16.01.2007

David Koven : "Changer le monde avant qu'il ne nous change !"

medium_Kovenpix1.jpgVoix de velours, groove unique dans l'univers de la chanson francophone, personnage authentique et chaleureux. David Koven n'a pas volé sa réputation de Monsieur Soul. Depuis la parution de "Nouveau monde" il y a huit ans, son dernier opus en français, le Marvin Gaye francophone s'était pourtant fait plutôt rare. Installé à Los Angeles en 1997, sa toute dernière réalisation était un album en anglais écrit en duo avec David Cochran, "Double Dave", sorti en 1998. De retour en Europe, il a publié, fin octobre 2006, chez Emi, une nouvelle pépite soul comme lui seul sait en offrir : "David Koven is back", où l'on retrouve notamment un bel hommage à Stevie Wonder, "Mr Little Merveille". Nous avions rencontré David Koven en 1994, alors qu'il effectuait la promotion de son album "Changer d'air".


Titus - David Koven, peu de gens savent que tu es originaire du Maroc...

David Koven - C'est probablement cela qui a influencé ma couleur musicale. Même si je suis parti très jeune du Maroc ! J'y suis né, et j'en suis parti à l'âge de trois ans et demi. Ce qui fait que j'ai très peu de souvenirs du Maroc. Mais, il y a quelques années, je suis allé faire un concert à Casablanca, qui est la plus grande ville marocaine. J'ai essayé de me rappeler des choses, mais c'est impossible parce que j'étais trop enfant. Cependant, je pense que le fait d'être né dans un pays soleil a dû probablement influencer ce rapport avec la musique soleil que j'ai, c'est à dire instinctif, complètement intérieur. Cette musique soleil, je la ressens comme si elle m'appartenait complètement.

medium_Koven1.jpgTitus - C'est le fait d'être né en Afrique qui te pousse vers les musiques d'ailleurs ?

Il y a pas mal de gens qui me disent : "Toi qui as exploré pas mal de musiques, de l'Afrique au Brésil, en passant par la soul, c'est bizarre que tu ne sois pas allé jusqu'ici vers la musique orientale". Je travaille tellement au feeling que, pour l'instant, à aucun moment encore, je n'ai eu envie de prendre cette direction. Ce n'est pas exclu cependant. Ce qui est génial dans la musique, c'est que toutes les possibilités existent. On a la chance de faire un métier qui n'a pas de limite. La culture du monde nous appartient. Sur un album, on peut s'inspirer de la musique du monde entier.

Titus - D'où est venu cet engouement pour la musique ?

Chaque artiste a son chemin... Pour moi, la musique, c'était quelque chose de normal dans ma vie. Je n'ai jamais eu l'impression de m'être dit à un moment de ma vie : "Tiens, c'est sympa la musique, je vais peut-être essayer d'en faire". Non, ça a toujours été naturel, instinctif. C'est d'abord avant tout une passion, et c'est devenu mon métier. Il fallait qu'un jour ou l'autre, j'arrive à m'exprimer, avec ma personnalité, au travers de ce que je trouvais naturel et instinctif, c'est à dire la musique, qui est pour moi une forme d'expression dans laquelle j'ai envie d'avancer et de m'exprimer. Depuis l'âge de 12-13 ans, j'ai été dans des groupes; j'ai été d'abord percussionniste, puis guitariste, et pianiste beaucoup plus tard. Je n'ai pas arrêté jusqu'à l'âge de 25 ans, et c'est à ce moment-là, comme je composais énormément, que j'ai décidé d'autoproduire mon premier album, sur lequel il y avait "Samba Maria". J'étais rentré en studio avec des musiciens; je n'avais pas beaucoup d'argent, évidemment, et puis une maison de disques a craqué dessus et sans vraiment de promotion, ça a commencé à exploser en France. C'est comme ça que c'est parti, en 1983.

medium_Kovenpix3.jpgTitus - En 1985, ce fut la sortie d'"Eté torride". Ca a fait l'effet d'une bombe, car tu apportais un produit vraiment nouveau, un cocktail de musiques du soleil qui avait été peu exploité en français jusqu'ici...

Absolument ! Le titre "Samba Maria" avait permis aux gens de découvrir ce côté-là chez moi, mais on m'attendait un peu au tournant. La chanson "Afrique" sur "Ete torride" a été un hit énorme.

Titus - C'était aussi un bel hommage à ton sol natal...

C'est vrai, c'était peut-être une recherche d'identité. J'avais envie de parler de l'Afrique, et ce n'est pas facile en quatre minutes, le temps d'une chanson, d'arriver à restituer, tout en gardant un côté actuel et moderne, les deux climats. Ce qui a plu à l'époque, c'est le fait que c'était à la fois actuel et authentique.

Titus - On t'a surnommé le Marvin Gaye francophone, tout de suite après la publication de cet album. Est-ce que c'est une figure qui a compté dans ton parcours ?

Ecouter la réponse de David Koven dans Calypso, sur CINN FM




medium_Kovenpix2.jpgIl y a plein de gens qui m'ont marqué, évidemment. Mais c'est vrai que Marvin Gaye, ça a été quelqu'un d'extrêmement important ! Ca a été un choc émotionnel, d'abord, la première fois que j'ai entendu ce chanteur, il y a longtemps maintenant. J'avais été très influencé par toute l'époque Tamla Motown avec les Temptations, Commodores, les vieux Stevie Wonder, etc. Et puis évidemment Marvin Gaye. Et j'ai eu envie de lui rendre un hommage sur mon troisième album, et là aussi, ça a été un très gros hit en France. Et c'est peut-être pour ça que les gens m'ont appelé le Marvin Gaye français, parce qu'il n'y avait pas encore vraiment de Français qui avaient fait de la soul music dans l'esprit authentique. Les gens ont besoin d'associer des noms, des images à d'autres chanteurs. C'est le côté étiquette qui revient en permanence, mais qui, dans le cas présent, me comble de joie. Je suis même un petit peu honteux parce que je suis tellement respectueux de Marvin Gaye que je rougis quand on me compare à lui.

Titus - Parlons un peu de ton album "Changer d'air". Pour cet album, tu as changé de maison de disque. Est-ce que tu voulais changer de direction en ce faisant ?

Cet album, je l'ai préparé après dix années après la sortie de mon premier album. J'aime pas parler comme ça parce que ça fait un peu vétéran, mais bon... J'ai eu besoin de gommer plein de choses, et d'entamer quelque chose de nouveau. C'est pour ça qu'on a appelé l'album "Changer d'air", parce que c'était vraiment ça. J'avais besoin dans ma vie de renouveau, de nouvelle énergie... C'est pas que je ne me sentais pas bien dans la maison de disques où j'étais depuis plus de sept ans. Je m'y sentais même très bien, mais ça s'est fait comme ça. Et je ne regrette pas car j'y ai trouvé une nouvelle énergie, une nouvelle équipe. C'est très positif.

Ci-dessous, le vidéo-clip de "Changer d'air", titre phare de l'album éponyme :



medium_Kovenpix5.jpgTitus - En plus d'être le nom de l'album, "Changer d'air", c'est aussi le nom de la première chanson du disque. Il y a un superbe couplet qui me revient en tête : "Est-ce qu'on peut changer le monde avant qu'il ne nous change ?"

C'est par rapport à cet égoïsme mondial auquel on assiste. C'était la sensation d'un être humain, là aussi. Moi je pense qu'il y a une étincelle dans chaque individu et on peut s'en servir avant que la flamme ne s'éteigne. On peut raviver les choses. Les gens ont peut-être besoin de ça. Il y a du bon dans chaque individu et il manque peu de choses pour que les choses évoluent...

Titus - C'est un beau message d'espoir au moment où l'on vit tant de situations difficiles de par le monde...

Absolument. Je n'ai jamais prétendu être un chanteur à message; je suis un individu qui vit dans un siècle tourmenté et, en même temps, où il y a une force de vie extraordinaire. Et moi, c'est ce que je retiens, c'est cette force de vie. Malgré toutes les horreurs qu'il y a dans le monde, on se rend compte qu'il y a des gens qui font don de leur vie, et il y a cette étincelle qui est très forte et très vivante. Dans la vie, moi j'ai toujours essayé de positiver : ce qui m'intéresse, c'est d'envoyer des ondes positives pour récolter du positif. Cette chanson, c'est pas du tout un bilan négatif, c'est simplement au contraire une lueur d'espoir. Même dans les périodes les plus tourmentées, il y a encore moyen de faire avancer les choses. C'est ce que je ressens profondément !

medium_Kovenpix4.jpgTitus - On sent que tu t'es beaucoup investi dans cet album... Musicalement, tu apparais un peu partout, au clavier, aux guitares, aux percussions et dans les choeurs. Qui plus est, tu as réalisé l'album.

Pour moi, c'était le moment de faire ça. Les dix années qui ont précédé cet album, je les ai toujours faits avec un plaisir immense et avec des gens ou des arrangeurs différents parce que j'en avais envie. A présent, j'ai mon propre studio à la maison. Quand tu as ton propre studio, le facteur temps n'existe plus. Là, j'ai travaillé avec un confort extraordinaire. C'est à dire que tu peux travailler à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. J'ai donc eu envie de m'investir complètement sur ce projet. D'abord, il n'y avait plus de problème financier, parce que, soyons bassement matériel, la réalisation d'un album coûte très cher aux maisons de disques et il arrive un moment où, si tu n'as pas ton propre studio, tu ne peux pas demander à une maison de disques de rester six mois dans un studio d'enregistrement, 24 heures par jour, ça coûte un argent fou. Là, j'ai vraiment pu faire mon album comme j'avais envie de le faire. J'ai pris le temps, tout en ayant des délais à respecter vis à vis de la maison de disques. Et j'avais envie de m'investir en tant que musicien parce que j'aime ça et parce que je suis musicien aussi et avant tout ! Mais je n'ai pas à me plaindre depuis le début de ma carrière : les maisons de disques m'ont fait une confiance absolue et j'ai toujours pu travailler comme je l'ai voulu, mais là, le fait de travailler dans un environnement qui est le tien, sans limite de temps et sans aucun stress, ça a été pour moi une découverte formidable.

medium_Kovenpix6.jpgTitus - Est-ce que tu participes à l'écriture des textes ?

Il se passe une chose. Je suis musicien avant tout mais, par contre, les thèmes qu'on aborde dans les textes des chansons sont des thèmes que j'ai envie d'aborder. Quand je suis en train de composer les mélodies, il y a toujours des mots, instinctivement, qui arrivent. Si ces mots arrivent, ce n'est pas un hasard. Donc, la plupart du temps, on travaille autour de ces mots avec les auteurs, qui sont mes amis. Ca, c'est important, car il faut qu'il y ait une complicité... Pour cet album, on s'est vu beaucoup pendant la préparation et ils m'ont fait beaucoup parler de tout; de ce que je ressentais par rapport à ce qu'on vit en ce moment, par rapport à ma vie personnelle... Comme des amis peuvent le faire. Et quand j'ai terminé la composition des chansons, on s'est concerté et puis, j'ai dit, par rapport à telle ou telle chanson, "ça serait bien qu'on aborde ce thème, etc", et voilà comment on a travaillé. Pour la chanson "Partir ou rester", j'ai demandé à mon ami parolier de la réécrire 17 fois. Il a cru devenir fou sur ce titre ! Il était désespéré...

Ecouter la réponse de David Koven dans Calypso sur CINN FM



Quand tu es compositeur et que tu es interprète et que tu chantes des chansons, il faut qu'elles te collent complètement à la peau. Je ne peux pas chanter une chanson sur scène et me donner à un public si, quand j'interprète le texte, je ne me sens pas en harmonie totale avec le texte. Je suis quelqu'un qui travaille avec beaucoup de sincérité parce que j'aime mon métier profondément. Je suis passionné. La musique, c'est comme le sang qui coule en moi. Si tu m'enlèves ça, je meure...

medium_changerd_airpix.jpgTitus - En tout cas, tu as su bien t'entourer. Les textes sont magnifiques.

Je suis quelqu'un qui a besoin de vivre des moments forts avec les gens avec lesquels je travaille. Ces gens-là sont des gens - je parle humainement - extraordinaires. Ce qui est marrant, c'est qu'on a vécu, avec ces trois auteurs, - plus moi, donc ça fait quatre personnes ! - la paternité en même temps. Nos épouses respectives attendaient des enfants au même moment. Ca crée des liens formidables !

Titus - Je tenais à noter la sobriété d'une chanson que j'adore, c'est "Le toit du monde". Je trouve que c'est une façon formidable de parler de la mort, ou plutôt de la vie après la mort...

C'est une très belle formule que tu viens de donner... Tu sais, il y a en fait plusieurs explications à donner à ce texte qui est fabuleux. C'est une des chansons, sur cet album, qui me touche énormément. Je suis très content que tu me parles de ce titre. On parlait d'Afrique tout à l'heure : il y a aussi dans cette chanson un message de résurrection par rapport à tous les peuples africains. Ca va très loin. Il y a vraiment plusieurs facettes à ce texte, et c'est très volontaire... Ca a été pensé comme ça.

Trackbacks

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Commentaires

I wish I knew more about french music :(
Thanks for the insights! And as always, another great post.

Ecrit par : Sean | 17.01.2007

Thanks for your visit and this nice comment, Sean ! Despite the fact that Koven's lyrics are excellent, at least the music is so good that you can also enjoy it for itself !

Ecrit par : Titus | 17.01.2007

merci de nous faire découvrir cet artiste que je ne connais pas. Maintenant il faut que j'écoute...

malheureusement je n'ai pas les plug-ins nécessaires pour écouter les interviews (pas encore...) je suis sous linux...

Ecrit par : Alex | 18.01.2007

Salut Titus, juste en écoutant les premières notes de musique de "changer d'air", je pensais à Michel Berger, je me trompe peut-être mais y avait comme un iar frais de cet artiste au grand coeur que j'aime beaucoup.

Bon, je suis pas hyper enthousiaste comme j'ai pu l'être vis à vis d'autres artistes que tu as pu nous faire découvrir, mais merci à toi de parler de lui, ça va lui faire de la pub !!

Bizz

Ecrit par : Laurenn | 19.01.2007

Bonjour, c 'est un bonheur de retrouver David avec son nouvelle album et ses concerts a venir !!
C'est Mon Artiste Préféré depuis 1983 !!
Eric du Havre
A très bientot !!

Ecrit par : ERIC | 21.02.2007

Merci de ton passage Eric !
Je garde un extraordinaire de cette interview. Simple, chaleureux, David Koven est un vrai !
Si tu connais d'autres fans, n'hésite pas à partager !

Ecrit par : Titus | 21.02.2007

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