06.04.2007
L'intrigante promesse de Sorj Chalandon
Comment honorer et célébrer des amis disparus ? Comment rendre supportable leur absence ? Comment vivre le deuil et faire de celui-ci une étape utile vers l'apaisement, la reconstruction, voire la renaissance ? Dans "Une Promesse", Sorj Chalandon conte une fort belle histoire d'amitié et d'amour, de celles qui donnent du sens à la vie...
Telle une longue veillée funèbre... Pendant dix mois, faire comme si l'impensable n'avait pas eu lieu. Faire comme si Fauvette et Etienne n'avaient jamais quitté ce monde... Fidèles à leur serment, une demi-douzaine de leurs amis franchissent ainsi le seuil de Ker Ael, leur petite maison située à l'orée d'un petit village de Mayenne. D'emblée, l'atmosphère intrigue. Que peuvent bien vouloir, au fond, ces villageois qui, tour à tour, ouvrent les volets, aèrent les pièces de la maison, dressent la table, remontent la vieille horloge suisse ou s'assurent que la flamme de la veilleuse continue à luire ? Quel étrange secret peut-il expliquer cette fidélité extrême à deux êtres ? S'agit-il de retarder le deuil ou, au contraire, de le vivre pleinement pour amoindrir la souffrance liée à l'absence ?
Dix mois pour percer un terrible secret
Par petites touches, le romancier livre les clefs de l'énigme. Le lecteur perçoit peu à peu la relation unique qu'Etienne et Fauvette avaient tissée avec chacun de ces villageois. On comprend petit à petit le rôle que le couple de disparus a joué dans chacune de leurs existences et le fait qu'aucun d'entre eux n'ait rechigné à leur offrir ce dernier hommage... Mais ce n'est qu'à la toute fin que le lourd secret de la promesse est mis au jour. Lorsque les protagonistes décident de briser le serment qui les lie aux défunts. La veilleuse, objet rapporté de mer par le père d'Etienne, poura enfin s'éteindre et libérer les âmes des disparus...
Une narration rythmée
Haletant d'un bout à l'autre, ce deuxième roman (*) de Sorj Chalandon, récompensé en 2006 par le Prix Médicis, repose essentiellement sur les dialogues, des phrases courtes, incisives mais colorées qui contribuent dès les premières pages à distiller le sentiment de mystère. Cela m'a rappelé le savoureux roman de l'écrivain belge Armel Job, "Baigneuse nue sur un rocher" (2001), à la fois dans le style et dans la manière de tirer les ficelles d'une intrigue où se projettent les lourds secrets d'un village... Dans "Une Promesse", la ruralité sert de cadre à une histoire transposable à l'infini, une histoire dont l'universalité et l'humanité ne peuvent être bridées par aucune frontière.
(*) Après Le Petit Bonzi, publié en 2005.
11:40 Publié dans Le salon littéraire | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Une Promesse, Sorj Chalandon, Prix Médicis 2006, deuil






















Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://lemondedetitus.blogs.letelegramme.com/trackback/10194
Commentaires
Titus, ça a l'air trop chouette comme livre, un que je vais me mettre de côté, dès que je peux.
Encore merci de cette belle suggestion et grosses bises ;-)
Ecrit par : Laurenn | 06.04.2007
Bonjour Titus...
Abrazos desde Costa Rica con amor y luz.
Ecrit par : Julia | 06.04.2007
Très belle narration, cela donne vraiment envie.
Quant aux disparus, ils ne sont pas morts tant que quelqu'un entretient leur mémoire...
Bisous mon Titus wouaf !
Ecrit par : Cath | 07.04.2007
Ecrire un commentaire