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09.01.2007

Nazisme d'hier et d'aujourd'hui

medium_Chute0018.JPGJe n'avais pas eu la chance de voir le très beau film d'Oliver Hirschbiegel, "La Chute", lors de sa sortie en salle. Rattrapage effectué cette semaine, grâce au DVD. Après cette projection dont on sort un peu sonné, je me suis souvenu d'un autre film allemand qui m'avait également bouleversé sur le sujet du nazisme, contemporain celui-là : le fameux documentaire "Profession néo-nazi" (1993) du réalisateur Winfried Bonengel. Je vous restitue un peu plus loin l'interview de ce cinéaste, qui a tourné, plus récemment, "Les enfants de la colère".

"La Chute" débute par un témoignage actuel, celui d'une vieille dame, qui revient sur les conditions de son recrutement par la chancellerie allemande, en 1944. La jeune Munichoise qu'elle était alors avait été choisie pour servir de secrétaire particulière à Adolf Hitler. Ce film relate son expérience et décrit avec force détails, à partir d'avril 1945, les derniers jours vécus au quartier général du führer. Hitler y montre le visage d'une société qui a élevé l'absence de compassion au premier rang de ses valeurs. "Si la guerre est perdue, peu m'importe que le peuple périsse, il ne mérite pas mieux", dira-t-il ainsi sans ciller. Et ce n'est sans doute pas le couple Goebbels, formidablement interprété dans le film, qui l'aurait contredit.

Huis clos terrifiant
"La Chute" est un huis clos terrifiant. Nous voilà donc au sein même du bunker de Hitler, dans les toutes dernières heures du troisième Reich. En toile de fond, le Berlin en ruines à partir duquel Hitler (extraordinaire Bruno Ganz) continue d'échafauder les rêves architecturaux les plus fous ! Même si à l'extérieur, les obus soviétiques n'en finissent plus de réduire la capitale en cendres.

Seul un noyau de personnes, dont Hitler, continuent encore à croire que l'armée allemande sera en mesure de se ressaisir. Mais nous voguons en plein délire, car le navire national-socialiste prend eau de toutes parts. Et derrière les marques de fidélité témoignées au dictateur, le film montre que ce dernier est en réalité de plus en plus isolé et que la bataille fait déjà rage entre prétendants à sa succession. La chute, qui prend ici la forme d'une véritable descente aux enfers, était bel et bien inéluctable.



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medium_w_bonengel.jpgCinq questions à Winfried Bonengel, cinéaste allemand

Lorsque j'ai rencontré Winfried Bonengel, en 1994, il venait présenter, à Toronto, son remarquable documentaire "Profession néo-nazi" ("Beruf Neonazi" dans la version originale). Pour réaliser ce film, le cinéaste avait suivi, pendant des mois, des groupes de néo-nazis, à la fois en Allemagne et à l'étranger. On y voyait notamment le nazillon munichois Ewald Althans, âgé de 29 ans à l'époque, tenant des propos révisionnistes dans l'enceinte même du camp d'Auschwitz. Le film, qui connut un fort retentissement à l'époque, a servi d'élément à charge pour faire condamner ledit Althans à 3 ans et demi de prison.
Egalement auteur de plusieurs enquêtes sur les milieux d'extrême-droite, Winfried Bonengel n'a pas tourné le dos au cinéma, loin s'en faut. En 2002, il était l'auteur de "Fuehrer Ex" (Les enfants de la colère), sa première fiction, qui fit partie de la sélection officielle de la Mostra de Venise cette année-là. Un film qui, selon Julien Welter, d'Arte, constitue "le pendant sombre et négatif du beau Goodbye Lenin". (Visionner l'extrait ci-après).

1. Votre documentaire "Profession Néo-Nazi" (1994) a été beaucoup critiqué en Allemagne à sa sortie mais a reçu un accueil plutôt positif dans le reste du monde...

J'ai suivi le film dans une trentaine de pays et la réaction à l'étranger a été complètement différente de ce qu'on a pu voir en Allemagne. Pour ce qui est de l'Allemagne, le scandale a été provoqué par la presse pour en tirer des profits commerciaux. Au départ, quand le film a été projeté, il a reçu de très bonnes critiques. On disait que c'était le meilleur film de l'année. Là-dessus, un grand magazine allemand a critiqué le film d'une manière extrêmement sévère. Ce magazine a des parts dans une chaîne de télévision, et cette dernière a défendu le film. Ils ont ainsi créé une sorte de polémique au sein de leur propre maison et après, ils ont acheté le film pour le diffuser. Le film a ainsi fini par avoir du succès sur le plan commercial.

medium_Chute0016.JPG2. Le néo-nazisme est-il encore un sujet tabou en Allemagne ?

Ce n'est pas un sujet tabou. Je crois que c'est un problème d'identité auquel je suis, moi aussi, confronté. Ca n'est pas évident d'assumer le passé. C'est quand même quelque chose d'inimaginable. Moi, je suis né en 1960 et je n'ai rien à voir avec ce qui s'est passé durant la Seconde Guerre mondiale, avec les meurtres commis dans les chambres à gaz, mais comment s'identifier à tout ça ? C'est pourtant le passé du pays où je suis né. Je me sens un peu déraciné car ce n'est pas quelque chose à laquelle on peut s'identifier. Je crois qu'il y a beaucoup d'Allemands dans ce cas. Les Allemands sont soit parano, soit ils ferment les yeux, soit ils tombent dans l'autre extrême et disent que ce n'était pas si grave que ça. Mais c'était plus grave que tout ce qu'on peut imaginer.

Ecouter la réponse de Winfried Bonengel, sur Cinn FM, dans Calypso :




medium_Chute0015.JPG3. Certaines critiques disaient que votre film faisait la propagande du néo-nazisme. Est-ce parce que vous aviez pris le parti de montrer ces gens tels qu'ils sont, sans jamais porter de jugement.

Ces réactions étaient absurdes. Ceux qui arrivent à s'identifier aux néo-nazis présentés dans le film doivent avoir un problème eux-mêmes. Le problème n'est pas dans le film, mais peut-être dans les têtes de certaines personnes. Mais je crois qu'il s'agit d'une minorité de la population. Il ne faut pas croire qu'on change ces gens-là parce qu'on fait un film. Moi, j'ai fait le film pour les autres, pour qu'ils se sentent concernés. La plupart des gens qui ont vu le film ont eu un choc, et ce choc émotionnel est positif dans la mesure où les gens se disent qu'il faut faire quelque chose contre le racisme.

4. Le film est tourné en partie au Canada, dans le milieu néo-nazi de Toronto. Etes-vous allé de découverte en découverte quand vous vous êtes penché sur ce dossier ?

Tout spécialement à Toronto ! Ca m'a fait tout drôle de voir des néo-nazis au Canada. Ma vision du Canada n'est pas celle-là. Je suis venu ici pour rencontrer Ernst Zuendel, cet Allemand qui vit à Toronto depuis très longtemps. Pour moi, ce type est gravement malade. Il a créé un réseau de supporters; il reçoit de l'argent, comme on le voit dans le film, de gens du monde entier. Ca, ça m'a inquiété. De voir qu'il y avait des gens, dans le monde entier, qui donnaient de l'argent à ce genre de fous. (Depuis février 2006, Ernst Zuendel, l’un des principaux éditeurs mondiaux de matériel antisémite et neonazi, doit répondre devant le tribunal de Mannheim d’incitation à la haine raciale. Son premier procès en novembre 2005 a éte interrompu après le rejet par le tribunal de son avocate, qui aurait tenu des propos antisémites. Extradé en mars 2005 du Canada, Zuendel encourt cinq ans de prison, ndr).

medium_Chute0017.JPG5. Comment entrevoyez-vous l'évolution du phénomène néo-nazi ?

Je me méfie des pronostics. Quand on voit les évolutions en Allemagne, ça a changé, même si je suis le dernier à cautionner tout ce qui s'y fait. Heureusement, les manifestations publiques des néo-nazis ne sont plus possibles, aujourd'hui. Quand j'ai commencé à travailler sur le sujet, en 1990, c'était quelque chose de normal. A Berlin, où il y avait un mouvement très très fort, ça n'existe carrément plus. Les mouvements sont maintenant davantage isolés. Le problème du racisme a toujours existé et ça existera toujours, c'est pourquoi il faut toujours en parler.

Propos recueillis en 1994, à l'occasion de la projection du film de Windfried Bonengel sur la chaîne de TV Ontario, présentation pour laquelle le cinéaste s'était rendu à Toronto. Les illustrations sont des images du film "Profession néo-nazi", à l'exception naturellement du portrait du cinéaste..

Ci-dessous, un extrait du film "Les enfants de la colère".




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Commentaires

J'ai vu le film lors de sa sortie et autant le scénario que l'interprétation sont superbes. Peu de relais en France, lors de sa sortie.

Dommage, le passé nous raconte le présent.

Quant aux néo-nazis, radicaux ou extrêmistes de tous poils, ils se ressemblent tous dans leur colère et leur frustration. Parfois, cela ne tient à rien, autant de haine. Un garçon mal aimé, mal compris, mal intégré peut penser trouver ainsi une famille....
Vaste sujet que je te remercie d'avoir abordé ici avec beaucoup de justesse.

N'oublions pas non plus les passerelles dans l'histoire entre l'Allemagne nazie et certains régimes du MO ravi de voir régler la question juive déjà à l'époque.

Ecrit par : Cath | 09.01.2007

Ce film m'avait beaucoup plu et bouleversée lors de sa sortie en salles .

Je me pose souvent la question:

qu'aurais-je fait ? aurais-je été lâche ? nazie ?
aurais-je fait du amarché noir par intérêt ou pour nourrir mes enfants ?

?aurais-je vendu les autres par peur, lâcheté ou aurais -je été active dans la guerre en choisissant mon camp avec mes valeurs personnelles ?

Cette question telle la chanson
Si j'avais eu 17ans
de Goldman Frederic et Jones

Ecrit par : christine | 10.01.2007

Christine, comme je partage tes doutes !
Car autant il est facile de dire non, une fois l'orage passé, autant en temps que chef de famille je me pose toutes ces questions...
Mais je crois qu'il ne faut chercher de réponse, car à mon sens, déjà se poser la question est une forme de courage et d'humilité.

Reste à espérer, mais surtout voter, pour que cette question ne prenne aucun sens réel au lendemain du premier et du second tour des élections qui vont venir.

Billedeclownment alerté.

Ecrit par : Billedeclown | 10.01.2007

Cath, Christine, et Bille de clown, merci de vos commentaires qui donnent tant à réfléchir...
Je n'ajouterai rien d'autre pour ma part. Les derniers mots de Bille de clown me suffisent !

Ecrit par : Titus | 10.01.2007

Je croyais ceci terminé, hélas un homme né en Allemagne en 1944 a subi, vu entendu ces violences et a gardé en lui une haine, délateur, voleur, sadyque aux agissements anormaux, dépprimant pour son entourage et ses voisins. Jamais de témoin donc incondannable : psychopate. Nous l'avons comme voisin, à bout de nerfs que doit-on faire ?

Ecrit par : France | 27.01.2007

Intéressant. Le rapport entre La vie des autres, Good Bye Lenin ! et La Chute : http://blogywoodland.blogspot.com/2007/01/la-vie-des-autres-destins-sur-coute.html

Ecrit par : Anderton | 29.01.2007

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