10.02.2009
"Yes Man" : du sur-mesure pour Jim Carrey
Dans cette adaptation du roman de Danny Wallace, le réalisateur Peyton Reed a trouvé en Jim Carrey l'interprète idéal pour incarner Carl Allen, pauvre bougre un peu en déroute et broyant du noir qui va voir sa vie transformée dès lors qu'il commencera à dire oui à tout.
Les mimiques de Jim Carrey m'ont toujours un peu ennuyé. Avec sa dentition et sa trombine à la Jerry Lewis, j'ai longtemps pensé qu'il n'en était qu'une caricature, ou tout au plus un succédané. Je suis aujourd'hui persuadé d'avoir eu tort. Je crois que c'est sa prestation dans l'excellent "The Truman Show" qui m'a convaincu que cet homme était bourré de talent. La projection de "Yes Man" n'a fait que le confirmer.
Dans cette comédie déjantée, l'acteur canadien interprète un type qui a renoncé à la vie. Depuis sa séparation avec son ex, Carl Allen vit replié sur lui-même et n'est plus à proprement parler fréquentable. Il décline systématiquement toute invitation et va même jusqu'à oublier la soirée de fiançailles de son meilleur ami.
Le "oui" en toute circonstanceSa métamorphose viendra de sa participation à un cours de développement personnel (l'un des moments les plus hilarants du film) où il lui est fortement suggéré d'abandonner le "non". Désormais, il lui faudra dire oui en toute circonstance, ce qui le conduira, comme on peut s'en douter, dans les situations les plus improbables mais d'une cocasserie redoutable. Ici, Carrey n'en fait pas trop avec sa bouche. L'ensemble est finement joué, et la très séduisante Zooey Deschanel complète agréablement le casting. Cette dernière, fille de la comédienne Mary Jo Deschanel (Twin Peaks), était récemment à l'affiche de "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford". Dans "Yes Man", elle incarne une jeune femme un peu fantasque et imprévisible qui entraînera Carl le timoré dans des situations tout-à-fait rocambolesques. Une réussite d'un bout à l'autre.
13:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : yes man, cinéma, jim carrey, zooey deschanel
14.11.2008
Séraphine Louis, la peinture jusqu'à la folie
Malgré un budget serré, le dernier long-métrage de Martin Provost, "Séraphine", est en train de réaliser un fort joli parcours dans les salles obscures, aussi bien en France qu'à l'étranger. Le réalisateur était de passage au cinéma Le Bretagne, à Saint-Renan, mercredi, pour présenter son film. Un joli cadeau pour cette salle de cinéma associative qui l'avait déjà reçu au tout début de sa carrière de cinéaste et qui célèbre, cette semaine, son dixième anniversaire.
Martin Provost ne semble toujours pas lui-même en revenir. Le succès de "Séraphine" le dépasserait presque. Alors que son précédent film, sur lequel il travaillait depuis deux ans, n'avait pu aboutir, faute de financement, voilà qu'il tombe, un peu par hasard, sur l'histoire de Séraphine Louis, aussi appelée Séraphine de Senlis, dont il n'avait jamais jusqu'ici entendu parler. D'emblée, il perçoit ce qu'il pourrait en tirer d'un point de vue cinématographique. Il est vrai que le parcours de Séraphine, cette femme de ménage habitée par sa passion pour la peinture, ne manque pas de sel. Découverte par le critique et marchand d'art allemand Wilhelm Uhde (déjà découvreur, entre autres, du Douanier Rousseau), qui résidait dans l'une des maisons bourgeoises de Senlis où elle effectuait le ménage, le talent de cette géniale autodidacte finira en effet par être reconnu dans le monde entier.
Yolande Moreau n'a pas hésitéS'appuyant sur les quelques biographies disponibles sur la peintre naïve née en 1864, et sur les journaux intimes tenus par Wilhelm Uhde, Martin Provost restitue minutieusement l'existence de celle qui finit par sombrer dans la folie et qui fut d'ailleurs internée à l'hôpital psychiatrique de Clermont à partir de 1932. Pour interpréter Séraphine, il a immédiatement songé à la comédienne belge Yolande Moreau, révélée dans "Sans toit ni loi" d'Agnès Varda ou les Deschiens (ce fut aussi la concierge d'Amélie Poulain). "Il se trouve que Yolande vit aussi près de Vernon, à trois kilomètres de chez moi", raconte Martin Provost; "je suis allé lui lire l'histoire de Séraphine. Je lui ai apporté tout ce que j'avais collecté. Je me souviens que nous étions assis dans son jardin. Elle a tout de suite été fascinée par cette histoire et n'a pas hésité un instant. Et le plus drôle, c'est que lorsque je lui ai montré des vieilles photos de Séraphine, elle s'est écriée : "Ce n'est pas flatteur, mais c'est tout à fait moi". Il est vrai que la ressemblance avec Séraphine était frappante !".
Le Vexin luxuriantTouchante et troublante d'un bout à l'autre, Yolande Moreau incarne le personnage avec une infinie justesse. Bonne à tout faire le jour, Séraphine passait toutes ses nuits, comme habitée, à peindre à la bougie, inlassablement. N'ayant jamais reçu le moindre enseignement, elle avait appris à fabriquer, à partir d'ingrédients naturels, les couleurs vives dont elle se servirait pour peindre fleurs et fruits comme jamais personne n'avait osé le faire, mis à part peut-être Van Gogh. Tourné à Senlis et dans la campagne luxuriante du Vexin normand, le film a la beauté lustrée d'un film de James Ivory, avec ses tableaux d'époque somptueux, à l'image de cette splendide scène au lavoir, un régal.
Une exposition au musée MaillolLe succès du film a un autre corollaire. Le musée Maillol, à Paris, où sont exposées certaines des plus belles oeuvres de Séraphine, ne désemplit plus. Une exposition lui est consacrée jusqu'au 5 janvier 2009. "Il faut les avoir devant soi pour réaliser toute la puissance de ces toiles", lance Martin Provost, en qui Séraphine a trouvé, comme avec Wilhelm Uhde autrefois, un avocat particulièrement convaincant.
MISE A JOUR LE 1ER MARS 2009 :
Consécration ce week-end, à la 34è cérémonie des Césars, pour Séraphine et Martin Provost, qui obtiennent sept prix au total : meilleur film, meilleure actrice (Yolande Moreau), scénario original, musique, photo, décors, costumes. Le film a réalisé un total de 500.000 entrées depuis octobre. Bonne nouvelle, l'expo sur Séraphine Louis au musée Maillol à Paris a été prolongée jusqu'au 30 mars 2009 !
La bande annonce du film de Martin Provost :
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel du film Séraphine.
Le site du musée Maillol.
01:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : séraphine louis, séraphine de senlis, art naïf, martin provost, vernon, yolande moreau, saint-renan
05.10.2008
Appaloosa : pas de révolution au Far West
Bien que de facture très classique, Appaloosa, sorti en salles le 1er octobre, se laisse regarder sans déplaisir. Ce bon western réalisé par Ed Harris n'omet aucun des ingrédients traditionnels du genre, mais réserve finalement assez peu de surprises. Heureusement, un casting impeccable et les paysages somptueux du Nouveau-Mexique font oublier un scénario quand même un peu cousu de fil blanc...
S'il n'arrive peut-être pas à la cheville de certains westerns mythiques, le deuxième film réalisé par l'acteur Ed Harris fera sans aucun doute passer un très bon moment aux amateurs. On songe inévitablement à "Rio Bravo", de Howard Hawks, avec John Wayne ou encore à "L'homme de la plaine" d'Anthony Mann, avec James Stewart. Côté BD, un parallèle peut aussi être fait avec "L'homme à l'étoile d'argent", l'une des premières aventures du lieutenant Blueberry. Dans chacune de ces oeuvres culte, les héros se voient en effet confier le nettoyage d'une ville gangrénée par des malfrats. A ce petit jeu, le duo formé par Virgil Cole (Ed Harris) et Everett Hitch (Viggo Mortensen) face à Bragg le méchant (Jeremy Irons) fonctionne admirablement. Car au-delà de la mission proprement dite, c'est avant toute chose d'amitié dont il est question ici, la dimension psychologique l'emportant très nettement sur l'histoire, qui ne sort jamais des sentiers (re)battus. Le duo Cole-Hitch survivra-t-il à l'arrivée inopinée de la belle Allison French (Renée Zellweger) qui s'attire rapidement la convoitise de tout ce que le petit village d'Appaloosa compte d'hommes ?
L'humour sauve le film
Là où Ed Harris se fait un brin imaginatif, c'est dans son usage de l'humour, même si ce filon a tout de même déjà été bien exploité par le western spaghetti. Harris n'hésite pas ainsi à briser un mythe - celui du sheriff inspirant le respect - en donnant à son propre personnage une véritable dimension comique. S'il est fine gachette et forcément respecté en tant que tel, Cole est en effet un être relativement fruste, borné, ne souffrant pas la contradiction et porté sur la bagarre lorsqu'il a trop forcé sur la bouteille. Un marshall qui éprouve aussi d'énormes difficultés à prononcer (et comprendre) les mots mesurant plus de deux syllabes...
Au total, un bon divertissement, mais sans doute pas le western du siècle. Pas un film qui révolutionne le genre en tout cas !
La bande annonce d'Appaloosa :
10:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Appaloosa, western, Ed Harris, Viggo Mortensen, Jeremy Irons, Renée Zellweger, cinéma américain
18.09.2008
Parlez-moi de la pluie : un Jaoui du meilleur cru
"Parlez-moi de la pluie", troisième long-métrage d'Agnès Jaoui, co-écrit avec son fidèle accolyte Jean-Pierre Bacri, est sorti en salles mercredi. Un peu à la manière d'un Woody Allen, cette comédie dramatique de très bonne facture dépeint les rapports humains avec acuité et humour et révèle un Jamel Debbouze particulièrement émouvant.
Dans ce film nettement moins sombre que "Comme une image", l'opus précédent, Agnès Jaoui campe le personnage d'Agathe Villanova, une féministe investie depuis peu dans le monde de la politique. Celle-ci doit se résoudre à aller passer une dizaine de jours dans le Sud de la France pour deux raisons. Sa soeur, Florence, l'a invitée à venir faire le tri dans les affaires de leur mère décédée un an plus tôt. Agathe doit aussi y donner un meeting. Ironiquement, celle-ci est en effet une "victime" des lois sur la parité : elle vient d'être parachutée candidate de son parti dans cette région qu'elle exêcre.
Mois d'août pluvieux
Dans ce village où elle a grandi, Agathe retrouve, dans le cagibi accolé à la demeure familiale, la touchante Mimouna, femme de ménage que les Villanova avaient ramenée avec eux d'Algérie au moment de l'indépendance. Un rôle magnifiquement interprété par la seule actrice non professionnelle du casting, Mimouna Hadji, qui irradie le film par son humanité. Agathe revoit aussi le fils de Mimouna, Karim (joué par Jamel Debbouz) qui, avec son ami Michel Ronsart, pied nickelé de service, a le projet de tourner un documentaire sur elle. Mais en ce mois d'août pluvieux, rien ne se passe vraiment comme prévu et les péripéties s'enchaînent en cascade !
Travailler avec Jamel
Selon Jean-Pierre Bacri, "le film est parti du désir de travailler avec Jamel". Taillé pour lui, le personnage de Karim, vrai rôle de composition, lui donne l'opportunité de se surpasser. Jamel affirme lui-même qu'il s'est senti "devenir un homme, avec tout le questionnement et le mal-être que cela suppose, et que je préférais enfouir jusque-là". Jamel habite ce film de part en part. Les scènes avec Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, de même qu'avec la troublante Florence Loiret-Caille, lui offrent plusieurs occasions de dévoiler une profondeur, des fêlures qu'aucun rôle n'avait jusqu'ici laissé apparaître.
Victimes en quête d'amour
Avec tendresse, Agnès Jaoui porte son regard sur des individus en quête d'amour où les plus vulnérables ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Chaque protagoniste se sent victime : Agathe, du sexisme; Karim, du racisme; Florence, de n'avoir pas été autant aimée que sa soeur; et Michel, de n'avoir pas obtenu la garde de son fils. "Il nous semblait qu'aujourd'hui, beaucoup de gens se vivent comme des victimes et s'enferment dans cette position, faute de ne pas avoir été pleinement reconnus dans leur souffrance. Tant qu'on ne reconnaît pas aux victimes leur statut de victime (...) elles ne peuvent pas avancer", explique Agnès Jaoui. La machine, franchement bien huilée, fonctionne on ne peut mieux, les acteurs tirant un évident plaisir à se donner la réplique. Les situations graves alternent avec des épisodes de farce qui font de ce film un divertissement agréable d'où la réflexion n'est cependant jamais absente. En résumé, un Jaoui-Bacri du meilleur cru.
Le teaser de "Parlez-moi de la pluie" :
13:50 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Jamel Debbouze, Parlez-moi de la pluie, cinéma français
04.09.2008
Les Cerfs-volants de Kaboul : l'histoire d'une rédemption
Adaptation lumineuse du roman à succès de Khaled Hosseini (publié en 2005), "Les cerfs-volants de Kaboul", réalisé par Marc Forster, sort cette semaine en DVD. Une belle histoire d'amitié et de rédemption ayant pour toile de fond l'Afghanistan d'hier et d'aujourd'hui...
Kaboul, dans les années 1970. Les Afghans vivent leurs dernières années de paix avant longtemps. La vie quotidienne est rythmée par la fête, la musique et les concours de cerfs-volants, auxquels participent avec assiduité Amir et Hassan, les deux héros de cette fresque. Amir est le fils d'un commerçant pachtoun aisé, qui a pour domestique le père d'Hassan, de l'ethnie hazara. Malgré ces différences, les deux enfants sont élevés comme deux frères et Hassan voue une fidélité sans borne à Amir, allant jusqu'à le défendre courageusement lorsque ce dernier est sur le point de se faire agresser par des brutes. Amir, témoin peu de temps après d'une agression perpétrée contre Hassan, fait quant à lui preuve d'une lâcheté navrante et ne se porte pas au secours de son ami. Incapable de soutenir le regard d'Hassan après son acte, il aggrave encore la situation en organisant son renvoi de la maisonnée en le faisant passer pour un voleur...
Une occasion de se racheter
Lorsque les troupes soviétiques envahissent le pays en 1979, Amir suit son père sur le chemin de l'exil. On le retrouve aux Etats-Unis en 2000, jeune écrivain fringant qui vient de publier son premier roman, lorsqu'un appel émanant de Kaboul lui offre une occasion de se racheter de sa conduite indigne d'autrefois. Amir retourne alors en Afghanistan, un pays qui ne correspond plus en rien à ce qu'il a connu jadis. Les talibans ont pris le pouvoir et imposent leur fanatisme religieux à une population souvent résignée. Les paysages sinistrés par plusieurs décennies de guerre, les matchs de foot interrompus par les lapidations publiques offrent un spectacle effroyable, qui s'oppose aux images si paisibles de l'Afghanistan d'antan. Mais cette fois, Amir est déterminé. Faisant fi de tous les obstacles, il poursuit sa courageuse quête de rédemption. En écho au drame de son enfance - sa trahison envers Hassan -, son attitude semble vouloir nous rappeler que face aux situations les plus injustes, le mutisme et l'inaction sont bien les pires des maux.
20:45 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Les Cerfs-volants de Kaboul, cinéma, Marc Forster, Khaled Hosseini, littérature, Afghanistan
18.07.2008
Into the wild : l'odyssée tragique de Chris McCandless
Adaptation d'un roman à succès de Jon Krakauer, le film "Into the Wild", réalisé par Sean Penn, raconte la destinée tragique de Chris McCandless, ce jeune Américain retrouvé mort en 1992 dans une région isolée de l'Alaska au terme d'une aventure relevant du rite initiatique. Un film touchant et d'un grand humanisme qui vient de sortir en DVD.
Chris McCandless, interprété de façon magistrale par Emile Hirsch, n'a qu'une vingtaine d'années lorsqu'il décide de rompre les amarres. Fraîchement diplômé, il choisit de remettre la totalité de ses économies à une organisation humanitaire avant d'aller se fondre dans la nature. Même sa famille ne sait rien de son projet romanesque. La rage au coeur, Chris refuse les excès matérialistes, l'hypocrisie et les petits mensonges de la société américaine au sein de laquelle il a grandi.
L'échec de la solitude
Pour lui, la seule délivrance ne peut surgir qu'au contact du monde sauvage idéalisé par "L'appel de la forêt" de Jack London, l'un de ses romanciers préférés. C'est donc tout naturellement qu'il se met en route pour l'Alaska, effectuant en chemin une myriade de petits boulots susceptibles de lui permettre d'acheter le matériel nécessaire à son expédition en solitaire. Des expériences qui donnent lieu à plusieurs rencontres enrichissantes.
Une fois parvenu dans le Grand Nord, Chris doit vite déchanter. La nature lui apparaît rapidement sous un autre jour. Il goûte très vite au caractère inhospitalier de ces contrées isolées. La solitude et le repli sur soi ne semblent plus parées des mêmes vertus et le jeune homme réalise que son épanouissement s'est davantage réalisé au contact des autres, lors de ces rencontres qui ont ponctué son étonnante odyssée, et qui confèrent à ce road-movie une portée résolument humaniste.
Une bande son admirable
Il serait impardonnable d'évoquer "Into the wild" sans écrire une ligne sur l'admirable bande son qui l'accompagne. Eddie Vedder (chanteur de Pearl Jam, ci-contre) a composé une musique qui colle parfaitement à l'esprit du film de Sean Penn. La quête jusqu'au-boutiste du jeune homme, son désir de liberté et la rage innocente dont il fait preuve pour y parvenir trouvent un écho dans les compositions sensibles du rocker, ballades folk mélancoliques, incantations chamaniques envoûtantes ou hymnes rock nerveux dont les aspérités épousent la rudesse des grands espaces américains.
13:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sean Penn, Into the wild, Eddie Vedder, cinéma
22.06.2008
"Eldorado" : road movie au plat pays
Un plafond bas mais des ciels lumineux, délavés, d'où émane une inexorable tristesse. Des paysages sans relief qui rappellent l'immensité des grandes plaines américaines et qui donnent au film un petit air de western. Qui l'eût cru, nous sommes ici en Belgique, qui se révèle un décor plutôt bien adapté au genre du road movie, d'autant que le film a été tourné en scope. Sélectionné à Cannes, "Eldorado", second long-métrage du Wallon Bouli Lanners, est une oeuvre un tantinet intrigante et magique. La magie tient probablement à la somme de lieux et événements hautement improbables ici réunis.
Un soir qu'il rentre chez lui, Yvan (joué par Bouli Lanners en personne), dealer de voitures de collection à l'allure bonhomme et qu'on devine fan d'Amérique, surprend sous son lit un visiteur nocturne. Ce dernier, Elie (rôle délicatement interprété par Fabrice Adde, pour une première fois à l'écran), junkie un brin paumé, est à la recherche de quelques sous qui lui permettront, dit-il, de se payer le voyage jusqu'à la maison de ses parents. Yvan est sceptique. Il sait, d'expérience, qu'un toxico cambrioleur cherche avant tout un peu d'argent pour se payer sa came. Néanmoins, un semblant d'amitié prend racine entre ces deux bras cassés que rien, au départ, ne rapproche. Yvan se propose de l'accompagner à la frontière française, là où vivent les parents d'Elie. Le voyage au volant d'une fringante Chevrolet donne lieu à des mésaventures désopilantes en dépit d'un contexte pesant, les protagonistes laissant peu à peu apparaître leurs fêlures intimes.
Choses vécues
et pure invention
Dans ce second long-métrage pour lequel il se retrouve devant et derrière la caméra, Bouli Lanners s'est inspiré d'un fait réel. "L'aventure entre Yvan et Elie est une vraie fiction qui mélange des choses vécues et des moments de pure invention", souligne-t-il dans le dossier de presse. Le tour de force du réalisateur est d'avoir su faire d'une histoire infiniment triste un somptueux écrin d'humanité qui jamais ne sombre dans la mélancolie ou le mélodrame. Les scènes cocasses, pour ne pas dire déjantées, inoculent la dose d'espoir nécessaire à la survie dans un monde perclus de pessimisme. Un petit chef-d'oeuvre servi, qui plus est, avec une bande son tout-à-fait de circonstance. Outre quelques classiques américains, souvenirs d'adolescence de Bouli Lanners (les Milkshakes et Jesse Sykes), la BO repose sur les compos originales de quelques chantres de la nouvelle scène wallone (Renaud Mayeur, An Pierlé et Koen Gisen entre autres). Vous avez dit "Eldorado" ?
12:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Eldorado, cinéma belge, Bouli Lanners, Renaud Mayeur, Fabrice Adde
30.04.2008
"Ciao Stefano" : vive la vie en famille !
Auréolé par le prix du meilleur film au Festival de Venise, l'an dernier, le nouveau film de Gianni Zanasi, sorti dans les salles françaises cette semaine, est une comédie douce amère sur la quête du bonheur. Si vous avez aimé Little Miss Sunshine, vous adorerez sans doute l'exubérance de "Ciao Stefano". Attention, film culte en devenir !
Stefano Nardini, campé par le très attachant Valerio Mastandrea, est un brin désabusé. Guitariste dans un groupe punk basé à Rome dont la carrière ne décolle pas, il découvre que sa petite amie a une liaison avec un autre musicien. Sa réaction est à la mesure de l'immense déception qui l'accable : faisant fi de l'anti-conformisme qui l'a très tôt poussé loin de sa famille, il choisit d'aller se ressourcer auprès des siens dans sa province natale. Mais la joie des retrouvailles s'estompe très vite face aux dures réalités familiales : son frère, le très bonhomme Alberto, est en instance de divorce et gère la ruine progressive de l'entreprise familiale de cerises à l'eau de vie ; son père se remet tout juste d'un infarctus ; sa mère cherche l'évasion entre les pattes d'un gourou et sa soeur, l'irrésistible Michela, a abandonné ses études pour se consacrer aux dauphins... Même les anciens potes rockers de Stefano ne sont plus les mêmes et pataugent dans leur spleen.
Envolés les secrets de famille
Dans ce contexte, il faudra peu de temps avant que la cocotte-minute ne déborde. Peu à peu, non-dits et secrets de famille volent en éclats. A la fois tendre et drôle, cette nouvelle comédie italienne un brin déjantée et aux personnages extraordinairement attachants se laisse regarder avec grand plaisir. La bande son à la tonalité très rock donne le rythme de cette dégringolade jouissive et désarmante qui jamais ne sombre dans la mélancolie, bien au contraire. L'ensemble constitue plutôt une très belle invitation à profiter des petits bonheurs de l'existence.
La bande annonce de Ciao Stefano :
18:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Ciao Stefano, cinéma italien, Valerio Mastandrea, Gianni Zanasi
16.04.2008
La Cinémathèque de Bretagne en accès libre
Depuis le 10 avril, plus de 1.000 films sont consultables sur le site Web de la Cinémathèque de Bretagne. Pour marquer l'événement, celle-ci ouvre son site en accès libre jusqu'au 24 avril. Une belle opportunité pour les cinéphiles d'aller découvrir plus de 240 heures de documents amateurs, pour la plupart inédits.
La Cinémathèque de Bretagne a créé son site Internet en mars 2006. Riche d’un fonds d’archives constitué de plus de 19.000 références, dont une grande partie est constituée des archives amateurs de 1.188 déposants, la Cinémathèque s’est donné pour objectif de "proposer un service en ligne s’adressant à tous les publics". Le site offre donc différentes formes d’accès destiné au simple curieux, comme au professionnel de l’audiovisuel. Les internautes peuvent donc désormais consulter les fiches documentaires de films et visionner les photogrammes ainsi que les films conservés par la Cinémathèque de Bretagne.
Accès jusqu'ici limité
Jusqu’à présent, des contingences techniques obligeaient la Cinémathèque de Bretagne à limiter l’accès à une
vingtaine d’heures d’archives consultables en ligne. Une page est désormais tournée puisque les internautes passionnés peuvent désormais visionner plus de 240 heures de films en ligne. Une offre qui sera enrichie, nous promet-on, de 20 heures supplémentaires par mois.
Le naufrage de l'Amoco
Parmi les films proposés, des images amateurs tournées à l’occasion du naufrage de l’Amoco-Cadiz (1978), ou encore des événements de Mai 68… Mais le fonds de la Cinémathèque de Bretagne n’est pas seulement régional, on peut aussi y découvrir les films de M. Weber sur l’Algérie saharienne de 1937 à 1963, ou encore le Fonds Yvon de Guengat consacré à l’Inde de 1939 à 1948 qui, à lui seul, représente plus de six heures d’archives. Des films, pour la plupart inédits, dans leur intégralité.
PRATIQUE
Le site de la Cinémathèque de Bretagne.
14:09 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Cinémathèque de Bretagne, accès libre
20.02.2008
Le Dragon des Mers : le cinéma vole au secours d'un mythe racorni
Ceux qui ont gardé une âme d'enfant n'auront sans doute aucune difficulté à se laisser happer par l'ambiance magique du dernier film de Jay Russell, "Le Dragon des mers - La dernière légende", adaptation fort réussie du roman de Dick King-Smith. Une belle histoire, drôle et rythmée, qui donne une seconde jeunesse au mythe un peu suranné du monstre du Loch Ness.
Dans un manoir situé à proximité du Loch Ness, le jeune Angus, âgé d'une dizaine d'années, déplace des drapeaux sur les cartes militaires suspendues au-dessus de l'établi de son père, officier parti à la guerre. Nous sommes en 1942 et le conflit bat son plein. L'absence du père se fait douloureusement ressentir dans la maisonnée.
Plus rien n'égaye le jeune Angus, qui mène une existence triste et solitaire jusqu'au jour où il fait la découverte d'un oeuf sur la rive du Loch Ness. De cette coquille émergera une étrange créature marine produisant d'étonnants roucoulements et qui se prend vite d'amitié pour le jeune garçon.
Aventures réjouissantes
Doté d'un formidable appétit, le petit monstre au regard attendrissant (et à la mâchoire) de "gremlin" se transforme rapidement en terrifiant "Godzilla" qu'il devient naturellement indispensable de relocaliser, la salle de bain du manoir s'avérant très vite un brin exigüe. Avec l'aide de l'homme à tout faire (le ténébreux Ben Chaplin), Angus parvient, au prix de multiples aventures plus réjouissantes les unes que les autres (et notamment la confrontation du monstre avec un molosse, qui n'était pas Titus, je vous rassure), à trouver à son ami un espace à sa mesure. Ce dernier n'est pas toutefois à l'abri car des soldats britanniques testant un dispositif anti sous-marin risquent à tout moment de mettre en danger la vie de Crusoë (nom donné à Nessie par Angus).
Un mythe dépoussiéré
Outre les paysages somptueux des Highlands, qui fournissent un cadre idéal à cette belle histoire, "Le Dragon des mers" offre une relecture amusante du mythe un tantinet démodé du monstre du Loch Ness. Ceux qui ont la chance de voyager en Ecosse cette année, voudront sans doute prolonger cette projection par la visite du musée du monstre, à Drumnadrochit, qui restitue avec le plus grand sérieux les tentatives à travers les âges pour percer le secret du monstre et présente les photos (dont les trucages avérés) et résultats des expéditions scientifiques réalisées dans le Loch Ness. Voilà un film qui devrait booster les entrées de ce petit musée dont la visite est absolument à recommander. Surtout pas temps de brume !
12:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, The Water-Horse, Le dragon des mers, Ecosse, Highlands, Drumnadrochit, Nessie































