24.09.2008
James Alexander Murdoch : un vent chaud souffle du Yukon !
Originaire du Yukon, James Alex Murdoch n'a pas suivi le chemin tracé par son grand-père, qui fut premier ministre de ce territoire de l'Ouest canadien, dans les années 60 et 70. Pour sa part, ses idoles s'appelaient plutôt Blue Rodeo ou Skydiggers, et c'est bel et bien dans l'univers de la musique qu'il a choisi d'évoluer. Bien lui en a pris ! En quelques années, sa carrière a connu une accélération qui laisse présager des lendemains qui chantent pour le jeune rocker. Rien que cette année, il se retrouve trois fois en nomination aux Western Canadian Music Awards pour son quatrième album, "In Transit", qui recèle une myriade de refrains à faire fondre les glaces de son Yukon natal.
Titus - Tu es né au Yukon... Combien de temps y as-tu vécu et quels souvenirs gardes-tu de cette époque ?
James Alex Murdoch - En fait, je suis un "Yukonien" de la troisième génération, ce qui fait de moi un specimen (rires). Ma grand-mère y est née, ainsi que ma mère et moi. Mon grand-père a été premier ministre du Yukon dans les années 60 et 70. J'y ai vécu jusqu'à la fin de mes études secondaires et j'y effectue encore des visites régulières.
Titus - L'endroit où tu as grandi a-t-il fortement contribué à façonner le personnage que tu es devenu ?
Absolument ! Le Yukon est un formidable concentré de talents, surtout si l'on considère le nombre d'habitants. Cela m'a offert, très tôt, de nombreuses opportunités que les musiciens n'obtiennent en général que bien plus tard dans leur carrière.
En guise de mise en bouche, une chanson de son troisième album, "Between the lines", "Believe" :
Titus - Tu jouais, paraît-il, de deux instruments dès l'âge de six ans. L'environnement familial doit y être pour beaucoup, non ?
C'est un fait que l'art coule dans nos veines. Ma mère est organisatrice de concerts et dirige une galerie d'art. Mon beau-père était quant à lui musicien, et il fut d'ailleurs l'un de mes premiers professeurs. Mais je n'aimais pas beaucoup ça. J'étais un élève peu enthousiaste et mes premiers résultats d'examen de piano ont été assez lamentables. En fait, j'ai commencé à aimer jouer lorsque mes parents m'ont confié à une vraie prof de musique. Elle est parvenue à m'expliquer le pourquoi du comment et à me convaincre de l'utilité d'un apprentissage théorique... Encore aujourd'hui, je ne pense pas toutefois avoir l'étoffe d'un théoricien de la musique...Titus - J'ai lu cependant que tu avais chanté sur une antenne nationale dès l'âge de huit ans... Ce n'est pas rien tout de même... Comment est-ce survenu ?
Un ami de la famille écrivait des chansons politiques à caractère satirique. Il s'était dit que ça pourrait être amusant de voir l'une de ses chansons interprétées par un enfant, et il n'avait pas tort. Ca a fait un carton et le morceau a squatté les ondes de Radio Canada à une certaine époque...
Titus - Tu me disais tout à l'heure avoir été un élève peu enthousiaste au début. A quel moment t'es-tu dit que tu pourrais en faire un métier ?
Je devais avoir cinq ans quand ma mère a eu son premier Walkman. Ce devait être sans doute l'un des tout premiers modèles sur le marché. En tout cas, ce fut pour moi une sacrée découverte. Je ne le quittais plus. Cette même année, nous sommes allés passer des vacances en famille au Mexique. J'ai passé tout le trajet, assis à l'arrière de la voiture, les écouteurs sur la tête... C'est à ce moment, il me semble, que j'ai eu la première fois l'idée de faire un jour quelque chose dans l'univers de la musique...Titus - A l'âge de 20 ans, tu avais, paraît-il, déjà accumulé une multitude d'expériences musicales...
J'ai joué dans plusieurs formations au collège et au lycée. On répétait à chaque fois qu'on en avait l'opportunité. Je me souviens de séances marathon de pratiquement huit heures d'affilée et on n'avait jamais l'impression d'accomplir un travail. On adorait ça, un point c'est tout. Et de fait, on a réussi à faire de très nombreuses scènes, malgré nos jeunes âges. C'est ce à quoi je faisais allusion un peu plus tôt : le fait d'être au Yukon a beaucoup aidé; on nous a sans cesse donné la possibilité de nous représenter, et je ne suis pas certain que de telles opportunités se seraient offertes à nous dans une autre région du Canada.
La vidéo de "Break me down", extrait du troisième album de James Murdoch :
Titus - Pourquoi avoir décidé de déménager à Edmonton, en Alberta ?
J'avais d'abord vécu à Victoria, en Colombie britannique, un coin vraiment magnifique mais peut-être un peu trop cool à mon goût. J'avais un peu tendance à me laisser aller... Et à l'époque, la scène musicale était assez limitée, ce qui a d'ailleurs bien changé depuis ! J'avais un peu de famille à Edmonton et je savais que je pourrais y trouver du boulot; c'est ce qui m'a décidé à m'y installer, et je n'en ai pas bougé depuis !
Titus - Ton premier album, "Polyphonic", est sorti en 2001. Comment ce projet s'est-il mis en place ?
Cela faisait quelques années que je résidais à Edmonton et je sentais que le temps était venu de tourner la page. Jusque là, j'avais toujours joué au sein de groupes et il me semblait que l'heure était venue de travailler sur un projet en solo. Enfin, pas tout à fait en solo puisque je suis retourné au Yukon pour enregistrer ce disque avec un copain qui jouait avec moi au lycée. Titus - Trois ans plus tard, tu signais un contrat avec l'étiquette montréalaise Indica Records. Un virage important, non ?
C'est sûr ! C'est à partir de ce moment-là que je n'ai plus eu besoin d'avoir un boulot à côté ! Je vis donc depuis 2004 de ma musique...
Titus - Quels musiciens, notamment sur la scène canadienne, t'ont le plus marqué ?
Les Skydiggers fut l'un des premiers groupes connus avec lesquels j'ai joué au tout début de mon parcours. Ils ont eu une énorme influence sur moi et ma musique. Des années après, j'ai eu l'occasion de reprendre contact avec eux et même de composer quelques chansons avec certains musiciens du groupe. C'est génial de pouvoir bosser ainsi avec tes idoles. Je suis aussi, par ailleurs, un grand fan du groupe Blue Rodeo. Et plus récemment, j'ai découvert la musique de Jason Collett que j'adore. Tous ces musiciens sont canadiens !
Titus - Composes-tu la plupart de tes chansons ?
Oui, je compose effectivement la majorité de mes chansons. De plus en plus, il m'arrive aussi cependant de collaborer avec d'autres artistes, notamment avec mes musiciens. Et généralement, quand j'écris une chanson, les paroles viennent après la musique.Titus - Tu parlais à l'instant de tes musiciens. As-tu en général une idée assez précise de ce que veux faire de tes chansons avant même de les leur présenter ou faites-vous évoluer les morceaux collectivement ?
Il fut un temps où j'écrivais la musique de A à Z et où je m'assurais que les musiciens interprètent mes morceaux exactement comme je le souhaitais. Je crois avoir évolué et mûri en tant qu'artiste. Mon ego s'est un peu dégonflé, sans doute, car je suis davantage à l'écoute des suggestions de mes musiciens aujourd'hui.
Titus - Ton quatrième album, "In Transit", est sorti l'an dernier au Canada. J'ai lu qu'il avait été enregistré dans le Nord de l'Ontario. Tu peux nous en dire un peu plus ?
En fait, il y a eu trois tentatives. La première, au Yukon; la seconde à Edmonton, et la troisième, qui fut la bonne, en Ontario. Je voulais vraiment m'isoler complètement pour ce projet. Je ne voulais pas me disperser : il y a trop de distractions en ville et les préoccupations quotidiennes finissent par te rattraper ! Il se trouve que le producteur de l'album, Hawksley Workman, avait un studio dans le Nord, à Muskoka. Je me suis dit que ce serait très certainement l'endroit idéal pour effectuer l'enregistrement. Ce fut le cas !Titus - J'aimerais que tu nous dises deux mots sur ta chanson "Transportation", qui a récemment fait l'objet d'un clip vidéo qui est en nomination pour les Western Canadian Music Awards...
Cette vidéo a été réalisée par Clinton Carew. Son idée était très bonne : il a décidé de filmer simultanément la même scène par une douzaine de caméras différentes : numérique, 8, 16 et 32 mm, etc. Toutes les images ont été réunies sur le même film, composant une sorte de collage ou de mosaïque vivante. Un machin un peu fou mais plutôt efficace !
La vidéo de Transportation, extrait de l'album In Transit :
Titus - As-tu une chanson favorite sur l'album ?
Ca change en fonction de mon humeur, mais je crois que "Blindsided" ou "Something to hold on to" sont celles qui me ressemblent le plus !Titus - L'album "In Transit" a reçu des critiques élogieuses, est trois fois en nomination cette année pour les Western Canadian Music Awards. Es-tu satisfait de l'accueil réservé à ce disque ?
Ouais. C'est sûr que ça fait du bien. Je suis ravi parce que tout cela me permet aujourd'hui de poursuivre ma carrière...
Titus - Tu donnes beaucoup de concerts au Canada. As-tu déjà joué en Europe ?
J'ai déjà visité l'Europe, mais je n'ai hélas jamais joué là-bas. J'aimerais beaucoup ça et serais vraiment ravi de répondre à toute invitation. Une idée de tournée au printemps prochain en Europe me trotte dans la tête. Toute personne souhaitant m'aider à la mettre en oeuvre sera la bienvenue !
Titus - Tu as ouvert ton propre studio à Edmonton où tu produis plusieurs groupes. Une autre corde à ton arc ?
Oui, j'adore la production. Dès que je mets les pieds dans un studio, je me lâche ! La création n'a pas de limites.
Titus - La scène musicale de l'ouest du Canada est très dynamique et diversifiée. Peux-tu nous donner quelques exemples de groupes susceptibles de devenir des valeurs sûres ?
Parmi les groupes que j'ai récemment produits, il y a "The Wheatpool". J'ai réalisé leur dernier CD. C'est un très bon groupe et des gars vraiment sympa, qui plus est !Titus - Rachelle Van Zanten, qui est aussi originaire de l'ouest canadien, est l'une de tes connaissances ?
Oui, elle a vécu un certain temps à Edmonton. La communauté des musiciens est un mouchoir de poche. On finit par tous se connaître...
Titus - Quels sont tes projets pour les prochains mois ? Travailles-tu déjà sur un nouvel album ?
Les Western Canadian Music Awards auront lieu dans quelques semaines. En attendant, je file sur Nashville pour quelques semaines afin de travailler sur de nouvelles chansons. Tout de suite après, nous rentrons en studio pour enregistrer le nouvel album que j'entends autoproduire.
James Murdoch live avec ses musiciens dans "Get what you deserve", extrait de l'album "In Transit" :
@ Propos recueillis par Titus (septembre 2008) - Photos : DR et Robyn Brandt.
POUR EN SAVOIR PLUS :Le site officiel de James Alex Murdoch.
Le site MySpace de l'artiste.
Le point de vue de Titus sur l'album In Transit.
LE YUKON, QUESACO ?
Le Yukon est un fleuve du Canada et des Etats-Unis qui se jette dans la mer de Béring (3.185 km). Il donne son nom à une division administrative de l'Alaska ainsi qu'à un territoire du Canada. Ce dernier couvre une superficie de plus de 482.515 km2 et ne compte que 30.372 habitants.
09:00 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : James Alex Murdoch, rock canadien, Yukon, Alberta, In Transit
04.03.2008
Ray Bonneville : "La scène, mon deuxième chez-moi"
Si le talent était la seule condition du succès, nous aurions tous entendu parler de Ray Bonneville, ce bluesman d'origine canadienne qui vient de publier, il y a quelques semaines, son sixième album, "Goin' by feel". Lorsque je l'avais rencontré pour la station CINN FM, en 1994, je m'étonnais de la publication tardive de son premier album, "On the main", en 1993, alors qu'il avait déjà vingt-cinq ans de carrière derrière lui et un palmarès plus qu'enviable. Dans la veine d'un JJ Cale, Ray Bonneville continue, bon an mal an, à tracer son sillon avec une discrétion qui sied finalement plutôt bien aux bluesmen.
Titus - Ray Bonneville, ça fait plutôt drôle de parler d'un premier album lorsqu'on voit toute l'expérience que vous avez accumulée dans la chanson depuis vingt-cinq ans. Pourquoi avoir tant tardé ?
C'est une question de timing. Je voulais développer mon propre style avant de publier quoi que ce soit, et avoir suffisamment de compositions personnelles avant d'enregistrer. Pendant une vingtaine d'années, j'ai chanté du blues et du country blues mais ce n'étaient pas mes compositions à moi. Je passais mon temps à voyager et me représentais un peu partout dans le monde, mais j'étais davantage un interprète. Lorque je suis revenu au Québec, d'où j'étais originaire, je me suis mis à écrire plus sérieusement. Pour la première fois de ma vie, j'avais aussi assez d'argent pour enregistrer un disque, parce que ça n'a rien d'évident quand tu es bluesman... Et puis, en plus de mon activité de musicien, j'ai été pilote d'avion. J'ai longtemps hésité entre ces deux activités...Titus - Avant la publication de ce premier album solo, "On the main" vous aviez participé à plusieurs enregistrements. Vous avez joué entre autres sur les albums de Stephen Barry, des Bluebirds, ou encore d'Ophelia Swing Band. Vous étiez quand même un familier des studios d'enregistrement...
Quand je vivais dans le Colorado, j'étais un véritable "session musician" (requin de studio, Ndr), ces musiciens qu'on engage en raison de leur habileté à jouer d'un instrument. Moi, c'était l'harmonica. J'ai participé à un certain nombre d'enregistrements à ce titre. L'ambiance d'un studio, c'est donc quelque chose que je connaissais.
Titus - On vous compare à JJ Cale ou Eric Clapton, mais votre musique est très personnelle et vous avez vraiment créé un style qui n'appartient qu'à vous. Est-ce que vous attribuez ça aux nombreuses années passées sur la route ?
Je pense, oui. Un musicien qui débute ne peut pas avoir de style. C'est une question de maturité. Les comparaisons avec JJ Cale ou Clapton tiennent sans doute au fait que nous avons les mêmes influences, blues et country. J'aime ces gars-là mais je ne me suis jamais dit que j'allais chercher à les imiter... Je ne dis pas que mon album est un disque de blues ou de country, parce que ce n'est pas le cas. C'est un cocktail, le résultat de tout ce que j'ai entendu quand j'ai vécu en Louisiane et un peu partout. Un extrait de concert de Ray Bonneville enregistré en 2007 au Shetland festival :
Titus - J'aimerais que l'on raconte un peu votre cheminement. Vous êtes Québécois mais avez beaucoup fréquenté les Etats-Unis...
J'ai débuté au Québec. Je suis né à Hull mais j'ai passé mon enfance dans la ville de Québec. A l'âge de douze ans, mon père a obtenu du travail à Boston. Toute la famille a donc rejoint les Etats-Unis en char. J'y ai suivi mes études secondaires avant de partir au service militaire pendant deux ans. Mais j'avais déjà un band, les VIPs, dès l'âge de quinze ans. Je jouais de la guitare et on voyageait déjà pas mal. A mon retour du service, vers l'âge de vingt ans, j'ai recommencé à jouer de la musique. Je me suis établi dans le Colorado où j'ai vécu sept ans avant de partir en Alaska. Pendant toutes ces années, j'ai développé mes capacités à jouer en solo. De là, je suis allé à Seattle pendant deux ou trois ans, avant de traverser l'Atlantique. J'ai vécu à Paris en France pendant un an. J'y ai joué beaucoup et j'ai bien aimé ça. Je suis retourné par la suite à Boston avant d'aller vivre en Louisiane pendant quatre ans. J'y avais déjà joué à plusieurs reprises mais je n'y avais pas encore résidé. Après ça, il y a eu un nouveau saut à Boston avant de revenir au Québec, en l'occurrence à Montréal.Titus - Musicalement, vous êtes quelqu'un de très polyvalent : vous êtes un guitariste virtuose en plus d'être un excellent joueur d'harmonica. Comment avez-vous acquis la capacité à jouer de ces différents instruments ?
La guitare, j'ai commencé à en jouer dès l'âge de quatorze ans. L'harmonica, c'était pas avant mes vingt ans. J'avais entendu Little Walter, Howling Wolf, et ça m'avait impressionné. J'ai d'abord pratiqué les deux instruments de manière séparée, puis j'ai commencé à en jouer simultanément sur scène. J'ai jamais pris de cours : j'ai toujours travaillé à l'oreille. Mon style à la guitare, le finger picking, je l'ai emprunté à un certain nombre de musiciens, notamment Muddy Waters.
Titus - A ce propos, avez-vous côtoyé Muddy Waters ? Car c'est un nom qui apparaît à plusieurs reprises dans votre biographie...
J'ai été beaucoup influencé par Muddy Waters. J'ai aussi assuré quelques premières parties de ses shows. Je l'ai rencontré mais je ne l'ai pas réellement côtoyé. Je devais avoir 27 ans à l'époque... Il m'a dit qu'il comptait sur nous, les jeunes, pour assurer la relève et faire en sorte que le blues continue à vivre... Quelques années après sa mort, j'ai joué en première partie du Legendary Blues Band, composé de ses anciens musiciens, dans un club du Massachusetts. Ils m'ont invité sur scène; on a interprété quelques chansons ensemble, et on a bien discuté après le show. C'est souvent comme ça que ça se passe; on se retrouve dans la loge, on parle de nos influences communes...
Titus - J'ai vu aussi les noms de BB King, de Bob Scaggs, de John Hammond...
Les noms qui figurent dans mon press-book sont ceux de musiciens avec lesquels j'ai jammé où qui m'ont invité à assurer leur première partie. John Hammond et moi étions très amis. On a fait quelques virées ensemble aux Etats-Unis. C'est un très grand musicien. J'ai aussi assuré la première partie de BB King récemment à Montréal; je l'ai trouvé vraiment très sympathique.
Titus - On dit souvent que les bluesmen accordent une place particulière à la scène. Qu'est-ce que ça représente pour vous ?
La scène, c'est mon deuxième salon. Je m'y sens vraiment très à l'aise ! S'il se passe un mois sans concert, je ne me sens vraiment pas bien. C'est difficile à expliquer ! J'aime beaucoup ça !
Titus - Pouvez-vous nous parler de l'enregistrement de votre premier album, "On the main" ?
Tout s'est fait relativement vite. J'avais assez d'économies. J'ai appelé mon chum Brad Hayes, des Etats-Unis, qui est le second guitariste. A l'époque, je jouais aussi avec Stephen Barry et son batteur, John McColgan. Tout s'est mis en place naturellement. On est allé en studio et nous avons rapidement trouvé le bon feeling. C'est pour ça que la musique est aussi joyeuse ! On était comme en famille...Titus - Votre musique est aérée, jamais trop chargée. C'est un peu votre marque de fabrique, non ?
Quand j'arrive dans une nouvelle ville, je cherche toujours les meilleurs musiciens, ceux dont je partage la même philosophie musicale. Le bassiste et moi tombons d'accord sur un point : il faut laisser respirer la musique et ne pas trop multiplier les notes. C'est quelque chose que j'ai appris à la Nouvelle-Orléans. La musique, c'est aussi le silence entre les notes. En studio, on esaye de créer une ambiance, une atmosphère.
Titus - "On the main" est sorti l'an dernier, en 1993. Travaillez-vous déjà sur un autre album ?
Depuis la sortie de "On the main", j'ai écrit environ 25 chansons. On les a déjà chantées sur scène. Certaines ont été enregistrées en studio. Mais il faut que j'en retienne seulement une douzaine. Je pense que cet album sortira au printemps 1995.Titus - En écoutant votre album la première fois, j'étais loin de penser que vous étiez québécois. L'accent est vraiment américain. En tant que Québécois qui chantez en anglais, est-ce que vous avez déjà songé à chanter le blues en français ?
Dans le prochain album, il y a une chanson intitulée "That blonde of mine" qui est écrite en français et en anglais. Mais J'ai passé 27 ans aux Etats-Unis et mon niveau actuel de français ne me permet pas de restituer la palette de nuances que j'arrive à exprimer en anglais. Il faut que je t'avoue une chose : je pense aujourd'hui en anglais. Mais depuis que je suis de retour au Québec, je m'y remets et ça revient progressivement. Mais pour être satisfait d'une chanson, il faut que la langue coule, et que je réussisse à la faire couler comme l'anglais. Il y a des artistes francophones qui y parviennent...
Titus - Vous avez beaucoup vécu aux Etats-Unis. Est-ce que le français joue encore un rôle dans votre vie ?
Je me considère comme un Nord-Américain. Que je sois à Montréal ou à New York, c'est toujours moi. J'aime les gens du Québec, mais j'aime aussi les Etats-Unis. Voyager, ça permet de voir d'autres styles de vie, d'autres façons de penser. S'il fallait que je raconte les kilomètres parcourus dans ma voiture, entre New Orleans et Boston, ou Boston et Seattle, on pourrait voir défiler les poteaux de téléphone dans mes chansons.Un extrait de l'album "Goin' by feel", la chanson "Crow John", version concert :
Titus - Dans l'imaginaire, je crois que ce que vous dites correspond à l'idée que les gens se font du bluesman, quelqu'un qui vit un peu en marge et sur la route...
Un musicien, qu'il soit bluesman ou pas, doit voyager. Si on restait dans la même ville, ce serait difficile d'évoluer... Il faut aller au contact de gens meilleurs que soi pour apprendre et avoir le désir d'aller plus loin.
Titus - Pourquoi avoir choisi de revenir au Québec pour enregistrer votre premier album ?
Je n'ai pas fait exprès ! J'avais un contrat en Abitibi, au Québec, en tant que pilote d'avion. Je devais piloter un Beaver, un avion de brousse, pour un pourvoyeur. J'ai amassé assez d'argent pour faire mon album en ce faisant. Et puis j'ai de la famille à Montréal : deux soeurs, mon père, ma mère... J'ai un lien très fort avec cette région. D'autre part, la concurrence est très forte aux Etats-Unis dans le domaine du blues. Je me suis dit que de me faire connaître dans un premier temps au Canada pourrait m'aider, par la suite, à percer aux Etats-Unis... Les maisons de disques américaines font attention à tout ce qui marche bien au Canada. Nous verrons bien...
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel de Ray Bonneville.
Le site MySpace de l'artiste.
RAY BONNEVILLE :
COMPLEMENTS BIOGRAPHIQUES :
Depuis notre rencontre en 1994, le Canadien Ray Bonneville a continué à tracer sa route dans le monde du blues. Pas moins de cinq albums ont suivi "On the main", dont il était question lors de notre entretien. Il semble que la "stratégie" de Ray - tenter de se faire connaître au Canada dans l'espoir de finir par percer aux Etats-Unis - a bel et bien fini par porter fruit. Son album "Roll it down", sorti en 2003, a d'ailleurs été publié sur une étiquette américaine. Ray jouit aujourd'hui d'une notoriété certaine en Amérique du nord et en Europe. Le 22 janvier, son sixième album, "Goin' By Feel", a été publié chez Red House Records.
LE DOCUMENT EN PLUS
Pourquoi Ray Bonneville a-t-il enregistré son premier album au Québec, lui qui vivait depuis 27 ans aux Etats-Unis ? Voici la réponse qu'il nous a donnée en 1994, dans le cadre de l'interview que nous avions diffusée sur CINN FM :LA DISCOGRAPHIE COMPLETE DE RAY BONNEVILLE :
Goin' By Feel (2008) : à écouter en ligne, sur le site officiel de Ray.Roll It Down (2003)
Rough Luck (2000)
Gust of Wind (1999)
Solid Ground (1997)
On The Main (1993)
OU VOIR RAY BONNEVILLE CE PRINTEMPS EN EUROPE ?
Allemagne : tournée prévue du 15 au 30 avril 2008.Irlande : (avec Tim O'Brien) à Belfast le 1er mai, Dublin le 2, Kilkenny les 3 et 4 mai, Galway le 5 mai.
Royaume-Uni : plusieurs dates au programme d'une mini-tournée qui se déroulera du 9 au 20 mai.
Photos : Sandy Dyas, Jan Guchelaar et DR.
14:30 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Ray Bonneville, blues canadien, Québec, country blues
30.04.2007
Shannon Lyon : "Je me laisse guider par l'instinct"
Les concerts folk-rock ne sont pas légion à la pointe bretonne. Le petit festival qui monte, les Vaches folk, en a fait son créneau. Après nous avoir fait découvrir Rachelle van Zanten en 2006, c'est un autre Canadien, Shannon Lyon, qui sera l'hôte de la salle polyvalente de Cast (près de Châteaulin), le samedi 19 mai. Shannon Lyon, qui a creusé son sillon au sein de la formation rock Strange Days de 1989 à 1993, poursuit une carrière solo fertile depuis 1994. Pas moins de neuf albums ont jalonné ces treize dernières années, le dernier en date, "Safe Inside", faisant l'objet d'une tournée européenne ce printemps. Cast sera la seule (et la première) date en France de Shannon Lyon. Avant d'entamer son European Tour, le songwriter ontarien a bien voulu répondre à nos questions.
Titus - Shannon, pourrais-tu nous parler un peu de tes origines ?
Shannon Lyon - J'ai été élevé dans le sud de l'Ontario, près de Kitchener. J'habitais à la campagne, au bord d'un chemin non bitumé. Je me souviens qu'à l'âge de trois ans, j'écoutais déjà le vieux Stompin' Tom sur un tourne-disque Mickey Mouse.
Titus - La musique était omniprésente à la maison ?
Tout à fait. Ma maman était une grande fan d'Elvis. Je me rappelle d'ailleurs que je portais des tee-shirts à l'effigie d'Elvis jusqu'en sixième ou cinquième.
Titus - Te souviens-tu du jour où tu as mis la main la première fois sur un instrument de musique ?
Absolument. J'étais en colonie de vacances. Je devais avoir 12 ans à l'époque. J'ai commencé à chanter "Bee Bob a loo la" en courant autour du camp. C'est à ce moment-là que j'ai su que je voulais devenir chanteur. Ce fut ma première expérience "cathartique" avec la chanson. Un intense sentiment de libération... C'est aussi au cours de ce même été qu'un animateur de colo m'a donné l'opportunité de jouer sur une guitare acoustique pour la toute première fois. Je suis sorti de cette expérience particulièrement inspiré !
Titus - Après cette première expérience, comment as-tu appris à jouer véritablement ?
A force de jouer et pratiquer avec des amis. Mon père a aussi contribué à sa mesure : il m'a enseigné les trois accords qu'il connaissait. Bien qu'il était gaucher, il arrivait tant bien que mal à jouer à l'envers sur une guitare de droitier.
Titus - As-tu commencé à jouer au sein d'un groupe quand tu étais jeune ?
J'ai lancé mon premier duo au milieu des années 1980. Le duo s'est finalement transformé en une formation de cinq musiciens que nous avons baptisée "Strange Days". Nous avons tourné d'un bout à l'autre de notre bon vieux pays pendant plusieurs années. C'est à ce moment que nous sommes devenus amis avec les Blue Rodeo (autre groupe canadien bien connu, ndr). Nous avons effectué des tournées avec de très nombreuses formations à l'époque, The Tea Party, Bruce Cockburn et même les Troggs.
Pour se faire une idée de Shannon Lyon à l'époque de la formation rock Strange Days, en 1992, voici la chanson "Gettin' kicked" :
Titus - Depuis quand composes-tu tes propres chansons ?
Déjà tout jeune, j'écrivais de la poésie et des nouvelles. L'achat de ma première guitare a été un formidable catalyseur. Arriver à combiner mélodies et paroles, c'est quelque chose d'assez puissant ! J'ai commencé à écrire mes propres chansons presque immédiatement. Elles n'étaient pas forcément très réussies au début, mais il fallait bien commencer d'une manière ou d'une autre ! Ca m'a bien pris deux ans avant de produire quelque chose d'audible !
Titus - Quels chanteurs écoutais-tu quand tu étais plus jeune ? Et quels sont ceux qui ont compté dans ton parcours personnel ?
Neil Young est sans conteste celui qui m'a le plus marqué. J'étais complètement accro à sa musique au moment-même où j'apprenais à jouer de la guitare et commençais à composer mes propres morceaux. Il fut donc plus qu'une influence... D'autant que le personnage aussi m'impressionnait : sa candeur, une intégrité à fendre le coeur. J'ai su d'emblée que mes pas devaient s'inscrire dans les siens.
Titus - Qu'est-ce qui a fait qu'un jour, l'idée de faire carrière dans la musique s'est imposée à toi ?
Ca n'est pas venu d'un seul coup ! En fait, deux ou trois événements dans ma vie ont sérieusement compliqué les choses. J'éprouvais quelques difficultés à trouver ma place au milieu de ce que je vivais. C'est difficile de trouver les mots pour décrire certaines expériences-pivot que j'ai vécues à l'époque. Tout cela m'a obligé à faire table rase du passé. L'occasion d'un nouveau départ; un tournant décisif qui a trouvé son expression dans l'écriture.
Titus - Ton album "Summer Blonde", sorti en 2000, fut le premier de tes albums à être distribué à l'échelle du Canada et reçut à l'époque un accueil très enthousiaste des critiques.
Le succès de "Summer Blonde" m'a ouvert quelques portes. On m'a notamment proposé un certain nombre de premières parties de Blue Rodeo en 2000. On se retrouvait ainsi chaque soir devant des audiences de plus d'un millier de spectateurs. Une époque passionnante. Le public n'a cessé de grandir jusqu'à mon départ pour la Hollande en 2001.
Titus - Pourquoi avoir choisi de partir en Hollande ?
C'est le compositeur Rob Lamothe qui m'a présenté à ses agents hollandais. Cela faisait un moment qu'il me faisait de la pub aux Pays-Bas. Ca s'est concrétisé par la mise sur pied d'une tournée de quatre semaines en Hollande. J'avais pris un aller simple pour Amsterdam. J'y suis finalement resté deux ans...
Titus - Aujourd'hui, où vis-tu ?
Je réside actuellement au Canada, mais ça va sans doute encore changer cet été. Je cherche un nouveau domicile, si possible près de la mer et sous le soleil... Ca me changerait des six mois de neige et glace canadiens. J'ai entendu dire que le sud de la France était assez chouette. J'en profite pour lancer un appel : si quelqu'un a une petite villa à louer en bord de mer, contactez Titus qui transmettra...
Un extrait du dernier album de Shannon Lyon, "Safe Inside", la chanson "I believe in you" :
Titus - Ton album "Safe Inside" débute par une chanson intitulée "Marie" dans laquelle tu racontes une rencontre survenue à Dresde, en Allemagne...
C'est la seule chose que je sais faire : parler de moi et des choses qui m'arrivent. J'ai rencontré cette fille, Marie, à Dresde, pendant l'intermède à l'un de mes concerts. On avait un peu trop bu cette nuit-là et, à la fin du spectacle, nous avons eu quelques difficultés à trouver ensemble la sortie de la salle. Je ne l'ai jamais revue depuis...
Titus - Tes albums "Wandered" et "Safe Inside" ont tous deux été enregistrés aux Pays-Bas. Quelle en est la raison ?
Dans le cas de "Wandered", c'est tout simplement parce que je vivais en Hollande à l'époque. J'avais rencontré plusieurs musiciens et producteurs vraiment cool dans le sud des Pays-Bas. C'est là que nous avons décidé d'enregistrer l'album. Nous avons emménagé dans un vieux corps de ferme datant du XVI siècle pour deux semaines. Ce fut une période très intense : on a "bouffé" de cet album 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Ca s'est tellement bien passé que j'ai engagé la même équipe pour "Safe Inside". Ce dernier album a été coproduit par moi et BJ Baartmans.
Titus - C'est l'album "Wandered" qui t'a permis de signer avec la fameuse étiquette V2 Records, lancée par Branson...
V2 m'avait à l'oeil depuis un certain temps déjà. Je vivais toujours en Europe à l'époque mais j'étais retourné en Amérique pour des concerts à New York et Toronto. Ils m'ont fait une offre à l'issue de ces shows.
Titus - Quand ton album "Dharma" est sorti en 2002, tu as effectué une tournée de neuf mois en Hollande, Allemagne et Belgique. Comment expliques-tu cet intérêt des publics hollandais et allemand notamment ?
Il existe un vaste public en Europe pour la musique "roots", et notamment en Hollande et en Allemagne. Et vous êtes aussi tellement plus nombreux en Europe, surtout si l'on fait la comparaison avec le Canada, qui est un grand pays peu peuplé...
Titus - Il faut avoir le voyage dans la peau pour effectuer d'aussi longues tournées, non ?
Heureusement que j'aime voyager, en effet ! Même si c'est quand même fatigant à la longue. En fin de tournée, je suis complètement crevé. J'aime aussi le temps passé dans mon propre studio à travailler de nouveaux morceaux. Je fais un peu des deux ; ça rend la vie intéressante... Et ce n'est pas tout, puisque je trouve aussi le temps de produire des chanteurs canadiens, comme Barry Payne, Phil McTaggart ou David Fougère. Avec mon associé, Chris Giesbrecht, nous produisons des albums depuis plus de trois ans !
Titus - Combien de temps a-t-il fallu pour enregistrer "Safe Inside" ?
Ca n'a pas pris tellement de temps : l'enregistrement des pistes a été réalisé en trois jours. Une session plutôt rapide ! Je suis ensuite retourné au Canada et nous nous sommes échangé les fichiers par Internet pour compléter le mixage. C'est comme ça que nous avons travaillé !
Titus - Majolein van der Klawn apparaît dans les choeurs sur "Safe Inside". Vos voix s'accordent magnifiquement.
Elle a une très belle voix, mais nous n'avons jamais encore chanté ensemble sur une scène. Pas comme avec Ellen ten Damme, qui faisait les choeurs sur "Wandered", et avec qui j'ai chanté "live" plus d'une fois.
Titus - Pourrais-tu nous dire quelques mots sur l'un des titres phare de ton dernier album, la chanson "Hallelujiah"...
A l'époque, je lisais et étudiais le philosophe indien Krisnamurti. C'est à ce moment que cette chanson m'est venue. Elle porte l'idée, qui émane de la pensée bouddhiste, que chacun peut être sa propre lumière. Je n'ai aucune croyance particulière en ce qui me concerne, et comme le mot "Hallelujah" est emprunté à la Bible, je me suis dit que ce serait une bonne idée d'en modifier l'orthographe. C'est pourquoi j'ai ajouté un "i", ce qui a donné "Hallelujiah". C'est une manière de revendiquer ma liberté. Ne suivre aucun modèle pour atteindre mon but, mais me laisser plutôt guider par mon instinct.
Le clip de la chanson "Hallelujiah", un extrait du dernier album de Shannon Lyon :
Titus - Tu es l'invité des Vaches Folk le samedi 19 mai, à Cast. S'agira-t-il de ton premier concert en France ?
Tout à fait, ce sera d'ailleurs mon premier voyage en France et Cast sera la seule date française de ma tournée européenne. Je m'y produirai en solo. Quand je suis en tournée, je voyage généralement seul et me produis en solo dans 90 % des cas. Ca me permet de rester équilibré (rires).
Titus - As-tu déjà commencé à travailler sur ton prochain album ?
En fait, j'ai à peu près deux albums d'avance... En général, les paroles et la musique me viennent en même temps. Elles reposent les unes sur les autres durant le processus d'écriture...
PROPOS RECUEILLIS ET TRADUITS DE L'ANGLAIS
PAR TITUS
Billetterie pour le concert de Cast
le 19 mai, à 20 h 30 :
sur place : 10 €; à la mairie de Cast : 10 €;
à l'espace culturel Leclerc de Quimper : 10 € + frais location (0.50 €)
Shannon Lyon sera aussi en showcase à Dialogues Musiques, à Brest, le 18 mai, à 18 h.
Discographie de Shannon Lyon :
Safe Inside (Busted Flat/InBetweens) 2006 ; Someday Mourning (Busted Flat/Festival) 2004 ; Bound (Busted Flat/FAB) 2003 ; Wandered (V2/BMG) 2003 ; Dharma (InBetweens) 2002 ; Summer Blonde (Square Dog/Outside) 2000 ; Tales Of A Yellow Heart (Swallow/EMI) 1997 ; Mods Rule (Swallow/EMI) 1996 ; Buffalo White(Swallow/EMI) 1995.
POUR EN SAVOIR PLUS
Le site officiel de l'artiste : Shannon Lyon
Sur MySpace : Shannon Lyon
15:15 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Shannon Lyon, folk, Ontario, Kitchener, Vaches folk, Cast, Brest
13.12.2006
Damhnait Doyle : "I'm glad my music is being heard..."
La Terre-Neuvienne Damhnait Doyle (prononcer Davnet : prénom gaélique) venait tout juste de fêter ses 21 ans, en 1996, lorsqu'elle a publié son premier album, intitulé "Shadows wake me", qui eut un retentissement tel au Canada qu'elle fut nominée aux Juno Awards. Cette même année, le 12 juin 1996, nous la recevions à l'antenne de CINN FM, dans Calypso. L'occasion de revenir sur la façon dont elle a signé son premier contrat avec une maison de disques. Cette interview ayant été réalisée en anglais, je la restitue telle quelle.
Après l'album "Shadows wake me" , et le tube "A list of things" (vidéo-clip à suivre), Damhnait Doyle a publié "Hyperdramatic" en 2000, dont l'extrait "Tattooed" a été particulièrement bien reçu par le public (clip ci-après). Son troisième album, "Davnet" sorti en 2003, comporte le succès "Traffic" (dont le clip tourné à Toronto vous est proposé également ci-après).
Visionner "Traffic", extrait du troisième album de Damhnait Doyle, "Davnet" (2003) :
Titus - Hello Damhnait Doyle, first of all, just a word about your name... It has to be gaelic with such an interesting spelling ?
Damhnait Doyle - Yes, my mother came from Cork, in Ireland, and it means "baby deer".
Titus - I would like you to tell us how you were discovered... If what I read is true, it does sound a bit like a fairy tale, doesn't it ?
Damhnait Doyle - It is a very interesting story. I was working, in Saint-John's Newfoundland, that's where I'm from, at a place called Travelquest, which was distributing east coast music. I was working there, just sort of answering the phone, in between semesters at the university. I was overheard singing in the office by the man who has my record company. He happened to be visiting from Toronto for a week and went to tell my boss at the time : "You know that girl in the office; she has a really nice voice !" I had done a demo tape a couple of months before and my boss gave him a copy. That day, after work, he said he had put it into the car stereo; he claims he got halfway around the block and came back and said : "hey, we've got our first artist !" So that's how it happened...
Listen to Damhnait Doyle's answer on CINN FM :
D. D. - Eversince I was a child, I've had an immense love for music and theater. At the time, I was doing a lot of theater, just around here in the city. But I didn't get in the national school. They did not agree with me, but I'm glad.
Titus - I think that you developed your vocal skills in the renowned Holy Heart of Mary Chamber Choir... Did you sing with them for a long time ?
D. D. - Yes, I did for about four years. It started off as a high school choir and it developed into a community choir. The choir, actually now as it stands, is going to represent Canada in Vienna for a world conference. It's a really wonderful choir and I'm really happy for them. Unfortunately, I had lo leave them when I started my own career.
Titus - How did your first solo album come into being, starting from the point when you left the choir ?
D. D. - When I was, sort of "discovered", by this record company, after a period of months while we were negociating a contract, I moved to Toronto and started working with different musicians. Last year (1995), we went into a studio north of Toronto, Orchard Studios, and recorded the album...
Visionner le clip "Tattooed" extrait du deuxième album de Damhnait Doyle, "Hyperdramatic" :
Titus - For this album, you worked with many great canadian songwriters like Ken Myrh or Anne Bourne. I guess it must have helped shape up the sound of "Shadows wake me", but I think that you still wanted to stay in control in terms of direction ?
D. D. - It would have been very easy for me to take twelve songs written by other people without my input; that would have been very easy for me to do, but I'm not that type of person. It wasn't worth it to me to do an album that was as much of myself as I could give at the time.
D.D. - Basically, we just got together and either one of us had an idea, usually they had either musical idea or lyrical idea, and it just worked out. Sometimes, the songs took months to write, and sometimes just an afternoon.
Titus - Since the album was put out, you've been touring throughout Canada to promote the album... What do you think of the response, so far ?
D. D. - I'm very happily surprised. It's wonderful to actually do an album and people are responding well to it, because there's so much wonderful music out there not really being heard. So I'm glad that mine is being heard.
Titus - Since we're going to listen to your song "A list of things" next, could you tell us, Damhnait, what the background to this song was ? Is it a list of things that you've always cherished ?
D. D. - Well, "List of things" almost did not happen. We were in the studio recording backtracks, which is bass and drums basically for the album, and Tim Welch (guitar player) said he had a great idea for a new song. I said, " Tim, I'm in the studio already, I can't go writing any more songs". So he played me this riff which is actually the music behind "List of things" and I really liked it so we ended up recording it. I brought the tape of the music home that week-end, and I felt really inspired to write the lyrics that I did. Basically, it was a summation for me, of what's important to me.
Visionner le clip "A list of things", premier extrait de l'album Shadows wake me, en 1996. Le clip a été tourné à Toronto en décembre 1995:
L'année 2003, qui a vu la sortie de l'album "Davnet", est aussi marquée par la création du trio Shaye que Damhnait Doyle crée avec deux autres chanteuses canadiennes Tara McLean et Kim Stockwood. Leur album compte quelques morceaux bien chaloupés, comme cette chanson intitulée "Happy baby", qui fut le premier single de la formation.
08:00 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Rock canadien, Damnhait Doyle, CINN FM, Calypso
19.09.2006
Jim Zeller : "L'harmonica, la meilleure carte de crédit au monde"
Jim Zeller n'avait pas douze ans lorsqu'un harmonica lui est tombé dans les mains la première fois. Au coup de foudre a succédé la passion, facilitée il est vrai par son extraordinaire talent. En trente ans de carrière, Jim Zeller a accompagné les plus grands à l'harmonica. B.B. King, Muddy Waters, John Lee Hooker, Bob Dylan, etc. Il y a plus d'un bluesman qui rêverait d'avoir ces noms-là sur son CV... Longtemps basé à New York, où il a joué aux côtés des Talking Heads, de Pete Townsend ou Brian Eno, Jim Zeller est revenu au Québec, sa terre natale, dans les années 80, où il a notamment fondé le Jim Zeller Band. Il fait aussi partie de ces musiciens de studio que tout le monde s'arrache : de Charlebois à Higelin en passant par Breen Leboeuf. Notre rencontre avec celui qu'on surnomme la "tornade" en raison de ses prestations scéniques décoiffantes, remonte à l'année 1996.
Titus - L'harmonica est un instrument qui a acquis ses lettres de noblesse, notamment dans le monde du blues. Quand as-tu découvert cet instrument ?
Jim Zeller - La première fois que j'ai vu un harmonica, il traînait au bord d'un bureau chez l'un de mes amis à Sherbrooke. Je l'ai mis dans ma poche : je trouvais ça commode d'avoir un instrument de musique qui rentrait dans une poche. Ce qui m'a également plu avec l'harmonica, c'est que ça ressemble à la voix.
Titus - Est-ce que tu collectionnes aujourd'hui les harmonicas ?
J'en ai des tas chez moi. Un vrai "junkyard" ! Il faut dire que la durée de vie d'un harmonica est assez limitée. Je dois en changer au bout d'une semaine ou deux, sinon ils commencent à fausser. L'harmonica chromatique va durer un an en moyenne, mais les harmonicas diatoniques, ceux que j'utilise, durent moins longtemps. Normalement, je me sers d'environ une dizaine de tonalités différentes.
Ecouter la réponse de Jim Zeller, dans Calypso, sur CINN FM
Titus - La maîtrise que tu possèdes de l'instrument te vaut souvent d' être appelé à jouer pour des grands noms, qu'il s'agisse de Charlebois, Higelin, pour ne citer que quelques francophones, mais tu as aussi accompagné des géants du blues, comme B.B.King, Muddy Waters, et ce dès les années 70. J'imagine que tu dois garder des souvenirs assez marquants de toutes ces années...
C'est sûr. Quand j'ai commencé à jouer, j'avais beaucoup d'opportunités de rencontres parce que je me produisais avec un guitariste montréalais au sein d'un groupe de Detroit. On a accompagné par la suite les groupes américains qui venaient à Montréal. C'est dans ce temps-là que j'ai joué avec tous ces bluesmen. Au lieu d'engager tout le groupe, les organisateurs de concerts préféraient engager la vedette et on leur servait de groupe. Ca coûtait moins cher aux producteurs montréalais. Cette semaine, par exemple, j'accompagne Buddy Guy et B.B. King au Forum de Montréal. Ca fait partie de mes racines et de mon éducation musicale.
Jim Zeller en concert, un plaisir pour les yeux et les oreilles :
Titus - En parcourant ta biographie, plusieurs périodes se détachent. Tu as notamment travaillé pendant cinq ans aux côtés de Michel Pagliaro. Que retiens-tu de cette période ?
J'ai appris beaucoup de choses à ses côtés. On a fait cinq albums ensemble. On se voit moins souvent aujourd'hui. Il est surtout à Paris, mais c'est comme un grand frère pour moi. Il m'a beaucoup appris, surtout la manière dont il faut se montrer justes avec les musiciens quand on dirige un groupe. Il m'a aussi donné de bons tuyaux sur la façon dont il faut "dealer" avec les producteurs, pour savoir préserver une éthique. Et éviter les pièges dans lesquels lui est parfois tombé.
Titus - En 1979, tu as produit ton premier album solo, "Cartes sur table". Déjà, à l'époque, les médias te qualifiaient de "bête de scène". Et peu après, on te retrouve à New York, où tu as formé deux groupes, "Monster" et "The Bank". C'est à New York que tu montes sur scène aux côtés de Brian Eno, Pete Townsend ou des Talking Heads. Ils ne t'ont pas fait de propositions alléchantes ?
Si, mais au moment où les choses commençaient à se débloquer pour moi de ce côté-là, j'ai eu le malheur d'être incarcéré et déporté des Etats-Unis. J'ai passé deux ans de prison à New York City. C'est pas un sujet sur lequel je tiens à m'étendre. Un film documentaire, "Locomotive blues", a été réalisé sur cet épisode de ma vie et a été diffusé sur des chaînes de télé canadiennes. Il a été filmé par deux jeunes cinéastes montréalais, Eric Michaud et Michael Hogan. Ils venaient souvent voir mes spectacles et ils voulaient faire quelque chose à mon sujet. Pendant trois ans, ils ont réuni 250 heures de tournage, qui ont été par la suite condensées en 30 minutes. C'est au final, un bon document sur le style de vie du bluesman. Toujours est-il qu'après l'épisode d'incarcération, j'ai recommencé à jouer à Montréal, avec mes musiciens new-yorkais.
Titus - Je voulais justement qu'on évoque ce côté nomade du bluesman. Montréal, New York, en plus de nombreux voyages... Tu aimes la route ?
C'est une question de survie. C'est aussi un peu lié à l'instrument que je pratique, l'harmonica, qui est un instrument de gitan, d'une certaine façon, parce qu'il se promène partout. Je dis que c'est la meilleure carte de crédit au monde. On peut en jouer n'importe où. C'est toujours commode. Si je suis mal pris, je sors un harmonica et c'est assez facile d'attirer l'attention.
Titus - Ton nouvel album est intitulé "Fire to the wire". Ce titre se rapporte à une chanson reggae sur l'album. Quelle en est l'origine ?
Ecouter la réponse de Jim Zeller, dans Calypso, sur CINN FM :
"Fire to the wire" a été composée en Jamaïque, il y a deux ans. On était sur une plage, avec ma blonde Marie-Pierre Beverly, qui a justement écrit le texte d'une autre chanson de l'album "Jack Daniel's blues". En Jamaïque, ils ont la musique dans la peau, et un Jamaïcain est arrivé devant moi : "Ah, man, I've got the beat, man. Check it out, man". (Jim joue un air à l'harmonica) Le beat est parti de là et "Put the fire to the wire", c'est les rastas qui disaient ça. Ca veut dire, "allume ton joint" ou "mets le feu à la mêche". On a composé cette chanson sur place. C'est devenu le thème de l'album.
Titus - Ca fait presque huit ans que tu évolues avec la même équipe de musiciens, notamment le bassiste Jean-Guy Boutin ou le batteur Serge Soulier.
Huit ans pour ceux qui sont avec moi depuis le début de l'aventure du Jim Zeller Band. Dans le cas de Serge Soulier, ça doit faire trois ans et demi. Il vit à Toulouse, en France. C'est pas de sa faute, il est né là-bas. Je l'appelle "born to lose" (né pour perdre en anglais, ndt). C'est sans doute ce sens de l'humour qui fait que le groupe arrive à perdurer. Ce sont d'excellents musiciens. C'est un album enregistré dans les conditions d'un concert. Il y a très peu d'overdub. On a enregistré 19 chansons sur deux soirs. On en a choisi neuf et on les a complétées en l'espace de sept ou huit mois.
Pour en savoir plus :
www.jimzeller.com
Ecouter Jim Zeller à l'oeuvre :
Un extrait de "The house of the rising sun" par Breen Leboeuf (album "L'âme nue" publié en 1994), fameuse reprise des Animals, où l'harmonica de Jim Zeller est omniprésent.
09:25 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Breen Leboeuf, Jim Zeller, harmonica, blues, musique, Michel Pagliaro, Québec
13.09.2006
Rachelle van Zanten : "Je n'étais pas une élève facile"
Invitée du festival des Vaches folk le 29 septembre prochain à Cast (près de Châteaulin, en Bretagne), la chanteuse canadienne Rachelle van Zanten nous parle de son enfance en Colombie-Britannique, de sa passion inextinguible pour la musique, et des musiciens qui ont compté dans son parcours. Dans cette interview, elle revient notamment sur ses années au sein du groupe Painting Daisies et évoque aussi son premier album, salué par la critique, "Back to François".
Titus - Peux-tu nous parler un peu de ton enfance dans les Prairies canadiennes ?
Rachelle van Zanten - J'ai grandi dans un environnement particulièrement sauvage à François Lake, dans la province de Colombie-Britannique. Mes parents ont un ranch de 250 hectares, ce qui fait que j'avais de grands espaces comme terrain de jeu. Avec ma soeur, notre jeu favori consistait à faire comme s'il nous fallait survivre dans la brousse. Je me mettais toujours dans la peau du "papa" protecteur...
Titus - Ton nom, van Zanten, m'intrigue... Quelles sont donc tes origines ?
Mon arrière-grand-père et mon arrière-grand-mère étaient originaires de Hollande. Ils ont émigré au Canada en 1907 pour devenir cultivateurs dans les Prairies. Mon arrière-grand-mère a péri en donnant naissance à des jumeaux, ce qui fait que mon grand-père et sa soeur ont été élevés dans un orphelinat.
Une performance acoustique de Rachelle van Zanten, "Got to let go", extrait d'une émission de la télévision suédoise :
Titus - Quelle place était réservée à la musique au sein de ta famille ?
Du côté maternel, tout le monde chante et joue d'un instrument de musique. Les enfants ont appris à chanter à l'église et finissent par savoir jouer de la musique au travers des rencontres familiales, et aussi par le biais de l'école.
Titus - Qu'écoutais-tu lorsque tu étais plus jeune ?
J'ai grandi au son du gospel, de la musique country traditionnelle, et puis du rock américain des années 80. Parmi les musiciens qui m'ont profondément marquée, je citerais les Judds, Patsy Cline, Emmylou Harris et Kathy Mattea.
Titus - J'ai lu que tu avais commencé la musique lorsque tu étais très jeune. Te rappelles-tu de ton premier professeur et du premier instrument dont tu as joué ?
Ce fut le piano, grâce à Mme Harrison. Je lui rends hommage car je n'étais pas une élève facile. J'ai toujours eu une bonne oreille et j'arrivais à reproduire ce qu'elle me montrait sans avoir à lire les notes. Ca avait tendance à l'exaspérer... Plus tard, j'ai appris la trompette et la batterie pour l'orchestre de l'école. Aujourd'hui, je joue du piano, de la guitare, de la mandoline, du fiddle (plutôt mal), et tout ce qui me tombe entre les mains.
Titus - Est-ce que la guitare est aujourd'hui ton instrument fétiche ?
Absolument ! J'adore en particulier la slide guitar. C'est quelque chose qui me correspond tout à fait. J'ai appris en autodidacte, en passant des heures à m'entraîner dans ma chambre. Puis j'ai suivi un génie de la slide guitar, Lester Quitzau. J'ai observé ses mains et appris certains de ses accords. Cela m'a beaucoup aidée, naturellement.
Titus - As-tu le sentiment d'être parvenue, comme le disent de nombreux critiques, à créer ton propre style de slide guitar ?
Je crois, oui. J'utilise une technique assez personnelle qui donne à ma guitare un son assez percutant. J'ai développé cette façon de jouer pour enrichir mon son lorsque je me produis en solo.
Titus - Dans quelles circonstances as-tu été amenée à te joindre à la formation rock "Painting Daisies", quatuor féminin qui a écumé les scènes canadiennes et internationales pendant onze ans...
Je voulais plus que tout jouer au sein d'un groupe et Daisy (Blue Groff) était déjà une coéquipière au sein de mon équipe de basket-ball au "college". Nous étions toutes deux folles de musique et nous avons commencé à nous produire en duo. Durant toutes ces années avec les Daisies, j'ai dû écrire à peu près 50 % des chansons.
Titus - Le groupe a donné son concert d'adieu en septembre 2005. Pourquoi avoir souhaité mettre un terme à cette aventure qui commençait à porter fruit, y compris au plan international.
Comme beaucoup d'autres groupes, notre formation a vécu. L'un des piliers du groupe ne souhaitait plus faire de tournée. On ne peut pas aller bien loin dans ce métier si on n'est pas prêt à faire quelques kilomètres. Il nous fallait donc passer à autre chose. D'autant que notre bassiste, entre-temps, a eu aussi un bébé, ce qui compliquait quelque peu l'organisation des tournées.
Titus - Depuis la séparation des Daisies, tu t'es lancée, en solo, dans l'enregistrement d'un album qui semble faire l'unanimité. La transition n'a pas été trop difficile ?
Je voulais continuer à être musicienne, car c'est ce qui me définit le mieux. Quand le groupe s'est séparé, j'ai vendu mon appart' et j'ai emménagé dans mon fourgon afin de diminuer le coût de mes tournées. Ensuite, j'ai roulé en direction de la côte Ouest pour enregistrer mon album aux côtés de Joby Baker, un producteur absolument génial !
Titus - Peux-tu nous parler des musiciens qui ont participé au projet ?
Joby Baker, qui a grandi en France, a joué de la batterie en plus d'assurer la production. Sa mère n'est autre que Jaki Whitren, un auteur-compositeur phénoménal qui vit en France et en Angleterre. Notre bassiste était Rick May, je n'en connais pas de meilleur. Il a un "groove" sensationnel ! Le violoncelliste Kevin Fox a aussi laissé une forte empreinte. Et puis, j'avais également invité Lester Quitzau, celui que je considère un peu comme mon "héros" à la slide guitar. Il était donc tout à fait normal qu'il soit sur cet album, tout comme son épouse Mae Moore, qui fut quant à elle ma plus grande influence d'un point de vue vocal.
Titus - De quoi parlent les chansons de cet album ?
J'y parle notamment de la période qui suit la perte d'un être cher. Ca n'est pas forcément drôle parce que j'évoque le décès de mon meilleur ami. En même temps, on y trouve toujours de l'espoir.
Titus - As-tu hâte de venir te produire en France à la fin du mois ?
Je suis très impatiente, en effet. Ce sera mon premier concert en France. J'ai hâte notamment de déguster vos fromages et votre bon vin, que j'adore ! Mon français, par contre, est déplorable... hélas.
Titus - Quels sont tes projets à l'issue de cette nouvelle tournée européenne ?
La sortie d'un nouvel album, déjà programmée pour 2008. J'essaye de composer lors de nos tournées. C'est pour ça que j'aime voyager en train. Ca me donne du temps pour réfléchir et trouver de nouvelles idées...
Les réponses ont été traduites de l'anglais par Titus.
Pour commander l'album "Back to François" de Rachelle van Zanten :
www.glitterhouse.com
Pour en savoir plus sur Rachelle van Zanten :
www.rachellevanzanten.com
Pour en savoir plus sur le concert des Vaches folk le 29 septembre :
lire "les bonnes infos de Titus"
10:05 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Colombie-Britannique, guitariste, slide guitar, Rachelle van Zanten, Painting Daisies, Joby Baker, Vaches folk
03.08.2006
Anique Granger : "La scène, c'est l'essentiel de ce métier"
Anique Granger est une découverte récente, mais marquante. Après avoir parcouru son site Web, il m'est venu l'envie de lui poser directement les quelques questions qui me venaient à l'esprit. La réponse n'a pas tardé, seulement quelques jours après l'envoi initial. Je vous les restitue immédiatement, en espérant qu'elles vous permettent de mieux cerner la personnalité attachante de cette chanteuse fransaskoise de talent.
Titus. Peux-tu nous parler de ton enfance en Saskatchewan ? Vivais-tu dans un environnement francophone ?
Anique Granger. En Saskatchewan, on était une toute petite minorité de francophones dans un environnement totalement anglais. Mes parents (et autres) se sont battus pendant des années pour qu'il y ait une école francophone. Ils l'ont eue, et quand j'ai commencé, il y avait à peine 30 élèves. Donc, j'ai appris les 2 langues en même temps, français à la maison et anglais à l'extérieur.
Titus. A partir de quel moment as-tu su que tu voulais être musicienne ? Est-il vrai que tu appris la guitare en autodidacte ?
Anique Granger. Même avant que j'aie le courage d'essayer de chanter (j'étais gênée...), je savais que je voulais être musicienne. A 13 ans, j'ai emprunté la vieille guitare de ma tante. Elle avait un papier avec des accords écrits dessus. J'ai pu inventer quelques tounnes avec ça. Ensuite, j'écoutais des disques et je repiquais des chansons à l'oreille. 12 ans plus tard, j'ai pris quelques cours avec Geneviève Paris, ce qui m'a aidé à passer à un autre stade. Maintenant, je vais chercher l'information que j'ai besoin à mesure que je veux apprendre quelquechose de nouveau... ou je fais semblant !
Anique Granger en concert, interprétant J'inspire et j'aspire :
Titus. Tu chantes aujourd'hui en français et en anglais. A quelles sources s'abreuve ton inspiration, dans l'une et l'autre langue ?
Anique Granger. C'est dur à dire... les experiences que je vis... ou des fois simplement le son des mots.
Titus. Qu'est-ce qui te vient le plus naturellement, l'écriture en français ou en anglais ?
Anique Granger. J'ai toujours écrit plus naturellement en français... C'est seulement dans les dernières années que je compose en anglais. je constate la différence d'approche entre les deux. En anglais, y'a le défi d'écrire simplement. c'est plus dénudé, je trouve.
Titus. Tu vis aujourd'hui à Montréal. Est-il plus difficile de faire carrière, a fortiori en français, lorsqu'on vit en dehors du Québec où est concentrée l'industrie discographique ?
Anique Granger. C'est le choix que j'ai fait. Si on veut se consacrer à la musique à temps plein, je trouve que c'est plus facile à Montréal ou y'a plus d'opportunités de se produire en spectacle. On est à proximité d'un plus grand public, ce qui rend la tournée plus financièrement faisable.
Titus. Tu tournes beaucoup. Que représente la scène pour toi ?
Anique Granger. Pour moi , la scène c'est l'essentiel de ce métier... c'est communiquer directement avec un public, leur parler, ressentir leur réaction. J'adore être sur scène et faire de la tournée.
Titus. Quels sont aujourd'hui tes projets. Un album est-il en préparation ?
Anique Granger. Oui! Je suis présentement en période d'écriture et de pré-production... ainsi qu'à la recherche d'une bonne équipe pour faire mon prochain disque (qui sera majoritairement en français - probablement co-réalisé par Shawn Sasyniuk). J'aimerais entrer en studio à l'automne.
Titus. Tu étais à Paris en mars dernier, au centre culturel canadien. Cela pourrait-il déboucher à terme sur une tournée en France, ou une distribution de ton disque en Europe ?
Anique Granger. J'ai passé tout le mois de Mars en Europe et j'ai vraiment fait des belles rencontres. J'ai l'intention de chercher aussi chez vous de la distribution et ça fait partie de mes plans d'y retourner. Probablement l'été 2007. Y'a eu une très bonne réaction à ma musique et je sens qu'il y a un marché pour moi chez vous!
Une version très originale de deux chansons d'Anique : "Le ruban de la cassette" et "Les regrets" :
Pour toute info supplémentaire, ou commander le disque d'Anique Granger, n'hésitez pas à visiter son site :
www.aniquegranger.info
Lire aussi notre note sur Anique Granger publiée dans le "Salon de musique".
21:05 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Anique Granger, musique, Saskatchewan, francophonie hors-Québec, chanson franco-canadienne, Canada, Shawn Sasyniuk






















