04.03.2008
Ray Bonneville : "La scène, mon deuxième chez-moi"
Si le talent était la seule condition du succès, nous aurions tous entendu parler de Ray Bonneville, ce bluesman d'origine canadienne qui vient de publier, il y a quelques semaines, son sixième album, "Goin' by feel". Lorsque je l'avais rencontré pour la station CINN FM, en 1994, je m'étonnais de la publication tardive de son premier album, "On the main", en 1993, alors qu'il avait déjà vingt-cinq ans de carrière derrière lui et un palmarès plus qu'enviable. Dans la veine d'un JJ Cale, Ray Bonneville continue, bon an mal an, à tracer son sillon avec une discrétion qui sied finalement plutôt bien aux bluesmen.
Titus - Ray Bonneville, ça fait plutôt drôle de parler d'un premier album lorsqu'on voit toute l'expérience que vous avez accumulée dans la chanson depuis vingt-cinq ans. Pourquoi avoir tant tardé ?
C'est une question de timing. Je voulais développer mon propre style avant de publier quoi que ce soit, et avoir suffisamment de compositions personnelles avant d'enregistrer. Pendant une vingtaine d'années, j'ai chanté du blues et du country blues mais ce n'étaient pas mes compositions à moi. Je passais mon temps à voyager et me représentais un peu partout dans le monde, mais j'étais davantage un interprète. Lorque je suis revenu au Québec, d'où j'étais originaire, je me suis mis à écrire plus sérieusement. Pour la première fois de ma vie, j'avais aussi assez d'argent pour enregistrer un disque, parce que ça n'a rien d'évident quand tu es bluesman... Et puis, en plus de mon activité de musicien, j'ai été pilote d'avion. J'ai longtemps hésité entre ces deux activités...Titus - Avant la publication de ce premier album solo, "On the main" vous aviez participé à plusieurs enregistrements. Vous avez joué entre autres sur les albums de Stephen Barry, des Bluebirds, ou encore d'Ophelia Swing Band. Vous étiez quand même un familier des studios d'enregistrement...
Quand je vivais dans le Colorado, j'étais un véritable "session musician" (requin de studio, Ndr), ces musiciens qu'on engage en raison de leur habileté à jouer d'un instrument. Moi, c'était l'harmonica. J'ai participé à un certain nombre d'enregistrements à ce titre. L'ambiance d'un studio, c'est donc quelque chose que je connaissais.
Titus - On vous compare à JJ Cale ou Eric Clapton, mais votre musique est très personnelle et vous avez vraiment créé un style qui n'appartient qu'à vous. Est-ce que vous attribuez ça aux nombreuses années passées sur la route ?
Je pense, oui. Un musicien qui débute ne peut pas avoir de style. C'est une question de maturité. Les comparaisons avec JJ Cale ou Clapton tiennent sans doute au fait que nous avons les mêmes influences, blues et country. J'aime ces gars-là mais je ne me suis jamais dit que j'allais chercher à les imiter... Je ne dis pas que mon album est un disque de blues ou de country, parce que ce n'est pas le cas. C'est un cocktail, le résultat de tout ce que j'ai entendu quand j'ai vécu en Louisiane et un peu partout. Un extrait de concert de Ray Bonneville enregistré en 2007 au Shetland festival :
Titus - J'aimerais que l'on raconte un peu votre cheminement. Vous êtes Québécois mais avez beaucoup fréquenté les Etats-Unis...
J'ai débuté au Québec. Je suis né à Hull mais j'ai passé mon enfance dans la ville de Québec. A l'âge de douze ans, mon père a obtenu du travail à Boston. Toute la famille a donc rejoint les Etats-Unis en char. J'y ai suivi mes études secondaires avant de partir au service militaire pendant deux ans. Mais j'avais déjà un band, les VIPs, dès l'âge de quinze ans. Je jouais de la guitare et on voyageait déjà pas mal. A mon retour du service, vers l'âge de vingt ans, j'ai recommencé à jouer de la musique. Je me suis établi dans le Colorado où j'ai vécu sept ans avant de partir en Alaska. Pendant toutes ces années, j'ai développé mes capacités à jouer en solo. De là, je suis allé à Seattle pendant deux ou trois ans, avant de traverser l'Atlantique. J'ai vécu à Paris en France pendant un an. J'y ai joué beaucoup et j'ai bien aimé ça. Je suis retourné par la suite à Boston avant d'aller vivre en Louisiane pendant quatre ans. J'y avais déjà joué à plusieurs reprises mais je n'y avais pas encore résidé. Après ça, il y a eu un nouveau saut à Boston avant de revenir au Québec, en l'occurrence à Montréal.Titus - Musicalement, vous êtes quelqu'un de très polyvalent : vous êtes un guitariste virtuose en plus d'être un excellent joueur d'harmonica. Comment avez-vous acquis la capacité à jouer de ces différents instruments ?
La guitare, j'ai commencé à en jouer dès l'âge de quatorze ans. L'harmonica, c'était pas avant mes vingt ans. J'avais entendu Little Walter, Howling Wolf, et ça m'avait impressionné. J'ai d'abord pratiqué les deux instruments de manière séparée, puis j'ai commencé à en jouer simultanément sur scène. J'ai jamais pris de cours : j'ai toujours travaillé à l'oreille. Mon style à la guitare, le finger picking, je l'ai emprunté à un certain nombre de musiciens, notamment Muddy Waters.
Titus - A ce propos, avez-vous côtoyé Muddy Waters ? Car c'est un nom qui apparaît à plusieurs reprises dans votre biographie...
J'ai été beaucoup influencé par Muddy Waters. J'ai aussi assuré quelques premières parties de ses shows. Je l'ai rencontré mais je ne l'ai pas réellement côtoyé. Je devais avoir 27 ans à l'époque... Il m'a dit qu'il comptait sur nous, les jeunes, pour assurer la relève et faire en sorte que le blues continue à vivre... Quelques années après sa mort, j'ai joué en première partie du Legendary Blues Band, composé de ses anciens musiciens, dans un club du Massachusetts. Ils m'ont invité sur scène; on a interprété quelques chansons ensemble, et on a bien discuté après le show. C'est souvent comme ça que ça se passe; on se retrouve dans la loge, on parle de nos influences communes...
Titus - J'ai vu aussi les noms de BB King, de Bob Scaggs, de John Hammond...
Les noms qui figurent dans mon press-book sont ceux de musiciens avec lesquels j'ai jammé où qui m'ont invité à assurer leur première partie. John Hammond et moi étions très amis. On a fait quelques virées ensemble aux Etats-Unis. C'est un très grand musicien. J'ai aussi assuré la première partie de BB King récemment à Montréal; je l'ai trouvé vraiment très sympathique.
Titus - On dit souvent que les bluesmen accordent une place particulière à la scène. Qu'est-ce que ça représente pour vous ?
La scène, c'est mon deuxième salon. Je m'y sens vraiment très à l'aise ! S'il se passe un mois sans concert, je ne me sens vraiment pas bien. C'est difficile à expliquer ! J'aime beaucoup ça !
Titus - Pouvez-vous nous parler de l'enregistrement de votre premier album, "On the main" ?
Tout s'est fait relativement vite. J'avais assez d'économies. J'ai appelé mon chum Brad Hayes, des Etats-Unis, qui est le second guitariste. A l'époque, je jouais aussi avec Stephen Barry et son batteur, John McColgan. Tout s'est mis en place naturellement. On est allé en studio et nous avons rapidement trouvé le bon feeling. C'est pour ça que la musique est aussi joyeuse ! On était comme en famille...Titus - Votre musique est aérée, jamais trop chargée. C'est un peu votre marque de fabrique, non ?
Quand j'arrive dans une nouvelle ville, je cherche toujours les meilleurs musiciens, ceux dont je partage la même philosophie musicale. Le bassiste et moi tombons d'accord sur un point : il faut laisser respirer la musique et ne pas trop multiplier les notes. C'est quelque chose que j'ai appris à la Nouvelle-Orléans. La musique, c'est aussi le silence entre les notes. En studio, on esaye de créer une ambiance, une atmosphère.
Titus - "On the main" est sorti l'an dernier, en 1993. Travaillez-vous déjà sur un autre album ?
Depuis la sortie de "On the main", j'ai écrit environ 25 chansons. On les a déjà chantées sur scène. Certaines ont été enregistrées en studio. Mais il faut que j'en retienne seulement une douzaine. Je pense que cet album sortira au printemps 1995.Titus - En écoutant votre album la première fois, j'étais loin de penser que vous étiez québécois. L'accent est vraiment américain. En tant que Québécois qui chantez en anglais, est-ce que vous avez déjà songé à chanter le blues en français ?
Dans le prochain album, il y a une chanson intitulée "That blonde of mine" qui est écrite en français et en anglais. Mais J'ai passé 27 ans aux Etats-Unis et mon niveau actuel de français ne me permet pas de restituer la palette de nuances que j'arrive à exprimer en anglais. Il faut que je t'avoue une chose : je pense aujourd'hui en anglais. Mais depuis que je suis de retour au Québec, je m'y remets et ça revient progressivement. Mais pour être satisfait d'une chanson, il faut que la langue coule, et que je réussisse à la faire couler comme l'anglais. Il y a des artistes francophones qui y parviennent...
Titus - Vous avez beaucoup vécu aux Etats-Unis. Est-ce que le français joue encore un rôle dans votre vie ?
Je me considère comme un Nord-Américain. Que je sois à Montréal ou à New York, c'est toujours moi. J'aime les gens du Québec, mais j'aime aussi les Etats-Unis. Voyager, ça permet de voir d'autres styles de vie, d'autres façons de penser. S'il fallait que je raconte les kilomètres parcourus dans ma voiture, entre New Orleans et Boston, ou Boston et Seattle, on pourrait voir défiler les poteaux de téléphone dans mes chansons.Titus - Dans l'imaginaire, je crois que ce que vous dites correspond à l'idée que les gens se font du bluesman, quelqu'un qui vit un peu en marge et sur la route...
Un musicien, qu'il soit bluesman ou pas, doit voyager. Si on restait dans la même ville, ce serait difficile d'évoluer... Il faut aller au contact de gens meilleurs que soi pour apprendre et avoir le désir d'aller plus loin.
Titus - Pourquoi avoir choisi de revenir au Québec pour enregistrer votre premier album ?
Je n'ai pas fait exprès ! J'avais un contrat en Abitibi, au Québec, en tant que pilote d'avion. Je devais piloter un Beaver, un avion de brousse, pour un pourvoyeur. J'ai amassé assez d'argent pour faire mon album en ce faisant. Et puis j'ai de la famille à Montréal : deux soeurs, mon père, ma mère... J'ai un lien très fort avec cette région. D'autre part, la concurrence est très forte aux Etats-Unis dans le domaine du blues. Je me suis dit que de me faire connaître dans un premier temps au Canada pourrait m'aider, par la suite, à percer aux Etats-Unis... Les maisons de disques américaines font attention à tout ce qui marche bien au Canada. Nous verrons bien...
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de Ray Bonneville.
Le site MySpace de l'artiste.
RAY BONNEVILLE :
COMPLEMENTS BIOGRAPHIQUES :
Depuis notre rencontre en 1994, le Canadien Ray Bonneville a continué à tracer sa route dans le monde du blues. Pas moins de cinq albums ont suivi "On the main", dont il était question lors de notre entretien. Il semble que la "stratégie" de Ray - tenter de se faire connaître au Canada dans l'espoir de finir par percer aux Etats-Unis - a bel et bien fini par porter fruit. Son album "Roll it down", sorti en 2003, a d'ailleurs été publié sur une étiquette américaine. Ray jouit aujourd'hui d'une notoriété certaine en Amérique du nord et en Europe. Le 22 janvier, son sixième album, "Goin' By Feel", a été publié chez Red House Records.
LE DOCUMENT EN PLUS
Pourquoi Ray Bonneville a-t-il enregistré son premier album au Québec, lui qui vivait depuis 27 ans aux Etats-Unis ? Voici la réponse qu'il nous a donnée en 1994, dans le cadre de l'interview que nous avions diffusée sur CINN FM :LA DISCOGRAPHIE COMPLETE DE RAY BONNEVILLE :
Goin' By Feel (2008) : à écouter en ligne, sur le site officiel de Ray.Roll It Down (2003)
Rough Luck (2000)
Gust of Wind (1999)
Solid Ground (1997)
On The Main (1993)
OU VOIR RAY BONNEVILLE CE PRINTEMPS EN EUROPE ?
Allemagne : tournée prévue du 15 au 30 avril 2008.Irlande : (avec Tim O'Brien) à Belfast le 1er mai, Dublin le 2, Kilkenny les 3 et 4 mai, Galway le 5 mai.
Royaume-Uni : plusieurs dates au programme d'une mini-tournée qui se déroulera du 9 au 20 mai.
Photos : Sandy Dyas, Jan Guchelaar et DR.
14:30 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Ray Bonneville, blues canadien, Québec, country blues
30.04.2007
Shannon Lyon : "Je me laisse guider par l'instinct"
Les concerts folk-rock ne sont pas légion à la pointe bretonne. Le petit festival qui monte, les Vaches folk, en a fait son créneau. Après nous avoir fait découvrir Rachelle van Zanten en 2006, c'est un autre Canadien, Shannon Lyon, qui sera l'hôte de la salle polyvalente de Cast (près de Châteaulin), le samedi 19 mai. Shannon Lyon, qui a creusé son sillon au sein de la formation rock Strange Days de 1989 à 1993, poursuit une carrière solo fertile depuis 1994. Pas moins de neuf albums ont jalonné ces treize dernières années, le dernier en date, "Safe Inside", faisant l'objet d'une tournée européenne ce printemps. Cast sera la seule (et la première) date en France de Shannon Lyon. Avant d'entamer son European Tour, le songwriter ontarien a bien voulu répondre à nos questions.
Titus - Shannon, pourrais-tu nous parler un peu de tes origines ?
Shannon Lyon - J'ai été élevé dans le sud de l'Ontario, près de Kitchener. J'habitais à la campagne, au bord d'un chemin non bitumé. Je me souviens qu'à l'âge de trois ans, j'écoutais déjà le vieux Stompin' Tom sur un tourne-disque Mickey Mouse.
Titus - La musique était omniprésente à la maison ?
Tout à fait. Ma maman était une grande fan d'Elvis. Je me rappelle d'ailleurs que je portais des tee-shirts à l'effigie d'Elvis jusqu'en sixième ou cinquième.
Titus - Te souviens-tu du jour où tu as mis la main la première fois sur un instrument de musique ?
Absolument. J'étais en colonie de vacances. Je devais avoir 12 ans à l'époque. J'ai commencé à chanter "Bee Bob a loo la" en courant autour du camp. C'est à ce moment-là que j'ai su que je voulais devenir chanteur. Ce fut ma première expérience "cathartique" avec la chanson. Un intense sentiment de libération... C'est aussi au cours de ce même été qu'un animateur de colo m'a donné l'opportunité de jouer sur une guitare acoustique pour la toute première fois. Je suis sorti de cette expérience particulièrement inspiré !
Titus - Après cette première expérience, comment as-tu appris à jouer véritablement ?
A force de jouer et pratiquer avec des amis. Mon père a aussi contribué à sa mesure : il m'a enseigné les trois accords qu'il connaissait. Bien qu'il était gaucher, il arrivait tant bien que mal à jouer à l'envers sur une guitare de droitier.
Titus - As-tu commencé à jouer au sein d'un groupe quand tu étais jeune ?
J'ai lancé mon premier duo au milieu des années 1980. Le duo s'est finalement transformé en une formation de cinq musiciens que nous avons baptisée "Strange Days". Nous avons tourné d'un bout à l'autre de notre bon vieux pays pendant plusieurs années. C'est à ce moment que nous sommes devenus amis avec les Blue Rodeo (autre groupe canadien bien connu, ndr). Nous avons effectué des tournées avec de très nombreuses formations à l'époque, The Tea Party, Bruce Cockburn et même les Troggs.
Pour se faire une idée de Shannon Lyon à l'époque de la formation rock Strange Days, en 1992, voici la chanson "Gettin' kicked" :
Titus - Depuis quand composes-tu tes propres chansons ?
Déjà tout jeune, j'écrivais de la poésie et des nouvelles. L'achat de ma première guitare a été un formidable catalyseur. Arriver à combiner mélodies et paroles, c'est quelque chose d'assez puissant ! J'ai commencé à écrire mes propres chansons presque immédiatement. Elles n'étaient pas forcément très réussies au début, mais il fallait bien commencer d'une manière ou d'une autre ! Ca m'a bien pris deux ans avant de produire quelque chose d'audible !
Titus - Quels chanteurs écoutais-tu quand tu étais plus jeune ? Et quels sont ceux qui ont compté dans ton parcours personnel ?
Neil Young est sans conteste celui qui m'a le plus marqué. J'étais complètement accro à sa musique au moment-même où j'apprenais à jouer de la guitare et commençais à composer mes propres morceaux. Il fut donc plus qu'une influence... D'autant que le personnage aussi m'impressionnait : sa candeur, une intégrité à fendre le coeur. J'ai su d'emblée que mes pas devaient s'inscrire dans les siens.
Titus - Qu'est-ce qui a fait qu'un jour, l'idée de faire carrière dans la musique s'est imposée à toi ?
Ca n'est pas venu d'un seul coup ! En fait, deux ou trois événements dans ma vie ont sérieusement compliqué les choses. J'éprouvais quelques difficultés à trouver ma place au milieu de ce que je vivais. C'est difficile de trouver les mots pour décrire certaines expériences-pivot que j'ai vécues à l'époque. Tout cela m'a obligé à faire table rase du passé. L'occasion d'un nouveau départ; un tournant décisif qui a trouvé son expression dans l'écriture.
Titus - Ton album "Summer Blonde", sorti en 2000, fut le premier de tes albums à être distribué à l'échelle du Canada et reçut à l'époque un accueil très enthousiaste des critiques.
Le succès de "Summer Blonde" m'a ouvert quelques portes. On m'a notamment proposé un certain nombre de premières parties de Blue Rodeo en 2000. On se retrouvait ainsi chaque soir devant des audiences de plus d'un millier de spectateurs. Une époque passionnante. Le public n'a cessé de grandir jusqu'à mon départ pour la Hollande en 2001.
Titus - Pourquoi avoir choisi de partir en Hollande ?
C'est le compositeur Rob Lamothe qui m'a présenté à ses agents hollandais. Cela faisait un moment qu'il me faisait de la pub aux Pays-Bas. Ca s'est concrétisé par la mise sur pied d'une tournée de quatre semaines en Hollande. J'avais pris un aller simple pour Amsterdam. J'y suis finalement resté deux ans...
Titus - Aujourd'hui, où vis-tu ?
Je réside actuellement au Canada, mais ça va sans doute encore changer cet été. Je cherche un nouveau domicile, si possible près de la mer et sous le soleil... Ca me changerait des six mois de neige et glace canadiens. J'ai entendu dire que le sud de la France était assez chouette. J'en profite pour lancer un appel : si quelqu'un a une petite villa à louer en bord de mer, contactez Titus qui transmettra...
Un extrait du dernier album de Shannon Lyon, "Safe Inside", la chanson "I believe in you" :
Titus - Ton album "Safe Inside" débute par une chanson intitulée "Marie" dans laquelle tu racontes une rencontre survenue à Dresde, en Allemagne...
C'est la seule chose que je sais faire : parler de moi et des choses qui m'arrivent. J'ai rencontré cette fille, Marie, à Dresde, pendant l'intermède à l'un de mes concerts. On avait un peu trop bu cette nuit-là et, à la fin du spectacle, nous avons eu quelques difficultés à trouver ensemble la sortie de la salle. Je ne l'ai jamais revue depuis...
Titus - Tes albums "Wandered" et "Safe Inside" ont tous deux été enregistrés aux Pays-Bas. Quelle en est la raison ?
Dans le cas de "Wandered", c'est tout simplement parce que je vivais en Hollande à l'époque. J'avais rencontré plusieurs musiciens et producteurs vraiment cool dans le sud des Pays-Bas. C'est là que nous avons décidé d'enregistrer l'album. Nous avons emménagé dans un vieux corps de ferme datant du XVI siècle pour deux semaines. Ce fut une période très intense : on a "bouffé" de cet album 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Ca s'est tellement bien passé que j'ai engagé la même équipe pour "Safe Inside". Ce dernier album a été coproduit par moi et BJ Baartmans.
Titus - C'est l'album "Wandered" qui t'a permis de signer avec la fameuse étiquette V2 Records, lancée par Branson...
V2 m'avait à l'oeil depuis un certain temps déjà. Je vivais toujours en Europe à l'époque mais j'étais retourné en Amérique pour des concerts à New York et Toronto. Ils m'ont fait une offre à l'issue de ces shows.
Titus - Quand ton album "Dharma" est sorti en 2002, tu as effectué une tournée de neuf mois en Hollande, Allemagne et Belgique. Comment expliques-tu cet intérêt des publics hollandais et allemand notamment ?
Il existe un vaste public en Europe pour la musique "roots", et notamment en Hollande et en Allemagne. Et vous êtes aussi tellement plus nombreux en Europe, surtout si l'on fait la comparaison avec le Canada, qui est un grand pays peu peuplé...
Titus - Il faut avoir le voyage dans la peau pour effectuer d'aussi longues tournées, non ?
Heureusement que j'aime voyager, en effet ! Même si c'est quand même fatigant à la longue. En fin de tournée, je suis complètement crevé. J'aime aussi le temps passé dans mon propre studio à travailler de nouveaux morceaux. Je fais un peu des deux ; ça rend la vie intéressante... Et ce n'est pas tout, puisque je trouve aussi le temps de produire des chanteurs canadiens, comme Barry Payne, Phil McTaggart ou David Fougère. Avec mon associé, Chris Giesbrecht, nous produisons des albums depuis plus de trois ans !
Titus - Combien de temps a-t-il fallu pour enregistrer "Safe Inside" ?
Ca n'a pas pris tellement de temps : l'enregistrement des pistes a été réalisé en trois jours. Une session plutôt rapide ! Je suis ensuite retourné au Canada et nous nous sommes échangé les fichiers par Internet pour compléter le mixage. C'est comme ça que nous avons travaillé !
Titus - Majolein van der Klawn apparaît dans les choeurs sur "Safe Inside". Vos voix s'accordent magnifiquement.
Elle a une très belle voix, mais nous n'avons jamais encore chanté ensemble sur une scène. Pas comme avec Ellen ten Damme, qui faisait les choeurs sur "Wandered", et avec qui j'ai chanté "live" plus d'une fois.
Titus - Pourrais-tu nous dire quelques mots sur l'un des titres phare de ton dernier album, la chanson "Hallelujiah"...
A l'époque, je lisais et étudiais le philosophe indien Krisnamurti. C'est à ce moment que cette chanson m'est venue. Elle porte l'idée, qui émane de la pensée bouddhiste, que chacun peut être sa propre lumière. Je n'ai aucune croyance particulière en ce qui me concerne, et comme le mot "Hallelujah" est emprunté à la Bible, je me suis dit que ce serait une bonne idée d'en modifier l'orthographe. C'est pourquoi j'ai ajouté un "i", ce qui a donné "Hallelujiah". C'est une manière de revendiquer ma liberté. Ne suivre aucun modèle pour atteindre mon but, mais me laisser plutôt guider par mon instinct.
Le clip de la chanson "Hallelujiah", un extrait du dernier album de Shannon Lyon :
Titus - Tu es l'invité des Vaches Folk le samedi 19 mai, à Cast. S'agira-t-il de ton premier concert en France ?
Tout à fait, ce sera d'ailleurs mon premier voyage en France et Cast sera la seule date française de ma tournée européenne. Je m'y produirai en solo. Quand je suis en tournée, je voyage généralement seul et me produis en solo dans 90 % des cas. Ca me permet de rester équilibré (rires).
Titus - As-tu déjà commencé à travailler sur ton prochain album ?
En fait, j'ai à peu près deux albums d'avance... En général, les paroles et la musique me viennent en même temps. Elles reposent les unes sur les autres durant le processus d'écriture...
PROPOS RECUEILLIS ET TRADUITS DE L'ANGLAIS
PAR TITUS
Billetterie pour le concert de Cast
le 19 mai, à 20 h 30 :
sur place : 10 €; à la mairie de Cast : 10 €;
à l'espace culturel Leclerc de Quimper : 10 € + frais location (0.50 €)
Shannon Lyon sera aussi en showcase à Dialogues Musiques, à Brest, le 18 mai, à 18 h.
Discographie de Shannon Lyon :
Safe Inside (Busted Flat/InBetweens) 2006 ; Someday Mourning (Busted Flat/Festival) 2004 ; Bound (Busted Flat/FAB) 2003 ; Wandered (V2/BMG) 2003 ; Dharma (InBetweens) 2002 ; Summer Blonde (Square Dog/Outside) 2000 ; Tales Of A Yellow Heart (Swallow/EMI) 1997 ; Mods Rule (Swallow/EMI) 1996 ; Buffalo White(Swallow/EMI) 1995.
POUR EN SAVOIR PLUS
Le site officiel de l'artiste : Shannon Lyon
Sur MySpace : Shannon Lyon
15:15 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Shannon Lyon, folk, Ontario, Kitchener, Vaches folk, Cast, Brest
13.12.2006
Damhnait Doyle : "I'm glad my music is being heard..."
La Terre-Neuvienne Damhnait Doyle (prononcer Davnet : prénom gaélique) venait tout juste de fêter ses 21 ans, en 1996, lorsqu'elle a publié son premier album, intitulé "Shadows wake me", qui eut un retentissement tel au Canada qu'elle fut nominée aux Juno Awards. Cette même année, le 12 juin 1996, nous la recevions à l'antenne de CINN FM, dans Calypso. L'occasion de revenir sur la façon dont elle a signé son premier contrat avec une maison de disques. Cette interview ayant été réalisée en anglais, je la restitue telle quelle.
Après l'album "Shadows wake me" , et le tube "A list of things" (vidéo-clip à suivre), Damhnait Doyle a publié "Hyperdramatic" en 2000, dont l'extrait "Tattooed" a été particulièrement bien reçu par le public (clip ci-après). Son troisième album, "Davnet" sorti en 2003, comporte le succès "Traffic" (dont le clip tourné à Toronto vous est proposé également ci-après).
Visionner "Traffic", extrait du troisième album de Damhnait Doyle, "Davnet" (2003) :
Titus - Hello Damhnait Doyle, first of all, just a word about your name... It has to be gaelic with such an interesting spelling ?
Damhnait Doyle - Yes, my mother came from Cork, in Ireland, and it means "baby deer".
Titus - I would like you to tell us how you were discovered... If what I read is true, it does sound a bit like a fairy tale, doesn't it ?
Damhnait Doyle - It is a very interesting story. I was working, in Saint-John's Newfoundland, that's where I'm from, at a place called Travelquest, which was distributing east coast music. I was working there, just sort of answering the phone, in between semesters at the university. I was overheard singing in the office by the man who has my record company. He happened to be visiting from Toronto for a week and went to tell my boss at the time : "You know that girl in the office; she has a really nice voice !" I had done a demo tape a couple of months before and my boss gave him a copy. That day, after work, he said he had put it into the car stereo; he claims he got halfway around the block and came back and said : "hey, we've got our first artist !" So that's how it happened...
Listen to Damhnait Doyle's answer on CINN FM :
D. D. - Eversince I was a child, I've had an immense love for music and theater. At the time, I was doing a lot of theater, just around here in the city. But I didn't get in the national school. They did not agree with me, but I'm glad.
Titus - I think that you developed your vocal skills in the renowned Holy Heart of Mary Chamber Choir... Did you sing with them for a long time ?
D. D. - Yes, I did for about four years. It started off as a high school choir and it developed into a community choir. The choir, actually now as it stands, is going to represent Canada in Vienna for a world conference. It's a really wonderful choir and I'm really happy for them. Unfortunately, I had lo leave them when I started my own career.
Titus - How did your first solo album come into being, starting from the point when you left the choir ?
D. D. - When I was, sort of "discovered", by this record company, after a period of months while we were negociating a contract, I moved to Toronto and started working with different musicians. Last year (1995), we went into a studio north of Toronto, Orchard Studios, and recorded the album...
Visionner le clip "Tattooed" extrait du deuxième album de Damhnait Doyle, "Hyperdramatic" :
Titus - For this album, you worked with many great canadian songwriters like Ken Myrh or Anne Bourne. I guess it must have helped shape up the sound of "Shadows wake me", but I think that you still wanted to stay in control in terms of direction ?
D. D. - It would have been very easy for me to take twelve songs written by other people without my input; that would have been very easy for me to do, but I'm not that type of person. It wasn't worth it to me to do an album that was as much of myself as I could give at the time.
D.D. - Basically, we just got together and either one of us had an idea, usually they had either musical idea or lyrical idea, and it just worked out. Sometimes, the songs took months to write, and sometimes just an afternoon.
Titus - Since the album was put out, you've been touring throughout Canada to promote the album... What do you think of the response, so far ?
D. D. - I'm very happily surprised. It's wonderful to actually do an album and people are responding well to it, because there's so much wonderful music out there not really being heard. So I'm glad that mine is being heard.
Titus - Since we're going to listen to your song "A list of things" next, could you tell us, Damhnait, what the background to this song was ? Is it a list of things that you've always cherished ?
D. D. - Well, "List of things" almost did not happen. We were in the studio recording backtracks, which is bass and drums basically for the album, and Tim Welch (guitar player) said he had a great idea for a new song. I said, " Tim, I'm in the studio already, I can't go writing any more songs". So he played me this riff which is actually the music behind "List of things" and I really liked it so we ended up recording it. I brought the tape of the music home that week-end, and I felt really inspired to write the lyrics that I did. Basically, it was a summation for me, of what's important to me.
Visionner le clip "A list of things", premier extrait de l'album Shadows wake me, en 1996. Le clip a été tourné à Toronto en décembre 1995:
L'année 2003, qui a vu la sortie de l'album "Davnet", est aussi marquée par la création du trio Shaye que Damhnait Doyle crée avec deux autres chanteuses canadiennes Tara McLean et Kim Stockwood. Leur album compte quelques morceaux bien chaloupés, comme cette chanson intitulée "Happy baby", qui fut le premier single de la formation.
08:00 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Rock canadien, Damnhait Doyle, CINN FM, Calypso
19.09.2006
Jim Zeller : "L'harmonica, la meilleure carte de crédit au monde"
Jim Zeller n'avait pas douze ans lorsqu'un harmonica lui est tombé dans les mains la première fois. Au coup de foudre a succédé la passion, facilitée il est vrai par son extraordinaire talent. En trente ans de carrière, Jim Zeller a accompagné les plus grands à l'harmonica. B.B. King, Muddy Waters, John Lee Hooker, Bob Dylan, etc. Il y a plus d'un bluesman qui rêverait d'avoir ces noms-là sur son CV... Longtemps basé à New York, où il a joué aux côtés des Talking Heads, de Pete Townsend ou Brian Eno, Jim Zeller est revenu au Québec, sa terre natale, dans les années 80, où il a notamment fondé le Jim Zeller Band. Il fait aussi partie de ces musiciens de studio que tout le monde s'arrache : de Charlebois à Higelin en passant par Breen Leboeuf. Notre rencontre avec celui qu'on surnomme la "tornade" en raison de ses prestations scéniques décoiffantes, remonte à l'année 1996.
Titus - L'harmonica est un instrument qui a acquis ses lettres de noblesse, notamment dans le monde du blues. Quand as-tu découvert cet instrument ?
Jim Zeller - La première fois que j'ai vu un harmonica, il traînait au bord d'un bureau chez l'un de mes amis à Sherbrooke. Je l'ai mis dans ma poche : je trouvais ça commode d'avoir un instrument de musique qui rentrait dans une poche. Ce qui m'a également plu avec l'harmonica, c'est que ça ressemble à la voix.
Titus - Est-ce que tu collectionnes aujourd'hui les harmonicas ?
J'en ai des tas chez moi. Un vrai "junkyard" ! Il faut dire que la durée de vie d'un harmonica est assez limitée. Je dois en changer au bout d'une semaine ou deux, sinon ils commencent à fausser. L'harmonica chromatique va durer un an en moyenne, mais les harmonicas diatoniques, ceux que j'utilise, durent moins longtemps. Normalement, je me sers d'environ une dizaine de tonalités différentes.
Ecouter la réponse de Jim Zeller, dans Calypso, sur CINN FM
Titus - La maîtrise que tu possèdes de l'instrument te vaut souvent d' être appelé à jouer pour des grands noms, qu'il s'agisse de Charlebois, Higelin, pour ne citer que quelques francophones, mais tu as aussi accompagné des géants du blues, comme B.B.King, Muddy Waters, et ce dès les années 70. J'imagine que tu dois garder des souvenirs assez marquants de toutes ces années...
C'est sûr. Quand j'ai commencé à jouer, j'avais beaucoup d'opportunités de rencontres parce que je me produisais avec un guitariste montréalais au sein d'un groupe de Detroit. On a accompagné par la suite les groupes américains qui venaient à Montréal. C'est dans ce temps-là que j'ai joué avec tous ces bluesmen. Au lieu d'engager tout le groupe, les organisateurs de concerts préféraient engager la vedette et on leur servait de groupe. Ca coûtait moins cher aux producteurs montréalais. Cette semaine, par exemple, j'accompagne Buddy Guy et B.B. King au Forum de Montréal. Ca fait partie de mes racines et de mon éducation musicale.
Titus - En parcourant ta biographie, plusieurs périodes se détachent. Tu as notamment travaillé pendant cinq ans aux côtés de Michel Pagliaro. Que retiens-tu de cette période ?
J'ai appris beaucoup de choses à ses côtés. On a fait cinq albums ensemble. On se voit moins souvent aujourd'hui. Il est surtout à Paris, mais c'est comme un grand frère pour moi. Il m'a beaucoup appris, surtout la manière dont il faut se montrer justes avec les musiciens quand on dirige un groupe. Il m'a aussi donné de bons tuyaux sur la façon dont il faut "dealer" avec les producteurs, pour savoir préserver une éthique. Et éviter les pièges dans lesquels lui est parfois tombé.
Titus - En 1979, tu as produit ton premier album solo, "Cartes sur table". Déjà, à l'époque, les médias te qualifiaient de "bête de scène". Et peu après, on te retrouve à New York, où tu as formé deux groupes, "Monster" et "The Bank". C'est à New York que tu montes sur scène aux côtés de Brian Eno, Pete Townsend ou des Talking Heads. Ils ne t'ont pas fait de propositions alléchantes ?
Si, mais au moment où les choses commençaient à se débloquer pour moi de ce côté-là, j'ai eu le malheur d'être incarcéré et déporté des Etats-Unis. J'ai passé deux ans de prison à New York City. C'est pas un sujet sur lequel je tiens à m'étendre. Un film documentaire, "Locomotive blues", a été réalisé sur cet épisode de ma vie et a été diffusé sur des chaînes de télé canadiennes. Il a été filmé par deux jeunes cinéastes montréalais, Eric Michaud et Michael Hogan. Ils venaient souvent voir mes spectacles et ils voulaient faire quelque chose à mon sujet. Pendant trois ans, ils ont réuni 250 heures de tournage, qui ont été par la suite condensées en 30 minutes. C'est au final, un bon document sur le style de vie du bluesman. Toujours est-il qu'après l'épisode d'incarcération, j'ai recommencé à jouer à Montréal, avec mes musiciens new-yorkais.
Titus - Je voulais justement qu'on évoque ce côté nomade du bluesman. Montréal, New York, en plus de nombreux voyages... Tu aimes la route ?
C'est une question de survie. C'est aussi un peu lié à l'instrument que je pratique, l'harmonica, qui est un instrument de gitan, d'une certaine façon, parce qu'il se promène partout. Je dis que c'est la meilleure carte de crédit au monde. On peut en jouer n'importe où. C'est toujours commode. Si je suis mal pris, je sors un harmonica et c'est assez facile d'attirer l'attention.
Titus - Ton nouvel album est intitulé "Fire to the wire". Ce titre se rapporte à une chanson reggae sur l'album. Quelle en est l'origine ?
Ecouter la réponse de Jim Zeller, dans Calypso, sur CINN FM :
"Fire to the wire" a été composée en Jamaïque, il y a deux ans. On était sur une plage, avec ma blonde Marie-Pierre Beverly, qui a justement écrit le texte d'une autre chanson de l'album "Jack Daniel's blues". En Jamaïque, ils ont la musique dans la peau, et un Jamaïcain est arrivé devant moi : "Ah, man, I've got the beat, man. Check it out, man". (Jim joue un air à l'harmonica) Le beat est parti de là et "Put the fire to the wire", c'est les rastas qui disaient ça. Ca veut dire, "allume ton joint" ou "mets le feu à la mêche". On a composé cette chanson sur place. C'est devenu le thème de l'album.
Titus - Ca fait presque huit ans que tu évolues avec la même équipe de musiciens, notamment le bassiste Jean-Guy Bo





































