12.12.2008

Alyse Black : "La musique m'a rattrapée"

Alyse Black a tout d'une nouvelle Norah Jones. Comme cette dernière, elle arbore, outre son joli minois et une voix ravissante, un talent certain pour conjuguer le jazz à une grande variété d'autres styles. Issue d'une famille où le théâtre et la musique ont toujours fait bon ménage, son parcours n'a toutefois pas été rectiligne. Un temps dédiée au monde des affaires, parenthèse qu'elle qualifie aujourd'hui d'erreur de jeunesse, elle doit son retour dans le giron de la musique à une rencontre fortuite avec un pianiste de jazz. Un itinéraire que la belle Américaine nous raconte dans l'entretien qui suit.


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Titus - J'aimerais, pour commencer, que tu nous parles un peu de ton enfance...

J'ai grandi à North Ridge, au nord de Seattle. Un quartier résidentiel plutôt sécurisant où je pouvais faire du vélo toute la journée sans avoir besoin d'être surveillée. La piscine du quartier occupe aussi une large part de mes souvenirs. Je me revois, une bouée de caoutchouc autour des chevilles, à jouer à la sirène plusieurs années de rang... Sandy était ma nourrice. Elle s'occupait de moi quand mes parents étaient au travail. Elle avait douze enfants, dont neuf vraiment bien à elle. Cette femme était un vrai phénomène ! J'aimais me retrancher à l'abri des branches d'un immense saule pleureur qui se trouvait au milieu de son jardin. C'était mon espace à moi; assise au pied du tronc, je dessinais et poussais la chansonnette. Le soleil s'immisçait à travers les branches et venait me réchauffer. J'avais beaucoup d'animaux domestiques à la maison, que les gens de mon quartier avaient rebaptisée "le zoo". C'était mérité : nous avions trois lapins, un chien, deux chats, quatre hamsters, trois lézards, trois perroquets, deux perruches et même deux chevaux à un moment donné. Je n'étais pas une maîtresse très attentionnée cependant, et je ne pouvais pas m'empêcher de culpabiliser. Mais, bon. Au moins, j'empêchais les chats de dévorer les oiseaux ! C'était déjà quelque chose...

Titus - Tu as des frères et soeurs ?

7d027134ebc9bf963325e94477b7611d.jpgJ'ai deux soeurs plus âgées. L'aînée était la rebelle de la famille. Elle a commencé à prendre des drogues dures dès l'âge de 17 ans avant de tomber enceinte à 18. J'avais un peu peur d'elle. Elle réclamait surtout de l'attention. En revanche, la cadette était plutôt tranquille et refoulée. Quand les choses tournaient mal, elle courait se cacher dans sa chambre. C'était une vraie fana de lecture. Nous portions souvent des vêtements assortis. C'était ma meilleure amie. Quant à moi, j'étais la "gentille fille" de service. Un peu pleurnicharde, quand même. J'étais un peu garçon manqué. Toujours à escalader les arbres ou à faire de l'équitation. J'aimais aussi les jeux vidéo. Ma mère, qui est médecin, a fait ses années d'internat en Californie. A son retour à Seattle, elle a demandé le divorce et a obtenu les droits de garde. Comme j'étais une vraie fille à papa, ça a été un peu difficile à vivre au début. Je les adore tous les deux. Ils ont vraiment fait de leur mieux.


Le premier succès d'Alyse Black, "Wouldn't it it be nice", extrait de son tout premier album :




Titus - Tu n'as pas seulement vécu aux Etats-Unis...

Tu as raison. J'ai vécu dans un certain nombre de pays et je serais tout à fait prête à déménager de nouveau, si j'en avais l'occasion. Je me suis habituée à ce mode de vie et ça m'aide bien lorsque je suis en tournée ! Mes voyages de jeunesse, qui étaient essentiellement liés aux activités de ma mère, ont fait de moi une sorte de caméléon. Je m'adapte très facilement. Je suis fascinée par la richesse des peuples et cultures. J'adore apprendre à parler d'autres langues. Et je me considère avant tout comme une citoyenne du monde. Je crois être assez ouverte de nature; toujours prête à engager la conversation avec n'importe qui. J'aime les gens et j'aime leur grande diversité.

Titus - Au nombre de tes voyages, tu as fait du trekking au Népal...

Oui, une expérience absolument fantastique. De voir notamment ces gens qui possèdent si peu de choses, si l'on se réfère aux normes occidentales, mais qui se contentent d'un rien et semblent si heureux de vivre.

Titus - J'ai lu que le théâtre et la musique ont toujours figuré en toile de fond dans les premières années de ta vie...

0208764453a75c9d84708bdbef5ca0a7.jpgMes parents accordaient beaucoup d'importance à la musique. Ma tante était aussi concertiste à une certaine époque. C'est mon père qui, le premier, m'a appris à jouer du piano. J'ai aussi suivi des cours plus formels mais cette approche n'était pas trop de mon goût. Je suis donc partiellement autodidacte. Mais le piano est un instrument tellement formidable. Il y a toujours eu un piano au milieu du salon et j'ai toujours aimé m'amuser avec. C'est un apprentissage sans fin. Mes soeurs chantaient aussi. C'est d'ailleurs pour imiter l'une d'elles que j'ai décidé de participer à ma première comédie musicale, à l'école.

Titus - Tu n'avais que sept ans à l'époque, paraît-il ?

Tout à fait, mais ma première expérience de la scène était survenue une année plus tôt, à une sorte de radio-crochet. J'y avais interprété “The Sun Will Come Out Tomorrow”. Mon père m'avait accompagné au piano. L'année suivante, je participais donc à ma première comédie musicale, “King and I”. Je chantais aussi beaucoup à l'église, au sein d'un choeur, et puis à la maison, accompagné de mon père au piano. Je crois que déjà, à l'époque, j'avais l'intime conviction que je finirais par en faire mon métier.

Titus - Le piano n'est pas le seul instrument que tu as essayé...

C'est vrai. J'ai notamment pratiqué le violon jusqu'à l'âge de dix ans. J'ai d'ailleurs conservé l'instrument. Je suis sûre que je m'y remettrai un de ces jours. J'aimerais vraiment être en mesure d'en jouer un jour en spectacle. C'est un miracle que mes parents n'aient jamais abandonné l'espoir de m'apprendre à jouer d'un instrument... J'en ai essayé plusieurs. Le violon et la trompette sont mes instruments favoris. J'aime la douceur qui s'en échappe.

Titus - Et la guitare ?

A l'adolescence, j'ai appris un peu à en jouer à partir de méthodes. Je rêvais, à un moment donné, de devenir guitariste classique. J'ai le projet d'en jouer sur scène dans un proche avenir. Mais dans l'immédiat, je me contente assez bien du piano.


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Titus - Pourquoi as-tu décidé de suivre des cours dans une école de mannequins ?

J'étais encore une enfant. Ce sont mes parents qui m'ont inscrite à cette école. Je voulais faire du théâtre et cela faisait partie du cursus, donc j'étais bien contente. J'avais les cheveux roux et une taille de guêpe à l'époque. Mes parents pensaient que je pourrais faire un joli mannequin. J'y ai appris un certain nombre de choses, notamment la maîtrise de soi. J'ai vite compris que chacun essaye constamment de bien paraître parce qu'on craint toujours d'être ridicule. Une personne capable de garder son sang-froid, à condition de ne pas paraître trop sûre d'elle, gagnera toujours attention et respect.

Titus - Plus tard, tu as songé à partir étudier à Juilliard, un établissement réputé... Pourtant, tu ne t'y es finalement pas inscrite. Pourquoi ce revirement ?

c35a26c1cd7eb47ac19988782cccec4c.jpgPlusieurs facteurs. Je crois tout d'abord que j'ai eu peur de quitter mon petit ami de l'époque. J'ai craint aussi de ne pas être admise. Ou d'être admise, d'ailleurs. J'étais tenaillée par la peur. Je craignais qu'on se moque de moi. J'ai beaucoup retiré de cette expérience. Il m'arrive encore d'avoir peur que le public n'aime pas ma musique ou l'adore. Mais je ne m'arrête plus à cela. Tant pis si j'ai peur. Cela me rappelle une autre expérience. J'avais 14 ans quand j'ai été reçue dans une école d'art à Nantes. Ca aurait pu être une expérience incroyable : la moitié du temps scolaire devait être dédiée à la musique ou à un autre art. On m'avait même trouvé une famille d'accueil... Mais je me suis finalement désistée. Encore la faute d'un petit copain. Une bêtise de jeunesse. Je m'en veux encore. D'autant que ça n'a même pas duré avec ce petit ami... Ces occasions râtées m'ont fait prendre conscience, en tout cas, de l'importance d'aller de l'avant. Je ne laisse plus passer les opportunités qui s'offrent à moi. Ma vie est belle et sinueuse. Je la saisis dorénavant à bras le corps.

Titus - L'adjectif "sinueux" colle en effet assez bien à ton itinéraire... Car il aura fallu encore quelques années de patience avant que tu ne décides de te consacrer véritablement à la musique...

C'est vrai ! A la fin de mes études secondaires, j'ai vécu en Allemagne de l'Est pendant une année grâce à une bourse du Bundestag. La famille allemande qui m'a reçue était merveilleuse. Ils étaient médecins. Je suis arrivée à la conclusion que les arts n'étaient pas un "vrai" métier. Je devais être bien frivole pour songer à faire carrière dans le monde des arts. Sans doute l'étais-je un peu, mais tout le monde aime la musique. Il fallait un jour ou l'autre que je tente ma chance. Je n'ai pas pris cette décision à la légère. Je suis retournée aux Etats-Unis pour étudier à l'université de Washington. J'ai décroché quelques diplômes dans le domaine des affaires, des études internationales et des communications. Cela a débouché sur mon embauche par une grande firme de consultants en qualité d'analyste. J'aimais beaucoup cette entreprise, notamment les multiples voyages à travers les Etats-Unis pour aller à la rencontre des clients. Mais quelque chose clochait dans tout ça. Je sentais au fond de moi que ce métier n'était pas fait pour moi. Je commençais franchement à avoir des idées suicidaires, c'est dire ! Je m'endormais chaque soir en pleurant. Je me disais qu'il était trop tard de faire marche arrière, trop tard pour réaliser mes rêves d'enfance. Je voulais croire que ce n'était qu'un passage à vide. Que j'allais gâcher ma vie et faire beaucoup de mal aux gens que j'aime si je laissais tout tomber...

Titus - Et c'est ce que tu as fait ?

058c495298fb48a46ff1b1ccf7198ca1.jpgEn effet. J'ai démissionné. J'ai fait une croix sur mon salaire confortable. Et j'ai pataugé pendant quelque temps. Je souhaitais faire quelque chose pour embellir le monde. J'ai envisagé le travail social à un moment donné, ou même l'humanitaire. J'ai songé à devenir actrice mais la musique m'a vite rattrapée, comme une évidence.

Titus - Et ce sont les rues de Seattle que tu as choisies comme première scène...

Je venais de renoncer à l'avenir brillant qu'on me promettait dans le monde des affaires et je n'avais pas d'idée précise sur la manière de me lancer dans l'univers de la musique. Je savais seulement que je n'avais plus de temps à perdre. Je voulais rapidement trouver le style qui me correspondait le mieux et me présenter en public le plus tôt possible. C'était la meilleure façon de lutter contre mon trac. Il y a un endroit formidable à Seattle pour se lancer, c'est la place du marché, le "Pike Place Market". Avec les autres musiciens ambulants, nous l'avons d'ailleurs rebaptisée "l'école de musique de Pike Place", car ce lieu est vraiment extraordinaire. Les passants sont d'une franchise redoutable : ils n'hésitent pas à vous confier ce qu'ils ont pensé de votre performance. Lorsqu'ils n'aimaient pas, ils le disaient sans ambage, alors même que vous étiez en train de chanter. Par contre, quand ils aimaient ce que vous faisiez, ils versaient leur obole. Il y avait moyen de gagner sa vie de la sorte, à condition bien entendu d'accepter de travailler dans la rue cinq heures durant, qu'il fasse soleil ou qu'il pleuve !

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Titus - Et c'est précisément à Pike Place Market que ton conte de fée a commencé à prendre forme car c'est à cet endroit que tu as été entendue par un musicien qui t'a fait une proposition.

Absolument. J'étais postée à mon endroit favori, sous une cage d'escalier située pratiquement à l'entrée du marché. Plusieurs groupes m'avaient déjà approchée pour que je chante pour eux mais ce jour-là, on m'a carrément proposé de jouer le soir-même dans un club de la ville. Le passant n'était autre que Mike Withey, le pianiste du groupe No Jive Five. Un type vraiment adorable. Il m'a proposé d'aller chanter uniquement quelques chansons. J'y suis allée et j'ai adoré l'expérience. Autant le fait de me produire avec un groupe que l'atmosphère du club de jazz. Mike a demandé aux autres membres du groupe s'ils voulaient bien que je reste, vu que l'une de leurs chanteuses venait de démissionner. Et j'ai été aussitôt adoptée. Petit à petit, Mike et moi nous sommes découvert une passion commune pour la samba et la bossa nova, à l'instar du "Waters of March" de Carlos Jobim. Ca nous a donné l'idée de créer un groupe spécifique, Thursty Love, pour interpréter des chansons d'amour du répertoire jazz latin. On a opté pour une formule trio et voix. Mike était au piano, Val Madsen à la batterie et Mike Catts à la basse. On a travaillé ensemble pendant près d'un an, jusqu'à ce que je déménage à Austin. C'était un groupe vraiment formidable.

Titus - Le résultat de ce travail a été la sortie d'un EP, "Musical Chocolate for the Discerning Ear", au printemps 2007. De quoi était-il question ?

a5270da2455604e2129eb98c0178a4a5.jpgOui, cet EP est sorti environ huit mois avant mon premier album. Mike Withey en détient les droits et le vend lors des concerts de Thursty Love. Ne vivant plus à Seattle, je ne fais plus partie du groupe. Je souhaitais vraiment me concentrer sur l'écriture de compos personnelles et développer mon propre projet solo.

Titus - Ta chanson "Stood for Stand for", qui figure sur ton premier album sorti en décembre 2007, s'est trouvée en première place du fameux palmarès américain Billboard dans la catégorie jazz en 2007. J'imagine que ce type de récompense apporte un peu de baume au coeur lorsqu'on a, comme tu le disais, douté de son talent...

Je ne pense pas être la seule à douter de mon talent. Je crois qu'à différents degrés, tous les musiciens, tous les artistes connaissent ce même questionnement. Alors c'est certain que ce prix m'a rendue un peu plus confiante. Il m'a permis de croire un peu plus en mon avenir dans ce métier. En même temps, je suis persuadée qu'il me reste beaucoup à apprendre.


La chanson "Stood for stand for" :




Titus - Peux-tu nous décrire la manière dont tu composes tes morceaux ?

Je commence généralement par les paroles. Viennent ensuite la mélodie, les harmonies et le rythme. Mais cela dépend. Et les chansons commencent à changer à partir du moment où on les interprète en groupe. Les musiciens ont toujours d'excellentes idées pour faire évoluer un morceau. Quand je joue avec la formation "Société Eclairée", ça n'a rien à voir avec ce que je fais par ailleurs avec mon band "officiel".

Titus - As-tu des sujets de prédilection ?

3d7b72886efc0e375e6b0013aeb6a465.jpgJ'aime parler d'espoir et d'amour. Faire en sorte que les gens qui m'écoutent se sentent bien en espérant, pourquoi pas, déclencher quelque chose en eux. Si j'écris sur l'amour, j'essaye de les aider à franchir des caps difficiles et à tirer le maximum de leur relation. J'adore explorer les thèmes liés à la condition humaine. En partant d'expériences souvent personnelles qui parlent, je l'espère, au plus grand nombre.

Titus - Les critiques citent abondamment les noms de Norah Jones, Tori Amos, Billie Holiday ou Tom Waits lorsqu'ils parlent de ta musique. Ces musiciens ont-ils beaucoup compté pour toi ?

Ils ont tous, à un moment donné de ma vie, fait partie de mes obsessions musicales. Je suis toujours passionnée par quelqu'un. En ce moment, j'écoute énormément Jesca Hoop, Rachael Yamagata et Priscilla Ahn. Et je suis aussi de plus en plus attirée par Brandi Carlisle. Je tombe amoureuse sans arrêt. En particulier lorsqu'il s'agit de musique. Mais aussi de façon générale (rires).

Titus - Quand as-tu décidé qu'il était temps d'enregistrer un premier disque ?

fb5de9b0f642476d9004744e5c20a65d.jpgJe commençais à accumuler un certain nombre de chansons et je croyais que le temps était venu de les entendre en dehors de moi. Je voulais voir comment elles seraient perçues. L'an dernier, au printemps 2007, le projet a pu se concrétiser grâce à l'aide de quelques personnes qui se sont mobilisées. J'ai du mal à y croire aujourd'hui. Tant de choses se sont produites en un an ! La vie a été très bonne avec moi. Un journaliste me demandait il y a quelques jours si je n'avais pas attrapé la grosse tête avec tous les prix que j'ai reçus ces derniers mois. A vrai dire, je ne prends vraiment rien pour acquis. Chaque nouvelle récompense me donne simplement du courage pour avancer.


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Titus - Ton album "Too Much & Too Lovely" est sorti en décembre 2007. Peux-tu nous dire deux mots sur les conditions d'enregistrement ?

Le disque a été enregistré au studio X, l'un des meilleurs studios de Seattle. J'ai toujours adoré cet endroit. Ce studio a été construit autrefois par le groupe de rock Heart, pour ses propres enregistrements. Il est particulièrement bien équipé et assez luxueux. Je disposais seulement de six jours pour enregistrer et mixer seize morceaux. C'était un peu court mais nous y sommes parvenus. Avec un peu de recul, j'aurais aimé pouvoir disposer d'un peu plus de temps, mais nous avions un budget serré. Et je ne crois pas de toute façon que la qualité d'un album est liée aux montants investis.


La chanson "Wouldn't it be nice", lors de la soirée lancement de son tout premier album, le 11 décembre 2007, au Musicquarium :



Titus - Tu tournes de manière assez intensive aux Etats-Unis. Aura-t-on bientôt la chance de pouvoir te voir sur une scène européenne ?

C'est dans mes plans, en effet. Je suis en relation avec des tourneurs européens. Idéalement, je souhaiterais autant me représenter en Europe qu'aux Etats-Unis. Nous devrions y arriver dans un avenir assez proche...

Titus - Quels sont tes projets pour les prochains mois ?

Je suis en train de peaufiner les chansons de mon nouvel album, qui devrait être enregistré au début de l'année 2009. Je suis très excitée rien que d'y penser. L'enregistrement sera suivi d'une tournée dans le Nord-Ouest des Etats-Unis en début d'année. J'ai l'intention de beaucoup tourner l'année prochaine...


Crédits photo : Dave Matthews et DR.



POUR EN SAVOIR PLUS

Le site MySpace de l'artiste.
Le site officiel d'Alyse Black
La chanson "Wouldn't it be nice" est téléchargeable gratuitement à partir du site officiel de l'artiste. Cliquer sur "download" dans la fenêtre rouge du lecteur Reverb Nation.


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30.11.2008

Eric Bibb : "Conjuguer le blues au présent"

Coiffé de son légendaire canotier, le célèbre bluesman américain Eric Bibb a égrainé, ce week-end, dans une salle bondée, les couplets de son sixième album, "Spirit I am", sur la petite scène des Vaches Folks, à Cast. Un concert d'exception, livré avec simplicité et charisme par ce guitariste hors pair qui n'affiche pas ses 57 printemps. Eric Bibb nous a reçu dans sa loge avant son entrée en scène. Une demi-heure de conversation à bâtons rompus dont nous vous restituons ici la teneur...


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Titus - On ne te donnerait pas 57 ans ! Comment fais-tu pour paraître si jeune ?

Eric Bibb - (Rires) C'est parce que je n'enlève jamais mon chapeau ! Plus sérieusement, je crois que c'est grâce à la musique... Tu sais, c'est une énergie tellement positive. J'adore mon métier et je n'ai pas beaucoup de raisons de me plaindre ou de me renfrogner. Ca aide très certainement à rester jeune !

Titus - Tu es né et as grandi à New York. Quels sont les souvenirs qui te viennent en tête lorsque tu te remémores les premières années de ta vie ?

43b524fb525ec73a9e18e9f273db7829.jpgJe baignais dans un océan de musique. Je me rappelle de Pete Seeger qui était un habitué de la maison. Je me souviens de mon père, Leon, lui-même chanteur, qui répétait dans le salon, le soir, alors que j'étais prétendument couché. Mes parents possédaient aussi une merveilleuse collection de disques et je passais beaucoup de temps à les écouter : de Mahalia Jackson à Lead Belly ou Villa Lobos. Une palette extrêmement vaste de styles à vrai dire...

Titus - Et te souviens-tu de la première fois qu'un instrument t'est tombé entre les mains ?

Oui. J'avais demandé une guitare à mes parents à l'âge de sept ou huit ans. Ca n'était pas une très bonne guitare, mais ça m'a permis de m'exercer à jouer des accords. J'étais un peu frustré car les cordes étaient en acier et je me souviens d'avoir eu très mal aux doigts. Mais ça ne m'a pas découragé et je ne regrette pas aujourd'hui d'avoir persévéré.

Titus - Es-tu autodidacte ?

Non, non. J'ai eu plusieurs professeurs.

Titus - Est-ce que ton père fut l'un d'entre eux ?

4462d9096e01a3a391b28bf00135ab2a.jpgIl n'était pas vraiment guitariste. C'était plutôt un chanteur. Mais il était constamment entouré de musiciens prodigieux, surtout des guitaristes. Ils m'ont servi de modèles. J'ai étudié la guitare classique, la guitare jazz. Je n'étais pas un très bon élève, cependant. J'avais trop le goût de développer mon propre truc. Mais j'ai eu de très bons profs, qui m'ont montré à quel point la guitare est un instrument magnifique.

In my father's house, à l'émission anglaise "Later" avec Jools Holland :




Titus - Et c'est en partie ce qui t'a amené à devenir un véritable passionné de cet instrument que tu collectionnes ?

Absolument. Je dois posséder environ une vingtaine de guitares. La plupart sont faites sur mesure et je les trouve très inspirantes. Mais j'aime aussi beaucoup visiter les magasins d'instruments...

Titus - Quels sont tes critères de sélection lorsque tu veux acheter une guitare ?

Il faut que l'instrument me parle. Je peux parfois jeter mon dévolu sur une guitare bon marché, sans marque définie, comme il m'arrive d'avoir un coup de coeur pour une vieille guitare "vintage". J'aime garder l'esprit ouvert.

Titus - Ton penchant pour les instruments à cordes ne se limite pas à la guitare. Tu es très branché sur les instruments traditionnels des musiques du monde...

7124bff260605dd7adac57c78a1bc214.jpgOui, cela tient à l'éducation musicale que j'ai reçue. Je me suis très tôt intéressé à une grande variété de musiques traditionnelles. A l'âge de 14 ans, je me suis ainsi passionné pour la musique de l'ouest de l'Afrique. C'est là que j'ai entendu pour la première fois le son de la cora. Depuis ce temps-là, j'ai toujours suivi avec intérêt tout ce qui émanait de ces pays, Mamadou Diabaté, Habib Koite & Bamada, etc.

Titus - En tant qu'afro-américain, quels parallèles fais-tu entre cette musique traditionnelle africaine et la musique des noirs américains ?

La première fois que j'ai entendu de la cora, il s'agissait de musique provenant de Guinée. Curieusement, je n'ai pas du tout été dépaysé. Tout cela me semblait même presque familier... Je me rappelle de m'être dit à l'époque que je connaissais cette musique. Je ne sais pas si c'est lié à une réincarnation ou à mon ADN (rires), mais il existe un lien évident entre nos musiques. Je l'entends, le sens au fond de moi. Bien que traumatisant, la déportation d'Africains vers l'Amérique, à l'époque de l'esclavage, n'aura pas détruit leur identité culturelle, bien au contraire. Je suis persuadé que, du fait de ce traumatisme, la musique a exploré un autre niveau de conscience. Sans doute en partie parce que la musique était précisément l'unique lien qui les rattachait encore à leur vie passée qui fut si cruellement interrompue. La musique a une puissance inégalable. La mémoire collective de la musique a des racines très profondes.

Titus - Le blues est précisément l'une des émanations de cette Histoire tourmentée... Que penses-tu de l'évolution de cette musique ?

Pour moi, le blues est un langage à part entière. Il a toujours consisté à parler vrai, à raconter sa vérité personnelle ou une vérité collective. Il décrit avant tout le sentiment de l'instant présent. Cette musique ancestrale, portée par tant de figures légendaires, a traversé les siècles en ne cessant jamais d'évoluer, chaque musicien apportant sa pierre à l'édifice. Je prends un exemple. En son temps, alors qu'il n'était qu'un jeune musicien du Delta, Robert Johnson faisait tout son possible pour absorber une tradition transmise par ses prédécesseurs. En ce faisant, il apportait sa propre dimension. Je crois que les bluesmen d'aujourd'hui doivent garder cela à l'esprit : tout en se montrant respectueux de l'héritage de nos maîtres, nous devons aussi nous approprier ce langage. Il ne faudrait surtout pas enfermer le blues dans un musée car il s'agit avant toute chose d'une tradition vivante ! Il faut conjuguer le blues au temps présent.

Titus - Et tu incarnes parfaitement cette mouvance de bluesmen de la nouvelle génération, dont la démarche n'est jamais passéiste... Ta musique s'abreuve ainsi à de multiples répertoires, aussi bien la soul que le rock...

77c194f3eec05042591bd6bdb3b098ff.jpgMerci beaucoup. Tu sais, j'ai toujours écouté beaucoup de musique dans ma vie. On me demande souvent ce que sont mes influences. Pour moi, il va de soi que toute musique qui a su m'émouvoir fait forcément partie de mes influences. Elle demeure toujours en toile de fond, quelque part, et ressurgit à un moment donné d'une manière ou d'une autre. La mémoire musicale est un disque dur absolument prodigieux.

Titus - Je ne peux m'empêcher de penser à ta rencontre avec Bob Dylan, alors que tu n'étais qu'un ado... Ton père, Leon Bibb, qui était chanteur mais qui animait aussi une émission très populaire à la télé dans les années 60, l'avait invité à la maison. Dylan est, je crois, quelqu'un que tu admires profondément.

Oui, je n'avais que onze ans lors de cette rencontre. Je crois que Dylan est l'un de ces types qui a compris, dès le début de sa carrière, combien riche est la musique folk américaine. Les grands compositeurs classiques ont toujours reconnu l'extraordinaire potentiel de la musique populaire. je pense notamment à Dvorak. Dylan a basé tout son cheminement sur cette vérité.

Titus - Tu parlais à l'instant de musique classique. J'ai lu que tu aimais particulièrement l'oeuvre d'Erik Satie.

Tout à fait. Comme je le disais, j'ai toujours baigné dans un univers de musiciens appartenant à différents univers : folk music, Broadway, grands orchestres... Mon oncle, John Lewis, était le compositeur et pianiste du Modern Jazz Quartet, et il avait une culture musicale vraiment exceptionnelle. Il fut de ceux qui contribuèrent à élargir mes horizons musicaux. La musique classique, la musique des Caraïbes, voire les chansons auvergnates... Du moment que ça me touchait, j'engrangeais tout ! Et par la suite, je suis allé étudier la musique dans un collège spécialisé de New York, the High school of music and art. Cela m'a permis de découvrir les impressionnistes Debussy, Ravel, que j'adore. Je trouve leur musique vraiment puissante et belle. Je vais peut-être te surprendre, mais j'arrive à établir un parallèle entre la musique de Ravel et certaines oeuvres africaines de cora. Du point de vue des harmonies notamment. Et la toute première fois que j'ai entendu la musique de Satie, j'ai été ébloui. Ses mélodies excentriques qui s'impriment durablement. J'ai entendu un jour un orchestre oriental jouer du Satie. Cet album s'appelle "Satie en Orient". On y entendait du oud, du violon oriental, des instruments qui épousaient à merveille la musique de Satie.

Titus - Est-ce que c'est cette passion pour les musiques du monde qui a fait de toi un globe trotter ? Tu vis aujourd'hui dans le sud de l'Angleterre après avoir résidé quelques années en Suède et même une année à Paris...

C'est un fait que ma découverte des musiques du monde alors que j'étais encore très jeune a favorisé ce goût pour le voyage. Et à l'âge de 12 ans, j'ai accompagné mes parents en Europe pour la première fois. Nous sommes même allés jusqu'en Union soviétique à l'époque.

Titus - J'ai lu en effet que ton père avait été invité par le ministère de la Culture soviétique à aller chanter là-bas...

3ab9febe44dc5613f7baf2607f612e9b.jpgC'est ça. En fait, un délégué du ministère de la Culture soviétique avait entendu mon père chanter à New York et l'avait invité à aller y effectuer une tournée d'un mois. Nous avons vogué à bord d'un transatlantique jusqu'en Angleterre, puis avons visité la France, l'Italie et l'Autriche en voiture. De Vienne, nous sommes montés à bord d'un avion de l'Aeroflot jusqu'à Moscou. J'ai célébré mon treizième anniversaire à Kiev. Pour une famille afro-américaine, ça n'était déjà pas très commun de voyager au milieu des années soixante, alors tu penses bien qu'aller jusqu'en union soviétique...

Titus - Ton père était un démocrate engagé. Comment perçois-tu la victoire de Barack Obama aux dernières élections américaines ?

C'est un événement formidable dans le cours de l'Histoire mondiale. Je trouve ça plein de poésie, de voir un noir afro-américain arriver à la Maison Blanche, surtout si l'on considère l'Histoire des Etats-Unis et la façon dont les Africains ont été exploités. Ce n'est que justice. Et cela montre que les sacrifices endurés par tant de gens ont eu un effet sur la conscience collective. Je pense notamment à Martin Luther King...

Titus - A qui tu rends hommage dans ta chanson "Step by step"...

Tout à fait. Et au-delà de Luther King, il y a tant de personnes qui se sont sacrifiées pour les droits civils et l'égalité au fil des décennies. Ce qui me ravit, c'est que cette élection survient à un moment clef de l'Histoire. Nous étions au bord du précipice depuis un certain temps, et voilà quelqu'un dont le sens éthique est peut-être à-même d'inverser la tendance. C'est un très bon signe.

Titus - Qu'attends-tu de la présidence Obama ?

Il y a tant à faire dans le monde, sans parler des Etats-Unis... Je crois que la différence essentielle tient au fait qu'Obama cherche à rassembler et non à diviser. Il ne s'adresse pas à une seule composante de la population en excluant les autres. Il y a tant de conflits actuellement, tant d'extrémistes. Nous avons besoin de personnes comme Barack à qui beaucoup de gens peuvent s'identifier. Je souhaite de tout coeur qu'il réussisse à réaliser ses promesses de campagne. Nous devons faire tout ce qui est possible pour rétablir la paix et l'harmonie dans le monde.

La chanson "Connected" :




Titus - Tu as vécu une année en France... C'est vrai que tu as chanté dans le métro ?

Absolument. Je crois que tout jeune musicien connaît ce type d'expérience un jour ou l'autre. C'est une très bonne façon de se faire un peu d'argent pour manger. C'est aussi une très bonne école. On apprend ainsi à repérer très vite ce qui fait que les gens s'arrêtent et écoutent...

Titus - Quand as-tu décidé de faire de la musique ton métier ?

A vrai dire, je ne crois pas que cette question se soit jamais posée en ces termes. Ma passion pour la musique m'a naturellement amené à jouer énormément. Comme j'y consacrais l'essentiel de mon temps, j'ai vite compris qu'il valait mieux que cela me rapporte de quoi vivre car il ne me restait plus de temps pour faire autre chose. J'ai commencé à gagner un peu d'argent par ce biais dès l'âge de 16 ans. Mon métier découle donc directement de cette passion.

Titus - Ton premier album n'est toutefois sorti qu'en 1990. Comment l'expliques-tu ?

850331807c768acdc5545af0e464b963.jpgIl y a bien eu quelques enregistrements ici ou là avant 1990, mais tu as raison : il aura fallu attendre l'album publié cette année-là pour commencer à avoir de véritables retours. Je l'avais enregistré en Suède. Ca prend un peu de temps parfois pour définir son propre style. Du fait de mon éclectisme, de mon intérêt pour toutes sortes de musiques, j'ai sans doute mis plus de temps que d'autres pour me focaliser sur un genre. Il se trouve qu'au moment-même où j'ai décidé de revenir à mes racines, et à faire du blues la partie centrale de mon répertoire, d'autres jeunes musiciens afro-américains commençaient aussi à émerger dans le domaine de la musique roots acoustique, à l'image de Corey Harris. Plusieurs y ont vu une sorte de renaissance de la musique blues survenant dans le sillage de Taj Mahal. Mon heure était finalement arrivée...

Titus - Ce succès tardif n'est-il pas finalement une forme de bénédiction ?

J'en suis intimement persuadé. Un succès foudroyant quand on est tout jeune peut être un vrai problème. Quand on devient célèbre très jeune, on n'a plus le temps ni la liberté d'explorer toutes les facettes de sa personnalité.

Titus - Sur ton dernier disque, "Spirit I am" , le sixième de ta carrière, le morceau "In God's Kingdom" évoque la spiritualité qui semble une partie importante de ta personne. Te considères-tu religieux ?

Je dirais croyant plutôt que religieux. A mon sens, le terme "religieux" a aujourd'hui une connotation qui ne me correspond pas. Ma spiritualité est directement liée à la musique. J'ai grandi en écoutant beaucoup de gospel, qui fait partie intégrante de ma culture. Pour moi, le gospel est un langage qui peut servir à exprimer une foi universelle.

Titus - La musique n'est-elle pas précisément un outil extraordinaire pour transcender les clivages et rapprocher les gens ?

Absolument, c'est une langue universelle qui parle directement au coeur. Il n'y a pas besoin d'analyser ou d'utiliser son cerveau. Le coeur voit tout de suite si la démarche est sincère ou pas, si ça sonne vrai ou faux !

La chanson "Spirit I am", extraite de l'album éponyme publié cette année chez Dixiefrog :




Titus - Quels sont tes projets immédiats après le concert de ce soir à Cast ?

J'enregistre un album à Paris la semaine prochaine dans les studios de FIP. Cela me ravit d'enregistrer un album "live" en France. Je prends ensuite quelques semaines de repos avant de reprendre ma tournée en janvier, à la fois en Nouvelle-Zélande et en Australie. The beat goes on.

Titus - Et malgré cette effervescence, tu parviens à rester proche de ta famille ?

Je m'efforce en effet de rester en lien permanent avec eux lorsque je suis en tournée. J'ai très hâte de retrouver mes enfants et de leur consacrer un peu plus de temps. J'adore les enfants. C'est d'ailleurs l'un de mes projets : j'aimerais faire de la musique avec les enfants.


Propos recueillis et traduits de l'anglais par Titus, à Cast, le 29 novembre 2008. Photos de Titus, Brian Jannsen et Patricia de Gorostarzu.




POUR EN SAVOIR PLUS
Lire aussi le compte-rendu de mon ami Jipes, du concert d'Eric Bibb dans l'Est de la France, une semaine après son passage à Cast. Une très bonne vidéo du concert y est proposée : c'est ici !

04.12.2007

Danny Godinez : "L'avantage d'être un autodidacte"

Nous avons déjà beaucoup parlé sur ce blog du passage remarqué de Pura Fé et Danny Godinez sur la petite scène de Cast, le 23 novembre, dans le cadre des soirées Vaches Folks. Nous étions invités, le lendemain, à rencontrer les artistes chez l'un des organisateurs, Roger Mauguen. Une opportunité en or de poser quelques questions au guitariste virtuose Danny Godinez, qui accompagne Pura Fé depuis un an et demi et qui a, au nombre de ses projets, le désir d'enregistrer un premier album solo.

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Titus - Peut-on évoquer rapidement tes origines ?

Mon père, bien qu'étant né au Texas, était Mexicain d'origine; c'était un militaire. Ma mère, quant à elle, est née en Corée. Mes parents ont eu trois fils; je suis le cadet. Je suis né en Virginie, mais j'ai aussi vécu en Corée et en Allemagne avant de revenir aux Etats-Unis, dans le Maryland, d'abord, puis à nouveau en Virginie à partir de 1966. J'ai fini par m'établir à Seattle, dans l'état de Washington. C'est là que je vis depuis 1996.

Titus - Te souviens-tu de la première fois qu'une guitare, ton instrument de prédilection, t'est tombée entre les mains ?

483f094d324460139d58c66ac91104c3.jpgAutant que je m'en souvienne, je n'avais que neuf ans et mon frère aîné voulait m'acheter une guitare. C'était en Corée, en 1979. Dans un magasin, il y avait cette guitare acoustique blanche, une Yamaha, sur laquelle j'ai immédiatement flashé. De retour à la maison, mon frère, qui avait 16 ans à l'époque, a commencé à m'enseigner quelques accords. Malgré son départ à l'armée deux ou trois ans plus tard, je n'ai jamais arrêté la guitare... En fait, il a continué à m'encourager en m'envoyant des disques parce qu'il voulait que je persévère.

Titus - Tu te souviens de certains de ces disques ?

Ah oui ! Il y avait Jeff Beck ou encore le groupe canadien Rush. Je m'asseyais pendant des heures pour essayer de reproduire les plages de guitares. Bien qu'ayant un père mexicain et une mère coréenne, je dois dire que mes influences musicales sont avant tout américaines !

Titus - Tu es donc un vrai autodidacte ?

b6fb55fb6032bc2568a7cc8b06d5ef79.jpgOn peut dire ça. Je ne comprends pas trop comment cela s'est fait... Il m'a fallu beaucoup écouter dans un premier temps avant que je ne parvienne à dupliquer ce que j'entendais. C'est très vite devenu une véritable obsession ! Il y a des avantages d'être autodidacte : plus de liberté notamment. Mais il ne faut surtout pas prendre exemple sur moi ou étudier mon jeu, tellement alambiqué ! Je ne peux toutefois pas m'empêcher de regretter, parfois, de n'avoir jamais suivi un seul véritable cours de musique de ma vie. D'autant que j'ai aussi à présent des élèves à Seattle. Le plus jeune n'a que onze ans.

Titus - A quel âge as-tu pensé que le métier de guitariste était fait pour toi ?

Je ne suis devenu musicien professionnel qu'à partir de 2001. Avant ça, je travaillais dans l'informatique. Ca a donc été un cheminement assez intéressant...

Titus - Tes connaissances en informatique ont dû être précieuses pour développer ton style de prestation scénique. Avec toute l'électronique qui t'entoure sur scène, tu es un véritable homme orchestre...

f838b72cd6696783c18cd4062754c5bd.jpgEn fait, j'ai commencé assez jeune à expérimenter les "loopers", ces pédales d'effets qui permettent de reprendre en boucle certaines plages que l'on joue. J'ai essayé ça pour la première fois en 1977. Je trouvais ça fascinant de pouvoir ainsi créer un fond musical sur lequel il m'était possible d'improviser d'autres solo. A l'époque, je ne savais pas trop ce que j'en ferais. En 2004-2005, le groupe au sein duquel j'évoluais s'est séparé. Comme j'ai commencé à jouer en solo, c'est là que j'ai réalisé tout l'intérêt des "loopers".

Titus - Peux-tu nous parler du groupe que tu pilotais ?

C'était mon propre groupe, le Danny Godinez Band. Nous avons publié deux albums. Nous étions basés à Seattle mais nous donnions des concerts à l'échelle des Etats-Unis. En quatre ans, nous nous sommes représentés environ un millier de fois. Quand j'ai décidé de mettre un terme à cette expérience, j'ai joué pendant quatre ans avec Michael Shrieve, le batteur de Carlos Santana. Ce fut une expérience assez incroyable. J'avais encore en mémoire les fabuleux solos de batterie de Michael à Woodstock, au côté de Santana. Il était l'une de mes idoles depuis fort longtemps ! Partager la scène avec lui, c'était donc quelque chose de très spécial ! Il m'a donné un sacré coup de pouce, en tant que musicien... Aussi bien du point de vue de l'écriture que de l'enregistrement en studio.

Titus - Quelle était ton intention, en te lançant en solo ? Tu voulais faire carrière en tant que chanteur et guitariste ?

2132160ebda338f8b21beec8fa41adbc.jpgAu début, je n'étais pas vraiment sûr. J'expérimentais pas mal. Les choses suivent tranquillement leur cours. S'il fallait me ranger dans une catégorie, je dirais que ce que je fais aujourd'hui est de la folk expérimentale. On y trouve beaucoup d'influences, latine, jazz, bluegrass, voire psychédélique... J'ai récemment joué en Allemagne et quelqu'un m'a dit que certains de mes solos avaient même un petit côté techno...

Titus - Quand as-tu commencé à accompagner la chanteuse amérindienne Pura Fé ?

Je l'ai rencontrée en février 2006 et nous n'avons cessé, tout depuis, de jouer, écrire et enregistrer ensemble.

Titus - J'imagine que tu la connaissais avant votre rencontre ?

Absolument. J'étais un grand fan de sa musique depuis fort longtemps. Je m'étais dit que ça pourrait être intéressant d'essayer de travailler avec elle, pour voir où ça nous mènerait. Je n'avais pas d'attente particulière. J'étais arrivé à un point de mon parcours où il me semblait important de collaborer avec un maximum d'artistes. Très vite, la magie a opéré avec Pura Fé. Nous nous complétons bien. Durant cette tournée européenne, nous avons continué à travailler sur de nouvelles pièces. Nous verrons ce qui en sortira.

Titus - Tu as écrit la musique de plusieurs morceaux sur le second opus de Pura Fé, "Hold the rain", notamment le très beau "Let heaven show"...

7f557d1269fedb473ea0c9da0ae84db0.jpgOui, j'ai écrit la musique de deux morceaux sur cet album, qui est très acoustique dans l'ensemble. Pour le premier album de Pura Fé, "Tuscarora Nation Blues", l'enregistrement s'était déroulé dans des conditions proches du direct. Ici, il y a eu beaucoup de travail en studio : beaucoup d'overdubs. L'enregistrement de la chanson "Summertime" a nécessité à lui seul plus d'une centaine d'heures. Nous n'étions pas satisfaits des deux premières versions, alors on ne les a pas gardées. Pura Fé est extraordinaire en studio; j'ai beaucoup appris à ses côtés. C'est quelqu'un qui est perpétuellement en mouvement : elle se réinvente sans arrêt ! C'est génial de pouvoir évoluer au côté de quelqu'un de son calibre. (Pura Fé nous a rejoints à la table il y a quelques minutes; les propos élogieux de Danny la mettent dans l'embarras : "I need to walk away" (Il vaut mieux que je m'éloigne), lance-t-elle, dans un grand éclat de rire, ndr) Nous avons enregistré l'album dans le sous-sol aménagé d'une maison à Seattle. Comme il pleut souvent là-bas, nous avons été inondés à deux reprises... Ca nous a un peu retardé, mais en dehors de ces petites déconvenues, tout s'est bien passé. On s'est pas du tout chamaillé !

Let heaven show, musique de Danny Godinez et voix de Pura Fé :
Let Heaven Show

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Titus - La symbiose semble aussi très nette entre vous deux lorsque vous êtes sur scène...

C'est vrai, et heureusement, car une tournée n'est jamais de tout repos. On voyage sans arrêt, avec un agenda toujours très serré, mais en même temps, c'est très gratifiant ! Pura Fé travaille avec une très bonne équipe en France. Et nous avons été formidablement accueillis un peu partout. Les gens semblent vraiment adorer sa musique, ce qui ne me surprend pas ! Je suis content pour elle. Maintenant, nous avons hâte de passer à l'enregistrement d'un nouvel album.

Titus - En marge des chansons de Pura Fé que vous interprétez en duo, tu joues aussi, à chaque spectacle, tes propres morceaux...

a1db2343fd96bf017e6cd5befe306c6c.jpgOui, c'est Pura Fé qui me l'a proposé et c'est tout à son image. C'est quelqu'un de très généreux. Elle me donne ainsi carte blanche, chaque soir, durant l'intermède. Je joue mes propres compos, mais aussi quelques reprises. Pour la première fois en France, hier soir (le 23 novembre à Cast, ndr), j'ai même joué un morceau des Pink Floyd. J'ai beaucoup apprécié l'accueil que m'a réservé le public. J'ai trouvé ça cool !

L'hommage de Danny Godinez à Pink Floyd (pas la version castoise cependant, mais allez jusqu'au bout, ça vaut le coup !) :
Danny Godinez

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Titus - Comment entrevois-tu l'avenir à présent ?

Je veux continuer à écrire des chansons et à m'améliorer en tant qu'instrumentiste. En plus de mon travail que j'entends bien poursuivre avec Pura Fé, j'aimerais aussi continuer mon bout de chemin avec Michael Shrieve. Parallèlement, je travaille sur mon projet d'album en solo. On y retrouvera beaucoup de choses assez différentes. Il y aura pas mal de guitare, naturellement, mais aussi des chansons; j'y inviterai probablement Pura Fé... J'aimerais bien qu'il sorte l'an prochain. Ca fait assez longtemps que j'attends ce moment...

Des démos de Danny Godinez, matériel susceptible d'apparaître sur son premier album solo, sont en ligne à son adresse MySpace.

Propos recueillis par Titus et traduits de l'américain (Tous droits réservés).