19 mai 2009

Jipes Project : "Un premier disque à 50 ans, pas si mal !"

Jipes_cv.jpgChanteur et guitariste d'origine parisienne, Jipes a fait son trou à Mulhouse, au début des années 90, où il participe simultanément à plusieurs formations blues et soul de la scène alsacienne. Sa plus récente initiative, le Jipes Project, auquel s'est joint le saxophoniste Maxime Meichler, devrait aboutir cette année à l'enregistrement d'un premier disque. Rencontre avec un musicien passionné, blogueur à ses heures, avec qui nous revenons notamment sur un voyage en Louisiane qui l'aura marqué à jamais...

 

 

 

 

Titus - Jipes, c'est un pseudo ? Si oui, d'où vient-il ?

 

Jipes - Oui, c'est bien un pseudo ça vient de l'époque où je cotoyais Phil Hammel, harmoniciste talentueux, qui m'a surnommé ainsi, de Jean-Pierre, en anglais, se prononçant Jai-pi et alsaciannisé, c'est devenu Ji-pes...

 

Titus - Tu es basé à Mulhouse, en Alsace, depuis 1990. Pourquoi avoir choisi de t'y établir ?

 

Je m'y suis rendu pour travailler dans un institut international de recherche en Suisse.

 

Titus - Tes origines sont parisiennes. Si mes infos sont exactes, tu es né dans la capitale en 1959... Si je te demandais d'évoquer tes premiers souvenirs d'enfance, quels seraient-ils ?

 

Les pentes de la Butte Montmartre, les odeurs de baguette chaude, les petits commerces du XVIIIème arrondissement, le Sacré-Coeur et ses jardins où l'on jouait, les disques d'opéra que mes parents écoutaient, les émissions radio de Francis Blanche et Pierre Dac...

 

 

Jipes dans "Up in the morning blues" :

 

 

 Titus - Dans quel milieu as-tu grandi ?

 

Mon père était employé des Douanes et Maman était à la maison, milieu très modeste, petit appartement sombre avec les toilettes sur le palier. Maman faisait des enveloppes pour les vacances. Mais on était heureux en tous cas.

 

Titus - A quel moment la musique a-t-elle fait irruption dans ta vie ? T'en souviens-tu précisément ?

 

J'ai aimé  l'Opéra et l'Opérette que mes parents écoutaient mais c'est la guitare qui m'a appelé assez vite, notamment celle d'Alexandre Lagoya (j'adorais Asturias, d'Isaac Albéniz) mais aussi les Machucambos, un groupe folklorique.

 

Titus - La guitare fut-elle ton premier instrument ? Comment as-tu appris à en jouer ?

 

J'ai commencé, comme tous les gosses, par la flûte à bec; j'étais pas trop mauvais. J'ai eu ma première guitare vers 12 ans, plutôt un jouet en fait, que mes parents avaient acheté à la Samaritaine (je l'ai toujours d'ailleurs). Ma vraie première guitare, c'était une folk, vers 15ans et puis j'ai commencé en autodidacte avec deux frères malgaches, les frères Valli. Ensuite, le folk anglais m'a passionné avec Bert Jansch et John Renbourn. J'ai pris quelques cours avec Didier Large, dans l'arrière boutique de Quincampoix Musique, haut lieu du folk à cette époque. Ensuite, avec mon premier groupe de copains, j'ai pris des cours de guitare électrique avec Pierre Fanen, superbe pédagogue assez sévère mais qui nous a bien fait progresser (je regrette de ne pas avoir poursuivi d'ailleurs; j'étais fainéant).

 

Titus - Assez tôt, tu as cherché à jouer en groupe. Te souviens-tu de ces premières expériences en collectif ?

 

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Jipes (à gauche) et Mojo.

 

Un vrai bonheur ! On habitait Alfortville et on a fait nos premières armes au Foyer Jean-Macé, grâce à la complicité des animateurs et des bénévoles. On a commencé par faire des jams et puis notre premier groupe a vu le jour : Préface. J'écrivais tous les textes et la musique était une création commune, surtout Frank le guitariste. On a assez rapidement commencé à arpenter le circuit des MJC. On etait 5 musiciens et deux potes aux éclairages et à la sono. Ca a duré 2 ans on a enregistré une maquette trois titres chez Bob Mathieu. Puis le groupe s'est séparé malheureusement !

 

Titus - En 25 ans de carrière, tu as évolué au sein de très nombreux groupes : Highway 66, Blue Mood... Que retiens-tu de ces années et des musiciens que tu as côtoyés ?

 

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Highway 66.

 

Du bonheur, quelques galères et des rencontres humaines magnifiques. J'ai eu la chance de faire de belles premières parties, de "boeufer" avec d'excellents professionnels et de, surtout, prendre du plaisir a échanger sur scène !

 

Titus - L'une de tes grandes passions, c'est le blues. Est-ce vrai que tu as découvert cette musique dans le métro ? (Tao Ravao et Andy Forrest ?)

 

C'est exact, c'est ce qui m'a mis le pied à l'étrier du blues. C'était en 1980, peu avant que je monte mon premier groupe de potes. Entendre ces deux musiciens fut un instant magique et j'ai tout de suite aimé le blues. Je me suis ensuite précipité chez le marchand de disques (des 33T à l'époque) et j'ai commencé à acheter du Sony Terry, Little Walter et Sonny Boy Williamson ,car j'ai commencé le blues à l'harmonica. Ensuite, Pierre, mon pote, jouant également de l'harmo, j'ai basculé à la guitare !

 

Titus - Tu m'as déjà parlé de ton amour pour le jazz de la Nouvelle-Orléans. J'aimerais que tu nous parles de ton voyage là-bas...

 

C'est une expérience incroyable ! A peine arrivé là-bas, j'étais accueilli par mon ami, Phil Hammel, qui jouait à cette époque avec Bryan Lee. J'ai passé 10 jours à arpenter tous les clubs de la ville de New Orleans et découvrir l'énorme culture blues, jazz et zydéco de cette ville. J'y ai vu les Funky Meters, Anson Funderburgh et Sam Myers au Tipitina's, un sacré souvenir et puis Johnny Sansone au Vic's Kangaroo café. J'ai également vu les excellents Rebirth Brass Band au Maple Leaf, où tout le monde dansait dans une chaleur incroyable : un grand moment ! J'ai fait le boeuf avec des musiciens locaux un dimanche, lors d'une scène ouverte au Check point Charlie, un club laverie et billard très original; je me sentais très à l'aise grâce à leur accueil chaleureux.

 

Titus - Quel impact aura eu cette expérience sur ton propre parcours de musicien ?

 

Enorme, car depuis, mon amour pour cette musique m'a profondément influencé, notamment John Mooney, Dr John ou les Meters. En même temps, j'ai un peu mieux compris ce que signifiait vraiment cette musique aux USA par rapport à nous Européens, qui ne partageons pas la même culture !

 

Titus - N'as-tu jamais envisagé d'aller t'y installer, ne serait-ce qu'un temps ?

 

Si, mais hélas, charge de famille et dans un boulot qui me passionne, pas simple de tout lâcher pour aller là-bas. Peut-être que si ça m'était arrivé à 25 ans, les choses auraient été différentes ?

 

Titus - Tu écoutes énormément de blues, j'imagine ? Peux-tu nous donner quelques noms de musiciens qui comptent beaucoup à tes yeux ?

 

Plus autant qu'avant, car mon horizon musical s'est très largement diversifié mais cela reste une base pour moi. Mes préférés dans le blues sont John Mooney, Tab Benoit (louisianais pur jus) et bien sûr les grands anciens Magic Slim et Buddy Guy.

 

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Jipes (à gauche) et Mojo.

 

Titus - En Alsace, tu t'es fait un nom en tant que guitariste au sein de deux formations, Mojo et Soulmaniacs. Evoquons d'abord  le combo blues Mojo, si tu veux bien. A quand remonte la création du groupe ? Et qu'y fais-tu ?

 

Ca remonte à 1996; on s'est rencontrés lors d'une jam que j'organisais dans un café au centre-ville (le Café des Arts) et puis, petit à petit, on a décidé de se mettre ensemble (c'était mon premier groupe en trio). On a commencé à tourner dans le circuit des Caf conc. Je tiens la guitare et le chant, le groupe a donc maintenant 13 ans d'existence et plus de 250 concerts, dont des premières parties de Calvin Russell, Popa Chubby où JJ Milteau.

 

Titus - Parlons justement de ces premières parties assez prestigieuses. Cela a-t-il donné lieu à des rencontres ou boeufs mémorables ?

 

La première partie de JJ Milteau m'a permis de rencontrer Manu Galvin, que je connaissais de l'époque où il jouait dans un groupe qui s'appelait Hot'Cha. C'était très sympa de se rappeler le bon vieux temps ! Autrement, grâce à ce groupe et à Phil Hammel, j'ai également eu la chance de jouer avec Jon Mac Donald (qui joue désormais avec Magic Slim) pendant deux mini tournées en Suisse et Alsace. J'y ai appris énormément de choses sur le blues grâce à cette rencontre.

 

Titus - Par ailleurs, il y a donc les Soulmaniacs, autre groupe de covers auquel tu participes depuis 2002. Quel est le dénominateur commun de la dizaine de musiciens qui le composent ? La passion du rhythm'n'blues et de soul des années 60 et 70, j'imagine...

 

 

 

Exactement ! Partager le kif de jouer en grande formation (impossible à rentabiliser d'ailleurs) et remettre au goût du jour les standards d'Aretha Franklin, Otis Redding ou de Rufus Thomas.

 

Titus - On a parlé de tes talents de guitariste, mais peu du fait que tu étais également chanteur. Or, tu chantes aussi, et notamment avec les Soulmaniacs, en particulier sur les titres de Rufus Thomas et Otis Redding...

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Les Soulmaniacs, dimanche, à Amblans (Haute-Saône).

 

Soyons clair : reprendre Otis, c'est très difficile, vocalement je me sens plus proche de Rufus Thomas ou d'Eddie Bo, mais les standards d'Otis sont tellement merveilleux....

 

Titus - J'ai gardé le Jipes Project pour la fin, parce que c'est ton projet le plus récent et aussi parce qu'il s'agit du plus personnel... Quand as-tu décidé de jouer tes propres compos ?

 

C'est venu petit à petit, encore et toujours grâce à mon ami Phil Hammel, qui m'a initié à la MAO. J'ai commencé par enregistrer quelques idées en acoustique et puis je me suis pris au jeu et je suis tombé amoureux des guitares à résonateurs (Les National), surtout en devenant un inconditionnel de Chris Whitley. Mon amour du folk et de Kelly Joe Phelps m'ont également influencé de manière très importante.

 

Titus - Qu'est-ce qui différencie ton travail au sein du Jipes Project de tes collaborations précédentes ?

 

Tout se fait sur des guitares acoustiques, notamment les résonateurs; il m'a donc fallu dompter ces instruments et surtout apprivoiser les Open Tunings, dont je suis devenu très friand.

 

Titus - Maxime Meichler, saxophoniste des Soulmaniacs, t'a rejoint depuis peu pour ce projet... Le Jipes Project va-t-il continuer ainsi à s'étoffer de plusieurs autres collaborateurs ?

 

Je ne sais pas trop...  A priori, ce seront des collaborations ponctuelles car ce sont des compositions intimistes qui verront le jour sur disque; pour la scène, je verrai si je les défendrai de suite où pas.

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Concert avec le bluesman Jon Mc Donald à Mulhouse en 1993.

 

Titus - As-tu le projet d'endisquer à terme ?

 

Oui, l'objectif c'est d'entrer en studio à la fin de cette année et de sortir le disque en début d'année prochaîne Un premier disque à 50 ans, ça n'est pas si mal !).

 

Titus - Y-a-t-il des concerts en prévision ? Une tournée ?

 

Pour l'instant non. Il faut finaliser les titres et entrer en studio, on verra ensuite pour la scène . Entre temps, j'ai toujours des dates avec mes autres formations et ça me tient bien occupé (rires).

 

"Winter solitude", par le Jipes Project au Parterre, à Basel (Suisse) :

 

 

 

 

 

Titus - Comment arrives-tu justement à te partager entre ces différentes collaborations ? Arrives-tu aujourd'hui à vivre de la musique ou poursuis-tu d'autres activités parallèlement ?

 

Non, je suis un amateur éclairé (rires); j'ai un boulot passionnant, alors je prends du plaisir à jouer dans mes différentes formations !

 

Titus - D'autant que parallèlement, tu es aussi un blogueur très actif... En plus d'être un chroniqueur de CD pour les sites Jazzbreak et Docteur Blues, tu participes aussi au blog collaboratif "Le blog qui gratte". Peux-tu nous parler de ces différentes activités et de ce qu'elles t'apportent ?

 

Moi, je pars du principe que partager mes connaissances, aussi minimes soient-elles, est un bonheur; alors, je partage mes coups de coeur avec les internautes. Jazzbreak s'est malheureusement arrêté mais, avec mon blog perso, le BQG et Docteur Blues, j'ai pas mal de boulot, d'autant que je fais des vidéos pédagogiques de guitare pour les débutants !

 

Titus - Quelle place occupe aujourd'hui Internet dans ta vie ? Cela a-t-il généré des rencontres intéressantes sur le plan musical ?

 

Internet est un outil incroyable, on peut rencontrer des gens de tout horizons et de cultures différentes. Cela m'a permis de rencontrer des gens qui sont devenus des amis c'est un vrai "plus" !

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS

 

Le blog de Jipes

 

Le site MySpace de l'artiste.

 

Le blog qui gratte

 

Le site de Mojo

 

Le site des Soulmaniacs

Commentaires

Superbe interview : merci à toi Titus d'avoir la gentillesse de nous l'avoir transcrite et d'avoir eu la méga bonne idée d'interviewer ce Jipes internationalement connu ! Merci aussi à Jipes de ses réponses qui donnent encore plus envie d'écouter ses nouvelles créations musicales et l'encourager dans son rêve musical éclairé.

Des bises à vous deux

Écrit par : Laurenn | 20 mai 2009

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Bel interview, j'avais eu envie aussi de découvrir Jipes sur mon blog mais je crois que tout est dit.

Écrit par : darcy | 21 mai 2009

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Pareil, encore du bon travail, bon week-end !

Écrit par : denis_m | 23 mai 2009

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Belle interview de Jipes. Un mec décidément toujours aussi passionnant.

Bon vent...
Olivier

Écrit par : Olivier | 28 août 2009

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