17 avril 2009
Amin Maalouf : un texte refondateur
L'écrivain d'origine libanaise Amin Maalouf, récipiendaire, en 1993, du prix Goncourt pour Le Rocher de Tanios, vient de publier aux Editions Grasset & Fasquelle, un essai qui devrait faire date. Dans "Le dérèglement du monde", l'auteur pose un regard de "vieux sage" sur l'évolution de la planète, offrant une lecture originale et érudite de l'histoire des civilisations et quelques pistes pour sortir de l'impasse où nous sommes confinés.
L'une des constantes, chez Amin Maalouf, c'est le style, toujours limpide. Pour qui a déjà lu les oeuvres de fiction de l'écrivain, cela n'apparaîtra pas surprenant. Dans "Léon l'Africain" ou "Le Périple de Baldassare", Maalouf nous avait déjà habitués à une prose d'une grande clarté. Cette qualité indéniable de conteur s'avère un formidable atout lorsqu'il s'agit de manipuler des notions parfois complexes. Pour ce nouvel essai, qui s'inscrit dans le prolongement des "Identités meurtrières", publié en 1998, l'écrivain ne se contente pas, à la différence de certains déclinologues patentés, de dresser le constat de notre impuissance face au "dérèglement" du monde. Un dérèglement qui revêt différentes formes : climatique, économique, mais aussi et, peut-être, surtout, intellectuel. "L'une des conséquences les plus néfastes de la mondialisation, c'est qu'elle a mondialisé le communautarisme, (...) attisé à son tour par l'effondrement des idéologies".
Démonstration infaillible
Amin Maalouf décrit avec une formidable acuité l'épuisement simultané de toutes les civilisations contemporaines. Dans le cas du Monde arabe, affecté par une douloureuse "perte de légitimité", la démonstration est infaillible. Il en va de même à l'endroit du "rôle global des Etats-Unis". Aussi inquiétant que puisse apparaître le diagnostic, l'écrivain conclut son essai par une note d'optimisme. Cette crise que nous traversons, pour peu que nous en saisissions le sens, pourrait bel et bien être une opportunité pour reconstruire autrement. Maalouf insiste sur l'urgence d'une vaste réflexion et propose des pistes contre la tentation d'une simplification outrancière. "Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole", souligne-t-il dans son introduction. Voilà un ouvrage sans doute à même de combler ce manque. Un texte refondateur pour le XXIe siècle.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel d'Amin Maalouf.
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13 février 2009
Paul Auster et le devoir de mémoire
Le nouveau roman de l'écrivain américain Paul Auster, "Seul dans le noir", paru chez Actes Sud, s'inscrit dans le parfait prolongement du précédent, "Dans le scriptorium", où l'auteur s'interrogeait déjà sur les responsabilités de l'Amérique face à l'Histoire...
Rappelez-vous. Dans le précédent roman, empli d'une étrangeté typiquement austérienne, un vieillard frappé d'amnésie, M. Blank, ne sait plus qui il est. Ce vieil homme fragile ne comprend pas ce qu'il fait ainsi claquemuré dans une chambre où d'étranges visiteurs se succèdent, lui reprochant tour à tour de les avoir envoyés accomplir de mystérieuses missions dont ils ne se sont jamais vraiment remis, mais dont lui n'a aucun souvenir...
Avec "Seul dans le noir", le romancier poursuit dans une veine assez semblable, toujours pour le moins déroutante. Une fois encore, le personnage principal est un vieillard, August Brill, écrivain de son état, veuf depuis peu et cohabitant avec sa fille Myriam et sa petite-fille Katya. Trois naufragés de la vie dans une même maison. A la différence de M. Blank, Brill se souvient de tout et n'arrive pratiquement plus à fermer l'oeil. Il se souvient de ses erreurs et de ses trahisons. Il juge avec sévérité le bilan de l'ère Bush, en commençant par l'élection volée de 2000 puis, bien entendu, le déclenchement de la guerre en Irak sous un prétexte bidon. En tant qu'Américain, Brill refuse de se défausser. Il préfère regarder la vérité en face, quitte à broyer du noir.
Un monde parallèle
Pour occuper ses nuits blanches, il s'invente des histoires, une manière de s'échapper à la morosité ambiante. Ainsi se projette-t-il dans un monde parallèle, où une partie de l'Amérique a choisi de faire sécession après l'élection de Bush. Un univers où le personnage croise plusieurs fantômes de son propre passé... A l'instar des poupées gigognes, Auster propose ici une histoire dans l'histoire, étonnante variation sur la relation du romancier avec ses personnages...
Dans l'interview accordée à France 5, le 15 janvier dernier (voir ci-dessous), Paul Auster admettait que son nouveau roman "répondait au précédent, un peu à la manière d'un dyptique". Dans le premier, le personnage central préfère la fuite amnésique. Dans le second, il opte pour le devoir de mémoire. Deux réactions bien humaines face à l'insoutenable.
Emission spéciale de "La Grande Librairie", François Busnel reçoit comme invité unique : Paul Auster. le jeudi 15 janvier 2009 à 20.35.
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| Tags : paul auster, seul dans le noir, actes sud, littérature américaine |
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07 janvier 2009
9.000 kilomètres à bord du Transsibérien
Hervé Bellec n'est sans doute pas le premier à parcourir les 9.000 kilomètres qui séparent Moscou de Vladivostok à bord du mythique Transsibérien. D'autres ont fait ce voyage avant lui, mais peu importe. Dans "Les Sirènes du Transsibérien", son récit publié par Géorama en avril 2008, l'écrivain brestois nous entraîne dans une aventure des plus drôle et dépaysante à travers la taïga sibérienne.
Par un drôle de hasard, le stand d'Hervé Bellec se trouvait en face de celui de la délégation franco-ontarienne au salon du livre du Releck-Kerhuon, le 29 novembre dernier. Je me souviens que je venais à peine de quitter mes interlocuteurs ontariens, avec lesquels nous avions évoqué les immensités blanches du Nord de l'Ontario, lorsque je me suis retrouvé face à la très belle couverture du dernier livre d'Hervé Bellec. On y voit la statue d'une sirène à moitié recouverte par la neige et, au second plan, la silhouette d'un train. Je me suis dit que les organisateurs du salon avaient bien fait les choses : le nord du Canada et le nord de la Russie ont en effet beaucoup en commun. Sept ans dans le nord de l'Ontario ont fait de moi un amoureux des pays de grand froid. Je n'ai donc pas hésité longtemps devant le livre d'Hervé Bellec, qui me promettait une escapade à tout le moins rafraîchissante.
Aventure humaine avant tout
La glace, la neige et le froid servent effectivement de toile de fond à ce récit d'Hervé Bellec, mais ce n'est pas là l'essentiel. L'aventure est avant tout humaine et, pour le coup, plutôt chaleureuse. Elle est le fruit de multiples rencontres à bord du train, le Rossa 2 assurant la liaison entre Moscou et Vladivostok. L'écrivain brestois nous brosse un portrait tout en nuances de la Russie d'aujourd'hui, au travers d'une myriade de personnages hauts en couleur. A commencer bien sûr par les "sirènes" de son wagon, la jeune et jolie Yulia avec qui il partage sa cabine, ou encore la pulpeuse Tanya, qui arpente les couloirs du Transsibérien pieds nus et en nuisette. Regardé d'abord avec méfiance, d'autant qu'il ne maîtrise pas la langue, le voyageur breton campe un personnage d'occidental un tantinet fruste avant qu'il ne se révèle très vite un compagnon de voyage attachant, partageant ses échantillons de parfum français, son pâté Hénaff ou son vin de bordeaux avec les autres passagers du train.
Et au-delà de la routine qui s'instaure inévitablement dans ce type de voyages au long cours, Hervé Bellec arrive à tenir le lecteur en haleine en parsemant son récit d'anecdotes historiques ou de références littéraires (Blaise Cendrars, Andreï Makine, Dostoïevski, etc.) qui font de ce livre une fort belle introduction à la Russie contemporaine.
LA DEDICACE
POUR EN SAVOIR PLUS
Le site officiel d' Hervé Bellec.
Editions Géorama, 65 rue de Lyon 29200 Brest.
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| Tags : Hervé Bellec, Vladivostok, Transsibérien, Géorama, Brest |
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29 novembre 2008
Relecq-Kerhuon : l'Ontario au salon du livre
Tout ce week-end, l'association Lennvor propose la dixième édition de son salon du livre, à l'Astrolabe, au Relecq-Kerhuon. L'occasion de partir à la rencontre d'écrivains, de poètes ou d'auteurs de BD d'horizons divers. Nous avons, pour notre part, passé un petit moment bien agréable au stand tenu par la délégation d'auteurs de l'Ontario français.
Jean Mohsen Fahmy au côté d'une jeune lectrice bretonne.
La salle spacieuse et lumineuse de l'Astrolabe se prête plutôt bien aux rendez-vous littéraires de Lennvor. La largeur des allées facilite la circulation et permet aussi de faire une halte, sans craindre d'entraver le passage. C'est ce que nous avons fait, cet après-midi, devant le stand réservé à l'Ontario français, où nous avons pris plaisir à dialoguer avec les auteurs ontarois Yves Breton, Jean Mohsen Fahmy et François-Xavier Simard.
Yves Breton (ci-contre) présentait, outre quelques essais sur la gestion et le développement dont il est spécialiste, ses romans historiques à l'instar de "Qui verra vivra" ou "Duluth, ce pionnier au destin sans pareil". L'Histoire, c'est son dada, et on comprend pourquoi à l'évocation de son passé familial : "L'un de mes ancêtres est parti de Bretagne dans les années 1600 pour aller s'installer au Canada", indique-t-il; "il fait partie des quelques milliers de pionniers français qui se sont établis en Nouvelle-France, les tout premiers dans l'Histoire".
A la table d'à côté, on parle aussi d'Histoire, mais celle-ci exhale un délicieux parfum d'Orient. Jean Mohsen Fahmy, né en Egypte, vit au Canada depuis quarante ans. Il a été journaliste, professeur puis haut fonctionnaire, mais sa passion, c'est l'écriture. Ses derniers romans, "L'Agonie des Dieux" (Prix ontarien Trillium en 2006) "Amina et le mamelouk blanc" et "Ibn-Khaldoum" ont tous remporté un grand succès de critique et de librairie.
Salon du livre au Relecq-Kerhuon. Salle de l'Astrolabe, samedi 29 novembre, de 13 h à 19 h; dimanche 30 novembre, de 10 h à 18 h. Entrée gratuite.
17:45 Publié dans Le salon littéraire | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : relecq-kerhuon, salon du livre, lennvor, ontario français, yves breton, jean mohsen fahmy |
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