08 novembre 2009
Jane Roberts : « Ma vie de l’autre côté du mur »
En juillet 1994, nous réalisions une interview avec la chanteuse Jane Roberts, une Allemande de l’Est dont on parlait beaucoup à l’époque puisqu’elle venait de publier, tour à tour, son premier album, « Secrets », et un livre, « Secrets, une histoire vécue de l’autre côté du mur », tous les deux aux éditions Imagine. Alors qu’un peu partout chacun y va de son couplet sur les vingt ans de la chute du mur, Le Monde de Titus apporte sa modeste contribution en vous proposant aujourd’hui cette interview réalisée seulement cinq ans après les événements.
Titus - Jane Roberts, cela fait seulement deux ans que vous vivez au Canada mais vous n’avez pas perdu de temps, c’est le moins qu’on puisse dire, puisque vous avez déjà publié un album, « Secrets », et un ouvrage autobiographique, qui raconte votre vie en RDA avant la chute du mur…
Jane Roberts – Ma carrière avait déjà débuté en Allemagne de l’Est, en réalité. A l’âge de 14 ans, en 1981, j’avais commencé à chanter au sein d’une chorale et j’ai appris la guitare en autodidacte, en plus de prendre des leçons de chant et de piano. Cette passion ne m’a jamais abandonnée depuis.
Titus – Où viviez-vous en Allemagne de l’Est ?
Je suis née à Berlin, qui était à l’époque la capitale de la RDA, et qui est redevenue par la suite la capitale de l’Allemagne réunifiée. J’ai grandi dans une ville située environ à une heure de Berlin.
Titus – Vous étiez donc aux premières loges pendant les événements de 1989…
C’est vrai, mais je ne vais pas vous raconter d’histoires. J’étais tellement impressionnée par ce qui se passait que j’ai préféré suivre les événements à la télé. J’avais un peu peur et, pour être honnête, j’avais beaucoup de mal à croire ce qui se passait.
Titus -. Ça a dû être un choc, en effet !
Un très grand choc ! Tout est arrivé si brusquement. Le monde dans lequel j’avais grandi s’est écroulé d’un seul coup. Jamais je n’aurais pu imaginer cela ! Pour me convaincre que tout cela s’était réellement passé, j’ai commencé par écouter les infos, et trois jours plus tard, je me suis décidée à aller voir de plus près. Et tout était vrai !
Titus – Sur le coup, ça a dû générer pas mal de confusion, non ?
Il a fallu un peu de temps avant que les choses s’organisent. Tant de changements d’un seul coup ! Au début, du fait de la restructuration de l’économie, de nombreuses personnes ont perdu leur travail ; tous leurs fondamentaux ont été bouleversés, et cela a naturellement créé beaucoup de confusion, vous avez tout à fait raison. Un simple exemple, bon nombre de familles se sont disloquées à l’époque parce que les gens n’arrivaient plus à s’entendre sur la façon de gérer leur quotidien. De nombreux pères ont abandonné leurs familles… Pas tous, bien entendu, mais tout de même un grand nombre…
Titus - Il faut dire qu’il y avait des avantages à se marier du temps de la RDA et que beaucoup de couples se sont formés pour cette raison, non ?
Absolument. Dans mon cas, j’ai épousé une personne dont j’étais tombée amoureuse alors que nous étions étudiants. A l’issue de nos études, à moins de se marier, il était impossible de trouver un appartement en étant célibataire. C’est donc ce que nous avons fait ; nous nous sommes mariés et nous avons obtenu un appartement. C’était quelque chose d’assez habituel à l’époque…
Titus – Pourriez-vous nous raconter la journée type d’un résident d’Allemagne de l’Est
avant La chute du mur ?
Dans la plupart des cas, les familles étaient composées d’un ou deux enfants. On se levait vers
6 h du matin et on travaillait de 8 h à 16 h. On se couchait généralement vers 22 h. La plupart
des gens travaillaient à temps plein. Le travail à temps partiel n’était pas commun et n’était
pas bien considéré, d’ailleurs, dans notre société. Homme et femme travaillaient donc à temps plein et les enfants allaient à la crèche, qui était gratuite.
Titus – Il n’y avait pas de chômage, non plus.
C’est exact. Personne n’avait à dépendre des allocations chômage. Il y avait du travail pour tous. En revanche, vous n’aviez pas toujours le choix d’exercer la profession de vos rêves.
Titus – Cela veut-il dire que le gouvernement vous imposait parfois un travail ?
Par exemple, si vous vouliez devenir médecin. Leur nombre était limité et seulement les meilleurs étaient retenus et la compétition très rude ! Si vous n’étiez pas choisi, il fallait faire des compromis et accepter de changer d’orientation. Mais plusieurs possibilités étaient généralement offertes et il fallait faire son choix à partir de ces propositions.
Titus – Que s’est-il passé dans votre cas. Vous étiez très attirée par la musique…
J’ai fait des études pour devenir enseignante. Il a fallu que je choisisse cette profession alors que je n’avais que 14 ans. C’était un peu tôt ! Et c’est effectivement à cette même époque que je me suis découvert une passion pour la musique. Mais j’avais déjà à l’époque été acceptée au sein de l’Institut de développement pour enseignants. Comme j’avais envie de changer d’orientation, cela m’a valu de nombreuses remontrances de mes parents. Ça a fini par me convaincre que je devais m’en tenir au métier d’enseignante. A l’issue de mes quatre années d’études, je me suis quand même tournée vers la musique, ce qui m’a permis par la suite d’enseigner l’allemand, les maths et la musique.
Titus – Et la musique a pris de plus en plus de place…
En effet. J’ai participé à un concours national organisé par la radio d’Etat. Et ma démo a été choisie, ce qui m’a ouvert la porte d’un studio. Plusieurs personnes se sont dès lors intéressés à mon travail, et voilà. Tout s’est enchaîné assez naturellement ! Je saisissais toutes les opportunités qui se présentaient lorsqu’il s’agissait de musique !
Titus – Et avez-vous publié un album en RDA avant de partir pour le Canada ?
Je travaillais sur la production de mon premier album lorsque les événements sont survenus. Après la chute du mur, des maisons de disques occidentales se sont intéressées de près à notre pays, dans l’espoir d’y développer de nouveaux marchés. Elles en ont aussi profité pour débusquer de nouveaux talents. C’est ce qui s’est passé dans mon cas : j’ai rencontré le président des disques Imagine, Pierre Durivage, qui m’a proposé d’aller travailler au Canada. J’ai accepté de franchir le pas et j’ai donc émigré. Mais honnêtement, je suis persuadée que j’aurais fini par être musicienne, même si la chute du mur n’avait pas eu lieu !
Titus – Récemment, je discutais avec le musicien roumain Marius Luca, qui lui aussi a émigré au Canada pour y faire carrière au sein de plusieurs formations rock. Lui qui était une star du rock en Roumanie sous Ceaucescu, me racontait la difficulté d’écrire des chansons dans un pays communiste, ce qui l’a d’ailleurs amené à fuir son pays… Avez-vous ressenti la même chose ?
Ecouter la réponse de Jane Roberts dans Calypso, sur CINN FM :
Vous avez raison. Dans mon cas, j’éprouvais beaucoup de difficultés à mettre des mots sur mes mélodies. Je ne savais pas comment m’exprimer ou que dire. Si vous écoutez mon album « Secrets », vous remarquerez sur plusieurs titres, une absence de textes. Je me contentais de chantonner « da da da da » pour accompagner la mélodie. C’est un miroir de cette période de mon existence où je tentais d’explorer ce qu’il y avait à l’intérieur de moi pour le retranscrire. J’ai ainsi appris à traduire mes émotions. Ça n’a vraiment pas été facile. Le processus a été fastidieux.
Titus – Vous avez fini par écrire un livre qui raconte précisément votre vie « de l’autre côté du mur »…
Tout à fait. Il s’agit d’une autobiographie. J’y parle des gens que j’ai côtoyés, de notre éducation, de notre environnement. J’y livre aussi un point de vue très personnel. J’ai cherché à livrer un témoignage aussi sincère que possible sur l’Allemagne de l’Est d’avant la chute du mur, parce qu’il n’y a pas que des mauvais souvenirs, vous pensez bien. J’évoque tout ce que cette époque avait de négatif, sans occulter les moments heureux qui ont jalonné mon existence.
Titus – Avez-vous choisi le nom de Jane Roberts pour votre carrière musicale au Canada ?
En partie. Roberts existait déjà en Allemagne. Il fallait que je trouve un prénom qui me ressemble, et j’ai finalement choisi celui de Jane.
Titus – Si ce n’est pas un secret, pourriez-vous nous dire comment vous vous appeliez avant de quitter l’Allemagne ?
Oui, bien sûr. Irina Marchinkovski. Vous comprenez pourquoi il était important de changer de nom. Je ne crois pas que beaucoup s’en seraient souvenu (rires).
Propos recueillis et traduits de l’anglais par Titus.
Photos : Serge Grenier.
Un extrait de l'album "Secrets", le tube "Surrender" :
L’EXTRAIT
« La période d’août à novembre 1989 s’envola à toute vitesse. Pas un jour ne passait sans manifestations et un défilé incessant de « vacanciers » vers la Hongrie. Entre-temps, l’Etat cherchait à sauver le vaisseau qui sombrait en suppliant les gens de ne pas déserter.
Tard le soir du neuf novembre, les gens reçurent d’autres nouvelles fracassantes. Un porte-parole de l’Etat retransmit des reportages sur un événement très attendu, mais jusqu’ici imprévu : désormais, la frontière séparant les deux Allemagnes serait ouverte. Nous étions libres de partir ! La nouvelle suscita des sentiments contraires chez ceux qui restaient encore. Que signifiait tout cela ? N’existait-il dorénavant qu’une seule Allemagne ?
Dès lors, un défilé d’autos, surtout des fameuses Trabant de l’Est (aux affreux nuages de fumée crachés par leurs tuyaux d’échappement), se déplaçait vers Berlin-Ouest. Soudain, la ville, divisée depuis vingt-huit ans, vivait des retrouvailles. (…) La déception que m’inspirait le régime, et la gêne ressentie envers ceux qui dénonçaient ma foi aveugle d’antan, me donnaient le vertige. Continuant de regarder les actualités, je les voyais tous sous un tout autre jour. Je constatais le vaste écart entre les discours et la réalité. (…) Je chassai de mon cœur un régime qui, en exploitant ma confiance, m’avait depuis longtemps reniée. (…) Dupée, comme des milliers d’autres, j’étais résolue à profiter au maximum de cette nouvelle situation. Je me dis que jamais plus je ne servirais une société avant de combler mes propres besoins ».
Jane Roberts, in « Secrets, une histoire vécue de l’autre côté du mur », aux éditions Imagine.
POUR EN SAVOIR PLUS
Un livre : « La chute du mur », par Olivier Guez et Jean-Marc Gonin. Le premier est journaliste et écrivain et vit à Berlin depuis 2005. Le second est grand reporter au Figaro Magazine et a couvert la chute du bloc de l’Est en 1989 pour L’Express. Leur livre, qui se lit comme un roman, met en scène les principaux acteurs (célèbres ou restés anonymes) des événements de manière chronologique, à partir d’octobre 1989. Pour découvrir de l’intérieur les dernières heures du régime socialiste de la RDA. (21,90 €)
Un magazine : « Berlin pour mémoire », Courrier International du 5 au 11 novembre. La rédaction de Courrier a choisi de donner la parole à une douzaine d’écrivains ou artistes, parmi lesquels Ingo Schulze, Christoph Hein, ou Julia Franck, pour raconter, sur un ton sérieux ou satirique, « les moments cruciaux d’un tournant historique qui les a enchantés, puis parfois désenchantés, mais qui nourrit encore leur réflexion et leurs espoirs ». (3 €)
Un hors-série du Monde : « 1989, Liberté à l’Est », avec des entretiens avec Mikhaïl Gorbatchev et Adam Michnik, des récits sur les révolutions de velours et la chute du mur, et une analyse sur la mort d’un empire. (7,50 €)
Un film : « Goodbye Lenin », sur les événements de 1989 et les tentatives d’un fils pour cacher à sa mère malade la chute du mur et la fin du régime Honecker. Un film-culte dont la musique est signée par le Breton Yann Tiersen.
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| Tags : jane roberts, chute du mur, rda, allemagne de l'est, imagine records |
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09 janvier 2007
Nazisme d'hier et d'aujourd'hui
Je n'avais pas eu la chance de voir le très beau film d'Oliver Hirschbiegel, "La Chute", lors de sa sortie en salle. Rattrapage effectué cette semaine, grâce au DVD. Après cette projection dont on sort un peu sonné, je me suis souvenu d'un autre film allemand qui m'avait également bouleversé sur le sujet du nazisme, contemporain celui-là : le fameux documentaire "Profession néo-nazi" (1993) du réalisateur Winfried Bonengel. Je vous restitue un peu plus loin l'interview de ce cinéaste, qui a tourné, plus récemment, "Les enfants de la colère".
"La Chute" débute par un témoignage actuel, celui d'une vieille dame, qui revient sur les conditions de son recrutement par la chancellerie allemande, en 1944. La jeune Munichoise qu'elle était alors avait été choisie pour servir de secrétaire particulière à Adolf Hitler. Ce film relate son expérience et décrit avec force détails, à partir d'avril 1945, les derniers jours vécus au quartier général du führer. Hitler y montre le visage d'une société qui a élevé l'absence de compassion au premier rang de ses valeurs. "Si la guerre est perdue, peu m'importe que le peuple périsse, il ne mérite pas mieux", dira-t-il ainsi sans ciller. Et ce n'est sans doute pas le couple Goebbels, formidablement interprété dans le film, qui l'aurait contredit.
Huis clos terrifiant
"La Chute" est un huis clos terrifiant. Nous voilà donc au sein même du bunker de Hitler, dans les toutes dernières heures du troisième Reich. En toile de fond, le Berlin en ruines à partir duquel Hitler (extraordinaire Bruno Ganz) continue d'échafauder les rêves architecturaux les plus fous ! Même si à l'extérieur, les obus soviétiques n'en finissent plus de réduire la capitale en cendres.
Seul un noyau de personnes, dont Hitler, continuent encore à croire que l'armée allemande sera en mesure de se ressaisir. Mais nous voguons en plein délire, car le navire national-socialiste prend eau de toutes parts. Et derrière les marques de fidélité témoignées au dictateur, le film montre que ce dernier est en réalité de plus en plus isolé et que la bataille fait déjà rage entre prétendants à sa succession. La chute, qui prend ici la forme d'une véritable descente aux enfers, était bel et bien inéluctable.
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Cinq questions à Winfried Bonengel, cinéaste allemand
Lorsque j'ai rencontré Winfried Bonengel, en 1994, il venait présenter, à Toronto, son remarquable documentaire "Profession néo-nazi" ("Beruf Neonazi" dans la version originale). Pour réaliser ce film, le cinéaste avait suivi, pendant des mois, des groupes de néo-nazis, à la fois en Allemagne et à l'étranger. On y voyait notamment le nazillon munichois Ewald Althans, âgé de 29 ans à l'époque, tenant des propos révisionnistes dans l'enceinte même du camp d'Auschwitz. Le film, qui connut un fort retentissement à l'époque, a servi d'élément à charge pour faire condamner ledit Althans à 3 ans et demi de prison.
Egalement auteur de plusieurs enquêtes sur les milieux d'extrême-droite, Winfried Bonengel n'a pas tourné le dos au cinéma, loin s'en faut. En 2002, il était l'auteur de "Fuehrer Ex" (Les enfants de la colère), sa première fiction, qui fit partie de la sélection officielle de la Mostra de Venise cette année-là. Un film qui, selon Julien Welter, d'Arte, constitue "le pendant sombre et négatif du beau Goodbye Lenin". (Visionner l'extrait ci-après).
1. Votre documentaire "Profession Néo-Nazi" (1994) a été beaucoup critiqué en Allemagne à sa sortie mais a reçu un accueil plutôt positif dans le reste du monde...
J'ai suivi le film dans une trentaine de pays et la réaction à l'étranger a été complètement différente de ce qu'on a pu voir en Allemagne. Pour ce qui est de l'Allemagne, le scandale a été provoqué par la presse pour en tirer des profits commerciaux. Au départ, quand le film a été projeté, il a reçu de très bonnes critiques. On disait que c'était le meilleur film de l'année. Là-dessus, un grand magazine allemand a critiqué le film d'une manière extrêmement sévère. Ce magazine a des parts dans une chaîne de télévision, et cette dernière a défendu le film. Ils ont ainsi créé une sorte de polémique au sein de leur propre maison et après, ils ont acheté le film pour le diffuser. Le film a ainsi fini par avoir du succès sur le plan commercial.2. Le néo-nazisme est-il encore un sujet tabou en Allemagne ?
Ce n'est pas un sujet tabou. Je crois que c'est un problème d'identité auquel je suis, moi aussi, confronté. Ca n'est pas évident d'assumer le passé. C'est quand même quelque chose d'inimaginable. Moi, je suis né en 1960 et je n'ai rien à voir avec ce qui s'est passé durant la Seconde Guerre mondiale, avec les meurtres commis dans les chambres à gaz, mais comment s'identifier à tout ça ? C'est pourtant le passé du pays où je suis né. Je me sens un peu déraciné car ce n'est pas quelque chose à laquelle on peut s'identifier. Je crois qu'il y a beaucoup d'Allemands dans ce cas. Les Allemands sont soit parano, soit ils ferment les yeux, soit ils tombent dans l'autre extrême et disent que ce n'était pas si grave que ça. Mais c'était plus grave que tout ce qu'on peut imaginer.
Ecouter la réponse de Winfried Bonengel, sur Cinn FM, dans Calypso :3. Certaines critiques disaient que votre film faisait la propagande du néo-nazisme. Est-ce parce que vous aviez pris le parti de montrer ces gens tels qu'ils sont, sans jamais porter de jugement.
Ces réactions étaient absurdes. Ceux qui arrivent à s'identifier aux néo-nazis présentés dans le film doivent avoir un problème eux-mêmes. Le problème n'est pas dans le film, mais peut-être dans les têtes de certaines personnes. Mais je crois qu'il s'agit d'une minorité de la population. Il ne faut pas croire qu'on change ces gens-là parce qu'on fait un film. Moi, j'ai fait le film pour les autres, pour qu'ils se sentent concernés. La plupart des gens qui ont vu le film ont eu un choc, et ce choc émotionnel est positif dans la mesure où les gens se disent qu'il faut faire quelque chose contre le racisme.
4. Le film est tourné en partie au Canada, dans le milieu néo-nazi de Toronto. Etes-vous allé de découverte en découverte quand vous vous êtes penché sur ce dossier ?
Tout spécialement à Toronto ! Ca m'a fait tout drôle de voir des néo-nazis au Canada. Ma vision du Canada n'est pas celle-là. Je suis venu ici pour rencontrer Ernst Zuendel, cet Allemand qui vit à Toronto depuis très longtemps. Pour moi, ce type est gravement malade. Il a créé un réseau de supporters; il reçoit de l'argent, comme on le voit dans le film, de gens du monde entier. Ca, ça m'a inquiété. De voir qu'il y avait des gens, dans le monde entier, qui donnaient de l'argent à ce genre de fous. (Depuis février 2006, Ernst Zuendel, l’un des principaux éditeurs mondiaux de matériel antisémite et neonazi, doit répondre devant le tribunal de Mannheim d’incitation à la haine raciale. Son premier procès en novembre 2005 a éte interrompu après le rejet par le tribunal de son avocate, qui aurait tenu des propos antisémites. Extradé en mars 2005 du Canada, Zuendel encourt cinq ans de prison, ndr).5. Comment entrevoyez-vous l'évolution du phénomène néo-nazi ?
Je me méfie des pronostics. Quand on voit les évolutions en Allemagne, ça a changé, même si je suis le dernier à cautionner tout ce qui s'y fait. Heureusement, les manifestations publiques des néo-nazis ne sont plus possibles, aujourd'hui. Quand j'ai commencé à travailler sur le sujet, en 1990, c'était quelque chose de normal. A Berlin, où il y avait un mouvement très très fort, ça n'existe carrément plus. Les mouvements sont maintenant davantage isolés. Le problème du racisme a toujours existé et ça existera toujours, c'est pourquoi il faut toujours en parler.
Propos recueillis en 1994, à l'occasion de la projection du film de Windfried Bonengel sur la chaîne de TV Ontario, présentation pour laquelle le cinéaste s'était rendu à Toronto. Les illustrations sont des images du film "Profession néo-nazi", à l'exception naturellement du portrait du cinéaste..
Ci-dessous, un extrait du film "Les enfants de la colère".
15:15 Publié dans Cinéma, Rencontres allemandes | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : cinéma allemand, la chute, bruno ganz, oliver hirschbiegel, profession néo-nazi, windfried bonengel |
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