16.03.2008

"Le passé devant soi" : raconter l'indicible

35817deb8f3e92996f00ce662b22e298.jpgGilbert Gatore avait entamé un journal intime au moment du génocide rwandais. Ce document lui a été confisqué à la frontière lorsqu'il a fui le pays, avec sa famille, en 1994. Depuis, il s'est évertué à en recoller les morceaux, une quête qui a finalement abouti à l'écriture d'un roman, seule manière, confiait-il au quotidien La Croix, "d'approcher une vérité impossible à dire". "Le passé devant soi", publié en janvier 2008 chez Phébus, est le premier tome d'une trilogie fort prometteuse intitulée "Figures de la vie impossible" .


Difficile de sortir indemne d'une telle lecture. Ce premier roman de Gilbert Gatore, né en 1981 au Rwanda et qui vit aujourd'hui à Paris, fera date, à n'en point douter. Car au-delà de son contexte, ce livre qui explore le tréfonds de la nature humaine a une portée en tout point universelle. D'ailleurs, l'auteur a l'habileté de ne jamais citer le nom du Rwanda. D'emblée, nous voilà prévenus : si l'action se déroule ici en terre africaine, on sent bien que le récit pourrait facilement être transposé sous d'autres cieux...

Deux récits superposés
Pour raconter l'indicible, Gilbert Gatore a eu la bonne idée de superposer deux récits. D'un côté, nous avons Niko le "muet", simple d'esprit qui a trop longtemps souffert de sa différence et de l'indifférence imposée par son père. Au début du récit, Niko a trouvé refuge dans une grotte, au milieu d'un groupe de singes. Depuis la fin des tueries, sa vie est un enfer. Trop de cadavres encombrent sa conscience. Un temps victime, Niko s'était en effet transformé en bourreau sanguinaire lorsque les massacres avaient commencé, s'ennivrant du pouvoir dont il se sentait soudain investi. Le benêt avait gagné le respect des autres en devenant un assassin.

82f125941e7f410d2f17d26abbc71add.jpgTravail sur la mémoire
Cette histoire de Niko nous est contée par Isaro, l'autre personnage principal du roman. Isaro, qui a été adoptée par un couple de Français qui vivait au Rwanda au moment du génocide, et à qui on a tout caché de son passé. Une curiosité insatiable la pousse vers sa terre natale. Elle y entreprend un travail sur la mémoire qui l'amènera à rencontrer à la fois victimes et bourreaux, une quête qui lui permettra d'en savoir plus sur son propre passé. Un livre bouleversant, qui laisse présager d'un bel avenir littéraire à un jeune auteur déjà lauréat du prix universitaire de la nouvelle.

Trackbacks

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Commentaires

C'est en effet un livre incroyable, rédigé omme un conte et c'est vrai: "on sent bien que le récit pourrait facilement être transposé sous d'autres cieux..."

Ecrit par : Tom | 17.03.2008

Ca a l'air terrible, je me rapelle encore de la terreur que j'avais ressenti en regardant "Hôtel Rwanda". pour moi qui suis un amoureux de l'Afrique je trouve ca tellement terrifiant de voir des voisins se transformer tout à coup en bêtes sauvages qui ne reconnaissent plus personne ni parent ni anciesn amis !

Je ne suis pas sûr de vouloir lire un tel roman....

Ecrit par : Jipes | 17.03.2008

Rien que le titre provoque une immense émotion en moi, comme s'il me parlait tant intérieurement..;-) Pas étonnant avec ce que je vis !

Merci à toi de cette découverte : encore tant de chouettes livres à lire et découvrir : crois-tu qu'on ait assez d'une vie pour tout lire ? Je ne crois pas, aussi, lisons ceux qui nous parlent ou nous correspondent le plus, non ?

Ecrit par : Laurenn | 18.03.2008

@ Jipes : je voudrais te rassurer, Gilbert Gatore n'a pas choisi une approche "gore", bien au contraire. Ce livre est à recommander absolument pour les questions qu'il éveille en chacun de nous ! Son message est complètement universel !

@ Laurenn : non, je ne crois pas qu'une vie suffira, hélas ! Il y a tant à voir, tant à lire, tant à écouter... Mon rêve serait, de temps à autre, de parvenir ici à convaincre de l'utilité de sortir des sentiers (re)battus par certains médias. Je me méfie des "buzz" et j'ai plutôt tendance à courir dans la direction opposée; c'est dans ma nature, et je me suis aperçu que cela permet parfois de faire de belles découvertes, des rencontres enrichissantes... L'hypermédiatisation de certains produits n'est hélas pas souvent synonyme de qualité. Qu'en penses-tu ?

Ecrit par : Titus | 18.03.2008

OK Titus bien noté !

Ecrit par : Jipes | 18.03.2008

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