06 février 2010
« In the air », une histoire de solitudes sur fond de crise
Le dernier film du réalisateur canadien Jason Reitman, "Up in the air" (« In the air » pour les écrans français), est un pur chef d'œuvre. Avec cette comédie caustique bien de son temps, adaptée du roman de Walter Kirn, Reitman (déjà encensé pour son « Juno »), livre un grand film taillé sur mesure pour George Clooney, magnifique dans la peau d'un salaud en col blanc qui n'arrive jamais cependant à se rendre totalement antipathique. L’opus fait l’objet de huit nominations pour les Oscars.

Ryan Bingham fréquente davantage les halls d'aérogare que son minuscule et ennuyeux deux-pièces. 322 jours par an, il vole d'un état à l'autre pour effectuer le sale boulot que rechignent à faire les entreprises frappées par la crise : licencier. De cette vie dominée par le voyage, l'Américain retire – cultive – une philosophie du détachement ( tant matériel que relationnel) qu'il professe à l'occasion de séminaires très courus.
Les certitudes de Ryan sont toutefois mises à mal par l'intrusion dans sa vie de deux personnages féminins hauts en couleur.
Il s’amourache en effet d’Alex, (la délicieuse Vera Farmiga), qui mène – du moins en apparence, comme le spectateur l’apprendra plus tard – une existence en tout point comparable à la sienne, et en qui il voit son doppelganger, son double véritable, avec lequel se noue rapidement une complicité entrant en contradiction totale avec ses convictions de célibataire endurci.
Des licenciements par écran interposé
L’autre trublion de service dans l’existence rangée de Ryan, c’est une jeune bardée de diplômes (interprétée avec brio par Anna Kendrick) qui débarque au sein de sa compagnie avec des idées appelées à révolutionner les pratiques. Au lieu d’envoyer les agents d’un bout à l’autre du pays, pourquoi ne pas organiser les entretiens de licenciement par écran (et webcam) interposé ?
Pour Ryan, dont l’objectif avoué est de cumuler le plus de miles aériens possible, le fait d’être promis à une existence sédentaire n’est évidemment pas imaginable. Il va donc tenter de démontrer à la jeune diplômée que le licenciement ne peut s’effectuer que lors de face à face en règle.
Le joli coup de Jason Reitman, c’est d’avoir choisi le chéri de ces dames, George Clooney, pour incarner ce type a priori répugnant s’enrichissant du malheur des autres, parangon d’un capitalisme sans foi ni loi. Le réalisateur se garde bien cependant de tomber dans la caricature. Ce personnage un brin cynique se fait parfois extrêmement touchant. Surtout lorsqu’il réalise à quel point son existence de solitaire égoïste l’a coupé de sa propre famille.
Des dialogues mordants donnent à cette subtile comédie une causticité remarquable qui font du film une prodigieuse satire sociale, même si Reitman se défend bien d’avoir eu cette intention. Dans le Figaro, il disait notamment avoir plutôt cherché à bâtir « une histoire de solitude et de relations humaines. On a perdu tout sens du lien, alors qu’on passe sa vie à être connecté », affirmait-il. En cela, et dans sa succession vertigineuse d’images d’aéroports, le film me rappelle parfois le fameux « Lost in translation » de Sofia Coppola.
La bande annonce du film :
13:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : george clooney, in the air, jason reitman, canada, vera farmiga |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
10 février 2009
"Yes Man" : du sur-mesure pour Jim Carrey
Dans cette adaptation du roman de Danny Wallace, le réalisateur Peyton Reed a trouvé en Jim Carrey l'interprète idéal pour incarner Carl Allen, pauvre bougre un peu en déroute et broyant du noir qui va voir sa vie transformée dès lors qu'il commencera à dire oui à tout.
Les mimiques de Jim Carrey m'ont toujours un peu ennuyé. Avec sa dentition et sa trombine à la Jerry Lewis, j'ai longtemps pensé qu'il n'en était qu'une caricature, ou tout au plus un succédané. Je suis aujourd'hui persuadé d'avoir eu tort. Je crois que c'est sa prestation dans l'excellent "The Truman Show" qui m'a convaincu que cet homme était bourré de talent. La projection de "Yes Man" n'a fait que le confirmer.
Dans cette comédie déjantée, l'acteur canadien interprète un type qui a renoncé à la vie. Depuis sa séparation avec son ex, Carl Allen vit replié sur lui-même et n'est plus à proprement parler fréquentable. Il décline systématiquement toute invitation et va même jusqu'à oublier la soirée de fiançailles de son meilleur ami.
Le "oui" en toute circonstanceSa métamorphose viendra de sa participation à un cours de développement personnel (l'un des moments les plus hilarants du film) où il lui est fortement suggéré d'abandonner le "non". Désormais, il lui faudra dire oui en toute circonstance, ce qui le conduira, comme on peut s'en douter, dans les situations les plus improbables mais d'une cocasserie redoutable. Ici, Carrey n'en fait pas trop avec sa bouche. L'ensemble est finement joué, et la très séduisante Zooey Deschanel complète agréablement le casting. Cette dernière, fille de la comédienne Mary Jo Deschanel (Twin Peaks), était récemment à l'affiche de "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford". Dans "Yes Man", elle incarne une jeune femme un peu fantasque et imprévisible qui entraînera Carl le timoré dans des situations tout-à-fait rocambolesques. Une réussite d'un bout à l'autre.
13:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : yes man, cinéma, jim carrey, zooey deschanel |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
14 novembre 2008
Séraphine Louis, la peinture jusqu'à la folie
Malgré un budget serré, le dernier long-métrage de Martin Provost, "Séraphine", est en train de réaliser un fort joli parcours dans les salles obscures, aussi bien en France qu'à l'étranger. Le réalisateur était de passage au cinéma Le Bretagne, à Saint-Renan, mercredi, pour présenter son film. Un joli cadeau pour cette salle de cinéma associative qui l'avait déjà reçu au tout début de sa carrière de cinéaste et qui célèbre, cette semaine, son dixième anniversaire.
Martin Provost ne semble toujours pas lui-même en revenir. Le succès de "Séraphine" le dépasserait presque. Alors que son précédent film, sur lequel il travaillait depuis deux ans, n'avait pu aboutir, faute de financement, voilà qu'il tombe, un peu par hasard, sur l'histoire de Séraphine Louis, aussi appelée Séraphine de Senlis, dont il n'avait jamais jusqu'ici entendu parler. D'emblée, il perçoit ce qu'il pourrait en tirer d'un point de vue cinématographique. Il est vrai que le parcours de Séraphine, cette femme de ménage habitée par sa passion pour la peinture, ne manque pas de sel. Découverte par le critique et marchand d'art allemand Wilhelm Uhde (déjà découvreur, entre autres, du Douanier Rousseau), qui résidait dans l'une des maisons bourgeoises de Senlis où elle effectuait le ménage, le talent de cette géniale autodidacte finira en effet par être reconnu dans le monde entier.
Yolande Moreau n'a pas hésitéS'appuyant sur les quelques biographies disponibles sur la peintre naïve née en 1864, et sur les journaux intimes tenus par Wilhelm Uhde, Martin Provost restitue minutieusement l'existence de celle qui finit par sombrer dans la folie et qui fut d'ailleurs internée à l'hôpital psychiatrique de Clermont à partir de 1932. Pour interpréter Séraphine, il a immédiatement songé à la comédienne belge Yolande Moreau, révélée dans "Sans toit ni loi" d'Agnès Varda ou les Deschiens (ce fut aussi la concierge d'Amélie Poulain). "Il se trouve que Yolande vit aussi près de Vernon, à trois kilomètres de chez moi", raconte Martin Provost; "je suis allé lui lire l'histoire de Séraphine. Je lui ai apporté tout ce que j'avais collecté. Je me souviens que nous étions assis dans son jardin. Elle a tout de suite été fascinée par cette histoire et n'a pas hésité un instant. Et le plus drôle, c'est que lorsque je lui ai montré des vieilles photos de Séraphine, elle s'est écriée : "Ce n'est pas flatteur, mais c'est tout à fait moi". Il est vrai que la ressemblance avec Séraphine était frappante !".
Le Vexin luxuriantTouchante et troublante d'un bout à l'autre, Yolande Moreau incarne le personnage avec une infinie justesse. Bonne à tout faire le jour, Séraphine passait toutes ses nuits, comme habitée, à peindre à la bougie, inlassablement. N'ayant jamais reçu le moindre enseignement, elle avait appris à fabriquer, à partir d'ingrédients naturels, les couleurs vives dont elle se servirait pour peindre fleurs et fruits comme jamais personne n'avait osé le faire, mis à part peut-être Van Gogh. Tourné à Senlis et dans la campagne luxuriante du Vexin normand, le film a la beauté lustrée d'un film de James Ivory, avec ses tableaux d'époque somptueux, à l'image de cette splendide scène au lavoir, un régal.
Une exposition au musée MaillolLe succès du film a un autre corollaire. Le musée Maillol, à Paris, où sont exposées certaines des plus belles oeuvres de Séraphine, ne désemplit plus. Une exposition lui est consacrée jusqu'au 5 janvier 2009. "Il faut les avoir devant soi pour réaliser toute la puissance de ces toiles", lance Martin Provost, en qui Séraphine a trouvé, comme avec Wilhelm Uhde autrefois, un avocat particulièrement convaincant.
MISE A JOUR LE 1ER MARS 2009 :
Consécration ce week-end, à la 34è cérémonie des Césars, pour Séraphine et Martin Provost, qui obtiennent sept prix au total : meilleur film, meilleure actrice (Yolande Moreau), scénario original, musique, photo, décors, costumes. Le film a réalisé un total de 500.000 entrées depuis octobre. Bonne nouvelle, l'expo sur Séraphine Louis au musée Maillol à Paris a été prolongée jusqu'au 30 mars 2009 !
La bande annonce du film de Martin Provost :
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site officiel du film Séraphine.
Le site du musée Maillol.
01:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : séraphine louis, séraphine de senlis, art naïf, martin provost, vernon, yolande moreau, saint-renan |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
05 octobre 2008
Appaloosa : pas de révolution au Far West
Bien que de facture très classique, Appaloosa, sorti en salles le 1er octobre, se laisse regarder sans déplaisir. Ce bon western réalisé par Ed Harris n'omet aucun des ingrédients traditionnels du genre, mais réserve finalement assez peu de surprises. Heureusement, un casting impeccable et les paysages somptueux du Nouveau-Mexique font oublier un scénario quand même un peu cousu de fil blanc...
S'il n'arrive peut-être pas à la cheville de certains westerns mythiques, le deuxième film réalisé par l'acteur Ed Harris fera sans aucun doute passer un très bon moment aux amateurs. On songe inévitablement à "Rio Bravo", de Howard Hawks, avec John Wayne ou encore à "L'homme de la plaine" d'Anthony Mann, avec James Stewart. Côté BD, un parallèle peut aussi être fait avec "L'homme à l'étoile d'argent", l'une des premières aventures du lieutenant Blueberry. Dans chacune de ces oeuvres culte, les héros se voient en effet confier le nettoyage d'une ville gangrénée par des malfrats. A ce petit jeu, le duo formé par Virgil Cole (Ed Harris) et Everett Hitch (Viggo Mortensen) face à Bragg le méchant (Jeremy Irons) fonctionne admirablement. Car au-delà de la mission proprement dite, c'est avant toute chose d'amitié dont il est question ici, la dimension psychologique l'emportant très nettement sur l'histoire, qui ne sort jamais des sentiers (re)battus. Le duo Cole-Hitch survivra-t-il à l'arrivée inopinée de la belle Allison French (Renée Zellweger) qui s'attire rapidement la convoitise de tout ce que le petit village d'Appaloosa compte d'hommes ?
L'humour sauve le film
Là où Ed Harris se fait un brin imaginatif, c'est dans son usage de l'humour, même si ce filon a tout de même déjà été bien exploité par le western spaghetti. Harris n'hésite pas ainsi à briser un mythe - celui du sheriff inspirant le respect - en donnant à son propre personnage une véritable dimension comique. S'il est fine gachette et forcément respecté en tant que tel, Cole est en effet un être relativement fruste, borné, ne souffrant pas la contradiction et porté sur la bagarre lorsqu'il a trop forcé sur la bouteille. Un marshall qui éprouve aussi d'énormes difficultés à prononcer (et comprendre) les mots mesurant plus de deux syllabes...
Au total, un bon divertissement, mais sans doute pas le western du siècle. Pas un film qui révolutionne le genre en tout cas !
La bande annonce d'Appaloosa :
10:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : Appaloosa, western, Ed Harris, Viggo Mortensen, Jeremy Irons, Renée Zellweger, cinéma américain |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook















