29 avril 2007

Sentinelles de granite (Part II)

Côtes bretonnes,rochers de caractère,Bretagne,littoral bretonEnsablés à jamais


Pieds et poings liés
depuis l'éternité

Impassibles géants
aux traits sculptés dans la pierre

Veilleurs molossoïdes
Aux rictus patibulaires

Quel fou, quel inconscient
Oserait s'approcher de trop près ?

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07 avril 2007

Mots vengeurs

medium_murs1.jpg

Dans ce rêve en noir et blanc, j'étais haut perché sur un tabouret métallique placé au centre d'une grande pièce vide et froide. Devant moi, une antique machine à écrire était posée sur un guéridon en pin. Je ne peux dire précisément en quoi consistait mon activité, mais il semble qu'elle devait être liée à l'écriture. Qu'étais-je supposé écrire ? Je ne pourrais le dire, mais ce dont je me rappelle parfaitement, en revanche, c'est qu'à chaque fois que je me relisais, je découvrai les mots d'un(e) autre. Il n'y avait rien à faire... J'écrivais "pluie", et je lisais "soleil" ; j'écrivais "soleil" et la machine, dans un crépitement désagréable, recrachait "pluie". Mes tentatives répétées semblaient vaines.

medium_murs2.jpgJe décidai d'employer les grands moyens et fis mine de m'éloigner de quelques mètres... J'espérais ainsi surprendre la machine récalcitrante ou le mauvais esprit qui l'habitait. D'un seul élan, je me juchai précipitamment au sommet du tabouret pour écraser une à une les touches
J - E - - - S - U - I - S.


medium_murs3.jpgMiracle ! Ma ruse avait fonctionné. Mes lettres apparaissaient sur le papier telles que je les avais voulues... Je fis un bond de joie, tombant un instant de mon tabouret pour m'esclaffer. Dieu que la revanche était belle... Je riai à en perdre haleine, pointant du doigt la machine qui avait cru me faire perdre la tête...

medium_murs4.jpgTandis que je retrouvais peu à peu mon calme, je remarquai soudain un cliquetis impromptu émanant de la machine... Celle-ci semblait soudain s'être emballée et jouait sa propre partition... La colère me gagna. J'arrachai d'un geste vif la feuille qui dépassait et m'apprêtai, du même élan, à froisser la page gâchée. Je ne sais ce qui me retint en cet instant : il fallait que je sache ce que la machine avait régurgité.

medium_murs5.jpgDans leur ballet frénétique, les plombs avaient eu le temps d'imprimer dix lettres sur la page de lin tressé.
"UN IMBECILE".
Ces deux mots complétaient ma phrase restée inachevée.

JE SUIS UN IMBECILE

Et tandis que je relisais les mots, le crépitement reprit de plus belle. Même sans papier, les mêmes touches s'enfonçaient à l'infini : U-N- - - -I-M-B-E-C-I-L-E... Les murs de la pièce, dont je n'avais peut-être pas assez souligné l'extraordinaire blancheur, furent soudain recouverts de ces mêmes inscriptions

IMBECILE IMBECILE IMBECILE

medium_murs6.jpgLes mots tapissaient les murs, le plafond; certains parvenaient à s'en détacher et virevoltaient dans la pièce, allant même jusqu'à s'enrouler autour de mon corps. Je tentai de les repousser à l'aide de mes mains, mais les lettres n'avaient aucune consistance. Je battais de l'air, donnant, pour le coup, l'image de l'imbécile que j'avais jusqu'ici tenté de refouler. Les mots se firent plus agressifs encore. Le I se fraya un passage dans mon oreille gauche tandis que le M me piquait la cervelle de ses aiguillons. Le B s'offrit la narine gauche, le E la droite. Le C n'eut aucun effort à faire pour pénétrer dans l'oreille droite. Le reste des lettres s'engouffra dans ma bouche béante, égratignant ma langue au passage. L'oesophage me brûla. Une douleur vive à l'estomac. La machine reprit son crépitement. Les plombs martelaient le cylindre : FIN.

Je m'étais endormi fatigué, je me suis réveillé schizophrène... avec une douleur à l'estomac en prime.

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11 mars 2007

Sentinelles de granite (Part I)

Bretagne,monstres de granite,poésie,côtes bretonnesVigile des côtes bretonnes

veilleur du temps immobile
monstre au coeur d'acier
et à la mine impitoyable

Allongé sur le sable
oreille tombante et mine patibulaire
tu sembles attendre la délivrance
mais des liens millénaires te retiennent

Toi, bon gros géant tu nous souris
les pieds fichés dans la dune
l'oeil en coin, le visage arrondi
bouche plissée et nez en trompette
tu t'es fait une raison semble-t-il
la liberté, tu le sais, n'est pas pour demain


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Illustrations : côte nord-finistérienne, Bretagne : Kerlouan, Argenton, Porspoder.

02 mars 2007

Seul...

medium_lin_fa0001.JPG


Le bleu du ciel s'épaissit
L'artisan du ciel ajoute du sombre.

A travers les vitres du salon,
des branches dégarnies se trémoussent encore,
effeuillées mais peu discrètes.

Les lampadaires prennent vie un à un,
la grand'messe des mouches commence.

Un passant passe au trot, suivi d'un chien essoufflé ;
s'arrêteront-ils pour zieuter, indiscrets,
dans mon salon illuminé ?

Tout est pourtant disposé sur le rebord des fenêtres,
pour piquer la curiosité des passants...
Cactus, petits moulins de Hollande en céramique,
la pousse de pamplemousse qui frise les trois centimètres...

La palette des surprises se fait rare,
tandis que le sombre s'empare du ciel.

Je vais pouvoir fermer les rideaux ;
il ne viendra personne,
ce soir encore.


Hearst, Ontario, le 18 mai 1994.


Illustration : "Jeune fille", toile du peintre chinois Lin Fa, datant de 1989, extraite de l'ouvrage "Collection de peintures de Lin Fa", publié par la Maison d'édition de Beaux-Arts de Hunan, Chine.

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