06.01.2007

"Brooklyn Follies" : un nouveau départ est toujours possible

medium_Brooklyn_Follies.3.jpgLe dernier roman de Paul Auster, "Brooklyn Follies", est une belle leçon d'optimisme en cette époque vouée aux déclinologues et pessimistes en tous genres. Oui, on peut parfois guérir d'une longue maladie, cela arrive. On peut se remettre aussi d'un mariage râté. Certains parviennent à refaire leur vie en sortant de prison. Il est même possible de rencontrer l'amour de sa vie à 60 ans. Naïveté ? On ne peut certainement pas accuser Paul Auster d'être un naïf. Sans jamais tomber dans la caricature, l'écrivain new-yorkais nous livre un roman au ton formidablement juste, un véritable hymne à la résilience.

L'histoire contée par Nathan Glass, ancien courtier d'assurances sexagénaire, prend son envol dans l'Amérique sortie un peu éberluée de la victoire de Bush, en 2000, et s'achève à l'aube d'un certain 11 septembre 2001, une heure à peine avant la tragédie du World Trade Center. Divorcé, un cancer en rémission, Nathan Glass s'installe à Brooklyn avec l'idée d'écrire un livre où il consignerait ses souvenirs.

Un tour inattendu
L'ouvrage qu'il commence prend rapidement un tour inattendu après la rencontre fortuite d'un neveu perdu de vue, Tom, ancien étudiant brillant qui, de petits jobs en galères, a fini par échouer/se faire embaucher dans la librairie de livres rares de Harry Brightman, personnage haut en couleur dont on apprend qu'il a purgé une longue peine de prison pour escroquerie. Ravis d'apprendre qu'ils sont désormais voisins, l'oncle et le neveu se revoient pratiquement chaque jour, leurs vies s'imbriquant de plus en plus l'une dans l'autre, surtout lorsque Tom reçoit la visite surprise de Lucy, 9 ans, fille de sa soeur Aurora, épouse d'un religieux fanatique.

medium_Titusreads0005.5.JPGUn portrait contrasté
Dans ce récit plein de rebondissements, le narrateur nous promène entre la ville (Brooklyn) et la campagne (le Vermont ou la Caroline du Nord) et en profite pour nous livrer un portrait contrasté de cette Amérique, tantôt ouverte et progressiste, tantôt conservatrice et repliée sur ses préjugés. Une Amérique où le lecteur croise une galerie de personnages secondaires très attachants, du garagiste d'un petit village du Vermont, où la voiture de Nathan se trouve immobilisée, au chauffeur égyptien, voisin de chambre rencontré aux urgences de l'hôpital. De la serveuse plantureuse d'un "diner", Marina Gonzales, sur laquelle fantasme Nathan, à la "reine de Brooklyn", Nancy, jeune créatrice de bijoux, qui fut l'objet des convoitises de Tom et deviendra, en fin de compte, l'amante de sa soeur. Chaque personnage, même minime, complète le portrait. Jamais l'Amérique n'est apparue plus vraie, plus vivante, qu'à travers ce tableau coloré et nuancé où s'exprime l'extraordinaire palette de l'écrivain de Brooklyn.

Pragmatisme salvateur
Le "Nathan Glass" de Paul Auster me rappelle le "David Kepesh" mis en scène par Philip Roth dans "La bête qui meurt", également taraudé par le désir à l'orée de la vieillesse, tout en étant confronté à la mort qui rôde en chacun de nous. Par le biais de ce récit mené tambour battant - ce qui n'empêche pas, au passage, de très belles méditations sur la condition humaine - le narrateur refuse la désespérance et affiche un pragmatisme salvateur. Une manière, sans doute, d'affirmer une certaine foi en l'humanité, et de rappeler la faculté de tout homme de changer le cours des choses.


medium_Paul_20Auster_2011.jpgUn mot sur l'auteur
Paul Auster est né en 1947 à Newark, New Jersey, aux États-Unis. Une partie de son œuvre évoque la ville de New York. D'abord traducteur de poètes français, il a écrit des poésies avant de se tourner vers le roman. Il a également travaillé pour le cinéma. Il réside maintenant à Brooklyn. En 2006, il s'est vu attribuer le prix Prince des Asturies des Lettres, prestigieuse récompense décernée en Espagne. Son oeuvre est traduite en français par Christine Le Boeuf.

Les romans de Paul Auster que je préfère, outre "Brooklyn Follies" :
"Le Voyage d'Anna Blume", "Léviathan", "La Nuit de l'Oracle".

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Commentaires

Trop fort, Titus pour ce post...
Ben oui, je connais l'auteur de nom, qui ne le connait pas ? Mais je n'ai rien lu de lui (mon frère oui) et là, tu me donnes vraiment envie d'aller le découvrir lui et ce livre également...

Merci à toi

PS : en début d'année, c'était pas facile de te laisser des commentaires ... ;-)

Ecrit par : Laurenn | 06.01.2007

Salut Laurenn
content que tu puisses commenter à nouveau sans réserve. Welcome back et merci de ton avis !

Ecrit par : Titus | 06.01.2007

Lu et approuvé = cet Auster est excellent.

Dans ta bio, rajoute qu'il parle un français excellent et pourrait même écrire directement dans notre langue !

Bon vue la tête de Titus sur le bouquin, Auster ferait bien d'aller lui faire faire un petit tour. L'a envie de faire pipi ce chien-là :)

Ecrit par : Cath | 06.01.2007

test

Ecrit par : Cath | 06.01.2007

Ok, ça remarche aussi depuis chez moi....
mystère et boules de canigou

Ecrit par : Cath | 06.01.2007

J'ai quand même écrit, Cath, qu'il avait commencé par traduire des poètes français en anglais... Je suis un grand fan de cet auteur. Je l'ai découvert alors que je vivais en Ontario, sur une excellente émission littéraire d'une chaîne québécoise dans le cadre de laquelle il était interviewé en français. Je n'en revenais pas ! Un français impeccable, et une intelligence exceptionnelle. Je me rappelle aussi d'une autre chose : Auster disait que pour lui, la plus grande oeuvre littéraire jamais écrite, c'était "Mémoires d'outre-tombe" de Chateaubriand. Voilà qui en dit long sur le francophile qu'il est !

Ecrit par : Titus | 06.01.2007

Tu me donnes bien envie de lire ce livre! Paul Auster j'aime beaucoup! C'est d'ailleurs le premier auteur que j'ai lu en anglais il y a de cela quelques années. Il s'agissait de "Moon Palace", roman que j'aime énormément! Depuis je me suis procurée la trilogie new-yorkaise mais je n'ai pas encore trouvé le temps de la lire... Merci pour ce conseil de lecture donc, je m'empresse de le mettre dans ma "to-read-list" :)

Ecrit par : Soluna | 08.01.2007

En effet un très bon cru que ce Paul Auster et surtout un brin plus optimiste que pas mal de ses autres romans notamment LA chambre Dérobée ou moon Palace que je viens juste de finir.

Ceci dit c'est tellement bien écrit que on devient vite accro à cet auteur

Ecrit par : Jipes | 08.01.2007

C'est mon 1er et seul Auster et j'avoue que j'ai bien aimé. J'ai trouvé le début un peu laborieux mais à partir de la rencontre entre l'oncle et le neveu, l'histoire prend forme. Une agréable découverte.

Ecrit par : anjelica | 02.03.2007

Comme anjelica, un début laborieux ensuite la lecture se porsuit sans effort mais la fin est un peu bâclée mais ce n'est que mon avis. Bref, un premier essai avec Paul Auster pas tout à fait transformé mais qui mérite que je me penche sur un autre de ses ouvrages.

Ecrit par : Mlle Swann | 21.11.2009

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