22.06.2008

"Eldorado" : road movie au plat pays

a772384551afbaa579d9f85a68e200ce.jpgUn plafond bas mais des ciels lumineux, délavés, d'où émane une inexorable tristesse. Des paysages sans relief qui rappellent l'immensité des grandes plaines américaines et qui donnent au film un petit air de western. Qui l'eût cru, nous sommes ici en Belgique, qui se révèle un décor plutôt bien adapté au genre du road movie, d'autant que le film a été tourné en scope. Sélectionné à Cannes, "Eldorado", second long-métrage du Wallon Bouli Lanners, est une oeuvre un tantinet intrigante et magique. La magie tient probablement à la somme de lieux et événements hautement improbables ici réunis.



5b6fbf3eb057ea0b428ee2d0c40bad36.jpgUn soir qu'il rentre chez lui, Yvan (joué par Bouli Lanners en personne), dealer de voitures de collection à l'allure bonhomme et qu'on devine fan d'Amérique, surprend sous son lit un visiteur nocturne. Ce dernier, Elie (rôle délicatement interprété par Fabrice Adde, pour une première fois à l'écran), junkie un brin paumé, est à la recherche de quelques sous qui lui permettront, dit-il, de se payer le voyage jusqu'à la maison de ses parents. Yvan est sceptique. Il sait, d'expérience, qu'un toxico cambrioleur cherche avant tout un peu d'argent pour se payer sa came. Néanmoins, un semblant d'amitié prend racine entre ces deux bras cassés que rien, au départ, ne rapproche. Yvan se propose de l'accompagner à la frontière française, là où vivent les parents d'Elie. Le voyage au volant d'une fringante Chevrolet donne lieu à des mésaventures désopilantes en dépit d'un contexte pesant, les protagonistes laissant peu à peu apparaître leurs fêlures intimes.

Choses vécues
et pure invention

0e3c5937ddb510f29f45119adb8d3e8a.jpgDans ce second long-métrage pour lequel il se retrouve devant et derrière la caméra, Bouli Lanners s'est inspiré d'un fait réel. "L'aventure entre Yvan et Elie est une vraie fiction qui mélange des choses vécues et des moments de pure invention", souligne-t-il dans le dossier de presse. Le tour de force du réalisateur est d'avoir su faire d'une histoire infiniment triste un somptueux écrin d'humanité qui jamais ne sombre dans la mélancolie ou le mélodrame. Les scènes cocasses, pour ne pas dire déjantées, inoculent la dose d'espoir nécessaire à la survie dans un monde perclus de pessimisme. Un petit chef-d'oeuvre servi, qui plus est, avec une bande son tout-à-fait de circonstance. Outre quelques classiques américains, souvenirs d'adolescence de Bouli Lanners (les Milkshakes et Jesse Sykes), la BO repose sur les compos originales de quelques chantres de la nouvelle scène wallone (Renaud Mayeur, An Pierlé et Koen Gisen entre autres). Vous avez dit "Eldorado" ?

30.04.2008

"Ciao Stefano" : vive la vie en famille !

1a655c7df6724506a160f34bd84b7bad.jpgAuréolé par le prix du meilleur film au Festival de Venise, l'an dernier, le nouveau film de Gianni Zanasi, sorti dans les salles françaises cette semaine, est une comédie douce amère sur la quête du bonheur. Si vous avez aimé Little Miss Sunshine, vous adorerez sans doute l'exubérance de "Ciao Stefano". Attention, film culte en devenir !


Stefano Nardini, campé par le très attachant Valerio Mastandrea, est un brin désabusé. Guitariste dans un groupe punk basé à Rome dont la carrière ne décolle pas, il découvre que sa petite amie a une liaison avec un autre musicien. Sa réaction est à la mesure de l'immense déception qui l'accable : faisant fi de l'anti-conformisme qui l'a très tôt poussé loin de sa famille, il choisit d'aller se ressourcer auprès des siens dans sa province natale. Mais la joie des retrouvailles s'estompe très vite face aux dures réalités familiales : son frère, le très bonhomme Alberto, est en instance de divorce et gère la ruine progressive de l'entreprise familiale de cerises à l'eau de vie ; son père se remet tout juste d'un infarctus ; sa mère cherche l'évasion entre les pattes d'un gourou et sa soeur, l'irrésistible Michela, a abandonné ses études pour se consacrer aux dauphins... Même les anciens potes rockers de Stefano ne sont plus les mêmes et pataugent dans leur spleen.

8ec59ba01b577592590a3ca556137cb5.jpgEnvolés les secrets de famille
Dans ce contexte, il faudra peu de temps avant que la cocotte-minute ne déborde. Peu à peu, non-dits et secrets de famille volent en éclats. A la fois tendre et drôle, cette nouvelle comédie italienne un brin déjantée et aux personnages extraordinairement attachants se laisse regarder avec grand plaisir. La bande son à la tonalité très rock donne le rythme de cette dégringolade jouissive et désarmante qui jamais ne sombre dans la mélancolie, bien au contraire. L'ensemble constitue plutôt une très belle invitation à profiter des petits bonheurs de l'existence.

La bande annonce de Ciao Stefano :

16.04.2008

La Cinémathèque de Bretagne en accès libre

Depuis le 10 avril, plus de 1.000 films sont consultables sur le site Web de la Cinémathèque de Bretagne. Pour marquer l'événement, celle-ci ouvre son site en accès libre jusqu'au 24 avril. Une belle opportunité pour les cinéphiles d'aller découvrir plus de 240 heures de documents amateurs, pour la plupart inédits.

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La Cinémathèque de Bretagne a créé son site Internet en mars 2006. Riche d’un fonds d’archives constitué de plus de 19.000 références, dont une grande partie est constituée des archives amateurs de 1.188 déposants, la Cinémathèque s’est donné pour objectif de "proposer un service en ligne s’adressant à tous les publics". Le site offre donc différentes formes d’accès destiné au simple curieux, comme au professionnel de l’audiovisuel. Les internautes peuvent donc désormais consulter les fiches documentaires de films et visionner les photogrammes ainsi que les films conservés par la Cinémathèque de Bretagne.

Accès jusqu'ici limité
Jusqu’à présent, des contingences techniques obligeaient la Cinémathèque de Bretagne à limiter l’accès à une
vingtaine d’heures d’archives consultables en ligne. Une page est désormais tournée puisque les internautes passionnés peuvent désormais visionner plus de 240 heures de films en ligne. Une offre qui sera enrichie, nous promet-on, de 20 heures supplémentaires par mois.

Le naufrage de l'Amoco
Parmi les films proposés, des images amateurs tournées à l’occasion du naufrage de l’Amoco-Cadiz (1978), ou encore des événements de Mai 68… Mais le fonds de la Cinémathèque de Bretagne n’est pas seulement régional, on peut aussi y découvrir les films de M. Weber sur l’Algérie saharienne de 1937 à 1963, ou encore le Fonds Yvon de Guengat consacré à l’Inde de 1939 à 1948 qui, à lui seul, représente plus de six heures d’archives. Des films, pour la plupart inédits, dans leur intégralité.


PRATIQUE
Le site de la Cinémathèque de Bretagne.

07.03.2008

Les Cerfs-volants de Kaboul : l'histoire d'une rédemption

ad0a6f56ce5ca0c4ce138f42f24d0f7d.jpgAdaptation lumineuse du roman à succès de Khaled Hosseini (publié en 2005), "Les cerfs-volants de Kaboul", réalisé par Marc Forster, est un film à voir absolument avant qu'il ne quitte l'affiche. Une belle histoire d'amitié et de rédemption ayant pour toile de fond l'Afghanistan d'hier et d'aujourd'hui...


Kaboul, dans les années 1970. Les Afghans vivent leurs dernières années de paix avant longtemps. La vie quotidienne est rythmée par la fête, la musique et les concours de cerfs-volants, auxquels participent avec assiduité Amir et Hassan, les deux héros de cette fresque. Amir est le fils d'un commerçant pachtoun aisé, qui a pour domestique le père d'Hassan, de l'ethnie hazara. Malgré ces différences, les deux enfants sont élevés comme deux frères et Hassan voue une fidélité sans borne à Amir, allant jusqu'à le défendre courageusement lorsque ce dernier est sur le point de se faire agresser par des brutes. Amir, témoin peu de temps après d'une agression perpétrée contre Hassan, fait quant à lui preuve d'une lâcheté navrante et ne se porte pas au secours de son ami. Incapable de soutenir le regard d'Hassan après son acte, il aggrave encore la situation en organisant son renvoi de la maisonnée en le faisant passer pour un voleur...

9af73874da2f31372df7ea7168e380e8.jpgUne occasion de se racheter
Lorsque les troupes soviétiques envahissent le pays en 1979, Amir suit son père sur le chemin de l'exil. On le retrouve aux Etats-Unis en 2000, jeune écrivain fringant qui vient de publier son premier roman, lorsqu'un appel émanant de Kaboul lui offre une occasion de se racheter de sa conduite indigne d'autrefois. Amir retourne alors en Afghanistan, un pays qui ne correspond plus en rien à ce qu'il a connu jadis. Les talibans ont pris le pouvoir et imposent leur fanatisme religieux à une population souvent résignée. Les paysages sinistrés par plusieurs décennies de guerre, les matchs de foot interrompus par les lapidations publiques offrent un spectacle effroyable, qui s'oppose aux images si paisibles de l'Afghanistan d'antan. Mais cette fois, Amir est déterminé. Faisant fi de tous les obstacles, il poursuit sa courageuse quête de rédemption. En écho au drame de son enfance - sa trahison envers Hassan -, son attitude semble vouloir nous rappeler que face aux situations les plus injustes, le mutisme et l'inaction sont bien les pires des maux.




27.02.2008

Into the wild : l'odyssée tragique de Chris McCandless

22c9fb320663e82fc1c3bf5a60b41e62.jpgAdaptation d'un roman à succès de Jon Krakauer, le film "Into the Wild", réalisé par Sean Penn, raconte la destinée tragique de Chris McCandless, ce jeune Américain retrouvé mort en 1992 dans une région isolée de l'Alaska au terme d'une aventure relevant du rite initiatique. Un film touchant et d'un grand humanisme.


Chris McCandless, interprété de façon magistrale par Emile Hirsch, n'a qu'une vingtaine d'années lorsqu'il décide de rompre les amarres. Fraîchement diplômé, il choisit de remettre la totalité de ses économies à une organisation humanitaire avant d'aller se fondre dans la nature. Même sa famille ne sait rien de son projet romanesque. La rage au coeur, Chris refuse les excès matérialistes, l'hypocrisie et les petits mensonges de la société américaine au sein de laquelle il a grandi.

e8b0f3bc9de412dae1c2803df1dd58cb.jpgL'échec de la solitude
Pour lui, la seule délivrance ne peut surgir qu'au contact du monde sauvage idéalisé par "L'appel de la forêt" de Jack London, l'un de ses romanciers préférés. C'est donc tout naturellement qu'il se met en route pour l'Alaska, effectuant en chemin une myriade de petits boulots susceptibles de lui permettre d'acheter le matériel nécessaire à son expédition en solitaire. Des expériences qui donnent lieu à plusieurs rencontres enrichissantes.
Une fois parvenu dans le Grand Nord, Chris doit vite déchanter. La nature lui apparaît rapidement sous un autre jour. Il goûte très vite au caractère inhospitalier de ces contrées isolées. La solitude et le repli sur soi ne semblent plus parées des mêmes vertus et le jeune homme réalise que son épanouissement s'est davantage réalisé au contact des autres, lors de ces rencontres qui ont ponctué son étonnante odyssée, et qui confèrent à ce road-movie une portée résolument humaniste.

3480193e5fa4d991834dbebffefcd438.jpgUne bande son admirable
Il serait impardonnable d'évoquer "Into the wild" sans écrire une ligne sur l'admirable bande son qui l'accompagne. Eddie Vedder (chanteur de Pearl Jam, ci-contre) a composé une musique qui colle parfaitement à l'esprit du film de Sean Penn. La quête jusqu'au-boutiste du jeune homme, son désir de liberté et la rage innocente dont il fait preuve pour y parvenir trouvent un écho dans les compositions sensibles du rocker, ballades folk mélancoliques, incantations chamaniques envoûtantes ou hymnes rock nerveux dont les aspérités épousent la rudesse des grands espaces américains.


20.02.2008

Le Dragon des Mers : le cinéma vole au secours d'un mythe racorni

4d256a979ebf224d2ca539d80cf7049c.jpgCeux qui ont gardé une âme d'enfant n'auront sans doute aucune difficulté à se laisser happer par l'ambiance magique du dernier film de Jay Russell, "Le Dragon des mers - La dernière légende", adaptation fort réussie du roman de Dick King-Smith. Une belle histoire, drôle et rythmée, qui donne une seconde jeunesse au mythe un peu suranné du monstre du Loch Ness.


Dans un manoir situé à proximité du Loch Ness, le jeune Angus, âgé d'une dizaine d'années, déplace des drapeaux sur les cartes militaires suspendues au-dessus de l'établi de son père, officier parti à la guerre. Nous sommes en 1942 et le conflit bat son plein. L'absence du père se fait douloureusement ressentir dans la maisonnée.
Plus rien n'égaye le jeune Angus, qui mène une existence triste et solitaire jusqu'au jour où il fait la découverte d'un oeuf sur la rive du Loch Ness. De cette coquille émergera une étrange créature marine produisant d'étonnants roucoulements et qui se prend vite d'amitié pour le jeune garçon.

b27850dce42c56fe30a1f84565e63a9c.jpgAventures réjouissantes
Doté d'un formidable appétit, le petit monstre au regard attendrissant (et à la mâchoire) de "gremlin" se transforme rapidement en terrifiant "Godzilla" qu'il devient naturellement indispensable de relocaliser, la salle de bain du manoir s'avérant très vite un brin exigüe. Avec l'aide de l'homme à tout faire (le ténébreux Ben Chaplin), Angus parvient, au prix de multiples aventures plus réjouissantes les unes que les autres (et notamment la confrontation du monstre avec un molosse, qui n'était pas Titus, je vous rassure), à trouver à son ami un espace à sa mesure. Ce dernier n'est pas toutefois à l'abri car des soldats britanniques testant un dispositif anti sous-marin risquent à tout moment de mettre en danger la vie de Crusoë (nom donné à Nessie par Angus).

15eab0f4080052349d01b5682749b91a.jpgUn mythe dépoussiéré
Outre les paysages somptueux des Highlands, qui fournissent un cadre idéal à cette belle histoire, "Le Dragon des mers" offre une relecture amusante du mythe un tantinet démodé du monstre du Loch Ness. Ceux qui ont la chance de voyager en Ecosse cette année, voudront sans doute prolonger cette projection par la visite du musée du monstre, à Drumnadrochit, qui restitue avec le plus grand sérieux les tentatives à travers les âges pour percer le secret du monstre et présente les photos (dont les trucages avérés) et résultats des expéditions scientifiques réalisées dans le Loch Ness. Voilà un film qui devrait booster les entrées de ce petit musée dont la visite est absolument à recommander. Surtout pas temps de brume !


14.10.2007

"The Bubble" : plongée hyper-réaliste en Israël

medium_the_bubble.jpgLe cinéma "Le Bretagne", à Saint-Renan (Finistère), recevait samedi son parrain, le cinéaste Gérald Hustache-Mathieu (auteur, notamment, du long-métrage "Avril"). Dans le cadre de l'opération "Cinés ouverts en Finistère", ce dernier avait carte blanche pour présenter, sur un week-end, quatre films de son choix. Parmi sa sélection, figurait, samedi soir, le film israélien "The Bubble", d'Eytan Fox. Un bijou.


"The Bubble", autrement dit la bulle. C'est le surnom que les Israéliens donnent à Tel Aviv, où sont aujourd'hui concentrées nombre des forces créatrices d'Israël. Le réalisateur du film, Eytan Fox, et son co-scénariste, Gal Uchovsky, vivent tous deux à Tel Aviv : "Comme Gal et moi, les personnages du film vivent rue Shenkin, dans le quartier branché et alternatif d'Israël. Beaucoup de gens se sont volontairement coupés des réalités sociales et politiques du pays. Leur attitude est souvent jugée comme superficielle et irresponsable", souligne le réalisateur, dans la fiche de présentation du film. Tel Aviv est aussi devenue une terre d'accueil pour les homosexuels du monde entier. Eytan Fox fut déjà l'auteur d'une série télévisée avec des personnages homosexuels, "Florentine". "The Bubble" en est donc un peu le prolongement.

medium_bubble4.jpgUn amour impossible
Dans "The Bubble", trois jeunes Israéliens, Noam, Yali et Lulu, partagent un appartement dans un quartier branché de Tel-Aviv. Dans ce cocon quasi-déconnecté de la réalité des territoires et des conflits politiques qui agitent le pays, ils mènent une existence tout à fait ordinaire, préférant se concentrer sur leur vie amoureuse. Un quotidien qui sera bouleversé par l'arrivée d'Ashraf, un Palestinien dont Noam tombe amoureux. L'histoire d'un amour impossible.



medium_bubble2.jpgUne oeuvre nuancée
Ce film qui a remporté un grand succès auprès du public israélien, notamment auprès des jeunes, a été acclamé par la critique dans le monde entier. Il a aussi reçu, cette année, le prix du public au Festival de Berlin. Cela n'est pas en soi une surprise tant cette oeuvre présente de manière contrastée les conditions de vie en Israël avec la guerre en toile de fond : d'une part, la vie côté israélien, et notamment l'insouciance d'une partie de la jeunesse qui préfère se replier dans sa bulle, ce qui ne l'empêche pas de manifester contre l'occupation des territoires en organisant une rave party; d'autre part, la vie en territoire palestinien, à Naplouse, et le passage des checkpoints où les Palestiniens subissent les pires humiliations... De part et d'autre, des extrémistes aux sentiments exacerbés et apparemment irréconciliables et, au milieu, un pan de la population qui veut croire, plus que jamais, que la paix est possible.

medium_bubble3.jpgEntre espoir
et désespoir

A l'instar de "L'Attentat", ce très beau roman de Yasmina Khadra, Eytan Fox réussit un film bouleversant en nous faisant partager le quotidien de gens ordinaires, confrontés dans leurs vies à des situations extrêmes. Plus qu'un journal télévisé, "The Bubble" nous offre une plongée en profondeur dans un pays rongé par des tensions dont la haine est trop souvent l'unique ressort. "Le film, à l'image de la vie à Tel Aviv, oscille en permanence entre espoir et désespoir", affirme Eytan Fox. Et tout le film est ainsi : tantôt drôle, tantôt tragique. Mais l'impression globale, quand on en sort, est celle d'un optimisme indéfectible.

05.09.2007

Cashback : la beauté en "mode pause"

medium_images.jpgLe premier long-métrage du jeune cinéaste anglais Sean Ellis, "Cashback", dont la sortie en DVD est programmée aujourd'hui, mercredi 5 septembre, est le prolongement d'un court-métrage éponyme qui a reçu, en 2004, le grand prix du Festival du Film court de Brest. Accessoirement, le court-métrage d'origine a aussi été en nomination aux Oscars. Avec de tels encouragements, pas surprenant non plus que le réalisateur ait choisi d'en tirer une version longue, pour notre plus grand bonheur...

Comédie romantique inspirée comme seuls savent en distiller les Britanniques, "Cashback" est assurément une réussite, drôle et émouvante à la fois. Les images sont somptueuses, les séquences rythmées et les acteurs ont trouvé le ton juste (belles impressions, notamment, du très prometteur Sean Biggerstaff ou d'Emilia Fox, estampillée nouvelle égérie du cinéma anglais). Pour ne rien gâcher à l'ensemble, la bande son est également très agréable.

medium_seanbigger.jpgDes personnages
hauts en couleur

Dans "Cashback", sorti en salles en janvier 2007, un étudiant aux Beaux-Arts, Ben Willis (interprété par Sean Biggerstaff) raconte la manière dont il s'est fait plaquer par sa petite amie, Suzy. Jusqu'ici, rien de très original, me direz-vous... Un peu de patience ! Devenu insomniaque, Ben se met à travailler de nuit au supermarché du coin, et c'est là que les choses se corsent un tantinet. Il y fait en effet la connaissance de quelques personnages hauts en couleur qui cultivent, chacun à sa manière, l'art de tromper l'ennui pendant leurs longues heures de travail.

medium_emilia_fox.jpgBen a élaboré quant à lui un stratagème qui lui est propre : son art consiste à imaginer qu'il suspend le temps, ce qui lui permet d'apprécier, "en mode pause", la beauté du monde et des êtres qui le peuplent. C'est ainsi qu'on le voit déambuler au milieu des allées du supermarché, déshabillant (pour de vrai !) les plus belles femmes qu'il y croise afin de leur croquer le portrait... Dans ce monde immobile où il aime parfois se réfugier, Ben finit par tomber sous le charme de Sharon, une discrète caissière qui faisait jusqu'ici office de tapisserie. Sharon, dont on découvre par petites touches la sensibilité et l'intelligence, une jolie fleur dont l'éclosion à retardement constitue le tournant du film...

Univers sensible et poétique
D'une drôlerie absolue, "Cashback" nous fait aussi pénétrer un univers sensible et poétique. Cette scène arrêtée où Ben et Sharon circulent au milieu des flocons de neige suspendus est notamment d'une grande beauté. Oui, vraiment, un film qui fait du bien et dont j'attendais avec impatience la sortie en DVD. Un conseil, achetez-le au plus vite. Et livrez-nous vos impressions ici-même !

En bonus, la bande annonce du film :



Plusieurs séquences du film sont aussi consultables en ligne sur le site de la Gaumont.

29.08.2007

L'étoile imaginaire : saisissant de réalisme

Ceux qui n'ont pas eu la chance de voir la somptueuse "Etoile imaginaire" du réalisateur italien Gianni Amelio, lors de sa sortie en salles, peuvent désormais se rattraper en se procurant le DVD. Une oeuvre magique et bouleversante. Un portrait saisissant et réaliste de la Chine contemporaine.


medium_l_étoile1.jpgRien ne va plus dans la vie de Vincenzo Bunoavolonta, responsable de la maintenance d'une usine italienne en faillite dont le haut-fourneau vient d'être vendu à une entreprise chinoise. Dans cet ancien antre de la sidérurgie, un silence lugubre a remplacé le vacarme assourdissant des machines. Seul Vincenzo (formidable Sergio Castellitto) est encore sur le pont. Il sait qu'une pièce du fourneau comporte une anomalie susceptible de provoquer un grave accident. Il veut donc s'en ouvrir à la délégation chinoise venue procéder au démontage de l'outil.

Chine insolente
Deux mondes s'affrontent ici : celui de la vieille Europe qui n'en peut plus de fermer ses usines pour cause de délocalisation et celui d'une Chine insolente au taux de croissance à deux chiffres. Vincenzo s'approche des Chinois en train de sabler le champagne, veut leur exposer le problème. La jeune traductrice du groupe se montrant incapable de retransmettre son message, il finit par lui arracher son dictionnaire des mains, la discréditant totalement vis-à-vis de ses supérieurs. La Chinoise perd son emploi par sa faute... Un détail qui n'en est pas un car cette jeune Chinoise (superbe Tai Ling) dont il a conservé le dictionnaire sera le seul point de chute du Don Quichotte italien lorsqu'il décidera de partir en Chine. Son but : remettre aux nouveaux propriétaires du fourneau une pièce métallique supposée éviter la catastrophe. Ou s'agit-il plutôt de redonner un sens à une existence qui s'en est trouvée soudain dépourvue ?

medium_l_étoile_2.jpgDésenchantement
Encore fallait-il que Lin Hua accepte le rôle d'interprète que Vincenzo souhaitait lui confier. D'emblée, elle lui oppose une fin de non recevoir. Comment osait-il se présenter devant elle, lui qui était responsable de son renvoi ? Dès son arrivée en Chine, l'ingénieur candide découvre un monde auquel il n'était absolument pas préparé. Il se bute, tel Sisyphe, à une multitude d'obstacles, le premier étant de retrouver l'usine où a été installé le haut-fourneau. Dans cette Chine en pleine révolution industrielle, le réalisateur dresse le portrait d'un pays en proie aux ravages de l'industrialisation exacerbée. Dans ce cadre oppressant où les moeurs, la langue, la nourriture même lui sont étrangers, le Cyrano italien se raccroche au moindre signe d'humanité qu'on veut bien lui témoigner. A cet égard, Lin Hua se montre exemplaire, acceptant de l'accompagner tout au long de son odyssée d'un bout à l'autre du fleuve Yang-Tsé.

medium_l_étoile3.jpgChine aux mille contrastes
Adapté d'un roman d'Ermanno Rea ("Démantèlement"), ce film au réalisme digne d'un documentaire nous entraîne sur les chemins de la Chine contemporaine, des bureaux luxueux des gratte-ciels de Shanghai jusqu'aux villes intérieures de Wuhan ou Chong-Qing.
Un pays aux mille contrastes et contradictions, où l'idéologie communiste continue de côtoyer un capitalisme des plus débridé, dont les excès sont autant visibles sur les populations (déplacées, par exemple, pour la construction d'une digue) que l'environnement. Un film dont on ressort bouleversé et qui mérite d'être vu, à l'orée d'une année où, jeux Olympiques obligent, la Chine sera vraisemblablement sur toutes les lèvres !



27.06.2007

Fragile(s) : somptueux film choral à la française

L'accueil réservé par le public au second long-métrage de Martin Valente, "Fragile(s)", sorti en salles le 20 juin, fait déjà contrepoids à certaines critiques peu amènes... Ce ne sera sans doute pas la première fois qu'un film parvient, en dépit de quelques recensions négatives, à trouver son public. C'est tout le mal qu'on souhaite à Martin Valente, jeune réalisateur plein de promesses, qui a su réunir un casting de premier choix pour ce film choral à la française...





19 h 56, lundi 25 juin. Une dizaine de cinéphiles patientent en silence à l'extérieur de la salle 22 du Liberté, à Brest. Dans un instant, celle-ci sera pleine comme un oeuf. Il est vrai que la fête du cinéma bat son plein et que les allées du multiplexe fourmillent de cinéphiles, toutes générations confondues. D'emblée, alors que les premières images de "Fragile(s)" emplissent l'écran, un frémissement est perceptible. A première vue, ce public-là sait ce qu'il est venu chercher... Et Martin Valente saura faire montre d'une indéniable créativité pour le tenir en haleine jusqu'à la fin.

Film "choral", à la manière du désormais classique "Magnolia", "Fragile(s)" réunit les préceptes de ce genre désormais très en vogue. D'abord présentés isolément, les personnages finissent donc par se croiser, mais pas forcément dans les conditions qu'on aurait imaginées... Entre chacun de ces protagonistes, se découvriront en effet des liens insoupçonnés...

medium_fragile_banniere.2.gifUne parabole
sur la fragilité de l'être

Divertissant à souhait, parfois extrêmement drôle (quelques "running gags" plutôt réjouissants), "Fragile(s)" n'en est pas moins une comédie dramatique en forme de parabole sur la fragilité de l'être et de l'existence. Tout ne tient bien sûr qu'à un fil, et le tisserand Valente manie l'aiguille avec dextérité. Tirant d'adroites ficelles, le réalisateur se révèle particulièrement convaincant.

Outre le casting de rêve (pour n'en citer qu'une poignée : Marie Gillain, Sarah Martins pour les filles ; Jean-Pierre Darroussin et François Berléand côté mecs), Fragile(s) mérite aussi qu'on s'attarde sur les quelques chansons qui ponctuent l'opus (An Pierle, entre autres), et la musique originale signée Denis Mériaux, qui épouse avec un certain bonheur les multiples rebondissements du film.


A voir d'urgence dans toutes les bonnes salles !