27.05.2008

"Mon traître" : L'Irlande du Nord de Bobby Sands

b12c54ab60a943333f221b43842f8394.jpgL'action du précédent roman de Sorj Chalandon, "Une promesse", était localisée en Mayenne. Avec "Mon Traître", le romancier change carrément d'univers. La ruralité française cède la place à l'Irlande du Nord, une région que l'auteur connaît bien puisqu'il y a réalisé, pour le quotidien Libération, des reportages qui lui ont valu le prix Albert-Londres en 1988.


"Mon traître", le troisième roman de Sorj Chalandon, est avant tout une histoire d'amitié. Une grande et belle histoire d'amitié et de trahison ancrée dans l'Histoire mouvementée de l'Irlande du Nord. Une région que le lecteur découvre à travers le regard d'Antoine, luthier français débarquant en 1975 à Dublin pour fêter ses 30 ans. Son Irlande à lui était "musicale, marine, agricole, accueillante, spirituelle, pauvre et fière, apaisée"...
"Vous ne connaissez pas le Nord ? Alors, vous ne connaissez pas l'Irlande", lui avait lancé, dans son atelier, un violoneux de Plouarzel. Ressassant cette boutade sur un quai de Dublin, Antoine décide de prendre un train pour Belfast où se dévoile d'emblée une tout autre Irlande. C'est lors de ce premier voyage qu'il fait, inopinément, la rencontre de Jim et Cathy O'Leary, dont le fils a été tué par la balle plastique de soldats britanniques. Dans un pub, c'est face à un urinoir qu'il découvre aussi Tyrone Meehan, nationaliste de l'IRA et personnage central du livre. Tyrone Meehan a passé quelques années à Long Kesh, la maison d'arrêt des prisonniers politiques. Il a côtoyé Bobby Sands, gréviste de la faim mort en 1981. A travers Meehan, nous pénétrons le milieu nationaliste à son apogée et l'accompagnons jusqu'aux premiers embryons du processus de paix.

L'ambiance de Belfast
Ce roman qui décrit avec une formidable acuité les événements d'Irlande du Nord, a su capturer l'ambiance de Belfast, un peu à la manière d'un Hugo Pratt dans Les Celtiques. Les maisons étroites, les barbelés, les tourelles, les blindés. Le Belfast des années 70 n'est pas à proprement parler un lieu facile à vivre. Mais le petit luthier, avec un brin de naïveté parfois, s'éprend de cette terre et de ceux qui l'habitent. Et il y reviendra souvent, très souvent. Au-delà du contexte historique, c'est évidemment l'amitié trahie qui se trouve au centre du roman et lui donne son caractère universel. Les tentatives d'Antoine pour essayer de comprendre la trahison de Meehan sont à ce titre, particulièrement touchantes. L'écriture limpide de Sorj Chalandon fait le reste !

15.05.2008

Isabelle Mestre : un premier roman concis mais sensible

a13b436d3545e651d8a494db9ab3b156.gifAvec "L'Arpenteuse", Isabelle Mestre, qui est aujourd'hui chargée des programmes de théâtre et danse sur Arte, a signé un premier roman certes succinct mais ô combien palpitant, intense et sensuel. La qualité de l'écriture, à elle seule, en fait un idéal compagnon de chevet. Pour s'imbiber encore et encore de ses phrases sobres et sensibles qui fleurent bon la vie..


Court n'est pas forcément péjoratif. Ce premier roman d'Isabelle Mestre, "L'Arpenteuse", publié en ce début d'année au Mercure de France, est bref, c'est un fait, puisqu'il tient en 115 pages. Une sobriété qui n'est qu'apparente, ne nous y trompons pas. Car tout ici est suggestion. Le lecteur parcourt ce roman dans le sillage de Marguerite, l'héroïne, qui n'a que 16 ans au début du livre, et dont on apprend qu'elle a perdu sa mère, Lucie, deux ans plus tôt. Un événement qui l'a transformée à jamais, et qui a provoqué chez elle un étonnant rapport au monde, une forme de détachement que l'auteur transpose dans cette écriture concise, limite lapidaire, "procès-verbalesque". Les phrases sont courtes, ciselées, donnent du rythme au récit. "Marguerite est faite pour agir, pas pour rêver". Elle arpente les allées parfois sombres de son existence avec indifférence, légèreté. Une héroïne à la peau dure sur qui les événements semblent avoir peu de prise... Mais tout cela n'est-il pas qu'une façade ? Au fil des pages, à mesure qu'il s'attache à cette héroïne quelquefois énigmatique, le lecteur finit inévitablement par en percer la carapace. Et l'arpenteuse se révèle alors dans toute son humanité...


15.04.2008

"Notre métier a mal tourné" : quel journalisme pour demain ?

42ee3ac5fa47a4191b8c6bbbfa3cbada.jpgJe viens de lire d'une traite le passionnant brûlot cosigné par Philippe Cohen et Elisabeth Lévy, "Notre métier a mal tourné - Deux journalistes s'énervent", publié en janvier chez Mille et Une Nuits. C'est un fait : les journalistes n'ont jamais été aussi nombreux dans l'Hegaxone, mais force est de constater que plus de journalistes n'égale pas forcément plus de journalisme. La crise est manifeste au sein d'une profession aujourd'hui à la croisée des chemins. Une crise que les auteurs espèrent "fondatrice".


Philippe Cohen, rédacteur en chef à Marianne et auteur, notamment, de "La Face cachée du Monde" (avec Pierre Péan, en 2003) et Elisabeth Lévy (collaboratrice du Point et de Marianne) livrent une réflexion sans doute salutaire sur l'évolution du journalisme en France, alors que ce métier n'a peut-être jamais été aussi décrédibilisé face à l'opinion. Loin de vouloir donner dans le pessimisme, les auteurs appellent plutôt à un réveil de la profession. Pour donner corps à leurs analyses souvent très pertinentes, Cohen et Lévy tentent d'éclairer les profondes mutations des dernières décennies par le biais d'un rappel historique.

b45a7c97da01a72f5dc95b8fe07a71eb.jpgTout a changé
Impossible d'ignorer les évolutions du journalisme liées au développement de nouvelles technologies. L'avènement de la radio, de la télévision, puis d'Internet, ont bouleversé et continuent immanquablement de transformer, pas toujours pour le meilleur, une profession qui ressent parfois aujourd'hui "une vague honte d'appartenir à un troupeau". Une profession qui a le sentiment de faire corps avec la société du spectacle car tout ce qu'on lui demande, en fin de compte, est de "fabriquer du show".
"Le verbe abdique devant l'image, la distance s'incline devant la proximité, la médiation cède à l'immédiateté". Pour les auteurs, "le salut viendra de la détermination des journalistes et des citoyens à défendre un artisanat de la liberté sans lequel il n'est pas d'information".

02.04.2008

La quête d'authenticité de François Pelosse

"Menaces d'amour", c'est le nom du premier roman signé par François Pelosse aux éditions Le Manuscrit... C'est aussi le nom du blog qu'il a lancé, dans le but d'établir un lien privilégié avec ses lecteurs et où il évoque ses coups de coeur, ses inspirations. Dans l'entretien qui suit, l'auteur analyse notamment sa venue tardive à l'écriture, liée selon lui à une quête d'authenticité...

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Titus - François Pelosse, vous avez fêté vos vingt ans en 1968... et c'est quarante ans plus tard que vous publiez votre premier roman. Est-ce que c'est du fait d'une vie professionnelle bien remplie que vous avez tant tardé ?

Comme beaucoup de gens de ma génération (on en a presque honte aujourd’hui), j’ai eu la chance d’accéder à une vie professionnelle — et personnelle aussi — à la fois bien remplie et terriblement heureuse, parce que facile et ascendante. Fils unique d’une famille modeste, je suis né malgré tout « le cul dans le beurre » comme on dit, de parents qui avaient, eux, surtout connu la margarine avant ma naissance. C’est vous dire l’espérance dans laquelle mes géniteurs m’enveloppèrent.

Titus - Dans quel milieu avez-vous grandi ?

30790269a2b937b7c56438f56ac73149.jpgJ’ai été élevé dans ces valeurs d’honnêteté, de travail, de gentillesse et d’amour désintéressé qui constituaient la fierté de la « classe ouvrière » du siècle précédent, valeurs qu’il me fallait pratiquer au quotidien, sous peine de coups de pieds au cul bien compris. Ca vous marque ça ! Et puis c’est vrai, l’ascenseur social fonctionnait (oh ! un peu, faut rien exagérer). J’ai migré comme ça de mon modeste collège de banlieue vers un lycée plus prestigieux où j’ai découvert les enfants de la bourgeoisie, leurs us et coutumes, les appartements haussmanniens et les résidences secondaires. Puis je m’en suis allé avec eux vers l’enseignement supérieur, sans entrave ni obligation, avec cette conviction collective de l’époque que le monde des trente glorieuses allait tout permettre. Et puis, vous l’évoquez, ce fut le beau mois de mai 1968 ! Nos « vieux » nous avaient transmis les recettes du bonheur, faut dire enveloppées d’un sacré carcan. Et nous les « merdeux » en nombre d’après-guerre, nous avions grandi. Nous étions devenus des jeunes cons bien bâtis, capables de répondre au père : "Ta gueule vieux con !". Une première ! Alors on a lancé des pavés, puis balancé au feu joyeux des bagnoles cramées rue Gay-Lussac, à la fois le bon et le mauvais de ce qu’on nous avait légué. On s’est mis à marcher à l’interdiction d’interdire et aux utopies, dont nos brillants aînés et philosophes imbéciles du Café de Flore s’étaient bien gardé de nous dire qu’elles débouchaient sur le goulag...

Titus - Professionnellement, quel fut votre parcours ?

Vite lassé de tout ça, j’ai décliné comme beaucoup les moutons en Ardèche et la baise collective pour embarquer à bord de l’ascenseur, professionnel cette fois. Cadre, cadre sup, cadre de direction, dirigeant, j’ai vite déménagé des quartiers populaires pour une banlieue chic et les années fric m’ont pollué. Peu à peu, cette vie très active dont je ne ressentais que les bienfaits matériels, m’a à mon insu un peu rongé de l’intérieur : plus beaucoup de temps pour autre chose que le boulot, la consommation un rien ostentatoire et l’exercice convenu des mondanités petites bourgeoises. Bref, sans rien renier, j’ai commencé à comprendre, qu’à l’heure où blanchissait la campagne au dessus de mon crâne, il était temps de le remplir de choses plus authentiques. Alors pourquoi pas écrire, au lieu de jouer au golf ?, me suis-je dit…

Titus - Comment expliquez-vous cette venue tardive à l'écriture ? On devine, à vous lire, que cette passion d’écrire n'est pas nouvelle car votre écriture ne manque pas de style. Quelqu'un vous a-t-il encouragé à passer à la vitesse supérieure ?

c121a339332bc3377ba934c511a6ab96.jpgComme dit Russell Banks dans la promo récente de son dernier bouquin : « Avant d’écrire il faut apprendre à lire ». Et c’est vrai qu’après des études exclusivement consacrées à l’économie et à la gestion, je n’avais pas «lu» grand chose. Mais par chance, je fus contraint quelques années plus tard à la vraie lecture, seul moyen de séduire une fille de rêve, hélas pour moi lettrée. J’ai été récompensé de mes efforts et goûté aux délices de l’une comme de l’autre ; et même si comme toutes passions, ces deux-là se sont émoussées, elles m’ont à jamais marqué. Pourtant de la lecture à l’écriture il y a encore un long chemin à parcourir. Il y a cet élan à trouver qui ne peut venir que du fond de soi-même. Et là, disons qu’il m’a fallu du temps pour aller chercher de ce côté.

Titus - L'histoire de votre premier roman vous est paraît-il venue lors d'un séjour à New York. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Oui… Vous avez sans doute remarqué comment souvent ce qui couve en nous a besoin d’un lieu ou d’un moment hors norme pour éclore. Bizarrement, et même si j’y ai maintenant quelques repères, New York reste pour moi un ailleurs qui me transporte hors de moi-même quand j’y suis. Chaud et froid, bruit et silence, foule et solitude, misère et richesse, beauté et laideur, New York est par excellence l’endroit des extrêmes à vous brûler les nerfs. Comme ces déserts aux paysages fantasmagoriques et aux personnages étranges, c’est un lieu propice aux mirages. Dieux et chimères peuvent tout à coup se révéler à l’imagination survoltée. Et ce fut le cas. C’est bien ainsi que le personnage de Béatrice, qui sans doute sommeillait en moi depuis longtemps, s’est échappé un soir de mon cerveau. Comme l’esprit sortant de la lampe d’Aladin, elle a subitement envahi ma chambre au 33° étage ; puis dans un silence ouaté, à peine altéré par le chuintement de la clim, elle m’a bafouillé son histoire. Avais-je rêvé ?

Titus - Parlez-nous justement de votre héroïne, Béatrice...

831844dafa67019e7e9d25eff5e1542d.jpgDisons qu’elle est le type classique du héros, un personnage dont on a envie d’écrire l’histoire justement parce qu’il se révèle, de façon inattendue, sous la pression d’événements extraordinaires. Il y déjà là, matière à histoire : l’évolution psychologique du personnage, la mise en scène de circonstances hors normes. Ca, c’est la première partie du bouquin. Mais ce qui m’intéressait, c’était aussi et surtout de voir ce que devient un héros une fois sorti de son exploit. En quoi cela change-t-il son destin et que devient-il ? Béatrice, en ce sens, fait l’apprentissage d’une révolution, qui veut dire à la fois bouleversement profond et tour sur soi-même, pour revenir à la case départ. Mais je n’en dirai pas plus… Quant à savoir si Béatrice c’est moi, j’éviterai de répondre, question trop intime. Tiens d’ailleurs, à ce propos, la Bovary c’était lui ? On dit que non !

Titus - Parmi les auteurs qui vous inspirent, j'ai relevé les noms de Dostoïevski, Blaise Cendrars, Flaubert et Céline. Quels rôles ces auteurs ont joué dans votre propre développement littéraire ?

Un rôle énorme, constant. C’est dans mes périodes d’écriture que je lis aussi le plus. Je fais appel aux maîtres, comme à des experts et pour qu’ils me disent ce qu’ils pensent de ce que je fais, j’en relis des passages. Je suis ainsi sous leur influence. Attention, je reste le boss tout de même ; ils m’éclairent mais je décide en dernier ressort. C’est pour ça que ma prose n’atteint pas la leur. Mais bon ! Disons que j’avance mon chemin à l’ombre des leurs. Ainsi, pour moi, écrire c’est aussi et peut-être surtout apprendre à mieux lire encore. Ce sera ça sans doute mon plus grand succès littéraire.

Titus - On vous devine amateur de romans policiers... Avez-vous des auteurs fétiches au sein de cette production qui s'est beaucoup développée ?

0cb1f48cf59f5718807336eb2da67e8d.jpgParadoxalement, je n’aime pas trop le roman policier en soi, centré soit sur le crime façon « L’affaire machin ! » soit sur le policier lui-même façon « les enquêtes du commissaire Chose ». Je préfère le roman qui relate une histoire policière « par accident », si je puis dire. Celles dans laquelle des personnages sont jetés au hasard de leur vie dans des situations particulières et défavorables, et tentent de s’en sortir. Ainsi, je n’ai pas d’auteur fétiche, mais plutôt des romans que j’ai aimés, plus ou moins soft, plus ou moins hard : « Lettre à mon juge » de Georges Simenon, « Nécropolis » d’Herbert Lieberman, « Ville noire, ville blanche » de Richard Price, « Putain de cargo » d’Eric Legastelois, « Génésis » de John Case, et d’autres encore.

Titus - Le polar est devenu un style à la mode mais la production est parfois assez inégale. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Le polar ne peut être que de production inégale, d’abord parce que toute production créative est à la source de qualité inégale. Si nous devions nous infuser tout ce qui s’est édité et lu dans les siècles passés, on constaterait la même inégalité. Mais c’est aussi parce qu’au départ, le polar est un genre qui ne se veut pas littéraire. Il y a en lui un côté populaire, rebelle, qui s’oppose à la culture savante, comme il y a une musique populaire. On dit que Colette conseillant le jeune Simenon lui recommande, pour réussir, d’abandonner toute velléité de faire littéraire justement. Car dans le pur polar, l’écriture n’est pas une fin en soi mais le moyen d’atteindre le lecteur au plus court, par la sensation. Il vise ni le cœur, ni la raison, il tape au foie, direct. Il faut ainsi l’apprécier pour ce qu’il est, et non pour ce que des critiques « littéraires » voudraient qu’il soit. A contrario, certains jeunes auteurs, aux qualités littéraires encore mal assurées, se rangent sans doute sous l’étiquette polar pour éviter les fourches caudines des gardiens d’un temple.

Titus - Qu'est-ce qui fait à votre avis votre originalité dans ce domaine ?

L’originalité (s’il y en a une), c’est justement de rester dans la recherche d’une qualité par essence narrative. D’éviter de faire le malin, de faire « style », sans pour autant me refuser d’introduire quelques passages dans lesquels la forme est un peu plus recherchée. Comme le comique nous transporte une seconde au bord des larmes, j’aimerais conduire le lecteur, par instants, juste au bord de la littérature…

Titus - Quelles ont été jusqu'ici les réactions de votre lectorat ?

Plutôt enthousiastes et donc encourageantes. Notamment parce que le personnage de Béatrice accroche le lecteur et, en contrepoint, le personnage de Vallon. Quand certains me disent être déçus de ne pas les voir à la fin former un couple, je me réjouis : j’ai tapé au foie, pas au cœur ! Et puis les lecteurs aiment bien que je les balade dans des endroits inattendus, comme les Balkans ou les paradis fiscaux. Ce sont des lieux réels à la perception un peu irréelle. (Vous voyez, on revient à mes impressions new-yorkaises).

Titus - Comme beaucoup d'auteurs, vous avez créé votre propre blog "Menaces d'amour" . Quelle était votre intention première : publicité ou établissement d'un lien privilégié avec vos lecteurs ?

C'est clair ! Je souhaitais établir un lien avec des lecteurs...

Titus - Est-ce aujourd'hui une nécessité d'être présent sur la toile, pour un auteur ?

094d715acdd1da77c63ccf03485a5501.jpgLa révolution internet et ses modes de fonctionnement de type Web 2.0 sont en marche. Des communautés, des intermédiations littéraires aux formes jusqu’ici inconnues se constituent. Concernant les éléphants habitués des gros tirages, ce sont leurs maisons d’édition qui, pour l’instant, se chargent d’apprendre ce qu’est le Web marketing et le blog marketing. Mais je pense que cela va aller plus loin encore et que, comme dans d’autres secteurs, les modes d’édition classiques feront, dans une certaine mesure, place à des relations directes entre les œuvres et les lecteurs. Et tout cela m’intéresse évidemment autant que de vendre mon bouquin via un éditeur, même s’il est présent sur la toile.

Titus - Après la publication de ce premier roman, avez-vous d'autres projets d'écriture ?

Oui, un deuxième bébé est en route. Sans être une suite de « Menaces d’amour », disons que les deux histoires se raccordent. Mais on change de sujet, d’univers, pour aller cette fois vers cette grande pagaïe qu’introduisent entre le cerveau et le sexe les nouvelles capacités technologiques de mêler réel, virtuel et imaginaire. Le tout sur fond de mondialisation et de sociétés aux sources d’énergie en déconfiture…

(Photos : DR)

PRATIQUE
"Menaces d'amour" (458 pages) aux Editions Le Manuscrit. En vente chez tous les libraires en ligne au prix de 29,45 €. L'éditeur propose également une version PDF téléchargeable au prix de 7,90 €.


16.03.2008

"Le passé devant soi" : raconter l'indicible

35817deb8f3e92996f00ce662b22e298.jpgGilbert Gatore avait entamé un journal intime au moment du génocide rwandais. Ce document lui a été confisqué à la frontière lorsqu'il a fui le pays, avec sa famille, en 1994. Depuis, il s'est évertué à en recoller les morceaux, une quête qui a finalement abouti à l'écriture d'un roman, seule manière, confiait-il au quotidien La Croix, "d'approcher une vérité impossible à dire". "Le passé devant soi", publié en janvier 2008 chez Phébus, est le premier tome d'une trilogie fort prometteuse intitulée "Figures de la vie impossible" .


Difficile de sortir indemne d'une telle lecture. Ce premier roman de Gilbert Gatore, né en 1981 au Rwanda et qui vit aujourd'hui à Paris, fera date, à n'en point douter. Car au-delà de son contexte, ce livre qui explore le tréfonds de la nature humaine a une portée en tout point universelle. D'ailleurs, l'auteur a l'habileté de ne jamais citer le nom du Rwanda. D'emblée, nous voilà prévenus : si l'action se déroule ici en terre africaine, on sent bien que le récit pourrait facilement être transposé sous d'autres cieux...

Deux récits superposés
Pour raconter l'indicible, Gilbert Gatore a eu la bonne idée de superposer deux récits. D'un côté, nous avons Niko le "muet", simple d'esprit qui a trop longtemps souffert de sa différence et de l'indifférence imposée par son père. Au début du récit, Niko a trouvé refuge dans une grotte, au milieu d'un groupe de singes. Depuis la fin des tueries, sa vie est un enfer. Trop de cadavres encombrent sa conscience. Un temps victime, Niko s'était en effet transformé en bourreau sanguinaire lorsque les massacres avaient commencé, s'ennivrant du pouvoir dont il se sentait soudain investi. Le benêt avait gagné le respect des autres en devenant un assassin.

82f125941e7f410d2f17d26abbc71add.jpgTravail sur la mémoire
Cette histoire de Niko nous est contée par Isaro, l'autre personnage principal du roman. Isaro, qui a été adoptée par un couple de Français qui vivait au Rwanda au moment du génocide, et à qui on a tout caché de son passé. Une curiosité insatiable la pousse vers sa terre natale. Elle y entreprend un travail sur la mémoire qui l'amènera à rencontrer à la fois victimes et bourreaux, une quête qui lui permettra d'en savoir plus sur son propre passé. Un livre bouleversant, qui laisse présager d'un bel avenir littéraire à un jeune auteur déjà lauréat du prix universitaire de la nouvelle.

21.02.2008

L'homme post-historique de Mircea Eliade

1fc370ebcfc5c143c3c4ed55f70b0815.jpgVoici un court roman dont on sort dans un état semblable à celui dans lequel on se trouve après un film de David Lynch. "Le Temps d'un centenaire", de l'auteur d'origine roumaine Mircea Eliade, est une oeuvre pour le moins énigmatique, mais non dénuée de charme.


Publié dans sa version originale en 1981, "Le temps d'un centenaire" a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Francis Ford Coppola en 2007, sous le nom de "L'Homme sans âge" (avec Tim Roth et Bruno Ganz dans les principaux rôles). Ceci explique sans doute que l'ouvrage ait été réédité en Folio à l'automne, même si le film proprement dit n'a guère suscité l'enthousiasme côté public.

2e9494bd696504878e5a7d5b3863c713.jpgUn petit ovni
Le roman, quant à lui, est un petit ovni à classer dans la littérature fantastique. Imaginez : le personnage principal, un certain Matei, est frappé par la foudre un soir de Pâques et développe un don d'hypermnésie; là n'est pas le seul bouleversement dans la vie de ce vieil homme qui rajeunit quasi à vue d'oeil et qui parvient à comprendre toutes les langues, suscitant du même coup la curiosité du corps médical et des autorités... Serait-il un mutant, une sorte de prototype de l'homme post-historique ?

Le sens du temps
N'était-ce qu'un rêve ? C'est la question qu'on ne manque pas de se poser à l'issue de cette lecture quelque peu intrigante mais non dépourvue d'humour, où cet auteur de vaste culture donne libre cours à sa passion pour l'ésotérisme et les religions. Le lecteur peut craindre n'avoir pas tout compris tant la symbolique est riche, mais ne peut s'empêcher d'être hypnotisé par ce récit fluide et onirique où l'auteur poursuit son interrogation obsessionnelle sur le sens du temps.

16.12.2007

Adoptons un "premier roman"...

Sur son blog savoureux, Ecaterina lançait il y a quelques jours une chaîne de soutien à l'auteur Stefan Coïc. Je réponds (un peu tardivement, je l'admets) à son appel, en espérant que vous serez nombreux à aller lire la très belle lettre que le romancier a adressée à son éditeur, Eho.


df7a7ee652d949d41d8cf42b38d1a836.jpgStefan Coïc a publié son premier roman, "Contravention", aux éditions Eho (Editions Héloïse d'Ormesson). Celui-ci, comme beaucoup de premiers romans, n'a pas été un grand succès de librairie, mais a tout de même été vendu à un millier d'exemplaires. L'auteur, un brin inquiet, doute, et devant un certain silence entretenu par son éditeur, se fend d'une très belle lettre où il livre ses inquiétudes, son amertume. Une lettre reprise in extenso sur le blog de l'éditeur (chapeau !) en forme d'excuse pour ce trop long silence.

Une interview chez Mandor
Après avoir lu cette lettre, il me tardait de connaître cet auteur dont j'avoue n'avoir pas entendu parler avant cette note d'Ecaterina. Une recherche rapide sur Internet m'a permis, pourtant, de constater que certains blogs bien informés s'étaient déjà fait le relais de ce premier roman de Coïc. J'ai notamment retrouvé une excellente interview de l'auteur réalisée par Mandor il y a environ un an.

C'est décidé, je commande "Contravention" dès aujourd'hui. Dans l'espoir que cette chaîne de blogueurs parvienne à faire mentir les pronostics les plus pessimistes sur le sort - statistique, hélas - réservé aux premiers romans. Joignez-vous à nous si cela vous tente. Offrons "Contravention" pour Noël ! "Adoptons" donc un premier roman...


29.10.2007

"Mise à mort" : le nouveau roman de Benoît Luciani

44b21731eeb059aa9b3c4a50086a844c.jpgVous souvenez-vous de Benoît Luciani, l'auteur de cet excellent roman choral, "Au bar de l'univers", que nous évoquions, ici-même, il y a quelques mois. Peut-être êtes-vous devenus, depuis, des adeptes de son blog, Le bruit des hommes... Si vous ne le connaissez pas encore, je ne peux que vous encourager à relire l'interview que nous vous proposions en mai dernier (c'est ici). Depuis cette rencontre, l'actualité de Benoît Luciani s'est enrichie de la publication d'un nouveau titre, "Mise à mort", un thriller ancré dans l'univers du poker.


Pour en savoir plus sur "Mise à mort", qui vient d'être publié aux éditions Hugo roman, je vous propose aussi de visionner ce petit film réjouissant réalisé par Mandor et Benoît Luciani.


ITV
envoyé par Capra1313


10.10.2007

"Pour le meilleur et pour l'Empire", la fable caustique de James Hawes

"Qu'attendre d'un pays où on est censé se rouler par terre et sourire comme des idiots chaque fois qu'on entrevoit une vieille chouette qui ne s'intéresse qu'à ses corgis et à ses chevaux de course ?"

Mrs Marley, dans "Pour le meilleur et pour l'Empire".

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medium_James_Hawes.jpgFort belle découverte que ce James Hawes, dont je n'avais, à vrai dire, jamais entendu parler, en dépit du succès de son premier roman, "Une Mercedes blanche avec des ailerons" (1999). Professeur à l'université de Swansea, au pays de Galles, James Hawes explore, dans son dernier roman, "Pour le meilleur et pour l'Empire", la veine typiquement britannique de l'humour absurde. Un ouvrage d'une drôlerie irrésistible mais non dénué de causticité.


Brian Marley est un minable, un loser, un véritable antihéros dont on imagine assez mal qu'il puisse, un jour, devenir le point de mire de toute une nation. Prof d'anglais divorcé, endetté jusqu'au cou, amoureux maladroit de l'une de ses étudiantes, la belle Sud-Américaine Consuela, Brian s'est plus ou moins résigné à vivre une existence sans relief. Lorsqu'un ancien copain de fac devenu producteur d'une célèbre émission télévisée lui propose de devenir l'un des concurrents du Koh Lanta britannique, sa réponse ne se fait toutefois pas attendre. Attiré par les deux millions de livres promis au vainqueur, il accepte ce défi complètement inattendu, susceptible de le sortir de l'impasse où il se trouve et de permettre à son jeune garçon, Tommy, de mener une vie un peu plus décente que celle de son paumé de père.

medium_Pour_le_meilleur2.jpgUne colonie sous verre
Largué au milieu d'une jungle hostile de Papouasie-Nouvelle-Guinée avec plusieurs autres candidats, Brian parvient, assez étonnamment, à tirer son épingle du jeu, sous les yeux de millions de téléspectateurs ébahis. Mais lorque les hélicoptères censés récupérer les concurrents s'écrasent, le seul survivant se croit perdu à jamais, ses chances de revoir l'Angleterre, les siens et Consuela s'évanouissant tout à coup. Heureusement pour ce naufragé des temps modernes, il réalise que la jungle n'est pas seulement peuplée de bêtes redoutables : à quelques centaines de mètres de là vivent les survivants d'un crash aérien survenu dans les années cinquante. Une petite colonie anglaise totalement déconnectée du monde, qui vit encore à l'heure de la vieille Angleterre... Dans ce petit Eden passéiste dont l'ambiance n'est pas sans rappeler parfois "Sa majesté des mouches" de William Golding, Brian ne cesse d'aller de surprise en surprise... Et il n'est pas au bout de ses découvertes !

Une satire sociale mordante
Plusieurs ont évoqué, à la lecture de cet ouvrage, l'esprit des Monty Python. Il est vrai qu'il y souffle, de part en part, un petit vent de folie... Mais s'il s'agit à n'en point douter d'une comédie burlesque, le roman de James Hawes n'est pas dénué de réalisme. Au-delà du caractère déjanté de certaines situations, le roman s'avère plus que jamais une satire sociale mordante : sur l'évolution de la société anglaise, bien sûr; sur le refus de certains Britanniques d'admettre la fin de l'Empire ou d'accepter leur destin au sein de l'Europe. Une narration qui prend parfois des allures pamphlétaires, et où l'auteur s'en donne visiblement à coeur joie.

Pour en savoir plus sur James Hawes

07.09.2007

"Alabama Song" : les années 20 jusqu'à la folie

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"Il en est qui se cachent pour voler, pour tuer, pour trahir, pour aimer, pour jouir. Moi, j'ai dû me cacher pour écrire. J'avais vingt ans à peine que déjà je tombai sous l'emprise - l'empire - d'un homme à peine plus vieux que moi qui voulait décider de ma vie et s'y prit très mal".


Zelda Sayre Fitzgerald, dans "Alabama Song", de Gilles Leroy.
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Avec "Alabama Song", Gilles Leroy vient peut-être de signer là son plus beau roman. Son roman américain. Un livre qu'il portait en lui depuis de nombreuses années, depuis ce jour où un amant amoureux "qui voulait m'interdire d'écrire" lui avait confié son