Dans ce rêve en noir et blanc, j'étais haut perché sur un tabouret métallique placé au centre d'une grande pièce vide et froide. Devant moi, une antique machine à écrire était posée sur un guéridon en pin. Je ne peux dire précisément en quoi consistait mon activité, mais il semble qu'elle devait être liée à l'écriture. Qu'étais-je supposé écrire ? Je ne pourrais le dire, mais ce dont je me rappelle parfaitement, en revanche, c'est qu'à chaque fois que je me relisais, je découvrai les mots d'un(e) autre. Il n'y avait rien à faire... J'écrivais
"pluie", et je lisais
"soleil" ; j'écrivais
"soleil" et la machine, dans un crépitement désagréable, recrachait
"pluie". Mes tentatives répétées semblaient vaines.
Je décidai d'employer les grands moyens et fis mine de m'éloigner de quelques mètres... J'espérais ainsi surprendre la machine récalcitrante ou le mauvais esprit qui l'habitait. D'un seul élan, je me juchai précipitamment au sommet du tabouret pour écraser une à une les touches
J - E - - - S - U - I - S.
Miracle ! Ma ruse avait fonctionné. Mes lettres apparaissaient sur le papier telles que je les avais voulues... Je fis un bond de joie, tombant un instant de mon tabouret pour m'esclaffer. Dieu que la revanche était belle... Je riai à en perdre haleine, pointant du doigt la machine qui avait cru me faire perdre la tête...
Tandis que je retrouvais peu à peu mon calme, je remarquai soudain un cliquetis impromptu émanant de la machine... Celle-ci semblait soudain s'être emballée et jouait sa propre partition... La colère me gagna. J'arrachai d'un geste vif la feuille qui dépassait et m'apprêtai, du même élan, à froisser la page gâchée. Je ne sais ce qui me retint en cet instant : il fallait que je sache ce que la machine avait régurgité.
Dans leur ballet frénétique, les plombs avaient eu le temps d'imprimer dix lettres sur la page de lin tressé.
"UN IMBECILE".
Ces deux mots complétaient ma phrase restée inachevée.
JE SUIS UN IMBECILE
Et tandis que je relisais les mots, le crépitement reprit de plus belle. Même sans papier, les mêmes touches s'enfonçaient à l'infini :
U-N- - - -I-M-B-E-C-I-L-E... Les murs de la pièce, dont je n'avais peut-être pas assez souligné l'extraordinaire blancheur, furent soudain recouverts de ces mêmes inscriptions
IMBECILE IMBECILE IMBECILE
Les mots tapissaient les murs, le plafond; certains parvenaient à s'en détacher et virevoltaient dans la pièce, allant même jusqu'à s'enrouler autour de mon corps. Je tentai de les repousser à l'aide de mes mains, mais les lettres n'avaient aucune consistance. Je battais de l'air, donnant, pour le coup, l'image de l'imbécile que j'avais jusqu'ici tenté de refouler. Les mots se firent plus agressifs encore. Le
I se fraya un passage dans mon oreille gauche tandis que le
M me piquait la cervelle de ses aiguillons. Le
B s'offrit la narine gauche, le
E la droite. Le
C n'eut aucun effort à faire pour pénétrer dans l'oreille droite. Le reste des lettres s'engouffra dans ma bouche béante, égratignant ma langue au passage. L'oesophage me brûla. Une douleur vive à l'estomac. La machine reprit son crépitement. Les plombs martelaient le cylindre :
FIN.
Je m'étais endormi fatigué, je me suis réveillé schizophrène... avec une douleur à l'estomac en prime.
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Commentaires
me suis bien amusée Titus
très bien cette fiction, ou ce rêve, ou... cette
réel-lettrée machine. Fais-lui taper sur du paprier carbone, les Coronomatic en déteste le goût. (sourire)
Bin dis donc , faudra écrire des histoires plus souvent mister Titus.
Ecrit par : Nina louVe | 08.04.2007
Je suis d'accord avec Miss Nina Louve, tu écris remarquablement des morceaux de vie personnelle.
Pourquoi pas plus souvent ? pour notre plus grand bonheur ... !
J'avais déjà adoré et ris de ton rêve posté chez moi !
Et les petits dessins ? made by Titus also ?
Amour mon muzo chéri :)
Ecrit par : Cath | 08.04.2007
Petits dessins ? Tu fais allusion à mes affreux gribouillis ? ;0)
Ecrit par : Titus | 09.04.2007
Si,si un réel talent d'illustrateur... Pour enfants :-)
Ecrit par : denis_m | 09.04.2007
Merci Denis, le coup d'épée final !
Mais je ne vous en veux pas, c'est mérité !
Ecrit par : Titus | 09.04.2007
C'est quoi ce délire ?
Illustrateur pour enfants, les mecs font fortune avec un coup de crayon moins enlevé que le tien.
Ou bien illustrateur chez Charlie, mais là, c'est plus dangereux :)
Bon, Titus, tu crois que tu vas gagner le concours de Denis au fait ?
Bisous
Ecrit par : Cath | 10.04.2007
Cath, merci de prendre ma défense, mais j'ai bien peur que tu ne formules quelques regrets quand tu verras ma contribution au concours de Denis...
Mmmmh !
Pas sûr que j'ai grande chance de l'emporter avec ça, mais tant pis !
D'ailleurs, quand j'y pense, c'est ce soir que les dessins doivent être affichés sur le site de Denis, non ? Il faudra que je pense à afficher le mien sur mon blog dès ce soir. Trois heures avant minuit, c'est ce que dit le règlement...
Bonne chance à toi !
Ecrit par : Titus | 10.04.2007
Si j'avais osé lire les travaux de Freud (jamais fait car trop peur de me reconnaître dans certaines de ses malades;… quelle femme ne s'y reconnaîtrais pas?…), si j'avais donc lu Freud j'aurais sûrement trouvé une belle phrase qui dit en essence que nous rêvons toujours le contraire de ce que nous sommes. Alors demande à ta machine (joli dessin!) de bien voulu sortir du rêve et de taper: ce mec à un don d'écriture. Continue!
Ecrit par : ecaterina | 11.04.2007
tu m'as fait exploser de rire merci
Ecrit par : AnneCap | 11.04.2007
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