03.04.2007
Dan Ar Braz : "La vieille Europe a encore des choses à dire"
Trois ans après "A toi et ceux", le musicien breton Dan Ar Braz nous revient avec un album de chansons, "Les perches du Nil", un opus mâtiné de couleurs africaines mais qui ne renie pas pour autant l'esprit celtique. C'est au téléphone, depuis le Canada, que nous avions interviewé le musicien quimpérois le 6 février 1996, alors qu'il surfait sur l'impressionnant succès de son Héritage des Celtes. Retour sur cette rencontre avec un guitariste qui fit ses classes aux côtés d'Alan Stivell et du groupe britannique Fairport Convention et fut classé, dès les années 1970, parmi les meilleurs guitaristes mondiaux par le Melody Maker, bible musicale internationale s'il en est.
Dan Ar Braz lors du concert "Bretagnes à Bercy", au côté d'Alan Stivell, comme aux belles heures des années 60-70.
Titus - Dan Ar Braz, nous voulions vous inviter pour cette première émission d'une série que nous inaugurons sur la musique celtique, parce que vous avez été l'instigateur de l'"Héritage des Celtes", un projet assez grandiose qui se traduisit par la réunion de musiciens de plusieurs pays celtiques, à la fois pour un spectacle et un album. J'aimerais vous demander de quoi est parti ce projet. Etait-ce l'aboutissement d'une idée que vous caressiez de longue date ?
Ecouter la réponse de Dan Ar Braz dans l'émission Calypso, sur CINN FM :
Dan Ar Braz - C'était un rêve collectif mais qui n'avait pas été partagé encore, parce que personne n'avait donné les moyens à sa réalisation. Il y a toujours eu ici, de Bretagne, un besoin très fort des gens d'aller vers les Irlandais et les Ecossais, qui sont nos cousins. La demande a toujours été très forte et ils ont de tous temps été bien reçus ici. De l'autre côté, on avait du mal, quant à nous, à faire passer notre musique, qui n'avait peut-être pas la même aura que la musique irlandaise ou écossaise. Et donc, un jour, au Festival de Cornouaille de Quimper, Jacques Bernard, le programmateur du festival, m'a demandé si on ne pouvait pas mettre en place une soirée qui ferait un peu le tour de la cour celtique. Il m'a donc confié la réalisation de cette soirée et on l'a mise en place en choisissant des musiques pour plaire à un public très large. Je voulais vraiment que ça plaise à tout le monde, pas à une chapelle. Nous l'avons réalisé en ne faisant aucune concession cependant.
Titus - Et quel accueil vous a réservé le public ?
Il se trouve que le succès a été énorme, a dépassé vraiment tout ce qu'on pouvait imaginer. Les 5.000 personnes qui étaient là nous ont fait vraiment une belle ovation. Beaucoup de gens avaient trouvé, dans ce qu'on avait fait, quelque chose qui leur ressemblait. On en est restés là dans un premier temps, mais la demande était tellement forte que le même Jacques Bernard a décidé de mouiller sa chemise et de produire l'album. Il a pris de très gros risques car ça n'était pas gagné d'avance et, par la suite, on s'est retrouvés en studio avec la même équipe, et Sony Musique nous a donné un coup de main. Le succès a continué et moi-même, j'en suis encore tout étonné des proportions que ça prend. Comme quoi on a dû toucher les gens de très près. On a surtout touché toutes les générations, aussi bien le petit gamin que la grand-mère qui achètent l'Héritage des Celtes. Et, pour moi, la plus belle réussite, c'est d'avoir pu fédérer les générations et que les gens se retrouvent entre eux et partagent tous ces aspects de la musique celtique.
Titus - Comment avez-vous fait pour choisir les musiciens et chanteurs, car on y retrouve une belle brochette de vedettes de la Celtie, qu'il s'agisse de la chanteuse écossaise de Capercaillie, Karen Matheson, de la Galloise Elaine Morgan, ou encore de l'Irlandais Donal Lunny, qui sont des légendes... Les avez-vous contactés un à un pour leur proposer le projet ?
Dans un premier temps, Donal Lunny m'a donné un sérieux coup de main du côté de l'Irlande, mais c'étaient des gens que je connaissais, que j'avais rencontrés. Donal Lunny, je le connaissais et le respectais depuis déjà très longtemps et je pense que lui me connaissait aussi un petit peu puisqu'on s'était croisés à la grande époque Stivell des années 70. Elaine Morgan, je la connaissais depuis quinze ans et j'espérais qu'un jour on puisse faire quelque chose ensemble.
Ecouter la réponse de Dan Ar Braz dans Calypso, sur CINN FM :
Je connaissais certains plus que d'autres, mais en tout cas on s'était rencontrés... Et ce sont des gens qui ont fait un peu le même choix que moi, qui sont restés chez eux. Donal à Dublin, les Capercaillie à Glasgow et nous ici en Bretagne. On a des routes assez similaires, parallèles en tout cas... Les années 80 ont été assez difficiles pour la musique celtique, en comparaison au gros succès des années 70, et on a tous continué, malgré tout, contre vents et marées. Donc on a un peu la même histoire. J'ai choisi ces gens parce qu'ils étaient bons musiciens, mais aussi parce que c'étaient des gens que j'aimais bien. Il n'y a aucune star dans l'Héritage des Celtes. C'est la musique elle-même qui était la star de la soirée. Personne n'a voulu jouer plus fort que les autres. Chacun s'est plié au service de la musique, et c'est surtout dans ce sens-là que j'avais choisi les gens; pour leurs qualités musicales mais humaines aussi.
Titus - Où s'est déroulé l'enregistrement de l'album de l'Héritage des Celtes ?
A Dublin, avec Brian Masterson et Donal Lunny, au studio Windmill Lane, qui est légendaire. Il y a l'âme du studio, en plus des qualités techniques... Et le fait que ça se fasse à Dublin, pour moi, c'était vraiment quelque chose d'extraordinaire. Le résultat, techniquement, est aussi réussi. Et il fallait, de toute façon, pour une telle entreprise, prendre quelque chose d'exceptionnel. On n'a pas malheureusement, ici, en Bretagne - j'espère qu'on les aura un jour ! - les moyens de mettre en place une telle structure. C'est pas encore possible.
Titus - L'album comprend une douzaine de chansons et d'instrumentaux. Est-ce que vous aviez préparé davantage de matériel pour le spectacle que pour l'album ?
Il y avait plus de matériel... En fait, j'ai toujours dit qu'on n'avait rien fait de très original. On a fait simplement la musique qu'on aime, comme on l'aime, on n'a pas fait de compromis, ni du rap ou du rock n' roll. On a fait la musique qu'on aime et c'est ça que je trouve formidable. En fait, ça revient au choix des musiciens dont on parlait tout à l'heure. Au-delà des modes et des courants, on a gardé le même chemin, et je crois que c'est tout simplement ça qui a fait le succès du spectacle. On est arrivé, il y a une expression que je trouve très belle en Bretagne, "propres sur nous". On n'a pas fait de maquillage, on n'a pas essayé d'embobiner le public. On a fait la fête. D'ailleurs, il y a une vidéo qui est sortie du spectacle et je crois que c'est ce qui a marqué les gens, c'est cet esprit de fête : on a beaucoup ri. Il y a eu des troisièmes mi-temps, comme on dit. Ca a été une histoire humaine absolument extraordinaire. Car il y avait bien sûr le spectacle, mais aussi l'après, et tout ce que ça a généré par la suite.
Titus - Pour ce spectacle, vous étiez plus de 70 sur scène, c'est quand même imposant !
C'est à dire qu'avec le bagad de Quimper, et le pipe band écossais, le Shotts Pipe Band, comme ils sont à eux seuls 25 ou 30, ça a fait monter le chiffre très rapidement. Mais c'est surtout la mise en place de tout ça qui n'était pas évidente, car comme toujours, on n'a jamais suffisamment de temps; on est toujours un petit peu pressés, et il a fallu marcher sur des oeufs très souvent. Cela génère aussi une certaine émotion. Quand quelque chose est trop répété, on cherche une forme de perfection, on élimine le côté "dangereux" de telles entreprises. J'ai réalisé après qu'on avait vraiment eu de la chance, parce que ce n'était pas gagné d'avance. Il y a eu beaucoup d'erreurs, mais elles étaient tellement insignifiantes par rapport à l'émotion qui était dégagée, autant par le public que par les musiciens, que tout ça a été balayé. La perfection, des fois, a ce défaut d'aplanir complètement toute l'émotion...
Titus - Malgré le nombre de musiciens, vous avez quand même réalisé une tournée assez importante...
Il y a eu une seule date en France, celle de Paris; les autres étaient en Bretagne. La tournée a été effectuée avec le bagad de Quimper. C'était plus simple, et rien que le bagad, à trente, ils font beaucoup de bruit... Comme j'ai l'habitude de dire, c'est le plus grand groupe de rock n'roll de Quimper, et on était donc cinquante sur scène et cent personnes en tout réparties dans trois bus pour la tournée. Comme les grandes tournées de rock n'roll, en somme...
Titus - Une caravane celte, en quelque sorte...
Exactement.
Titus - L'album s'ouvre sur "Borders of salt", une chanson interprétée par Elaine Morgan et dont vous avez écrit les paroles, la musique étant quant à elle traditionnelle. Pourriez-vous nous en dire deux mots ?
J'ai voulu écrire une chanson en hommage à la terre de Bretagne, en évitant surtout toute forme de nationalisme. Je voulais éviter de reconstruire des murs alors qu'on est en train de les faire tomber les uns après les autres. Ce côté frontière qu'on a dans l'imaginaire celte, qu'on a en nous, quelle que soit la langue qu'on parle. Moi, j'ai toujours eu des pays dans l'esprit, et ce que j'ai voulu dire, c'est que je veux la Bretagne. Je la rêve et je la veux, mais la seule frontière que j'imagine, c'est celle avec le rêve, c'est à dire la mer ; c'est cette frontière de sel qui est sur les plages de Bretagne. C'est cet horizon qu'on a en permanence devant nous. Qui pousse à nous demander : "est-ce qu'on part ou est-ce qu'on reste ?" Ce sont de vieux thèmes celtiques ! C'est un peu tout ça que j'ai voulu dire. Mais d'abord, c'était rendre un hommage à la Bretagne.
Titus - Lorsqu'on parcourt le livret qui accompagne l'album Héritage des Celtes, on découvre tout le coeur que vous avez mis dans la réalisation de cet opus. Tout d'abord, vous jouez pratiquement toutes les plages de guitare sur le disque, mais on vous retrouve aussi dans l'écriture de textes ou de compositions et dans les arrangements. Vous avez aussi assumé la direction musicale du projet. Quel souvenir gardez-vous de la direction de tous ces musiciens ?
Je me souviens surtout de l'avoir partagée avec Donal Lunny, qui a une expérience de producteur absolument considérable, dans la mesure où c'est lui qui a produit quasiment tout ce qui sort d'Irlande depuis Moving Hearts ou Planxty. C'est un homme qui a été dans toutes les aventures musicales irlandaises. Donc, je me sentais plutôt le lieutenant de Donal, qui a vraiment plus d'expérience. J'ai produit beaucoup de disques moi-même, mais c'était pour moi, dans des petites équipes, avec trois-quatre musiciens. Là, c'était un projet qui n'était pas évident pour moi. Donc j'étais bien entouré : entre Brian Masterson, l'ingénieur, et Donal Lunny, ça a été un vrai plaisir. Et ça a été un plaisir partagé parce que c'est vrai que ce n'est pas toujours évident quand deux personnes décident, mais Donal a ces qualités humaines qui font que ça s'est très bien mis en place. De passer, en plus, un mois et demi à Dublin, je me suis senti un peu comme un "Dubliner", et ça c'était une expérience formidable. Je retiens toujours les à-côtés; je suis très sensible à toutes ces choses-là, les lieux, les villes, les gens... Quand on a fait le disque, on avait fait un beau spectacle à Quimper, mais certains auraient pu dire que ce n'était pas suffisant, sur un seul spectacle, de prendre de tels risques. Je ne veux pas parler finances, mais l'enregistrement de l'album a coûté très cher, et je tire mon chapeau aux gens de la production qui ont su prendre des risques. Nous sommes, au final, bien récompensés, mais ça n'était pas gagné d'avance ! Au moment de l'enregistrement, j'en étais toujours à me demander ce qui se passait, et où ça allait nous, et me mener... Mais j'étais loin d'imaginer que ça allait nous conduire au succès qu'on a atteint...
Titus - Pour ce projet, vous avez travaillé avec des Ecossais, des Gallois, des Irlandais... Est-ce qu'une symbiose particulière se dégageait entre vous ? Un esprit de famille ?
Il y avait une découverte de la part de Donal Lunny et des Irlandais ; ils ne connaissaient pas tellement bien la musique bretonne. Bien sûr, ils se rappelaient de Stivell, dans les années 70, mais Yann Fanch Kemener et Gilles Servat, ils ne connaissaient pas... Depuis, Gilles Servat a enregistré un disque à Dublin, produit par Donal Lunny et avec des musiciens irlandais. Ca a généré ce genre de choses ! Je pense que, sans l'Héritage des Celtes, Donal Lunny n'aurait jamais eu connaissance du talent de Gilles, de Yann Fanch Kemener ou du Bagad Kemper. Ils étaient sidérés de voir ces choses qui leur avaient un peu échappé. On avait réussi à leur faire comprendre qu'on existait aussi et qu'on avait envie qu'ils nous aident un peu, parce qu'ils ont une aura dans le monde entier que la musique bretonne n'aura peut-être jamais ! Il y a environ 40 millions d'Irlandais aux Etats-Unis, donc on est petits Bretons et il faut qu'on accepte ça. J'ai toujours été très frustré de voir que l'Irlandais ou l'Ecossais moyen connaissait mal la Bretagne. Donc, dans ce sens-là, on a réussi puisque déjà, les réalisateurs du projet, l'ingénieur du son et les musiciens, ont découvert quelque chose qu'ils ignoraient...
Titus - Aujourd'hui, les peuples celtiques parlent plusieurs langues, qu'il s'agisse du gaélique d'Ecosse ou d'Irlande, du breton, du gallois, etc. Ce sont des langues que l'on retrouve justement sur votre album. Une chanson en particulier, "Language of the Gaels", exprime plutôt bien le sentiment de ceux qu'ils veulent raviver ces langues très anciennes. Quel est votre avis sur l'avenir de ces langues celtiques, et notamment du breton ?
A mon avis, le sort du breton est dans les mains de la Bretagne. Je pense que quand la grand majorité des Bretons diront simplement oui au fait que cette langue soit parlée. Rien que ça, ça serait une grande victoire, parce qu'après chacun fait comme il veut... Le plus important, c'est ce qu'on dit. Il y a des gens qui parlent toutes les langues du monde mais qui n'ont rien à dire. Je pense que lorsqu'on a quelque chose à dire, on le dit d'une façon ou d'une autre ! Je pense que le gouvernement français réagira vraiment quand il y aura une demande très forte de la part des gens. Quand tout le monde dira : "Bon, moi, personnellement, je ne parle pas breton mais je suis pour le fait qu'on enseigne le breton". Ca, pour moi, c'est le truc le plus important.
Ecouter la réponse de Dan Ar Braz dans l'émission Calypso, sur CINN FM :
Car il y a des gens qui se battent et qui ont toujours été un peu isolés. Ils ont construit les écoles Diwan, ça va de mieux en mieux; il y a de plus en plus d'écoles mais ils ont beaucoup de difficultés. Je trouve que le gouvernement français, qui se plaint parce qu'il voit quelques mots d'anglais qui viennent lui chatouiller un peu les pieds, devrait se souvenir que lui-même a tué la langue bretonne dans l'oeuf. Et je trouve qu'il serait temps de rattrapper le mal qui a été fait ! Voilà ma position à moi. Je suis sûr que beaucoup de gens partagent cet avis. Je veux bien que le gouvernement français se batte pour la langue française, mais il ne faut pas oublier la façon absolument machiavélique dont ils ont tué la langue bretonne. Ca me met très en colère. Mon point de vue, c'est qu'il y a des gens qui se battent pour la langue.
Ca va un peu mieux aujourd'hui. Il y a eu une période, dans les années 80, où il y avait peut-être de quoi être inquiet. Je trouve qu'avec le mouvement qui a repris depuis deux ans, je suis assez optimiste, mais ça ne sera pas facile. C'est aussi cette idée de l'Héritage des Celtes : d'arrêter la mondialisation, de tout aplanir, américaniser... J'ai beaucoup été sur le continent américain; j'ai appris beaucoup sur les choses là-bas et les gens, mais j'ai appris aussi qu'on existait ici et que la vieille Europe, elle avait encore des choses à dire ! Et qu'il y a des valeurs pour lesquelles il faut qu'on se batte ! Et c'est dans ce sens-là que je me bats. Mais je sais effectivement qu'importe la langue, quand on a une idée et qu'on la défend, on peut la défendre avec n'importe quelle langue... Ceci dit, pour faire le tour des langues celtiques, je suis peut-être mal placé pour en parler d'une manière précise, mais je sais que les Gallois se battent vraiment très fort. Les Gallois et les Bretons, en fait, je pense que ce sont eux qui se battent le plus fort !
Titus - L'Héritage des Celtes a-t-il eu un impact de ce point de vue ?
Quand on a fait le spectacle, ici à Quimper, il y a des gens qui sont venus qui n'auraient jamais eu idée d'aller voir un bagad, des gens qui n'auraient jamais eu idée d'aller écouter un chanteur de gwerz bretonne... Il y a des gens qui sont sortis de là et qui ont été séduits. Je crois que l'essentiel est là : il faut fédérer les gens. La Bretagne se perd beaucoup en querelles internes entre les gens. C'est bien qu'il y ait des avis différents : ça génère des idées nouvelles, mais il faut savoir aussi travailler ensemble, et c'est dans cette mesure que les langues celtiques vont survivre ! Il y a des gens qui le font pour le cinéma, d'autres pour les chansons ou pour l'écriture. Il y a différents foyers d'action, mais peut-être qu'ils sont un peu dispersés, et ils n'ont pas l'adhésion du grand public. Il y a plein de gens en Bretagne qui sont bien ici, avec la langue française ou une autre langue. Ce sont peut-être ces gens-là qu'il faudrait motiver ; qu'ils prennent, comme je disais plus tôt, une position en faveur de l'enseignement du breton. A mon avis, ce serait la porte de sortie de tous les problèmes que traversent ces langues...
Titus - Les langues celtiques sont-elles vouées, à terme, à disparaître, à votre avis ?
C'est difficile à dire. Le monde évolue tant. Au-delà de la langue, il y a des urgences humaines, il y a tellement de choses à changer en nous-mêmes avant tout... Je ne dirais pas que le monde celtique est secondaire, mais c'est plutôt la race humaine qui devra revoir certains comportements. Dans un avenir assez proche, moi, je suis assez optimiste. Il y a beaucoup de choses qui se passent et qui sont vraiment très fortes. Mais dans un avenir très lointain, c'est beaucoup plus difficile de se projeter.
Titus - Du côté de la musique celtique, un souffle de renouveau est perceptible depuis quelques années... L'Héritage des Celtes a participé à cette renaissance, non ?
Oui et non. Moi, quand j'ai commencé à jouer de la musique dans les années 60, Paul McCartney n'était pas écossais pour rien. Tous les gens que j'aimais, John Martin, Donovan, Rod Stewart, Van Morrison, Rory Gallagher, c'étaient tous des Ecossais ou des Irlandais. La musique celtique a toujours été là. Dernièrement, j'ai fait une émission de télé où j'avais joué différents morceaux pour arriver à Borders of salt. J'avais pris "The wild mountain time", "Norwegian wood" et quelques autres... Les mêmes racines étaien là. Il suffisait de le dire et de le signifier, et j'ai essayé de me battre pour ça. C'était d'autant plus difficile étant écrasé par la culture française ; il était difficile de revendiquer ça... Et pourtant, c'était là ! On n'a rien inventé; on a fait seulement que reprendre des choses en lesquelles on croit au-delà des modes. C'est vrai qu'il y a eu un déclic, qu'il se passe quelque chose de très fort, mais pour moi, je fais la même musique que ce que je jouais dans les années 60. J'ai eu le privilège de rencontrer Alan Stivell, qui m'a permis de découvrir mes propres racines. Il m'a fait comprendre que la musique que j'aimais dans les années 60, si je l'aimais c'était parce que j'avais des affinités avec cette musique sans savoir pourquoi. Après, dans les années 70, j'ai compris toutes ces relations qu'il y avait entre ces musiciens et leur imaginaire, qui correspondait un petit peu au mien. Pour moi, c'est une vieille histoire, mais il faut parfois savoir attendre pour trouver l'adhésion d'un public.
Titus - Est-ce que vous vous souvenez de la première fois que vous avez touché un instrument de musique ? Et s'agissait-il d'une guitare ?
Il y avait une guitare à la maison. Mon père jouait un peu de Tino Rossi à l'époque. J'ai eu une guitare dans l'environnement familial, mais c'est vers l'âge de 14 ans, au moment du rock n'roll, dans les années 60, que j'ai eu envie de jouer avec des copains et seul, car j'étais un grand fan de Donovan ou Paul Simon avant qu'il ne chante avec Garfunkel. J'aimais bien ces guitaristes solistes qu'on appelait folk.
Titus - Il serait difficile d'essayer de résumer une carrière aussi prolifique que la vôtre, mais si on voulait faire un tour d'horizon rapide, quel a été le déclic dans votre cas ?
Les années 60, c'était la découverte du rock n'roll. J'ai commencé à jouer dans des groupes de rock, ici, et quand j'ai rencontré Stivell, à la fin des années 60, ça a été le déclic. Je me suis rendu compte que la musique que j'aimais, le celtisme, était là dans cet environnement. J'ai passé une bonne dizaine d'années au côté d'Alan Stivell, et après, la musique celtique est passée de mode. Quand quelque chose devient une mode, par définition, c'est appelé à disparaître. C'est le risque ! A la fin des années 70, j'ai quitté Alan et j'ai commencé une carrière de soliste qui a été difficile au début parce qu'en fait, j'aurais préféré rester avec Alan, mais ce n'était pas possible. Donc, j'ai été un peu lancé sur les routes à travers le monde, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Ecosse notamment. J'ai passé des années plus difficiles. Je suis resté en Bretagne; j'ai fait la musique que j'aimais. J'ai produit une dizaine de disques à cette époque. Je n'en vendais pas beaucoup mais suffisamment pour vivre. J'avais surtout cette force, cette liberté, quelque chose qui compte beaucoup pour moi. Et dans les années 90, les choses ont pris peu à peu le chemin de ce qu'on retrouve aujourd'hui. Surtout la rencontre avec un producteur, Jacques Bernard, qui m'a permis de réaliser tous ces rêves.
Titus - Le succès de l'Héritage des Celtes vous a-t-il permis de conserver cette liberté à laquelle vous êtes si attaché ?
C'est une aventure à laquelle j'ai encore du mal à croire. Une aventure qui se déroule et où je suis aussi spectateur. Parce qu'en fait, ça ne change rien dans ma vie ou dans ma vision des choses. Ca me donne bien sûr un confort de vie, mais ça n'a rien changé fondamentalement. J'ai gardé ma liberté, ma musique, mes choix de vie. Et le show business, même si je travaille avec une grosse maison de disques, Columbia, chez Sony, les rapports sont très cordiaux et tout se passe très bien. J'ai aussi le sens de l'éphémère; je ne rêve pas ! Mais en tout cas, ce que l'on vit maintenant, au niveau de l'expérience, est quelque chose d'extraordinaire !
Titus - Au fil de votre carrière, vous avez côtoyé de nombreux musiciens. On en a déjà cité quelques-uns, notamment Rory Gallagher ? Quel souvenir gardez-vous de toutes ces rencontres musicales ?
Rien n'est à négliger. Je dis toujours que je suis un homme du quotidien. J'aime bien vivre ici en Bretagne. Je ne suis pas un artiste au sens "saltimbanque". Je serais plutôt casanier; j'aime travailler à la maison, y écrire de la musique. Je puise mon inspiration dans toutes les rencontres, mais pas forcément avec les musiciens. Rory Gallagher, je l'aimais surtout pour l'homme. C'était quelqu'un de bien ! Je puise beaucoup d'inspiration dans les choix que font les gens. Malheureusement, il n'est plus de ce monde, mais c'était un type qui ne faisait pas de simagrées. Il y avait juste la musique qu'il aime et il faisait ça avec son coeur. C'est comme ça que je fais les choses. Je considère qu'on a tous besoin les uns des autres. Je dis toujours qu'il y a le boulanger qui fait du pain, le garagiste qui répare les voitures et le musicien qui fait de la musique. Toutes les rencontres que j'ai pu faire ont été très fortes, et je suis certain que l'inspiration musicale me vient parfois de choses qui ne sont pas forcément, a priori, proches de la musique.
Titus - Qu'en est-il de votre projet d'aller en studio avec la Canadienne Loreena McKennitt ?
C'est fait. Elle a travaillé avec beaucoup de musiciens dans le studio de Peter Gabriel en Angleterre, et elle en a sorti un CD avec des chants de Noël. Donc, j'ai travaillé avec elle. C'était un grand privilège. On est resté une petite journée, c'était vraiment une belle expérience. C'est tellement bien ce que fait Loreena, ça coule de source. Par ailleurs, j'ai eu la chance d'aller plusieurs fois au Canada, surtout du côté anglophone, curieusement. Vancouver, Edmunton, Winnipeg. Tous ces festivals-là, je les ai faits.
Ecouter la bande annonce enregistrée par Dan Ar Braz pour Calypso :
Quelques dates à noter dans vos calepins : Dan Ar Braz sera en concert le 2 juin au stade de Rennes pour la Nuit Interceltique; le 6 juillet à Albi (Tarn), le 5 août à Paimpol (Bretagne) pour la Fête du chant de marin, le 10 août à Crozon (Bretagne) pour le Festival du Bout du Monde et le 17 août à Lorient pour le Festival Interceltique.
Lire aussi l'interview publiée dans le supplément Sorties du Télégramme du 28 mars, dans laquelle le guitariste évoque largement la genèse de son plus récent album.
15:20 Publié dans Rencontres bretonnes | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Musique bretonne, musique celtique, bagad de Quimper, pipe band, Dan Ar Braz, Héritage des Celtes, Les perches du Nil





















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Commentaires
Merci d'avoir voyagé sur mon blog, Titus.
La magnifique bannière qui l'illustre désormais est l'oeuvre de notre talentueuse amie Cath à partir des superbes photographies d'Eric Besnier.
A bientôt,
Christine
Ecrit par : Christine Lecomte | 05.04.2007
Alors comme ça tu es sur Brest ? ,
mes deux Vahinés aussi (mariées marins) et je viens les voir souvent -
un blogapéro un de ces jours ?
je t'aperçois souvent chez mes potes Polynésiens !!
aujourd'hui je découvre enfin ton blog !
Ecrit par : Melly | 04.10.2008
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