10.11.2007

Jeux d'équilibre...

Etrange spectacle que ce champ de totems découvert la semaine dernière en presqu'île de Saint-Laurent, à Porspoder (Finistère nord). Sculptures de pierre énigmatiques qu'on pourrait presque imaginer d'un autre monde. Ces tours fragiles pointées vers le ciel, amoncellements de pierres et galets aux formes les plus diverses, semblent rappeler les cairns de l'ère celtique, comme autant d'amers et repères pour les marins égarés.

29.04.2007

Sentinelles de granite (Part II)



Ensablés à jamais
Pieds et poings liés
depuis l'éternité

Impassibles géants
aux traits sculptés dans la pierre

Veilleurs molossoïdes
Aux rictus patibulaires

Quel fou, quel inconscient
Oserait s'approcher de trop près ?

07.04.2007

Mots vengeurs

medium_murs1.jpg

Dans ce rêve en noir et blanc, j'étais haut perché sur un tabouret métallique placé au centre d'une grande pièce vide et froide. Devant moi, une antique machine à écrire était posée sur un guéridon en pin. Je ne peux dire précisément en quoi consistait mon activité, mais il semble qu'elle devait être liée à l'écriture. Qu'étais-je supposé écrire ? Je ne pourrais le dire, mais ce dont je me rappelle parfaitement, en revanche, c'est qu'à chaque fois que je me relisais, je découvrai les mots d'un(e) autre. Il n'y avait rien à faire... J'écrivais "pluie", et je lisais "soleil" ; j'écrivais "soleil" et la machine, dans un crépitement désagréable, recrachait "pluie". Mes tentatives répétées semblaient vaines.

medium_murs2.jpgJe décidai d'employer les grands moyens et fis mine de m'éloigner de quelques mètres... J'espérais ainsi surprendre la machine récalcitrante ou le mauvais esprit qui l'habitait. D'un seul élan, je me juchai précipitamment au sommet du tabouret pour écraser une à une les touches
J - E - - - S - U - I - S.


medium_murs3.jpgMiracle ! Ma ruse avait fonctionné. Mes lettres apparaissaient sur le papier telles que je les avais voulues... Je fis un bond de joie, tombant un instant de mon tabouret pour m'esclaffer. Dieu que la revanche était belle... Je riai à en perdre haleine, pointant du doigt la machine qui avait cru me faire perdre la tête...

medium_murs4.jpgTandis que je retrouvais peu à peu mon calme, je remarquai soudain un cliquetis impromptu émanant de la machine... Celle-ci semblait soudain s'être emballée et jouait sa propre partition... La colère me gagna. J'arrachai d'un geste vif la feuille qui dépassait et m'apprêtai, du même élan, à froisser la page gâchée. Je ne sais ce qui me retint en cet instant : il fallait que je sache ce que la machine avait régurgité.

medium_murs5.jpgDans leur ballet frénétique, les plombs avaient eu le temps d'imprimer dix lettres sur la page de lin tressé.
"UN IMBECILE".
Ces deux mots complétaient ma phrase restée inachevée.

JE SUIS UN IMBECILE

Et tandis que je relisais les mots, le crépitement reprit de plus belle. Même sans papier, les mêmes touches s'enfonçaient à l'infini : U-N- - - -I-M-B-E-C-I-L-E... Les murs de la pièce, dont je n'avais peut-être pas assez souligné l'extraordinaire blancheur, furent soudain recouverts de ces mêmes inscriptions

IMBECILE IMBECILE IMBECILE

medium_murs6.jpgLes mots tapissaient les murs, le plafond; certains parvenaient à s'en détacher et virevoltaient dans la pièce, allant même jusqu'à s'enrouler autour de mon corps. Je tentai de les repousser à l'aide de mes mains, mais les lettres n'avaient aucune consistance. Je battais de l'air, donnant, pour le coup, l'image de l'imbécile que j'avais jusqu'ici tenté de refouler. Les mots se firent plus agressifs encore. Le I se fraya un passage dans mon oreille gauche tandis que le M me piquait la cervelle de ses aiguillons. Le B s'offrit la narine gauche, le E la droite. Le C n'eut aucun effort à faire pour pénétrer dans l'oreille droite. Le reste des lettres s'engouffra dans ma bouche béante, égratignant ma langue au passage. L'oesophage me brûla. Une douleur vive à l'estomac. La machine reprit son crépitement. Les plombs martelaient le cylindre : FIN.

Je m'étais endormi fatigué, je me suis réveillé schizophrène... avec une douleur à l'estomac en prime.

11.03.2007

Sentinelles de granite (Part I)



Vigile des côtes bretonnes
veilleur du temps immobile
monstre au coeur d'acier
et à la mine impitoyable

Allongé sur le sable
oreille tombante et mine patibulaire
tu sembles attendre la délivrance
mais des liens millénaires te retiennent

Toi, bon gros géant tu nous souris
les pieds fichés dans la dune
l'oeil en coin, le visage arrondi
bouche plissée et nez en trompette
tu t'es fait une raison semble-t-il
la liberté, tu le sais, n'est pas pour demain



Illustrations : côte nord-finistérienne, Bretagne : Kerlouan, Argenton, Porspoder.

02.03.2007

Seul...

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Le bleu du ciel s'épaissit
L'artisan du ciel ajoute du sombre.

A travers les vitres du salon,
des branches dégarnies se trémoussent encore,
effeuillées mais peu discrètes.

Les lampadaires prennent vie un à un,
la grand'messe des mouches commence.

Un passant passe au trot, suivi d'un chien essoufflé ;
s'arrêteront-ils pour zieuter, indiscrets,
dans mon salon illuminé ?

Tout est pourtant disposé sur le rebord des fenêtres,
pour piquer la curiosité des passants...
Cactus, petits moulins de Hollande en céramique,
la pousse de pamplemousse qui frise les trois centimètres...

La palette des surprises se fait rare,
tandis que le sombre s'empare du ciel.

Je vais pouvoir fermer les rideaux ;
il ne viendra personne,
ce soir encore.


Hearst, Ontario, le 18 mai 1994.


Illustration : "Jeune fille", toile du peintre chinois Lin Fa, datant de 1989, extraite de l'ouvrage "Collection de peintures de Lin Fa", publié par la Maison d'édition de Beaux-Arts de Hunan, Chine.

25.02.2007

Aube blafarde

Un nuage se traînait au plafond. La lumière du lampadaire était diffuse. Elle, s'avançait en boitant dans la ruelle tandis que les poissons jaillissaient des bouches d'égout. La chaleur étouffante, cette moiteur dans l'air vicié, altéraient son souffle déjà haletant.

medium_argentoncc0006.JPG

Les automobiles arrêtées ne respiraient plus ; les paupières des gratte-ciel ne s'ouvriraient plus jamais...
Mais elle, survivait malgré tout, la plante des pieds brûlée par le sol fiévreux, les yeux rougis par les vapeurs acides...

Un long manteau noir recouvrait son corps filiforme et, un grand capuchon cachait partiellement son visage buriné. Un iguane en robe de chambre traversa la rue et lui porta la faux symbolique, apanage de la panoplie apocalyptique. Elle, disparut derrière un écran de fumée en machonnant le bout de son bâton.

Igor referma ses volets en soupirant. Depuis le début du tournage dans sa rue, il était frappé d'insomnie. Et, pantelant, allongé sur son lit, il esquissa un sourire lorsqu'il entendit le réalisateur affirmer que la cinquante-deuxième prise serait la bonne.

Hearst, le 6 septembre 1993


Illustration : "Dans la cour", toile du peintre chinois Lin Fa, datant de 1987, extraite de l'ouvrage "Collection de peintures de Lin Fa", publié par la Maison d'édition de Beaux-Arts de Hunan, Chine.

16.02.2007

Histoire d'anges à la Madeleine

Deux anges posés aux côtés d'un coq, ça ne passe pas inaperçu ! Je suis certain que je les aurais remarqués s'ils avaient été là, hier, lorsque je réparais la parabole...


medium_tourmadeleine.jpg

Les anges ont dû se poser dans la nuit, mais le coq ne nous a pas alertés. Cette fois, allez savoir pourquoi, il n'a pas chanté. On ne peut décidément pas compter sur les girouettes.

J'ai tenté de les faire réagir, en soufflant des grains de riz depuis l'oeil de boeuf de mon grenier. J'avais escaladé l'échelle en pin de mon arrière-grand-père pour atteindre la petite fenêtre. Mais les anges sont restés de marbre, même lorsque je me suis retrouvé les fesses par terre, après un croc-en-jambe malencontreux de Gibus, le crapaud taquin de la malle en osier.

Demain, j'en aurai le coeur net. Je gravirai un à un les escaliers de la tour de la Madeleine, et j'irai piquer le derrière de ces anges avec une aiguille à tricoter.


Verneuil-sur-Avre (Eure, Haute-Normandie), 1999

26.01.2007

Ecumes

(Illustrations : Pointe de Corsen, Plouarzel, Bretagne)


Plages nues et vagues éprises de colère
même les rochers enfoncés dans le sable
ne comprennent pas cette violence les assaillant.

Chaque rouleau se fait plus violent, portant
les embruns et leur sel jusqu'à nos lèvres.

Témoins choisis du crépuscule, réjouissons-nous
de faire partie du cadre :
déclamons Eliot à qui veut l'entendre :

"Do I dare disturb the Universe ?"

Le vent porte nos voix et leurs échos
jusqu'aux oreilles sensibles des sirènes du bord de mer.
Elles sont trois, sur le rocher noir d'en face,
renvoyant en musique les vers que nous leur disons,
renvoyant en musique les vers de Waste Land;

"The Waste Land"

Le petit peintre d'aquarelles,
porte le chapeau à bords ronds et la barbe grise.
C'est un petit homme boule ;
nous nous faufilons derrière son atelier improvisé

Do we dare disturb his universe ?

Pour surprendre quelques images de la plage,
au crépuscule.