15.11.2007
Pura Fé : "Le public français semble comprendre ma musique"
Après avoir sillonné le monde entier pendant une vingtaine d'années au sein du trio vocal Ulali, l'artiste amérindienne Pura Fé a récemment publié son second album solo, "Hold the rain", un disque d'émotion pure qu'elle présentera en concert à Cast (près de Châteaulin) le vendredi 23 novembre, dans le cadre des soirées Vaches Folks. Une belle opportunité d'entendre une chanteuse de blues vraiment exceptionnelle. Dans un entretien qu'elle nous a accordé le 10 octobre dernier, Pura Fé revient sur son parcours et évoque la relation particulière qu'elle entretient avec le public français.
Titus - Pura Fé, vous êtes actuellement basée à Seattle, dans l'Etat de Washington, mais d'où êtes-vous réellement originaire ?
J'ai grandi à New York. Ma mère est en partie Indienne Tuscarora, qui est une tribu iroquoise qu'on retrouve en Caroline du Nord et en Virginie. Mais comme la plupart des Amérindiens aujourd'hui, nous comptons aussi des ancêtres noirs, écossais ou irlandais. Ce métissage remonte aux années d'esclavage. Mon père, quant à lui, est originaire de Porto-Rico, de mère indienne Taïno et de père corse.Titus - Pura Fé, c'est un nom d'artiste choisi par vous ou le nom que vos parents vont ont donné ?
C'était le prénom d'une soeur de mon père. Quand elle est décédée, mes parents ont choisi de me donner son nom, qui veut dire "foi pure" en espagnol. Il est assez courant en Corse, d'avoir un prénom espagnol suivi d'un nom à consonance italienne. Voyez mon père : il s'appelait Juan Antonio Crescioni. Mon prénom complet est en fait Pura Fé Antonia.
La vidéo de "Let heaven show", extrait du second album solo de Pura Fé, où on la voit au côté de son guitariste fétiche Danny Godinez :
Titus - On vous sait très attachée à vos racines amérindiennes, à l'instar d'autres artistes qui ont tracé la voie, telle Buffy Sainte-Marie. Quelle est aujourd'hui la question qui vous tient le plus à coeur ?
L'environnement, sans aucun doute. Aujourd'hui, la préservation des ressources naturelles n'est plus seulement un enjeu amérindien. Le monde entier est concerné. Les guerres, la perte de nombreuses vies en sont une conséquence directe. Mais qui se préoccupe de ce que les Premières Nations ont à dire ? Au Canada, aux Etats-Unis et jusqu'à l'extrémité sud de l'Amérique, en Terre de feu, les Amérindiens n'ont pas souvent voix au chapitre. On nous a remisés au placard.
Titus - Quels artistes amérindiens ont compté dans votre parcours musical ?
Buffy Sainte-Marie, que j'écoute depuis que je suis toute petite, est sans doute celle qui m'a le plus marquée. Elle a joué un grand rôle dans mon éveil politique. Je suis tombée sur un ou deux disques d'elle dans une armoire appartenant à ma mère lorsque j'avais 8 ou 9 ans. A l'époque, à la fin des années soixante, son influence était vraiment considérable. Et plus tard, c'est devenu une amie. Elle représente beaucoup à mes yeux : c'est un modèle. A l'époque, je ne réalisais pas à quel point cela avait des vertus thérapeutiques... C'était l'elixir dont j'avais besoin. Il est fondamental que les jeunes Amérindiens puissent avoir une image positive d'eux-mêmes, de manière à pouvoir évacuer tout sentiment d'infériorité. Mais les jeunes s'identifient à ce qu'on leur montre à la télévision, et ce qu'ils voient est à l'opposé de ce qu'ils sont vraiment. On cherche avant tout à en faire des consommateurs, pas à leur apprendre qui ils sont...Titus - On pourrait s'étonner qu'une artiste amérindienne ait choisi de chanter le blues, surtout au regard de vos années au sein du trio Ulali, dont le répertoire était plutôt traditionnel...
Quand les colons d'origine européenne se sont établis en Amérique, leurs premiers esclaves furent amérindiens. Par la suite, ils firent venir des Africains, et ces derniers ont travaillé très longtemps aux côtés des Amérindiens. Beaucoup d'esclaves noirs ayant réussi à s'enfuir ont pu trouver refuge au sein de tribus amérindiennes du sud des Etats-Unis. Le lien est donc très étroit entre Afro-Américains et Amérindiens, d'autant que de nombreuses unions ont été scellées entre ces deux communautés. La plupart des Afro-Américains aujourd'hui ont un peu de sang amérindien qui coule dans leurs veines. C'est peut-être une réflexion très amérindienne, mais je suis persuadée que nos ancêtres continuent de s'exprimer à travers leur descendance; nous avons mêlé nos traditions, nos cultures, notamment du point de vue musical.
Quand on écoute la musique noire américaine, il est vrai qu'une influence africaine est perceptible, mais pas seulement. On peut aussi y déceler l'influence de musiques traditionnelles amérindiennes, en particulier des régions du sud. Mais c'est ainsi, l'Histoire de l'Amérique rend très rarement aux Amérindiens la part qui leur revient. Il en va de même au sujet du chemin de fer. En fait, les Tuscarora ont servi d'éclaireurs, jouant un rôle-clef dans le tracé du réseau ferré, du sud au nord des Etats-Unis. C'est pour cette raison, d'ailleurs, que beaucoup d'entre eux ont quitté la Caroline du Nord pour aller s'établir des deux côtés de la frontière canadienne, au sein d'autres tribus iroquoises. Ces tribus ont contribué au passage de nombreux esclaves en fuite vers le Canada. L'un des grands succès internationaux du trio Ulali, "Mahk Jchi", qui apparut sur l'album culte de Robbie Robertson, "Music for the native Americans", en 1994 :
Titus - La musique était une tradition familiale, chez vous ?
Tout à fait. Ma mère a six soeurs, et elles sont toutes chanteuses. Ca peut paraître étrange mais nous en sommes à la quatrième génération de chanteuses, du côté de ma mère. Ma grand-mère et mon arrière-grand-mère avaient également six soeurs chacune. C'est sur le tard, lorsque nous sommes retournés nous établir en Caroline du Nord, que j'ai appris que nous appartenions au clan des cerfs...
Titus - De quoi s'agit-il exactement ?
Notre nation Tuscarora est divisée en sept clans matriarcaux : ceux de l'ours, de la tortue, du cerf, du loup, du serpent, de l'anguille et du castor. Dans vos traditions, c'est généralement le père qui transmet son nom aux enfants. Chez les Iroquois, l'appartenance à un clan se transmet de mère en fils ou de mère en fille. Mes enfants appartiennent donc au clan des cerfs. De plus, il est interdit de choisir son conjoint au sein du même clan.
Quelques belles images de Pura Fé au milieu de sa tribu Tuscarora, sur la chanson "Follow your heart's desire" :
Titus - Votre mère, Nanice, était donc une chanteuse...
Oui, elle a beaucoup tourné avec Duke Ellington quand j'étais très jeune. A l'époque, je n'y voyais rien d'exceptionnel. Lors des répétitions, je me souviens de dormir à même le sol et d'entendre jouer les musiciens. Le son était époustouflant. je me rappelle encore de certains anciens musiciens, qui avaient fait partie du groupe d'origine de Duke. Après avoir vécu ça, inutile de dire que le jazz fait aussi naturellement partie de moi. Ma mère n'était pas toutefois une chanteuse de jazz. Elle était chanteuse d'opéra. Duke Ellington avait besoin d'une chanteuse d'opéra pour interpréter ses compositions de musique sacrée, une autre facette de son art qui était surtout présentée dans les églises.Titus - Sur votre second album solo, "Hold the rain", vous interprétez le fameux Summertime de Gershwin de manière vraiment éblouissante. Est-ce vrai qu'il s'agissait de l'une des chansons préférées de votre mère ?
C'est vrai. Je l'ai vue interpréter cette chanson sur scène à de très nombreuses reprises. Mais son interprétation était celle d'une chanteuse d'opéra, plus proche de la version d'origine, celle de "Porgy and Bess". Plusieurs s'imaginent que je la chante à cause de Janis Joplin. J'adore Janis mais je n'ai jamais aimé sa version de "Summertime". Beaucoup trop torturée à mon goût !
Titus - Comment avez-vous découvert la guitare "lap steel" (guitare slide qui se joue à plat sur les genoux), qui est en réalité un instrument d'origine hawaïenne ?
Je me souviens d'un chef de tribu Tuscarora, Leon, qui jouait du dobro. Beaucoup d'anciens en jouaient autrefois, et j'ai toujours adoré ça. Mais le déclic est survenu au festival folk d'Edmonton, où mon trio Ulali se représentait et où j'ai entendu Kelly Joe Phelps. Il m'a carrément envoûtée. Je me suis dit à l'époque que cet instrument me correspondait tout à fait. Je me suis donc acheté une guitare "lap steel". Je participais, de temps en temps, à des soirées "boeuf" organisées par Jackson Browne où nous nous retrouvions entre musiciens, notamment Bonnie Raitt et Ben Harper, pour jouer en acoustique. Ben jouait sur une guitare "lap steel" au manche élargi. C'est ce que j'utilise à présent : mes instruments sont faits sur mesure.A Amiens, en mars 2007, avec Danny Godinez :
Titus - Qu'est-ce qui vous a amenée à vous lancer en solo ?
Nous avions toutes les trois évolué et souhaitions faire d'autres choses. Il y avait tant d'idées chez chacune d'entre nous qu'il n'y avait plus assez de place au sein du groupe pour les mettre en oeuvre. Ma cousine Jennifer Kreisberg, qui était l'un des membres d'Ulali, a également entamé une carrière en solo. Elle vient d'ailleurs de remporter un prix Amy. J'ai prévu de l'inviter sur mon prochain album : elle est formidable. Ce troisième album sera plus traditionnel. J'ai l'intention d'inviter des musiciens indiens de régions très diverses...
Titus - Est-il vrai que vous aimez beaucoup les musiques du monde ?
Vous pouvez ressentir la présence des ancêtres dans les musiques traditionnelles. Vous entendez un air pour la première fois et celui-ci vous semble très familier. Et tout à coup votre corps se met à bouger en cadence... C'est ce que me fait le flamenco.
Titus - J'allais aussi évoquer le passage de musique tsigane dans la chanson "Hold the rain"...
J'avais commencé à écrire cette chanson il y a très longtemps, mais je l'ai terminée à Seattle. Elle est dédiée à la mémoire de mon père biologique, mort il y a deux ans et qui, comme je l'ai dit, était d'origine corse et avait un look très méditerranéen, très espagnol, très masculin. Quand j'étais petite, ma mère nous faisait écouter du flamenco. Ca me mettait dans tous mes états et je commençais aussitôt à danser. Je l'ai déjà dit tout à l'heure, mais je suis intimement convaincue que nos ancêtres sont très présents en chacun de nous. Je ressens au fond de moi la musique du monde entier... C'est là-dedans...Titus - Ce second album est peut-être un peu moins engagé que le précédent, "Tuscarora Nation Blues". Sans doute plus intime dans les thèmes abordés ?
Je ne m'en suis rendu compte qu'à la fin du processus de création. Quand j'écris, les choses viennent toutes seules. Mais après coup, j'ai réalisé en effet que mes chansons, cette fois-ci, étaient sans aucun doute plus personnelles. Ca n'est jamais simple d'écrire sur des sujets politiques. Il faut bien peser ses mots de façon à s'approcher le plus possible du message qu'on veut faire passer. Parce qu'il faut pouvoir être fier, ensuite, de ce qu'on a écrit. Parler pour parler m'importe peu.
Un extrait d'interview avec Pura Fé, proposé en bonus sur son album "Hold the rain" :
Titus - L'album débute et s'achève sur un hymne traditionnel amérindien absolument magnifique, "My people, my land". Quand l'avez-vous écrit ?
J'ai composé ce morceau il y a de nombreuses années. Ce devait être un hymne pour les Premières nations des états de Virginie et de Caroline parce que ces tribus sont toutes reliées. Je me suis dit qu'il pourrait être intéressant d'avoir une chanson qui puisse servir de trait d'union entre nous. Nous l'avons enregistrée en 1996, en Caroline du Nord, et des chanteurs issus de plusieurs tribus y ont pris part, les Tuscarora, Mohawk, Occaneechee-Saponi, Seneca, Chikahominy, Coharie, Cherokee, Matamuskeet, etc.
Titus - En dehors de ce morceau traditionnel, l'album est très acoustique d'un bout à l'autre. Pourriez-vous nous dire quelques mots sur les musiciens qui ont pris part à l'enregistrement ?
Il y a notamment Farko Dosumov, un bassiste originaire d'Ouzbékistan dont l'histoire est assez extraordinaire. Il vivait en Russie et a gagné un billet d'avion pour les Etats-Unis. C'est un fabuleux musicien et un ingénieur du son prodigieux. J'ai d'ailleurs bien l'intention de le conserver comme ingénieur du son jusqu'à la fin de mes jours... (Rires) Le batteur, George Aragon, vit à Seattle mais est originaire des Philippines. Il y a eu aussi la rencontre magique avec Danny Godinez. Il était venu me voir en spectacle avec Ulali au festival Womad de Seattle, et un ami que nous avons en commun nous a présentés. Plus tard, il a proposé de me ramener à la maison et m'a demandé s'il pouvait emporter sa guitare. Quand il a commencé à jouer pour moi, j'en ai perdu la voix. A l'époque, je m'apprêtais à effectuer un voyage en Californie pour recruter un guitariste. Après avoir entendu Danny, je lui ai dit qu'il n'en était plus question et que je souhaitais faire un album avec lui. Enfin, il y a Joe Raven au piano. Il m'a accueillie dans sa maison lorsque j'ai déménagé à Seattle. Il venait de perdre sa femme et passait beaucoup de temps à jouer du piano dans la cave. Je ne l'avais jamais entendu jouer et lui ai demandé, un jour, s'il acceptait que je l'écoute. Il m'a joué une ballade qu'il avait écrite pour sa femme et qui m'a littéralement bouleversée. Je lui ai demandé ce qu'il comptait en faire. Comme il ne savait pas, je lui ai proposé de l'interpréter sur mon nouvel album. C'est ainsi que la chanson "Quiet moments" s'est retrouvée sur l'album. Joe est un type fantastique et un merveilleux compositeur.Titus - Pourquoi avoir décidé d'enregistrer une nouvelle version de la chanson "Follow your heart's desire", qui figurait déjà sur votre premier album ?
J'ai écrit cette chanson à l'origine sur un piano. Je ne jouais pas encore de la guitare à l'époque. A présent, comme j'ai abandonné le piano, je me suis dit qu'une orchestration nouvelle serait la bienvenue afin de pouvoir la jouer à la guitare en tournée.
Pura Fé jouant sur sa fameuse guitare "lap steel" :
Titus - Combien de temps vous a-t-il fallu pour compléter cet enregistrement ? Environ un an ?
Oui, parce que tout n'a pas été enregistré d'un seul trait. Si on avait compté les jours, je pense qu'on serait arrivé à environ deux mois d'enregistrement proprement dit.
Titus - Vous interprétez un superbe duo avec Eric Bibb, "People you love". Comment vous êtes-vous rencontrés ?
C'était une idée de Philippe Langlois, de Dixiefrog, qui distribue mes disques en France. Je connaissais Eric; je l'avais rencontré il y a plusieurs années en Australie. Il m'avait demandé à l'époque si je connaissais James McBride, quelqu'un avec qui il avait grandi et que je connaissais également pour avoir travaillé avec lui pendant des années. Nous avions donc un vieil ami en commun. Plus récemment, Philippe l'a amené à l'un de mes concerts au Lionel Hampton jazz club. Eric a beaucoup aimé le show et m'a demandé si je voulais travailler avec lui. J'étais ravie car c'est l'un de mes chanteurs préférés. C'est comme le bon vin, c'est comme ça que je le décris. Et Eric a donc écrit une chanson pour mon album, "People you love".Titus - Vous avez dit à plusieurs reprises que le public français vous avait d'emblée réservé très bon accueil. Commen l'expliquez-vous ?
Le public français semble comprendre ma musique, mes histoires, et c'est vrai que je me sens toujours la bienvenue ici. Ce n'est peut-être pas le cas pour tout le monde, mais pour moi, ça l'est (rires). Je dirais que ça se passe même mieux pour moi en France qu'aux Etats-Unis. J'en suis très reconnaissante. Le public français aime la musique et se montre toujours très respectueux de l'art en général. Un artiste m'a dit un jour qu'en Europe, la musique est une nécessité, tandis qu'aux Etats-Unis, c'est un luxe. Je crois qu'il y a du vrai là-dedans. Aux Etats-Unis, tout est si orienté business qu'on finit par sacrifier la culture sur l'autel de l'art. La raison pour laquelle j'aime autant venir en France est que je peux vraiment m'épanouir, ici, en tant qu'artiste.
Titus - Mais l'accueil doit être tout de même plutôt bon au sein des communautés amérindiennes, non ?
Ca prend un peu de temps parce que je ne fais pas du tout la même chose que du temps d'Ulali. Ce n'est donc pas surprenant que les gens soient un peu déboussolés. Certains n'ont sans doute pas encore réalisé que j'évoluais en solo désormais. Parfois, le public amérindien peut être assez long à la détente. Peut-être qu'il m'en veut un peu, aussi, d'avoir mis un terme à l'histoire d'Ulali. Ca va donc prendre un peu de temps pour s'habituer à ce que je fais aujourd'hui. Mais les choses commencent à bouger. Les communautés amérindiennes du Nord-Ouest, où je suis maintenant établie, m'accueillent déjà plutôt bien.Titus - Vous êtes attendue à Cast le 23 novembre et à Brest, en showcase, le 24 novembre. S'agira-t-il de votre première visite en Bretagne ?
Je ne m'y suis jamais représentée en concert. Mais je suis venue une fois en Bretagne pour enregistrer une chanson avec Alexandre Kinn pour son nouvel album. Ca semble une très belle région et j'ai hâte de venir y jouer. Je viendrai avec Danny Godinez et nous serons donc deux sur scène. C'est bien suffisant, vous pouvez me croire...
Pura Fé a récemment enregistré en Bretagne un duo avec Alexandre Kinn ; cette journée en images :
Une journée avec Pura Fé
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PROPOS RECUEILLIS ET TRADUITS DE L'AMERICAIN PAR TITUS @2007
Pura Fé, en concert à la salle polyvalente de Cast, le vendredi 23 novembre, à 21 h. Il est prudent de réserver sa place au 02.98.73.54.34. (mairie de Cast) ; entrée : 12 €. Showcase à Dialogues musiques, Brest, le samedi 24 novembre, à 18 h.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site MySpace des Vaches Folks
Le site MySpace de Pura Fé
Le site MySpace d'Alexandre Kinn, où est consultable une vidéo sur l'enregistrement de sa chanson avec Pura Fé.
LIRE AUSSI NOTRE INTERVIEW de Roger Mauguen, co-organisateur, avec Eric Bert, des soirées Vaches Folks.
14:30 Publié dans Rencontres amérindiennes | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Pura Fé, Vaches folks, musique amérindienne, guitare lap steel, blues, Tuscarora, Premières nations
11.04.2007
Natalie Rostad fait parler les pierres
En 1993, le Conseil des Arts de Hearst (Ontario) présentait une exposition de l'artiste amérindienne Natalie Rostad-Desjarlais, dont la spécialité est la peinture sur pierre. Aujourd'hui réputée dans le monde entier (certaines de ses pièces sont exposées en Allemagne ou au Luxembourg), l'artiste saskatoise est passée maître dans l'art de faire parler les pierres qui sont, à ses yeux, les gardiennes d'une mémoire longtemps ensevelie. Nous vous restituons ci-après, en anglais et en français, l'essentiel des propos que nous avions échangés à l'époque avec Natalie Rostad-Desjarlais.
Titus - Could you first tell us about your origins ? Pourriez-vous nous dire quelques mots sur vos origines ?
Natalie Rostad-Desjarlais - I'm from southern Saskatchewan, but I live in Winnipeg (Manitoba) now. My grand-parents come from a reserve in southern Saskatchewan. My father is from Norway. (Je suis originaire du sud de Saskatchewan, mais je vis à Winnipeg, au Manitoba. Mes grands-parents étaient issus d'une réserve du sud de Saskatchewan. Mon père, en revanche, est norvégien).
Titus - Your stone art is now recognized throughout Canada and abroad... Did you actually start with what you're doing right now or was it something totally different ? Votre travail sur les pierres est maintenant reconnu aussi bien au Canada qu'à l'étranger... Aviez-vous commencé votre carrière en peignant sur les pierres ou faisiez-vous quelque chose de radicalement différent ?
The stones came as quite a surprise. I've always painted and tried to be an artist. The idea to paint on stones came after a torrential rainpour. A rainstorm exposed some stones to me ; the stones came up from underneath and presented themselves to me as animals. I've just continued to paint on stones since then ! (Je ne m'attendais pas du tout à peindre un jour sur les pierres. J'ai toujours peint et rêvé d'être une artiste. L'idée de peindre sur des pierres mais venue à la suite d'une tempête et de pluies torrentielles. L'eau avait fait remonter quelques pierres à la surface et j'y ai vu des formes d'animaux. Je n'ai, depuis ce jour, jamais cessé de peindre sur des pierres !)
Titus - Did you ever exploit other forms of art or paint on other surfaces ? Avez-vous essayé malgré tout d'autres genres artistiques ou peint sur d'autres matières ?
I painted on canvas fo sometime but was very frustrated by the lack of natural textures, and I thought that there was so much more I could explore in terms of art. And I always looked to nature for something... And when the storm came, it gave me that : the texture, the excitement, the messages from nature that the rocks have provided... (J'ai peint sur toile pendant quelque temps mais j'étais très frustrée par le manque de texture naturelle, and je me suis dit qu'il devait y avoir davantage à explorer d'un point de vue artistique. Et j'étais toujours très tournée vers la nature. La tempête m'a apporté ce que je cherchais : la texture, l'enthousiasme, et les messages de la nature que les pierres avaient à livrer...)
Titus - How do you call what you're doing right now ? Does it have a name ?Votre art a-t-il un nom ?
Presently, we call it stone paintings. A lot of people compare them to pictographs which is an ancient form of painting on stones and probably the oldest recorded form of art in history. But they have their own special magic so I hate to compare, even though it's often been compared to that... The pictographs have lasted for ten thousand years and these stones will last, I imagine, just as long, because of the quality of the paint that is used. (Nous l'appelons "peinture sur pierre". Certains la comparent à la pictographie, une peinture sur la pierre primitive et peut-être la plus ancienne forme artistique dans l'Histoire. Mais je n'aime pas beaucoup établir de comparaisons... Les pictogrammes sont encore visibles après dix-mille ans, et j'imagine que mes oeuvres le seront tout autant du fait de la qualité de la peinture que j'utilise...)
Titus - What do you use to colour the stones ? Justement, quelle peinture utilisez-vous ?
A lot of paint that I use is made up of ground up schist stone, which originates from the canadian shield. It's a very delicate stone that can be brought down to a powder form. I mix that with a gel and it's extremely durable and so natural that it seems it goes into the natural crevices of the stone. (Ma peinture est à base de schiste originaire du bouclier canadien. Le schiste est une pierre très délicate qui peut être réduit à l'état de poudre Je le mélange avec un gel. Sa longévité est exceptionnelle, et sa texture des plus naturelles épouse la moindre fissure du support.)
Titus - Did you follow the steps of your ancestors or did you develop your own techniques ? Avez-vous suivi les pas de vos ancêtres ou avez-vous développé vos propres techniques ?
When I started painting on stones, I was totally unaware of anything pertaining to my culture. I was pretty ignorant to any of the knowledge, but the stones made me have to learn a lot of different things. How to make the paint work with the stone, and how to make it endure... I found out, during my research, there is a very spiritual connection with painting on stone messages. (Quand j'ai commencé à peindre les pierres, j'étais assez ignorante de ma propre culture. Mais les pierres m'ont ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Comment faire en sorte que la peinture convienne au type de pierre, et comment faire en sorte que ça dure. J'ai découvert, au fil de mes recherches, que la peinture sur pierre reposait sur une très forte connection spirituelle).
Titus - Could you maybe explain the process of creation that you follow ? How do you actually pick and choose your stones in the nature. Pourriez-vous nous expliquer votre processus de création. Comment choisissez-vous vos pierres ?
When I'm out looking for stones, I don't typically go to a stone pile and just pick up stones. I tend to let nature take its course. It typically ends up bringing me to stones that are very powerful, very energetic and full of life. (Quand je suis à la recherche de pierres, je ne m'arrête pas devant la première pile pour me servir. Je laisse la nature faire son oeuvre. Généralement, je finis par être portée vers des pierres pleines de vie et d'énergie.)
Ecouter la réponse de Natalie Rostad dans Calypso, sur CINN FM :
I take that home; I put it under water and as it's washing, little visions start coming out. That's how the actual process starts. Basically, I don't know, the stone seems to paint itself. Usually, by the time I'm done I'm amazed by what's happened with it because it's not something I'm aware of. It's something the stone is actually doing using my hand. (Je rapporte les pierres à l'atelier. Je les passe sous l'eau et c'est durant cette phase de nettoyage que les visions m'apparaissent en général. C'est comme ça que tout commence ! Les pierres me guident. En général, quand j'ai terminé, je suis assez surprise du résultat car je ne suis pas vraiment consciente lorsque je peins. C'est la pierre qui dirige mon travail malgré moi...)
Titus - How long does it take you to complete a piece of art, if it's ever possible to complete one ? Combien de temps vous faut-il pour compléter une oeuvre, si tant est que vous désiriez la compléter ?
I would never like to resolve a stone completely because that shuts off somebody else's imagination. I'm very fascinated when people start looking for things in the stones and they find things that I would never have seen, or that they think that I have put there but I haven't. And I think that leaves a lot more to explore than if I were to completely finish it... I spend a lot of time : up to 100 hours on a stone, but try not to overdo it or close the door on somebody else's imagination. (Je ne voudrais pas mettre un terme à une oeuvre car cela se résumerait à verrouiller l'imagination de quelqu'un d'autre. Je suis toujours fascinée quand certaines personnes me disent qu'elles voient des choses dans mes oeuvres auxquelles je n'aurais même pas pensé ! Parfois, ils croient que ce qu'ils voient est de mon fait, mais je n'y suis pour rien. Une oeuvre me demande en moyenne une centaine d'heures de travail, mais j'essaie de ne pas trop en faire par peur de brider l'imagination de ceux qui contempleront l'oeuvre par la suite.)
Titus - Do you sometimes fail to catch something out of one stone you've picked ? Est-ce qu'il arrive que vous ne puissiez rien tirer d'une pierre ?
Yeah, that happens quite often. I have, I don't know, between 300 and 400 stones in my backyard that I have not been able to use. And those are typically stones that have been blasted by dynamite or somehow unnaturally changed by man. Perhaps it's been torn out of the earth to make room for a road or a building. It's usually when something unnatural has happened to it that I don't find use for it. (Oui, cela est assez fréquent, en fait. Je dois avoir entre 300 et 400 pierres dans mon jardin avec lesquelles je n'ai rien pu faire... Et je me suis aperçue que ces pierres avaient généralement été dynamitées ou avaient déjà subi l'action de l'homme. Dans ce cas, il m'est très difficile d'en tirer quoi que ce soit !)
Titus - I read that there is a very strong connection between you and the canadian shield. Could you explain that ? J'ai lu quelque part qu'il y avait une connection très intense entre vous et le Bouclier canadien. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?
I've been fascinated with the canadian shield, first of all because of its geological history. It contains some of the oldest stones in Canada, and If I understand correctly, perhaps in the world beside Yukon in the North West Territories. Along the Canadian shield, there is an amazing amount of historical things that are there. There are actual pictographs and many many thousands of years of history, spiritual and sacred history. When I'm there, and while I'm there, it's almost as if I'm transformed back so many thousands of years and I feel like I have an absolute connection, spiritual connection with the people that were there. (J'ai toujours été fascinée par le Bouclier canadien, d'abord sans doute du fait de son histoire géologique. Il contient certaines des plus vieilles pierres au Canada et, si j'ai bien compris, peut-être même au monde, à l'exception du Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest. Dans la région du Bouclier canadien, on trouve des pictogrammes, et plusieurs milliers d'années d'Histoire, spirituelle et sacrée. Quand je m'y trouve, je ne peux m'empêcher de me sentir en parfaite osmose spirituelle avec les gens qui ont vécu là il y a très longtemps.)
Titus - The Amerindians attach a lot of importance to their environment; do you think this has some relation to it ? On sait les Amérindiens proches de la nature et de leur environnement... Pensez-vous que cela explique votre ressenti ?
It could. I just know that my connectiveness with nature there is so thorough and genuine that I've never felt that way anywhere else in this world... I believe that the connection is the history there. The people, the Amerindians that were there, so many thousands of years ago. Perhaps the stones that I'm working through are giving me that gift, to feel like that when I'm there. (C'est possible, en effet. Je sais simplement que ma connection avec la nature est si profonde et réelle à cet endroit que je ne l'ai jamais ressenti ailleurs. Je crois que cette connection est liée à l'histoire des Amérindiens en ces lieux, il y a des milliers d'années. Peut-être les pierres m'ont-elles offert ce don ?)
Titus - The title of your exhibition is "From beneath the surface". I heard that your idea was to help those stones "express" themselves... Could you explain this idea of spirit in the stone ? J'ai lu que votre idée était d'aider les pierres à "s'exprimer". Comme si elles étaient mues par quelque esprit ?
Every stone contains an enormous amount of energy and spiritual content. Stones are record keepers and they record not only the environmental changes, the geographical changes over the history, but they also absorb memories of what goes on around them according to our culture. I can't do anything but believe that because that's what is portrayed to me through the stones. I'll hear stories from the stones, things I would never think of. And that's why I have to give credit to the stones. They have such a magic in them they've absorbed and perhaps they're reliving through me, through my paintbrush, some of the memories of the things that have happened in that area. (Chaque pierre contient une somme d'énergie et de contenu spirituel. Elles sont de formidables outils d'enregistrement de données géologiques ou environnementales, mais pas seulement. Si je me réfère à notre culture, les pierres absorbent aussi la mémoire des événements survenus autour d'elles. Je reçois leurs histoires, des choses auxquelles je n'aurais jamais pensé. C'est pourquoi je leur dois tout. Peut-être revivent-elles à travers moi, à travers ma brosse, certains événements survenus dans cette région ?)
Titus - Do you actually believe there is something living in those stones ? Croyez-vous réellement que ces pierres sont vivantes ?
Ecouter la réponse de Natalie Rostad dans Calypso, sur CINN FM :
Some people have a little bit of trouble with that, but nature in itself has so much more than what we tend to look at. For many years, I would walk by a stone or anything else and never have any connection with it because in my mind it was dead, or not living. It changed my whole way of thinking, the whole way I feel. The spiritual connection between Mother Earth and myself is very big. So I believe that there is definite life in every part of Mother Earth. (Certaines personnes ont du mal à y croire, je sais. Mais la nature en elle-même a tellement plus à offrir que ce que nous y voyons. Pendant fort longtemps, il pouvait m'arriver de passer devant une pierre ou autre chose et ne rien y voir d'autre. Parce que dans ma tête, il n'y avait aucune vie en eux. Cette nouvelle perception des choses a complètement transformé ma façon de penser. La connection entre moi et la terre est aujourd'hui très forte. Je crois désormais qu'il y a de la vie dans chaque infime partie de notre Mère la Terre.)
Titus - Isn't that a reflection of your own amerindian culture ? N'est-ce pas là le reflet de votre culture amérindienne ?
Typically and very specifically, native culture is focused very much on nature. Almost everything that they do is in tune with nature and is relevant to the animals, the trees, the skies, the water... Everything has a relevance and everything is important. Everything must be used in order to keep the very delicate balance of life. (Il est vrai que la culture indigène est très en phase avec la nature. Tout est en harmonie avec la nature, les animaux, les arbres, le ciel, l'eau... Chaque chose a une signification et tout a de l'importance. Tout doit être utilisé afin de préserver l'équilibre fragile de la vie).
Titus - Do you think that the Amerindians do share the same culture today, or do you think it's been lost somehow ? And if so, is there hope for a rebirth ? Pensez-vous que cette culture parle encore aux Amérindiens d'aujourd'hui ou a-t-elle été un peu oubliée . Si c'est le cas, y a-t-il l'espoir qu'elle resurgisse ?
There's certainly been a lot that's been lost over the last couple of hundred years. But I think we are right now in the middle of a very important and strong surge of reclaiming the culture. I can feel it everywhere I go ! I think that's going to be the most awesome experience for a lot of people to reclaim their roots and their connection with the earth ! It's definitely time that that happens ! (Beaucoup de fondements de notre culture ont certainement été perdus au cours des deux derniers siècles. Mais je crois qu'on assiste actuellement à une formidable prise de conscience. Beaucoup cherchent à se réapproprier cette culture, ces racines et cette connection avec la Terre. Il était temps !)
Au sujet de Natalie Rostad-Desjarlais :
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15:55 Publié dans Rencontres amérindiennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Art amérindien, Saskatchewan, Natalie Rostad, Canada, culture indienne





















