'est authentique...
Un extrait du plus récent album des H-Burns, "Horses with no medals" :
Titus - A titre personnel, quels sont les musiciens qui t'ont le plus marqué ?
De façon générale, tous les monstres de la folk, à commencer par Bob Dylan, Leonard Cohen et Neil Young. Et puis, plus tard, dans les années 90, par certains groupes comme Smog, Bonnie Prince Billy ou même Cat Power. Le rock indé, quoi !
Titus - Tu te rappelles de la première fois où tu as touché une guitare ?
Je me souviens qu'on m'en avait offert une à l'âge de 6 ans, mais je n'ai pas réellement appris à en jouer avant l'âge de 12 ans. Je m'entraînais sur des morceaux de Metallica. Progressivement, je suis remonté aux sources; le glissement vers la folk est venu tout naturellement...
Titus - Le concert que vous présenterez le samedi 11 octobre, aux Vaches Folks, à Cast, ne sera pas le premier en Bretagne...
Non, j'ai déjà joué à Rennes, Nantes, et même deux fois à Brest, au Vauban et à la Carène, mais en solo. Cette fois, nous serons trois sur scène : Stéphane Milochevitch, Antoine Pinet et moi. Jonathan Morali ne peut pas être là.
Titus - Thousand assurera la première partie... C'est aussi un peu de votre famille, non ?
Oui, Thousand est le projet solo de Stéphane. Il doit sortir un nouvel album plus tard dans l'année. Thousand existe aussi sous la forme d'un duo, Thousand & Branier, Branier étant celui qui a mixé notre second album. La plupart de nos itinéraires s'entrecroisent.
Titus - Que chanterez-vous à Cast, sur la scène des Vaches Folks ?
On interprétera beaucoup de morceaux du second album, mais aussi pas mal de nouvelles chansons qu'on se prépare à enregistrer à la fin novembre. Notre troisième album est en effet déjà en chantier. Nous ne sommes pas pressés, mais il y a des chances qu'il soit publié au printemps 2009.
@ Propos recueillis par Titus le 16 septembre 2008
Showcase de Renaud Brustlein à Dialogues Musiques, à Brest, vendredi 10 octobre, à 18 h.
Concert des H-Burns aux Vaches Folks, salle polyvalente de Cast, (près de Châteaulin) samedi 11 octobre, à 20 h. En première partie : Kowalski, (Rennes, Quimper) et Thousand. Tarif : 13 € / 15 € (+ frais de location). Points de location : Cast : mairie (+0 €) , bar-presse « le Toon’s » (+0 €). Brest : Dialogues Musiques (+1 €); Quimper : Harmonia Mundi (+0 €). Réseau Ticketnet.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site MySpace des H-Burns.
Le site MySpace des Vaches Folks
18:00 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : H-Burns, Renaud Brustlein, Thousand, Brest, Cast, Vaches Folks, folk
10.09.2008
Alexandre Kinn, un autre visage du groove
Sorti en mars dernier chez AZ/Universal, le premier album d'Alexandre Kinn, "Dans la tête d'un homme" trouve peu à peu sa place sur les ondes. Orfèvre d'un groove à la française, niché entre folk, pop et blues, cet auteur-compositeur-interprète originaire du Sud-Est de la France défend actuellement ce premier opus sur scène ! Il sera notamment, le 8 octobre, au cabaret Vauban à Brest.
L'artiste, en première partie d'Anis, à la Cigale, à Paris, le 9 octobre 2006, en guise de mise en bouche :
alexandre kinn a la cigale
Titus - Est-il vrai que tu rêvais de devenir égyptologue lorsque tu étais gamin ? Qu'est-ce qui a provoqué ton nouveau choix de carrière ?
Je rêvais d’être « Indiana Jones » en fait, et j’étais bien jeune… et aventurier, par définition, je trouvais ça cool !Le fait de vouloir faire de la "musik" remonte à la Nouvelle-Orléans...
Titus - Dans quelles circonstances t'es-tu retrouvé en Louisiane ? Beaucoup de musiciens en reviennent transfigurés; était-ce ton cas ?
C’est là que j’ai découvert un nouveau visage du groove, quelque chose d’organique, de faussement simple… C’est à la Nouvelle-Orléans que les musiciens ont un raisonnement particulier : les (vieux) musiciens restent à la Nouvelle-Orléans pour former les jeunes musiciens… Il y a une vraie sincérité et solidarité entre les musiciens…Ce qui n’est pas toujours le cas en France...
Titus - Peux-tu nous décrire le milieu dans lequel tu as grandi ? D'où es-tu originaire ?
J’ai grandi dans le Sud-Est de la France, au bord de la mer… Je viens d’une famille de trois garçons, une maison où les portes sont toujours ouvertes, beaucoup de passage, toujours des potes… Des repas interminables baignés par le rosé… J’ai eu une enfance et une adolescence plutôt cool..
Titus - Te souviens-tu de ta première "rencontre" avec la musique ?
«Since I’ve been loving you», de Led Zeppelin, et «When the music is over», des Doors.
Titus - Aujourd'hui, tu es multi-instrumentiste, passant aussi bien de la guitare à l'harmonica ou à la weissenborn. L'apprentissage de ces instruments s'est fait graduellement, j'imagine ?
Je suis autodidacte, sur les trois instruments, mais en ce qui concerne la weissenborn, j’ai eu la chance de pouvoir faire un stage avec Bob Brozman et j’ai eu la chance de pouvoir jouer avec de très bons musiciens, avec qui j’ai beaucoup appris…
Titus - Sur ton site officiel, tu évoques plusieurs influences marquantes, notamment Bob Dylan, Ben Harper, John Butler, Dave Matthews et Jack Johnson. Quel rôle, selon toi, ont joué ces musiciens dans ton propre développement ?
Ces artistes tentent de mélanger trois paramètres majeurs : le texte, l’harmonie et le groove. Et surtout, ils ont une vraie vision de l’équipe, « du crew », chacun produit l’un, fait un guest avec l’autre, etc… Ce qui m’intéresse, c’est de tenter de mélanger ces trois paramètres, avec la langue française…
Titus - Même si ton premier album est sorti le 17 mars, un maxi six titres circulait déjà depuis quelque temps sous le manteau, et a permis de commencer à faire parler de toi. De quand date l'enregistrement de ces chansons ? Certaines d'entre elles figurent-elles sur le premier album et, si c'est le cas, ont-elles été réarrangées pour l'occasion ?
Le maxi 6 titres, que nous avons enregistré fin 2006, était une bonne expérience… Une sorte d’entraînement avant le match… Certains titres ont été réarrangés pour l’album, comme Aude ou J’appartiens… Ca nous a permis de faire beaucoup de concerts, d'avoir nos premières chroniques, quelques radios... En gros, un bon support pour pouvoir travailler sérieusement, et trouver nos partenaires d'aujourd'hui !
Titus - Parmi ces premières chansons figurait "Aude", que l'on peut écouter sur ton site MySpace, et qui parle d'un enfant qui va naître, si je ne me trompe pas ? Peux-tu nous dire deux mots sur cette chanson ?
Mon meilleur ami a eu son premier enfant, et on s’est retrouvés à devoir changer un nouveau-né… Il me disait tout ce qu’il avait à lui dire… et cette chanson découle de ce moment…
La vidéo de "Aude (emmène-moi)" :
ALEXANDRE KINN Aude (emmène-moi...)
Titus - Ce qui me frappe, chez toi, comme chez certains autres chanteurs français à l'image de Tété ou De Palmas, c'est la manière dont tu as su apprivoiser le blues, faire du français une langue qui se marie si bien au blues et au rock. Je sais bien que tu n'es pas le premier chanteur à oser le blues en français, mais n'y a-t-il pas une part de défi dans cette entreprise, encore aujourd'hui, lorsque la plus grande part de la production existante est en anglais ?
Ce n’est pas vraiment du blues… Ce serait plutôt une fusion entre le blues, la pop, le hip-hop, le folk et la chanson française… Et oui, effectivement, l'exercice est périlleux… J’ai essayé de faire au mieux…
Titus - Les paroles de tes chansons semblent avoir, la plupart du temps, une portée humaniste. Sur quoi te bases-tu, en général, pour écrire une chanson ? Les textes viennent-ils avant la musique ou forment-elles un ensemble ?
Je commence toujours par la musique, je chante en yaourt (pseudo anglais) où l’armature de la chanson est là…Et après, j’écris pied par pied sur le yaourt… Le texte peut me prendre des mois… C’est ce qui est le plus long…
Titus - Deux musiciens t'entourent : le bassiste François Fuchs et le batteur Lawrence Clais. Comment vous êtes-vous rencontrés et depuis quand évoluez-vous ensemble ? Ont-ils participé à la session d'enregistrement du premier album ?
On s’est rencontrés avant l’enregistrement du disque… Ce sont les deux pôles incontournables du trio : l’un dans le hip-hop et l’autre dans le jazz… Et ils sont chacun de leur domaine, des références avec lesquelles j'ai la chance de partager la scène aujourd'hui… L’art du trio n’est pas simple… La moindre erreur se remarque très vite…
Titus - La chanteuse de blues amérindienne, Pura Fé, nous a raconté, l'automne dernier, qu'elle était venue te retrouver pour enregistrer une chanson, superbe d'ailleurs. Comment vous êtes-vous mis en rapport ?
Pura Fé est le genre d’artiste totale… pure et honnête, avec une grande humilité… J’aime sa musique, j’aime ce qu’elle a à dire, et j’aime ce qu’elle représente… Je l’ai contactée par MySpace, et nous nous sommes rencontrés à un concert de Kelly Joe Phelps. Ca a été un bonheur de l’inviter et de travailler avec elle, pour une journée qui fut simple, drôle, roots avec un côté très freestyle, elle sera là au Café de la danse le 27 mars.
La vidéo de la journée d'enregistrement d'Alexandre Kinn avec Pura Fé :
Une journée avec Pura Fé
Titus - De façon plus générale, où ont été enregistrées les chansons et qui a réalisé l'album ?
Bob Coke (Ben Harper, Piers Faccini, Noir Désir…) est le réalisateur de ce premier album que nous avons enregistré en 20 jours au studio du Faune, situé en pleine campagne, en Bretagne... et il est produit par Guillaume Cointet (ex- directeur artistique d'Atmosphériques) du label indépendant « Interphonics ».
Titus - As-tu signé avec une étiquette indépendante ou une majeure pour la distribution de l'album ?
C'est mon producteur, Guillaume Cointet, qui a signé une licence avec AZ/Universal.
Titus - Quels sont tes projets aujourd'hui ? Es-tu tenté par une percée à l'étranger ? Une tournée dans les terres où le blues puise ses origines peut-être ?
Eh bien, je veux défendre l’album sur scène… Ecrire aussi pour les autres… J'aimerais également écrire une musique de film ou de documentaire… et finir d’écrire le deuxième album… Et évidemment, j'aimerais jouer partout, voyager....
Alexandre Kinn à l'Espace Vauban, Brest, le 8 octobre, à 20 h 30. 16 €
(Photos DR)
**** Pour l'anecdote, Alexandre Kinn est un amoureux des boxers. Il garde un très bon souvenir du toutou de famille avec lequel il jouait quand il était jeune, et qui s'appelait, je vous le donne en mille, Titus ! Eh oui ! Il n'y a décidément pas de hasard !
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de l'artiste.
Le site MySpace d'Alexandre Kinn.
Notre interview de Pura Fé réalisée à l'automne 2007.
22:15 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Alexandre Kinn, Vauban, Brest, Pura Fé, weissenborn, "Dans la tête d'un homme"
11.04.2008
Mathieu Lucas : "En Australie, il y a quelque chose en plus !"
Bassiste résidant aujourd'hui à Angoulême, Mathieu Lucas n'en est pas moins l'un des pivots de la formation de rock australien The True Believers qui accompagne Carus Thompson en tournée dans le monde entier (et qui sera à Cast, près de Châteaulin, le 26 avril). Voilà qui en soi n'est déjà pas banal. Le musicien français qui a fait ses classes au prestigieux collège Berkeley de Boston explique la raison de sa présence au sein de ce groupe des antipodes, à laquelle une histoire d'amitié n'est pas tout à fait étrangère...
Titus - Mathieu Lucas, vous faites partie de l'ossature des True Believers, aux côtés de musiciens australiens. Pouvez-vous raconter les circonstances de votre rencontre avec Carus Thompson ?
J'ai rencontré Carus à l'occasion de ses premières tournées enropéennes, quand il était juste avec sa guitare et son sac à dos, à la roots. Mon cousin et lui sont amis depuis l'enfance à Fremantle, donc quand il est arrivé en Europe en 2003, j'ai organisé des concerts pour lui en Charente, et nous sommes restés en contact jusqu'à fin 2006, au moment où j'ai rejoint le groupe. Son ancien bassiste a quitté le groupe assez soudainement et je lui ai proposé de le remplacer. Cela paraissait un peu fou mais l'idée a germé et je suis parti en Australie pour ma première tournée en février 2007.
Titus - J'aimerais que l'on revienne un moment sur votre propre parcours de bassiste. Vous souvenez-vous de la première fois où une basse vous est tombée entre les mains ?
Je suis pianiste de formation. En 1993-94, j'ai tourné en France comme conférencier (avec un film documentaire). Etant tous les jours sur la route je n'ai pas pu prendre mon piano avec moi !... J'ai acheté ma première basse à Marseille, début 94, et j'ai immédiatement su que j'avais trouvé mon instrument. J'ai commencé à travailler tous les soirs à l'hôtel après les conférences, j'étais accro. J'avais juste un ampli casque, un lecteur CD portable et ma basse... Et des disques de Jaco Pastorius... J'ai toujours été sensible à la basse dans mes années de pianiste, jouant beaucoup de jazz et ayant deux de mes meilleurs amis qui étaient bassistes. Adolescent, mon professeur de piano (il était beaucoup plus que ça , je devrais dire mon mentor...) était un ancien contrebassiste.Titus - Quel parcours avez-vous suivi pour devenir musicien ? Avez-vous toujours vécu à Angoulême ?
J'habite à Angoulême seulement depuis 2000. J'ai longtemps vécu sur la Côte d'Azur, à Nice, ainsi qu'à Paris et en Afrique, petit. J'ai commencé la musique par l'orgue à 10 ans et je suis passé au piano vers 16 ans. J'ai eu la chance d'étudier au prestigieux Berkeley college of music de Boston, en piano, puis à la basse...
Une vidéo de Carus Thompson & The True Believers filmée à Hanovre, en Allemagne, le 24 mai 2007, où l'on peut apprécier un excellent solo de Mathieu Lucas à la basse :
Titus - Qu'écoutiez-vous lorsque vous étiez jeune ? Etiez-vous déjà interessé par la musique australienne ? Avez-vous évolué au sein de différents groupes français avant de vous joindre aux True Believers ?
J'ai été formé (déformé ?) par le jazz dans toutes ses tendances. J'ai aussi beaucoup écouté (et écoute toujours) de musique latine (salsa et musique brésilienne). Je suis tombé dans le rock très tard, en 2002, à la création du groupe Kartel. J'écoute maintenant beaucoup de pop/rock anglais. J'adore également le gospel et le chant a cappella en général. J'ai chanté avec le groupe de gospel Sankofa de 1998 à 2007. J'arrange maintenant pour le groupe. Je découvre depuis un an la richesse de la musique australienne. Le pays fourmille d'auteurs-compositeurs-interprètes de talent. Je pense que cela doit être une des plus importantes concentrations au monde par habitant (ils sont seulement 20 millions) je suis devenu fan de beaucoup d'entre eux ! Carus, of course (oui, je joue avec lui et en plus j'aime sa musique...), Loren, Rob Sawyer, Jess McAvoy, Carolyn Oates, Neil Murray, John Butler Trio, The Waifs, etc.Titus - A quand remonte votre premier voyage en Australie ?
Je suis allé pour la première fois en Australie en 1989, en vacances. Je n'y étais jamais retourné avant l'année dernière.
Titus - Quel regard portez-vous sur ce pays, le mode de vie à l'australienne ?
J'adore l'Australie. Le fait que je sois bilingue aide, bien sûr. j'ai toujours été à l'aise dans les pays anglo-saxons. Mais en Australie, il y a quelque chose en plus. En plus, j'y voyage maintenant comme musicien en tournée, ce qui est à peu près la meilleure vie du monde ! Et ce qui me permet de voir plein de coins que j'aurais probablement ratés comme touriste. Puis je suis tous les jours avec des Australiens, donc l'expérience est complète... A chaque fois que je reviens en France, je trouve les gens stressés et cela me donne envie de retourner là-bas de suite... J'y retournerai probablement de manière quasi permanente, dans le futur.
La vidéo de "Broken song", de Carus & The True Believers :
Titus - Lorsque vous décidez d'écrire à Carus pour lui proposer de remplacer le bassiste qui venait de quitter la formation, quel était votre état d'esprit ? Pensiez-vous que Carus allait répondre favorablement ?
J'avais envie de bouger. J'étais un peu miné par mes expériences de groupe en France, avec des gens très difficiles à motiver. En plus, comme je l'ai dit, j'aime vraiment beaucoup la musique de Carus, ainsi que le personnage lui-même. Beaucoup de musiciens français devraient prendre des leçons sur les Australiens sur la manière de gérer leur business et leur présence scénique !
Titus - Comment cela s'est-il passé ? Etes-vous allé en Australie pour faire un bout d'essai ?
Non, j'avais déjà joué avec Carus en France, donc il me connaissait musicalement. Il m'a juste demandé si j'étais prêt à m'adapter à son optique de "less is more", c'est à dire de ne pas surjouer la musique et d'aller à l'essentiel. Ca s'est très bien passé, même si nous ne sommes pas d'accord sur tout, mais nous sommes assez grands pour savoir accepter nos différences.
Titus - Qui sont les autres membres du groupe et quelles sont vos relations avec eux ? Notamment durant vos tournées, qui sont plutôt nombreuses ?
En Australie, le batteur est Jason McGannet; le violoniste - mandoliniste - pianiste est John Bedggood, dit "Bedge". Ils sont vraiment cools en plus d'être d'excellents musiciens. Jason est le premier batteur du John Butler Trio et Bedge joue avec à peu près tout ce qui se fait de mieux sur la scène folk-rock australienne. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble en tournée en 2007 - environ six mois - et ça a été une expérience incroyable. Tout le monde a, bien sûr, des hauts et des bas mais, dans l'ensemble, nous n'avons jamais eu de gros problème. J'ai beaucoup traîné avec Jason (basse-batterie...) et c'est quelqu'un que j'adore. Pour cette tournée européenne, la formation va être différente. Carus amène son frère, Christian, pour officier à la deuxième guitare et aux choeurs et le batteur sera Christophe Baillet. Christophe est le batteur de mon ancien groupe de rock, Kartel et compte parmi mes meileurs amis. J'en ai peu. C'est la raison pour laquelle je lui ai proposé de se joindre à nous pour cette tournée. En plus c'est un excellent batteur ! Nous avons enregistré vite fait basse/batterie pour Carus et il a dit ok !Titus - Lorsque vous regardez en arrière, êtes-vous satisfait du chemin parcouru avec Carus et les True Believers ?
Cela fait seulement un an que je suis dans le groupe. C'est passé très vite et, en même temps, le fait de bouger en permanence rend le temps élastique. J'ai tellement parcouru de kilomètres en 2007 que j'ai l'impression de faire partie du groupe depuis beaucoup plus longtemps ! Mais le plaisir est intact, j'ai hâte de repartir en tournée !
Titus - Avez-vous participé à l'enregistrement du dernier album de Carus, "Three Boxes" ? Pour moi, cet album est celui de la maturité. Une unité de ton est perceptible. Quel est votre sentiment sur ce disque et sur l'évolution de l'écriture de Carus ?
Non, je suis arrivé après la fin de l'enregistrement de l'album. Il est certain que cet album est beaucoup plus abouti que les précédents. Surtout au niveau production. Les morceaux ont été pré-produits à Melbourne, surtout chez Jason qui a un home studio, pour ensuite être enregistrés dans un bon studio avec Greg Arnold comme réalisateur artistique. le mixage a été réalisé à Nashville, ce qui a apporté une couleur différente. L'ingé son du mixage a aussi amené 2 ou 3 petites choses qui font vraiment la différence. Carus arrive à écrire des choses très simples mais intéressantes. Il ne faut pas oublier son background. il vient du folk, influencé par Dylan ou Springsteen. Souvent l'accent est mis sur le texte, et la musique se doit de rester assez simple harmoniquement et mélodiquement.
Titus - Lors de son premier passage en Bretagne, l'an dernier, Carus était seul sur scène. Cette fois, le 26 avril, les True Believers l'accompagneront. Comment vous sentez-vous à quelques jours du lancement de cette tournée européenne qui s'annonce comme la plus fournie dans l'histoire du groupe ?
J'ai hâte d'y être! Cela va être différent de ce que nous avons fait jusque là de par le changement de musiciens. ce sera peut-être plus rock avec deux guitares, quoique Carus a acheté une mandoline et compte bien s'en servir! Je suis très heureux de faire cette tournée avec Christophe, cela va rétablir l'équilibre. Deux Français contre deux Australiens; on va bien se marrer ! Titus - Dans une première interview, l'an passé, Carus nous avait dit que le fait d'avoir un Français dans son équipe était un bel atout pour tenter de percer dans l'Hexagone. Quel accueil le public français vous a-t-il réservé jusqu'ici ?
Pour l'instant, nous jouons très peu en France. Je n'ai pas vraiment eu le temps de démarcher ici, étant beaucoup en tournée mais je compte m'y mettre à l'automne, pour 2009. Le problème, en France, c'est que beaucoup de festivals et salles sont verrouillées par les tourneurs, donc il faut batailler ferme...
Titus - Quels sont vos projets personnels ? Avez-vous l'intention, a priori, de poursuivre votre bout de chemin avec les True Believers ?
J'ai appris récemment que je vais être papa à la fin de l'année, donc c'est un projet qui risque de me prendre un peu de temps ! Mais j'espère pouvoir continuer à jouer avec Carus ! Je n'ai plus de projet personnel ici en France pour l'instant, si ce n'est la musique que j'écris régulièrement pour France 3.
Autre performance "live" de Carus, sur la chanson "Last days of winter" :
PRATIQUEEn concert à CAST (près de Châteaulin, à 10 mn de Quimper) le samedi 26 avril 2008, à 21h.
Infos complémentaires sur le site MySpace des Vaches Folks.
Tarifs : 13 € / 15 € (+ frais de location);
Points de location : Brest : Dialogues Musiques (+1 €); Quimper : Harmonia Mundi (+0 €); Cast : Mairie (+0 €), bar-presse « le Toon’s » (+0 €). Réseau Ticketnet (utilisez le mot-clef "Carus" dans votre recherche) (+1,7 €)
12:45 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Mathieu Lucas, True Believers, Carus Thompson, rock australien, vaches folk, Cast
10.02.2008
Bernard Magnouloux : "Le monde entier sous mes roues"
Cinq ans autour du monde et à vélo : c'est l'exploit vécu, dans les années 1980, par Bernard Magnouloux, "chevalier servant de la bicyclette" et sa fidèle monture, "Rossinante". Cette aventure et plusieurs autres, subséquentes, ont fait l'objet de récits de voyage qui continuent toujours à inspirer bon nombre de globe-trotteurs dans le monde entier. Aujourd'hui prof d'anglais en Isère, Bernard Magnouloux explique, non sans humour, préférer son statut de "has been" à celui de "wannabe" tellement à la mode...
Titus - Bernard Magnouloux, quand on rencontre quelqu'un comme vous, qui fait un peu figure de pionnier dans le domaine des voyages à vélo autour du monde, on ne peut s'empêcher de se demander ce qui, un jour, vous a décidé à partir... Vous en rêviez déjà lorsque vous étiez tout jeune ?
Bernard Magnouloux - Tout a commencé lorsque, à 16 ans, j’avais emmené mon petit frère de 14 ans en cyclo-camping pendant une semaine, sans itinéraire, au hasard des routes. Nous sommes passés par Genève, le col du Grand Saint-Bernard, l’Italie et le col du Petit Saint-Bernard. Je fus au retour estomaqué d’avoir en six peu de temps, pratiquement sans argent, avec nos « demi-course » que nous avaient rapportés nos Brevets des collèges, franchi trois frontières. Le monde tout entier s’ouvrait sous mes roues…
Titus - Dans quel milieu avez-vous grandi ? Aviez-vous une raison particulière pour être ainsi fasciné par les voyages ?
Petit-fils de paysans, fils d’ouvrier maçon, un milieu où personne n’avait voyagé, sauf par obligation, mon père déporté du travail pendant la Seconde Guerre mondiale. La fascination, je crois, venait pourtant de ce que nous habitions au bord (à quatre mètres !) de la mythique Route Nationale Sept. D’où venait-elle ? Où menait-elle ? ont été mes premières interrogations existentielles.
Titus - Entre le moment où vous en aviez rêvé et le début de votre aventure, dix ans ont passé... Avez-vous mis ces années à profit pour laisser mûrir ce projet de voyage ?
De seize à vingt-six ans, c’est exact. Je me disais qu’il fallait quand même faire mon service militaire et amasser une petite cagnotte avant de lever l’ancre. Hélas, je ne prévoyais pas que ce service obligatoire se terminerait par une désertion et un engagement non-violent militant qui allait me distraire, notamment par la prison, de mon projet le plus cher. Je ne prévoyais pas que mon idéalisme forcené, peut-être inculqué à l’école de la République, allait me faire quelque temps le disciple de Sun Myung Moon puis son ardent contradicteur en un livre de témoignage et de nombreuses conférences qui ont été le brouillon de celui et celles qui suivraient mon tour du monde.Titus - Quel âge avez-vous aujourd'hui et quel était-il au moment de votre départ ?
J’ai, c’est amusant, très exactement le double de ce qu’il était : 53 ans.
Titus - Est-il vrai que vous aviez pris le parti de voyager sur un vélo en mauvais état car vous saviez que cela vous amènerait à coup sûr à faire des rencontres ?
Oui, pendant ma désertion, j’étais parti à vélo et, s’il n’y avait pas eu de pépin mécanique, j’aurais certainement sillonné l’Europe du Nord, tel un jeune chien fou et timide, sans jamais rencontrer personne. Donc, c’est vraiment très consciemment que j’ai réutilisé le même vélo dont, par exemple, il fallait régulièrement resserrer l’écrou du levier de changement de vitesse au moyen de mon ouvre-boîte de ration militaire qui pendait du guidon au bout d’une ficelle…
Titus - J'ai lu que vous aviez disposé un pot de terre à la place de la sacoche du guidon pour y faire pousser des radis et ne jamais manquer de légumes frais. Est-ce vrai ?
A moitié seulement. Le pot de fleurs avait été fixé à Johannesbourg à la roue de secours (elle-même fixée comme celle d’un 4X4 à l’arrière de mon porte-bagages malaouite en fer forgé) par des amis belges qui avaient fourni les graines de radis. Mais les secousses ont empêché les graines de germer. Pas l’idée, et en Floride on m’a donné des graines d’alfafa (luzerne, ndr) à faire germer sur mon porte-bagages, ce qui m’a alors enfin permis d’avoir des crudités pendant tout mon séjour en Amérique du Nord.
Titus - D'où êtes-vous parti, et quelle fut votre première destination ? Comment passiez-vous d'un pays ou d'un continent à l'autre : en bateau ou en avion ?
De Romans sur Isère, capitale de la chaussure, vers le Maroc en passant par Compostelle et le Portugal. Au bout du continent, au Cap de Bonne Espérance, j’ai déprimé de ne pas pouvoir aller plus loin à vélo. J’ai trouvé une place de coéquipier sur un voilier pour le Brésil mais n’ai pas pu obtenir le visa brésilien. J’ai dû prendre l’avion pour l’Argentine, un modèle de changement de continent répété deux autres fois seulement puisque j’ai tenu à effectuer un tour du monde principalement à vélo (76.988 km contre seulement 17.000 en avion, soit 20% du total), ce qui m’obligeait à parcourir les continents dans leur plus grande longueur.Titus - Au cours de cette aventure, est-il vrai que vous avez manqué d'argent à plusieurs reprises, et que cela vous a obligé à travailler ? Quelles tâches avez-vous effectuées par exemple ?
Comme l’avait admirablement titré un de vos confrères (« Un maçon fait le mur avec deux briques ») ma cagnotte de départ n’était que de 20.000 francs (3.000 €). Là aussi je pensais que cela m’obligerait à mieux regarder là où je mettais mes roues. On ne peut bien comprendre un pays, m’avait dit quelqu’un, que si l’on y travaille et y tombe amoureux. Autant la deuxième condition est facile à mettre en application, autant la première n’est avantageuse que dans une minorité de pays développés. J’ai été maçon en Grèce (aucun intérêt sauf que j’étais aussi amoureux), poseur de papier peint à Johannesbourg et amoureux au Cap, cueilleur de café au Costa-Rica, garde à l’ambassade de France à Washington et laveur de carreaux à Los Angeles, embauché par celle… dont j’étais amoureux. Mais ce qui a le mieux financé le voyage ont été les ventes d’articles à des magazines et les conférences dans les clubs cyclos américains.
Titus - Parmi les incidents de parcours, vous avez été sauvagement agressé, paraît-il, au Mexique. Quelles furent les circonstances de cette déconvenue, et quelle en fut la conséquence ?
C’est un incident qui est une véritable histoire à rebondissements puisque, pour faire court, j’ai d’abord désarmé mon agresseur qui a réussi à regagner ma confiance avant de revenir à la charge avec deux acolytes qui m’ont copieusement lapidé. J’ai fini, au terme d’un combat homérique (c’est bien le moins que je pusse faire !) par leur arracher ma chère Rossinante, à laquelle je tenais beaucoup puisque… le restant des deux briques était à l’intérieur du tube de selle. C’est le choc psychologique, essentiellement, qui m’a alors fait prendre un an de « congé » en France.
Titus - Votre aventure est restée dans les annales des globe-trotteurs et vous êtes encore régulièrement l'invité de conférences pour raconter vos exploits. Il faut dire que vous êtes allé dans des endroits encore très peu accessibles : vous avez notamment traversé le Soudan, vous avez atteint le Macchu-Picchu et vous avez également relié Chengdou et Katmandou en passant par Lhassa. Est-ce que ces étapes figurent parmi les plus fortes de vos cinq années de voyage ?Le Soudan et le Tibet, à coup sûr. Sur les 3.000 km pédalés au Soudan, seuls 300 étaient goudronnés. Même proportion au Tibet, et ce côté dur, difficile, primitif, donc pur, intense et inoubliable peut aussi qualifier les autres aspects de ces deux traversées. A Machu-Picchu, la gageure était simplement d’y aller entièrement à vélo, soit quelques dizaines de km sur une voie de chemin de fer, à cache-cache avec les trains, avec un couple de Bretons.
Titus - Au cours de ce voyage autour du monde, vous avez parcouru 45 pays à vélo, soit 76.988 km. Vous avez dû user pas mal de pneus, non ? Avez-vous compté le nombre de crevaisons survenues durant le voyage ?
Oui, ce qui est un peu puéril : 199. Et 45 pneus. Mais c’est moins parlant que l’anecdote suivante. En 1986 à Lhassa, je rencontre des Hollandais qui me reconnaissent : « Mais oui, on t’a croisé en Ouganda en 1982, tu trouvais plus de pneus et tu les avais remplacés par des feuilles de bananier ! ». J’étais en effet équipé de 650B, typiquement français, donc introuvables sauf à prix d’or en dehors de la Zone Economique Exclusive de la France. Et en Ouganda, j’en étais arrivé à rapiécer mes pneus avec des bouts d’anciens pneus et à dire à qui voulait l’entendre que si cela continuait, j’allais faire ce que font les gens de là-bas, tout avec la banane, et remplacer mes pneus par des feuilles de bananier. Ce que je n’ai quand même pas eu à faire. Les Hollandais avaient, sur ce coup-là, joué les Marseillais…
Titus - Au retour de votre aventure, vous avez auto-édité "Les aventures de Rossinante", un ouvrage qui fait un peu figure de Bible dans ce domaine. Nombre d'amateurs de voyages ont dit avoir particulièrement apprécié ce livre parce qu'en plus d'être informatif, il était aussi vraiment très drôle. L'humour a toujours fait partie de votre personnalité, ou est-ce qu'il découle de votre aventure ?
Alors voilà une question originale que je ne m’étais jamais posée… mais à y réfléchir, mes premiers récits de voyage (cela s’appelait « Vélo Navigateur Fauché » et relatait ma désertion) faisaient déjà tellement rire qu’une amie m’avait présenté dans un cabaret de Valence pour que j’y devienne humoriste. Le patron a beaucoup moins ri et c’en était resté là.
Titus - Quand on termine un tel voyage, qu'est-ce qu'on fait après ? Comment avez-vous vécu à votre retour ? Avez-vous eu l'envie de repartir très vite ?
J’ai d’abord fait comme tout le monde (« 15 jours sur le terrain, 3 ans de conférences ») et cela m’a suffisamment monté à la tête pour que j’envisage de devenir aventurier professionnel, à l’instar de quelques grands noms du genre. Mais, à la lumière de ce qui provoque la prochaine question, je me suis rendu compte qu’il y avait là grave contradiction : si c’est une profession, cela ne peut plus être de l’aventure, forcément. Heureusement, le voyage m’avait beaucoup fait progresser dans ce qui était une autre passion, la langue anglaise, et les conférences m’ont laissé le temps d’acquérir diplômes universitaires et certificat d’aptitude à l’enseignement. Et mon actuel statut de fonctionnaire n’arrête pas de m’émerveiller : quand j’étais vagabond, il m’arrivait de travailler et de n’être pas payé, maintenant, c’est à chaque vacance scolaire que je ne travaille pas et que je suis quand même payé…
Titus - Avez-vous organisé d'autres expéditions ? Plusieurs autres livres ont été publiés, tels "Tandem sur la banquise" ou "Tandem sur le rail : partie de pêche au Labrador". Relatent-ils des exploits plus récents ou des aventures survenues durant votre premier tour du monde ?
C’est plus récent et relate donc mes tentatives, en compagnie de mon épouse, pour jouer dans la cour des grands, à grands coups de sponsors et de couverture médiatique, mais au final avec rien d’intéressant à raconter. Enfin, n’exagérons rien, je considère le dernier, Kawawachikamach (village Inuit du Québec) entièrement à vélo en roulant sur des rails, comme une vraie folie originale qui nous a valu la « borne IGN de l’aventure inédite ».Titus - Que faites-vous aujourd'hui ? Etes-vous toujours un grand amateur de bicyclette ? J'ai noté que vous étiez devenu un partisan du vélo couché...
Tandem sur la banquise, ou le Cap Nord en plein hiver (c’est alors seulement quand on en a pour son argent, comme en plein été le Sahara), c’était à vélo couché en 1989-90. A cette époque, en France, les vélos couchés se comptaient sur les doigts d’une seule main… Oui, je crois vraiment que c’est le vélo qui convient le mieux au voyage. Ce n’est qu’un moyen mais c’est le meilleur moyen. Et je continue à faire honneur au titre de « chevalier servant de la bicyclette », de cette confrérie créée par un ancien collaborateur du magazine Le Cycle. J’habite la Principauté de Montpoulet, enclavée en Ardèche et j’enseigne non loin, de l’autre côté du 45ème parallèle.
Titus - J'ai lu que votre seul regret, au fond, était d'avoir pris la grosse tête suite à votre énorme succès aux Etats-Unis... Vous vous en êtes remis depuis ?
Je me demande bien où vous avez lu cela… Je n’en ai en effet conscience que depuis peu. Mais comme on dit que VGE regrette toujours son escorte de gardes républicains, je reconnais que je suis nostalgique de mon « quart d’heure » de gloire. Je me console en me disant qu’il vaut mieux être un « has been » qu’un « wannabe » mais j’ai bien peur que votre avant-dernière question ne me fasse à nouveau enfler les chevilles.
Titus - Le monde a pas mal évolué depuis l'époque de votre périple. Estimez-vous qu'entreprendre le même voyage aujourd'hui serait toujours une aventure ?
Certainement, à condition bien sûr de partir sur un vélo pourri avec moins de 5.000 € !!!
Titus - Les récits de voyage comme le vôtre ont fait beaucoup d'émules de par le monde. Qu'est-ce que cela fait d'être une source d'inspiration pour pas mal de gens ?
Aux personnes qui avaient assisté à mon départ, j’avais dit que je partais pour leur manquer parce que si je leur manquais, ils auraient l’impression de m’aimer. D’après votre question, c’est donc assez réussi !
Titus - Voyagez-vous toujours beaucoup ?
Non, puisque je n’ai toujours pas fini de construire le Palais Principal de Montpoulet. Je reste maçon dans l’âme, je bâtis en pierres et j’envisage pour la circonférence extrême de la Principauté un muret de pierres écrites à faire pâlir la muraille de Chine.Contact :
Vél'éditions
Bernard Magnouloux
Principauté de Montpoulet
07410 Saint-Victor
14:10 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : globe-trotter, tour du monde à vélo, Bernard Magnouloux, aventure, exploit, Le Monde de Titus
08.01.2008
Audriel : l'histoire d'une rencontre
Propulsé depuis peu au premier rang de la nouvelle scène française, la jeune formation parisienne Audriel prépare actuellement son tout premier album à Bruxelles. Audriel, ce sont des textes tendres ou caustiques sur des mélodies pop teintées de jazz. A l'origine de cette aventure, une rencontre, celle d'Audrey et Gabriel, respectivement auteur et compositeur du duo. "Rencontre", c'est aussi le nom de leur premier titre, dont la vidéo un tantinet déjantée fait actuellement un malheur sur le Web. Rencontre, précisément...
Titus - Est-ce vrai que vous vous êtes rencontrés dans un cours de théâtre ?
Audriel (Audrey et Gabriel ) - Oui, effectivement, nous nous sommes rencontrés au Cours Simon. Être comédiens n'est pas un projet premier duquel nous nous serions détournés, mais bien notre vie actuelle. Être comédiens et faire de la musique ne sont pas deux vies distinctes, elles s'entremêlent et se rencontrent souvent.Le point de correspondance entre ces arts est la notion d'interprète, le besoin de s'exprimer et de faire vivre physiquement cette expression. Audriel est né d'une ... rencontre ! Et de ce besoin dont on vient de parler : écrire, jouer, chanter, créer un univers et pouvoir s'y épanouir.
Titus - Votre premier titre, "Rencontre", dont la vidéo cartonne actuellement sur Internet, est particulièrement drôle et réussi... Pouvez-vous nous raconter l'histoire de cette chanson, et la genèse de cette vidéo dans laquelle vous n'hésitez pas à déployer vos talents de comédiens...
"Rencontre" a eu droit à une double naissance, la veinarde. La première, musicale et scénique, et la seconde, filmique. Le clip a permis à cette chanson de faire naître visuellement les deux personnages de l'histoire et leur univers coloré. Cette seconde naissance a eu lieu grâce à Guillaume Bourg, le réalisateur du clip. Il s'est emparé de l'histoire et lui a apporté sa créativité, son imaginaire et son sens de l'image. Une collaboration pleine d'échanges, d'idées plus colorées les unes que les autres, d'envies de faire quelque chose de personnel, nous a menés à ce clip empreint d'un grain de folie qui nous amuse beaucoup. Et jouer ces personnages était tout aussi jouissif !Titus - Quand on vous voit tous les deux dans le clip de "Rencontre", on ne peut s'empêcher de penser au côté déjanté des Rita Mitsouko à leurs débuts... Avez-vous l'intention de cultiver une image un peu humoristique, ou ne s'agit-il que d'une facette de votre duo ?
C'est toujours un peu étrange de voir qu'on cherche à vous comparer à d'autres artistes, mais c'est aussi naturel de chercher à décrypter des nouveaux venus. Et la comparaison au côté loufoque des Rita est tout à fait touchante. On n'est pas dans la même veine, ils ont inventé un style et un univers tout à fait personnels et c'est ça qui est passionnant. On peut avoir un côté un peu décalé par moments, mais il y a d'autres visages qui se dessinent aussi, plus aériens, plus sensibles ... On vous laissera découvrir... Si folie il y a, chez Audriel, elle est douce ...Titus - Vous vivez aujourd'hui à Paris, en êtes-vous tous les deux originaires ?
Gabriel - Quant à moi, je viens d'Alsace et je suis monté à Paris pour vivre ma vie d'artiste ! Audrey - En ce qui me concerne, je suis de Paris. Notre parcours à tous les deux est jalonné par le théâtre et la musique, et aussi le cinéma. Nous venons de tourner dans "Nés en 68" d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, aux côtés de Laëtitia Casta. Un très beau projet.
Titus - Gabriel est le compositeur du groupe... Quelles ont été ses influences, inspirations ?
Audriel - Homer Simpson... (Rires).
Titus - La critique souligne le caractère tendre et caustique de vos textes. N'est-ce pas un peu antinomique ?
Audriel - "Tendre et caustique" peut être antinomique, certes. Mais il révèle ici un versant paradoxal dans la mesure où, comme évoqué précédemment, il y a plusieurs facettes au visage d'Audriel, plusieurs envies, plusieurs vies.
Titus - Comment procédez-vous pour élaborer vos compos ?
Audriel - L'écriture des textes se fait chacun de son côté, c'est un travail d'abord personnel. Puis on se les fait découvrir au fur et à mesure. La musique vient généralement après cette phase d'écriture, mais il n'y pas de règles fixes. Pour quelques chansons, la musique précédait le texte. C'est l'énergie, le battement interne de la chanson en germe qui impose l'ordre de travail. On se laisse guider...Titus - Vous êtes actuellement à Bruxelles pour l'enregistrement de votre premier album. Pourquoi la Belgique ?
Audriel - C'est d'abord une histoire de coup de coeur avec l'équipe qu'on a rencontrée là-bas. Une vraie belle rencontre. Et puis il y a ce grain de folie chez les Belges, cette ouverture d'esprit, un côté tantôt absurde, tantôt sensible qui nous plaisent beaucoup. Pourquoi la Belgique ? Pour leur gouvernement !?
Titus - Dans quelles conditions se déroule cet enregistrement ?
Audriel - L'enregistrement se fait en studio. Gabi et Pascal Toyer (guitariste et arrangeur) assurent la réalisation de ce premier album. Côté musiciens, nous sommes entourés de Pascal Toyer donc, et de Jean Le Hénaff à la basse et Laurent Teissedou, à la batterie. D'autres musiciens vont venir s'ajouter pour les instruments additionnels nécessaires.Titus - Sans vouloir trop en dévoiler, pouvez-vous nous donner une petite idée de ce que à quoi ressemblera ce premier disque ?
Audriel - Ce qui est sûr, c'est que ça ne sera pas un album où toutes les chansons se ressemblent. Un vent léger d'une douce folie le traversera ...
Titus - Quand sortira-t-il ?
Audriel - Au cours d'un mois doux, ensoleillé peut-être, léger sûrement. Espérons que le réchauffement climatique ne vienne pas perturber nos plans...Titus - Avez-vous déjà été repéré par une maison de disques ou menez-vous votre barque indépendamment ?
Audriel - C'est un chemin indépendant que nous pratiquons, mais des contacts sont en route. Le chemin se crée en marchant, nous verrons bien.
Titus - Sur votre site Web, qui est particulièrement ludique, vous avez lancé un jeu en demandant aux internautes de vous soumettre leurs propres vidéos à partir de votre chanson "Rencontre". Quelle en sera la finalité, et qu'y a-t-il à gagner ?
Audriel - Effectivement, le jeu consiste à envoyer des vidéos autour d'une rencontre que les internautes mettent en scène ou bien, ils peuvent choisir de filmer quelqu'un qui raconte une rencontre qui l'a touché, bouleversé, hypnotisé, ravagé... Ensuite, le principe est simple : il suffit de mettre la vidéo sur un site de partage type Dailymotion et de nous envoyer le lien à l'adresse : audriel@hotmail.fr Nous les regardons toutes et nous ferons une sélection de ces vidéos. La plus drôle, la plus touchante ou la plus délurée remportera le premier prix, à savoir : un concert à la maison. Nous viendrons faire un concert chez le gagnant ! Vous, peut-être ?!Titus - J'en frémis d'impatience ! Comment entrevoyez-vous la suite du programme pour Audriel ? Prévoyez-vous une tournée pour faire la promo de cet album à paraître ?
Audriel - Une tournée est effectivement en préparation. Et plus que pour faire la promo de l'album, c'est surtout une envie d'agir physiquement, sur scène, avec les gens, de les emmener dans notre univers, de partager quelque chose de réel. Découvrir et se faire découvrir via le net, c'est très chouette, mais vivre ces rencontres sur scène, donner et sentir toutes ces énergies et ces émotions, c'est quand même plus fort et c'est juste essentiel.POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site MySpace d'Audriel.
Le site officiel des artistes.
14:30 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Audriel, premier album, nouvelle scène française, Gabriel et Audrey, Rencontre
15.09.2007
Gilles Leroy : "J'ai rendu sa voix à Zelda"
L'écrivain Gilles Leroy, qui était l'invité de la librairie Dialogues, ce vendredi, à Brest, avait de quoi se réjouir : il venait en effet d'apprendre que son dernier roman, "Alabama Song", avait été sélectionné par les jurys du Goncourt, du Renaudot, du Fémina et du Médicis. Le romancier a accepté de répondre à nos questions avant la rencontre qu'il animait, en soirée, avec ses lecteurs.
Titus - Jusqu'ici, ton oeuvre était marquée par un important apport autobiographique. "Alabama Song" constitue donc une grande première !
Gilles Leroy - Je prends en effet la voix d'une femme américaine qui vit dans les années 20 et 40. Donc, on ne pouvait pas faire plus exotique effectivement. Ce qui m'a intéressé, c'était d'utiliser le "je" pour parler, non plus de moi ou de mes avatars, mais de l'utiliser carrément pour quelqu'un à l'identité radicalement différente, comme Zelda. Zelda Fitzgerald, une femme, une Américaine née en 1900, avec qui je n'ai a priori aucun rapport. J'aime bien, pour chaque livre, me poser ce défi d'explorer une forme inédite pour moi. Et avec Zelda, ça a tout de suite collé. Je crois que ça n'aurait pas marché pareillement si je l'avais fait à la troisième personne. Ca serait devenu quelque chose de très froid, ou alors de biographique, et je tenais absolument à ce que ça soit un roman et vécu de l'intérieur, qu'on comprenne qui était cette personne au destin tragique, et en même temps glamour, trash, un sacré destin !
Titus - Tu termines le livre en précisant qu'il faut absolument le considérer comme un roman et non comme une biographie, mais il y a tout de même une grande part biographique là dedans...
Titus - En cela, ton roman apparaît comme une formidable réhabilitation de Zelda, non ?
Oui, même si ça n'était pas ma première intention. Mais oui, ça a permis de lui rendre sa voix, de lui rendre sa part dans le couple parce que sa part créative est énorme. Elle a quand même beaucoup participé à l'oeuvre. Comme ils n'ont pas cessé d'utiliser leur vie de couple pour nourrir les écrits - essentiellement les romans de Scott, mais aussi le roman de Zelda et les nouvelles -, c'est en fait comme une gigantesque auto-fiction à deux ! Pour moi, ce couple est une association et la part de Zelda a jusqu'ici été souvent maltraitée, méprisée et mésestimée. En ce sens-là, oui, je rétablis une justice.
Titus - Est-ce que l'idée de ce roman te trottait dans la tête depuis longtemps ?
Titus - Dans la conclusion du livre, tu fais allusion à un amant qui avait cherché, quand tu étais plus jeune, à t'interdire d'écrire, de la même façon que Scott n'encourageait pas la production de Zelda... Est-ce que ça n'a pas été un autre élément déclencheur de ce roman ?
Oui, ça y ressemble, dans la mesure où, j'ai, pendant un an de ma vie - j'avais à peu près vingt ans - accepté une situation assez stupide qui était que je vivais avec quelqu'un qui refusait que j'écrive, qui prétendait que si on aime, on est autosuffisant et fusionnel, qu'on n'a pas besoin d'autre chose. Et cette personne prétendait que, pour lui, l'art ou toute sorte de création était le signe d'un manque. Un manque affectif ! Et donc, si j'écrivais, c'était que j'étais dans un manque affectif. C'était assez stupide, je dois dire ! Et ce que je décris et que Zelda faisait - qui était de cacher ses manuscrits - je l'ai fait moi-même pendant quelques mois dans ma vie, jusqu'au jour où j'ai claqué la porte en me disant que quelque chose n'allait pas.
Titus - Je trouve la fin du livre très touchante, lorsque tu racontes ton propre voyage en Alabama, dans les pas de Zelda et Scott. Y as-tu effectué un séjour en amont de l'écriture d'"Alabama Song" ?
Titus - As-tu, du coup, repris certains passages en essayant d'y ajouter des ambiances ?
Oui, notamment sur les odeurs. Je suis quelqu'un de très olfactif et j'ai besoin de savoir ce que sentent les maisons, les rues, etc. Ces indications-là sont donc venues grâce au voyage. Ca m'a aussi conforté dans l'idée que Montgomery devait vraiment pas être une ville folichonne pour que Zelda veuille à ce point en partir, parce qu'elle cherchait pas vraiment l'amour avec Scott, à mon sens. Elle cherchait surtout à sortir de ce milieu où elle avait grandi. Elle appartenait quand même à l'une des deux familles les plus célèbres de la ville et de l'Etat. On pouvait se demander : pourquoi ce besoin de partir alors qu'elle aurait pu épouser un beau parti. Elle flirtait beaucoup et était très courtisée, et j'ai compris, lors de mon séjour là-bas, pourquoi il fallait qu'elle parte. Il y avait quelque chose de très pesant, de très étouffant dans ce pays.
Titus - Le livre, on l'a appris cette semaine, est en nomination pour les prix Goncourt, Renaudot, Médicis et Fémina. Qu'en dis-tu ?
Evidemment, ça me ferait très plaisir de recevoir l'un de ces prix. Ma réaction peut paraître très banale, mais j'essaye en fait de ne pas trop y penser pour rester zen. Mais c'est difficile de ne pas y croire un peu...
Titus - Est-ce vrai que tu t'es aussi récemment intéressé au théâtre ?
Gilles Leroy, "Alabama Song", Mercure de France, 2007.
02:20 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Librairie Dialogues, Brest, Gilles Leroy, Alabama Song, Mercure de France, Alfredo Arias, Jean Genet
16.01.2007
David Koven : "Changer le monde avant qu'il ne nous change !"
Voix de velours, groove unique dans l'univers de la chanson francophone, personnage authentique et chaleureux. David Koven n'a pas volé sa réputation de Monsieur Soul. Depuis la parution de "Nouveau monde" il y a huit ans, son dernier opus en français, le Marvin Gaye francophone s'était pourtant fait plutôt rare. Installé à Los Angeles en 1997, sa toute dernière réalisation était un album en anglais écrit en duo avec David Cochran, "Double Dave", sorti en 1998. De retour en Europe, il a publié, fin octobre 2006, chez Emi, une nouvelle pépite soul comme lui seul sait en offrir : "David Koven is back", où l'on retrouve notamment un bel hommage à Stevie Wonder, "Mr Little Merveille". Nous avions rencontré David Koven en 1994, alors qu'il effectuait la promotion de son album "Changer d'air".
Titus - David Koven, peu de gens savent que tu es originaire du Maroc...
David Koven - C'est probablement cela qui a influencé ma couleur musicale. Même si je suis parti très jeune du Maroc ! J'y suis né, et j'en suis parti à l'âge de trois ans et demi. Ce qui fait que j'ai très peu de souvenirs du Maroc. Mais, il y a quelques années, je suis allé faire un concert à Casablanca, qui est la plus grande ville marocaine. J'ai essayé de me rappeler des choses, mais c'est impossible parce que j'étais trop enfant. Cependant, je pense que le fait d'être né dans un pays soleil a dû probablement influencer ce rapport avec la musique soleil que j'ai, c'est à dire instinctif, complètement intérieur. Cette musique soleil, je la ressens comme si elle m'appartenait complètement.
Titus - C'est le fait d'être né en Afrique qui te pousse vers les musiques d'ailleurs ?
Il y a pas mal de gens qui me disent : "Toi qui as exploré pas mal de musiques, de l'Afrique au Brésil, en passant par la soul, c'est bizarre que tu ne sois pas allé jusqu'ici vers la musique orientale". Je travaille tellement au feeling que, pour l'instant, à aucun moment encore, je n'ai eu envie de prendre cette direction. Ce n'est pas exclu cependant. Ce qui est génial dans la musique, c'est que toutes les possibilités existent. On a la chance de faire un métier qui n'a pas de limite. La culture du monde nous appartient. Sur un album, on peut s'inspirer de la musique du monde entier.
Titus - D'où est venu cet engouement pour la musique ?
Chaque artiste a son chemin... Pour moi, la musique, c'était quelque chose de normal dans ma vie. Je n'ai jamais eu l'impression de m'être dit à un moment de ma vie : "Tiens, c'est sympa la musique, je vais peut-être essayer d'en faire". Non, ça a toujours été naturel, instinctif. C'est d'abord avant tout une passion, et c'est devenu mon métier. Il fallait qu'un jour ou l'autre, j'arrive à m'exprimer, avec ma personnalité, au travers de ce que je trouvais naturel et instinctif, c'est à dire la musique, qui est pour moi une forme d'expression dans laquelle j'ai envie d'avancer et de m'exprimer. Depuis l'âge de 12-13 ans, j'ai été dans des groupes; j'ai été d'abord percussionniste, puis guitariste, et pianiste beaucoup plus tard. Je n'ai pas arrêté jusqu'à l'âge de 25 ans, et c'est à ce moment-là, comme je composais énormément, que j'ai décidé d'autoproduire mon premier album, sur lequel il y avait "Samba Maria". J'étais rentré en studio avec des musiciens; je n'avais pas beaucoup d'argent, évidemment, et puis une maison de disques a craqué dessus et sans vraiment de promotion, ça a commencé à exploser en France. C'est comme ça que c'est parti, en 1983.
Titus - En 1985, ce fut la sortie d'"Eté torride". Ca a fait l'effet d'une bombe, car tu apportais un produit vraiment nouveau, un cocktail de musiques du soleil qui avait été peu exploité en français jusqu'ici...
Absolument ! Le titre "Samba Maria" avait permis aux gens de découvrir ce côté-là chez moi, mais on m'attendait un peu au tournant. La chanson "Afrique" sur "Ete torride" a été un hit énorme.
Titus - C'était aussi un bel hommage à ton sol natal...
C'est vrai, c'était peut-être une recherche d'identité. J'avais envie de parler de l'Afrique, et ce n'est pas facile en quatre minutes, le temps d'une chanson, d'arriver à restituer, tout en gardant un côté actuel et moderne, les deux climats. Ce qui a plu à l'époque, c'est le fait que c'était à la fois actuel et authentique.
Titus - On t'a surnommé le Marvin Gaye francophone, tout de suite après la publication de cet album. Est-ce que c'est une figure qui a compté dans ton parcours ?
Ecouter la réponse de David Koven dans Calypso, sur CINN FM
Il y a plein de gens qui m'ont marqué, évidemment. Mais c'est vrai que Marvin Gaye, ça a été quelqu'un d'extrêmement important ! Ca a été un choc émotionnel, d'abord, la première fois que j'ai entendu ce chanteur, il y a longtemps maintenant. J'avais été très influencé par toute l'époque Tamla Motown avec les Temptations, Commodores, les vieux Stevie Wonder, etc. Et puis évidemment Marvin Gaye. Et j'ai eu envie de lui rendre un hommage sur mon troisième album, et là aussi, ça a été un très gros hit en France. Et c'est peut-être pour ça que les gens m'ont appelé le Marvin Gaye français, parce qu'il n'y avait pas encore vraiment de Français qui avaient fait de la soul music dans l'esprit authentique. Les gens ont besoin d'associer des noms, des images à d'autres chanteurs. C'est le côté étiquette qui revient en permanence, mais qui, dans le cas présent, me comble de joie. Je suis même un petit peu honteux parce que je suis tellement respectueux de Marvin Gaye que je rougis quand on me compare à lui.
Titus - Parlons un peu de ton album "Changer d'air". Pour cet album, tu as changé de maison de disque. Est-ce que tu voulais changer de direction en ce faisant ?
Cet album, je l'ai préparé après dix années après la sortie de mon premier album. J'aime pas parler comme ça parce que ça fait un peu vétéran, mais bon... J'ai eu besoin de gommer plein de choses, et d'entamer quelque chose de nouveau. C'est pour ça qu'on a appelé l'album "Changer d'air", parce que c'était vraiment ça. J'avais besoin dans ma vie de renouveau, de nouvelle énergie... C'est pas que je ne me sentais pas bien dans la maison de disques où j'étais depuis plus de sept ans. Je m'y sentais même très bien, mais ça s'est fait comme ça. Et je ne regrette pas car j'y ai trouvé une nouvelle énergie, une nouvelle équipe. C'est très positif.
Ci-dessous, le vidéo-clip de "Changer d'air", titre phare de l'album éponyme :
C'est par rapport à cet égoïsme mondial auquel on assiste. C'était la sensation d'un être humain, là aussi. Moi je pense qu'il y a une étincelle dans chaque individu et on peut s'en servir avant que la flamme ne s'éteigne. On peut raviver les choses. Les gens ont peut-être besoin de ça. Il y a du bon dans chaque individu et il manque peu de choses pour que les choses évoluent...
Titus - C'est un beau message d'espoir au moment où l'on vit tant de situations difficiles de par le monde...
Absolument. Je n'ai jamais prétendu être un chanteur à message; je suis un individu qui vit dans un siècle tourmenté et, en même temps, où il y a une force de vie extraordinaire. Et moi, c'est ce que je retiens, c'est cette force de vie. Malgré toutes les horreurs qu'il y a dans le monde, on se rend compte qu'il y a des gens qui font don de leur vie, et il y a cette étincelle qui est très forte et très vivante. Dans la vie, moi j'ai toujours essayé de positiver : ce qui m'intéresse, c'est d'envoyer des ondes positives pour récolter du positif. Cette chanson, c'est pas du tout un bilan négatif, c'est simplement au contraire une lueur d'espoir. Même dans les périodes les plus tourmentées, il y a encore moyen de faire avancer les choses. C'est ce que je ressens profondément !
Pour moi, c'était le moment de faire ça. Les dix années qui ont précédé cet album, je les ai toujours faits avec un plaisir immense et avec des gens ou des arrangeurs différents parce que j'en avais envie. A présent, j'ai mon propre studio à la maison. Quand tu as ton propre studio, le facteur temps n'existe plus. Là, j'ai travaillé avec un confort extraordinaire. C'est à dire que tu peux travailler à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. J'ai donc eu envie de m'investir complètement sur ce projet. D'abord, il n'y avait plus de problème financier, parce que, soyons bassement matériel, la réalisation d'un album coûte très cher aux maisons de disques et il arrive un moment où, si tu n'as pas ton propre studio, tu ne peux pas demander à une maison de disques de rester six mois dans un studio d'enregistrement, 24 heures par jour, ça coûte un argent fou. Là, j'ai vraiment pu faire mon album comme j'avais envie de le faire. J'ai pris le temps, tout en ayant des délais à respecter vis à vis de la maison de disques. Et j'avais envie de m'investir en tant que musicien parce que j'aime ça et parce que je suis musicien aussi et avant tout ! Mais je n'ai pas à me plaindre depuis le début de ma carrière : les maisons de disques m'ont fait une confiance absolue et j'ai toujours pu travailler comme je l'ai voulu, mais là, le fait de travailler dans un environnement qui est le tien, sans limite de temps et sans aucun stress, ça a été pour moi une découverte formidable.
Il se passe une chose. Je suis musicien avant tout mais, par contre, les thèmes qu'on aborde dans les textes des chansons sont des thèmes que j'ai envie d'aborder. Quand je suis en train de composer les mélodies, il y a toujours des mots, instinctivement, qui arrivent. Si ces mots arrivent, ce n'est pas un hasard. Donc, la plupart du temps, on travaille autour de ces mots avec les auteurs, qui sont mes amis. Ca, c'est important, car il faut qu'il y ait une complicité... Pour cet album, on s'est vu beaucoup pendant la préparation et ils m'ont fait beaucoup parler de tout; de ce que je ressentais par rapport à ce qu'on vit en ce moment, par rapport à ma vie personnelle... Comme des amis peuvent le faire. Et quand j'ai terminé la composition des chansons, on s'est concerté et puis, j'ai dit, par rapport à telle ou telle chanson, "ça serait bien qu'on aborde ce thème, etc", et voilà comment on a travaillé. Pour la chanson "Partir ou rester", j'ai demandé à mon ami parolier de la réécrire 17 fois. Il a cru devenir fou sur ce titre ! Il était désespéré...
Ecouter la réponse de David Koven dans Calypso sur CINN FM
Quand tu es compositeur et que tu es interprète et que tu chantes des chansons, il faut qu'elles te collent complètement à la peau. Je ne peux pas chanter une chanson sur scène et me donner à un public si, quand j'interprète le texte, je ne me sens pas en harmonie totale avec le texte. Je suis quelqu'un qui travaille avec beaucoup de sincérité parce que j'aime mon métier profondément. Je suis passionné. La musique, c'est comme le sang qui coule en moi. Si tu m'enlèves ça, je meure...
Je suis quelqu'un qui a besoin de vivre des moments forts avec les gens avec lesquels je travaille. Ces gens-là sont des gens - je parle humainement - extraordinaires. Ce qui est marrant, c'est qu'on a vécu, avec ces trois auteurs, - plus moi, donc ça fait quatre personnes ! - la paternité en même temps. Nos épouses respectives attendaient des enfants au même moment. Ca crée des liens formidables !
Titus - Je tenais à noter la sobriété d'une chanson que j'adore, c'est "Le toit du monde". Je trouve que c'est une façon formidable de parler de la mort, ou plutôt de la vie après la mort...
C'est une très belle formule que tu viens de donner... Tu sais, il y a en fait plusieurs explications à donner à ce texte qui est fabuleux. C'est une des chansons, sur cet album, qui me touche énormément. Je suis très content que tu me parles de ce titre. On parlait d'Afrique tout à l'heure : il y a aussi dans cette chanson un message de résurrection par rapport à tous les peuples africains. Ca va très loin. Il y a vraiment plusieurs facettes à ce texte, et c'est très volontaire... Ca a été pensé comme ça.
14:05 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : David Koven, changer d'air, soul française, Marvin Gaye
08.01.2007
Cody : "Mes guitares sont sacrées !"
Autodidacte précoce, Cody poussait déjà la chansonnette à l'âge de 12 ans. Son entourage a dû bien vite réaliser qu'il n'allait pas s'agir d'une simple passade... Dès 18 ans, toujours aussi déterminée, la jeune artiste décidait en effet d'aller se forger une première expérience de la scène, dans les bars de Marseille. Cette expérience, elle la poursuit aujourd'hui à Lyon depuis plusieurs années. Une rencontre récente avec Michael Jones pourrait s'avérer déterminante pour sa carrière... Titus a cherché à en savoir un peu plus...
Titus - Pourrais-tu nous parler un peu de tes origines ?
Cody - Je suis eurasienne, mon père est un métis français-vietnamien, ma mère est vietnamienne de nationalité française, son père étant militaire pour l’armée française. Mes parents sont venus en France en 1976, chassés par les communistes vietnamiens qui obligeaient les Français à quitter le pays. J’ai donc une double culture, qui me permet d’avoir une grande source d’inspiration.
Titus - Y-a-t-il, malgré tout, un endroit sur terre que tu considères ta maison ?
L’endroit que je considère comme ma maison est la maison de mes parents, où j’ai grandi. Elle se situe dans un petit village, à 30 mn de Lyon, Saint-André-de-Corcy. J’aime beaucoup venir m'y ressourcer.
Titus - Dans quel milieu as-tu grandi ?
Je suis issue d’un milieu modeste, avec une éducation à dominante asiatique, ce qui n’a pas facilité mon épanouissement dans le milieu musical puisque c’était banni de faire de la musique. Chez les asiatiques, être artiste n’est pas un métier. Ils ne m’encourageaient pas dans cette voie, je n’ai pas pris de cours de musique par exemple.
Titus - Du coup, à quel type de musique as-tu d'abord été exposée, et par quel biais ?
Depuis ma tendre enfance, confrontée à une double culture puisque mes parents parlaient le vietnamien, j’ai eu beaucoup de mal à m’adapter à l’apprentissage d’une double langue, ce qui fait que je ne parlais pas beaucoup et la seule façon de m’exprimer était la musique. Je chantonnais et fredonnais des mélodies issues de mon imagination. Mes parents écoutaient beaucoup les Beatles, les Bee Gees, Abba, Santana, les Carpenters. Un de mes oncles, qui habitait chez mes parents quand j’avais 3-4 ans, jouait souvent de la guitare et chantait des morceaux de l’époque. J’attendais ce moment avec impatience, je restais des heures à le regarder...
Titus - As-tu un instrument de prédilection ?
J’ai eu un synthé à l’âge de 8 ans, je commençais à créer des mélodies, des chansons. Mon oncle m’a donné sa guitare quand j’avais 11 ans, j’avais toujours voulu faire de la guitare. Mes guitares sont sacrées, pendant mes longues heures de création, il m’arrive, exténuée, de m’endormir près de ma guitare…
Titus - Quelle importance revêt la scène à tes yeux ? Le contact avec le public est-il nécessaire ?
Pour moi, la scène est très importante, c’est l’aboutissement de mon travail ! Ce n’est pas tant de vendre des albums. On passe mieux un message sur scène, on peut mieux les exprimer face à un public que sur un album.
Je me suis représentée sur environ 200 dates depuis 9 ans, principalement dans des bars, dans le sud de la France, dans la région lyonnaise. En ce moment, pour plein de raisons, je ne tourne pas. Le public, la scène me
manquent beaucoup. Cela me permet de tester des nouvelles compos... La scène permet aussi de retravailler les morceaux. Je me sens plus à l’aise sur scène qu’en studio.
Titus - As-tu eu l'occasion d'aller jouer en dehors de l'Hexagone ?
On m’avait fait une proposition de faire une tournée en Belgique avec mon album non commercialisé de pop-rock anglais, mais j’ai refusé car il y avait des tensions avec mon précédent groupe et je préférais me concentrer sur un album en français. J’ai pu également faire quelques dates dans des bars parisiens.
Titus - S'il fallait te définir en trois mots, et seulement trois mots, quels seraient-ils ?
Rêveuse, perfectionniste, fonceuse...
Titus - Et ta musique ?
Sensible, mélodieuse, entraînante.
Titus - Accordes-tu beaucoup d'importance aux textes de tes chansons ? Quels sont les thèmes que tu aimes explorer ? Pour quelle raison ?
C’est très important, un texte, car c’est en général autobiographique, ou alors cela touche des thèmes que j’affectionne. Cela me fait du bien d’en parler et je veux porter un message sur les injustices de ce monde, sur les conditions des femmes. Je parle également d’amour.
Titus - Nous sommes au seuil d'une nouvelle année. Si tu avais le pouvoir de changer trois choses dans le monde, que choisirais-tu d'accomplir ?
J’enlèverais toute notion d’argent, de pouvoir et de haine dans ce monde...
Titus - Et en ce qui concerne tes projets professionnels...
J’aimerais m’engager dans des causes humanitaires. Je trouve cela inadmissible que des gens meurent encore de faim de nos jours.
Titus - As-tu essayé de présenter ta musique à des producteurs ?
J’ai signé un contrat de production, en 2004, pour produire mon album de pop-rock français, "E-Xil". Je l’ai enregistré en studio mais, malheureusement, l’incompétence de l’ingénieur du son a rendu cet album inexploitable. C’est plus une maquette qu’un album. Du coup, je ne peux le présenter à des maisons de disques qui veulent un produit fini. Je souhaite le réenregistrer avec de meilleurs professionnels, mais je rencontre des difficultés d’entente avec ma production, ce qui ne m’a pas empêché de faire la rencontre de Michael Jones, qui m’aide dans ce sens malgré le barrage de ma société de production…
Titus - Quelle est ton impression globale sur la façon dont est aujourd'hui gérée l'industrie du disque ?
Aujourd’hui, les maisons de disques n’investissent plus dans les artistes, ils veulent un produit fini... Cependant, un bon album dans un bon studio, ça a un prix ! Tout le monde ne peut pas se le permettre. Ils passent sûrement à côté de gens talentueux.
Titus - Pourquoi avoir créé ton propre espace sur MySpace ?
Myspace permet de créer une ouverture vers l’extérieur, de faire écouter mes titres puisque mon album tarde à sortir, d’avoir des contacts dans divers domaines liés à la musique, c’est vraiment une mine d’or de talents.
Titus - Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Je souhaite réenregistrer un album avec quelques titres de mon album français et y inclure de nouvelles compos beaucoup plus mûres, plus à texte, plus originales que les précédentes, qui parlent plus d’amour. Ces nouvelles
compos sont plus engagées au niveau politique, humanitaire.
Titus - Des collaborations en vue ?
J’ai eu la chance, grâce à Michael Jones, de rencontrer Eric Fabre, Pdg des "3 Chênes", qui a créé un label musical, Tribal Emotion. Il produit Douchka, qui se lance dans une carrière pop-rock. Le premier contact a été positif, il aime ma musique, une future collaboration est possible si mon actuelle société de production me le permet…
Titus - L'industrie musicale a connu une évolution importante au cours des deux dernières décennies, notamment du fait de la numérisation et de la multiplication de nouveaux supports. Comment envisages-tu l'évolution de la musique en général ?
Il est certain que les maisons de disques dans la forme que l’on connaît actuellement tendront à disparaître. Il est clair qu’il faut développer de nouveaux supports où la numérisation sera l’atout principal de la vente de musique. Mais une numérisation légale ! Je suis contre les sites de téléchargement. Au lieu de punir les gens qui téléchargent, il vaut mieux punir, en amont, les sites de téléchargement qui incitent les gens à pirater les œuvres musicales, cinématographiques et informatiques. Ces sites ne respectent en aucun cas la propriété intellectuelle, le gouvernement doit agir mais il n’arrive pas à voter une loi à ce sujet. Pour la vente d’un album, peu revient à l’artiste malgré le coût élevé d’un album. Les maisons de disque commencent à baisser le prix d’un album, ils commencent à comprendre qu'un des problèmes était le prix des CD. Dans un futur proche, je pense que tous les artistes à grande échelle auront un site internet, avec une possibilité de télécharger les titres à faible coût. Il n’y aura plus ou peu d’intermédiaires; les CD tendront à disparaître ou, du moins, seront produits en faible quantité. Nous allons revenir à une proximité avec le public, comme avant, et seuls les artistes talentueux se distingueront grâce à la scène.
La plupart des chansons de Cody sont en ligne sur les deux sites de l'artiste : sur MySpace, et Musicblog Trois titres électro de Cody ont été choisis pour la bande originale du film "One night stand" d'Emilie Jouvet (sorti en DVD), qui a obtenu le premier prix du festival 2006 du film gay et lesbien de Berlin.
Merci à Maurine pour cette belle découverte.
14:35 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cody, musique, chanson pop-rock, industrie du disque, chanteurs de Lyon, Michael Jones






















