28.03.2007
Shan Sa : le mythe à la rencontre de l'Histoire
Avant de s'illustrer dans le monde des lettres françaises, on ignore parfois que Shan Sa fut aussi une poète de langue chinoise, primée dans son pays d'origine dès l'âge de 12 ans. Peu importe la langue dans laquelle elle choisit aujourd'hui de s'exprimer, la poésie l'habite toujours. Son dernier roman, "Alexandre et Alestria", qui combine éléments historiques et fantastiques, en est un merveilleux exemple.
Née à Pékin en 1972, Shan Sa a choisi de s'établir en France après les événements de Tian An Men en 1990. Remarquée lors de ses premières publications en français, l'écrivaine chinoise devra toutefois patienter jusqu'à la publication de son troisième roman, "La Joueuse de go", pour recueillir pleinement les fruits de son travail. L'ouvrage sera en effet couronné par les jurys lycéens du Goncourt.
Shan Sa a fait sienne notre langue et, de livre en livre, ne cesse d'explorer de nouvelles avenues pour laisser exprimer son talent. Les genres littéraires se succèdent avec un égal bonheur, à l'image de ses plus récentes publications, "Impératrice", "Les Conspirateurs" ou "Alexandre et Alestria".
Etoile condamnée à la fuite
Dans ce dernier opus, Shan Sa a choisi de raconter l'extraordinaire épopée d'Alexandre Le Grand (-356/-323 avant JC). Formidablement documenté, l'ouvrage n'est jamais fastidieux et se lit comme un roman d'aventures. Après le meurtre de Philippe, son père tyrannique, roi des Macédoniens et vainqueur des Grecs, Alexandre choisit la fuite en avant : il donne libre cours à ses prétentions à la conquête universelle ("Je suis l'homme par qui vient un monde nouveau"), bâtissant pas à pas un empire s'étendant jusqu'aux rives de l'Indus. Mais au-delà de son désir de conquêtes, on perçoit qu'Alexandre, rongé par les douleurs de l'enfance (il était l'objet sexuel d'un paternel souvent bestial), est avant tout en lutte avec ce monde façonné avant lui. Aspirant à se révéler sous un autre jour, il est une "étoile condamnée à la fuite".
"De faible, j'avais acquis de la force. La peur de Philippe, la douleur du viol m'avaient permis de construire ma vie sur les revanches. En m'élançant le premier à l'assaut des citadelles, je m'étais fait le roi des rois qui dirigeait des hommes plus grands, plus adroits et plus musclés que moi.".
La progression d'Alexandre vers l'Orient est rythmée par des batailles épiques. Le talent de Shan Sa consiste à parler de guerre avec le vocabulaire d'ordinaire réservé à la poésie. On songe à Amin Maalouf, autre plume limpide, autre conteur magique, et à son "Périple de Baldassare", qui nous promène aussi jusqu'aux confins de l'Orient.
Ici, l'Histoire rencontre toutefois la mythologie et le fantastique. La première moitié du roman nous prépare psychologiquement à la rencontre de ces deux mondes, celle "du soleil et de la lune". Irrésistiblement, nous nous sentons portés jusqu'à cette rencontre avec Alestria, reine des Amazones, guerrière légendaire montant à cru sa jument rousse. Dès lors, les deux univers entremêlés ne seront plus dissociés. Une grande histoire d'amour, belle et passionnée, s'épanouit. Une relation synonyme, pour l'un comme pour l'autre, de l'abandon du monde et des valeurs auquels ils étaient intimement associés depuis leur naissance...
13:44 Publié dans Le salon littéraire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Shan Sa, Chine, Alexandre et Alestria, Alexandre le Grand, mythe des Amazones






















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