17 octobre 2006

Soldat Louis : le retour des "sales gosses"

medium_Loic1.jpgAncien penn sonneur du bagad de Lann-Bihoué, Loïc Taillebrest a toujours multiplié les collaborations artistiques. Manau, I Muvrini, Bonnie Tyler, Mike Oldfield ou Sting ont déjà fait appel à cet instrumentiste d'une polyvalence rare : flûte, bombarde, uillean pipe, accordéon et cornemuse n'ont en effet aucun secret pour ce titulaire du diplôme d'Etat en musiques traditionnelles. Lorsque nous l'avons rencontré, en 1994, Loïc Taillebrest était encore l'un des pivots de la formation lorientaise de rock celtique Soldat Louis, dont il assurait, au Canada, la promo de leur album "Auprès de ma bande".

 


medium_pochettesoldatlouis.jpgLa sortie toute récente du neuvième album de Soldat Louis, "Sales gosses" (Atlantic/Coop Breizh), me donne l'opportunité de sortir de mes tiroirs l'interview de Loïc Taillebrest, au cours de laquelle il évoque notamment les collaborations du groupe avec Shane McGowan (des Pogues), Davy Spillane ou Sinéad O'Connor. Le marché canadien n'est jamais gagné d'avance pour les formations françaises : Soldat Louis est cependant parvenu à le conquérir; leur premier album, "Première bordée" (1988), y a été consacré disque platine (double album d'or en France), et ce succès ne s'est jamais démenti depuis. Je les ai vus devant une salle en liesse au Spectrum de Montréal, au Québec, en 1991, et quel fut mon étonnement, un peu plus tard, de constater que cette popularité s'étendait jusqu'au Nord de l'Ontario et au-delà, où certains ados les vénèrent littéralement... Qu'on se le dise, Soldat Louis est bel et bien l'une des formations françaises qui marche le mieux outre-Atlantique.


Titus - Revenons un instant sur l'origine de Soldat Louis... Le "rock celtique" a d'abord pris son essor en Irlande ou en Ecosse. En France, vous êtes l'une des rares formations à porter cette étiquette...

Loïc Taillebrest - Le groupe vient de Lorient, qui est un port de commerce et de pêche en Bretagne où est organisé, chaque année, le Festival Interceltique, où tous les pays comme l'Irlande, l'Ecosse, le pays de Galles, la Galice ou la Bretagne et quelques autres encore, se retrouvent autour de cette culture commune qui est la Celtie. C'est vrai qu'on a bercé dans ce milieu et que cela a généré beaucoup de rencontres. C'est donc tout naturellement qu'on est venus à cette musique.

Votre produit, dès l'origine, apparaissait doublement original. D'une part, vous ne chantiez pas en breton, mais en français, et qui plus est, votre son teinté de rock et blues mais mâtiné de sonorités celtiques, était assez inhabituel pour l'époque en France. La révélation au grand public s'est faite dès le premier enregistrement, en 1988, avec le succès phénoménal du titre "Du rhum des femmes".

Ce titre, du fait qu'il a été très populaire, a fait connaître le groupe, donc c'était très bien. A côté de ça, on nous a un peu catalogué comme groupe de fête uniquement, sans peut-être écouter la totalité du répertoire, qui offre une palette musicale et de chansons, beaucoup plus variée. Je crois qu'on a ce côté groupe de fête, mais on a aussi des chansons d'amour, des chansons de révolte par rapport à des événements, notamment politiques. Il faut vraiment écouter l'ensemble pour se faire une idée de Soldat Louis.

C'est vrai que c'est Renaud qui vous a découverts et vous a proposés d'assurer sa première partie ?

Complètement. Quand on a enregistré cet album, quelques copies ont été faites. L'une s'est promenée par l'entremise du sonorisateur de Renaud, qui lui a fait écouter. Renaud a dit que c'était tout à fait ce qu'il voulait pour sa première partie au Zénith, à Paris, pendant un mois. C'est vrai qu'on a été très étonnés. On s'est dit que c'était une blague, mais ça s'est finalement réalisé.

Un tel succès a pu paraître foudroyant, dès la sortie de votre premier album, mais vous n'étiez pas nés de la dernière pluie. Ca faisait déjà un moment que vous bourlinguiez ensemble, non ?

C'était pas forcément sous l'appellation Soldat Louis, mais c'est vrai. Surtout pour Serge ou Marco, qui se connaissaient dès le lycée. Ils avaient un passé assez gigantesque de groupes derrière eux.

medium_bande_01.2.jpgA partir de cette première partie de Renaud, ça a été l'explosion, si on peut dire. Puis, il y a eu l'album "Pavillon noir", deux ans plus tard (1990), qui a eu autant de succès. Au Canada, cet album s'est vendu à plus de 80.000 exemplaires, soit autant que le premier. Et puis maintenant, vous arrivez avec un troisième album, "Auprès de ma bande". Un nouveau cap ?

A chaque fois, c'est un challenge. Chaque nouvelle étape est aussi importante à nos yeux. Nous, comme tout le monde, on évolue musicalement, au niveau de nos sentiments aussi. Et c'est vrai qu'on y met beaucoup de coeur. Dans ce nouvel album, il y a ce côté rock un peu plus brut, plus simplifié peut-être, en revenant davantage sur une base rythmique. Par contre, les instruments traditionnels y sont nettement plus présents.

Quant à vous, vous jouez de la cornemuse et de la bombarde. Est-ce un instrument exclusivement breton, la bombarde ?

Ca l'est un peu devenu. C'est la Renaissance française qui a transformé la bombarde en hautbois. En fait, cet instrument qui était trop puissant pour jouer en intérieur a été légué au peuple et c'est ainsi qu'il s'est vraiment implanté en Bretagne.

Pour "Auprès de ma bande", qui a été enregistré au fameux studio de Bow Lane, à Dublin, vous avez réuni quelques invités irlandais prestigieux, qu'il s'agisse de l'instrumentiste de génie Davy Spillane, de Shane McGowan, ancien chanteur et compositeur des Pogues, ou encore de Sinéad O'Connor.

Ecouter la réponse de Loïc Taillebrest, dans Calypso, sur CINN FM :



L'idée qu'on avait au départ, en allant en Irlande, c'était d'inviter des musiciens irlandais à participer, et aussi de faire une chanson traditionnelle irlandaise qui puisse permettre à tout le monde de chanter. Une chanson de fête à l'image des pubs... (Le choix se porta finalement sur la chanson "The wild rover", ndr) L'idée était aussi de faire venir une voix irlandaise. Comme on a eu la chance, avant même le Zénith, de faire la première partie des Pogues, à Lorient, début 1988, on a donc contacté Shane. Les Pogues proposaient, côté anglophone, une musique assez parallèle à la nôtre. L'idée lui a plu. Les gens en ont parlé et c'est arrivé jusqu'aux oreilles de Sinéad O'Connor, qui nous a contactés, en disant : "Ecoutez, on m'a parlé de votre projet; ça me plaît bien, j'ai envie de participer en faisant des choeurs". Au départ, on a été un peu surpris, mais comme ça venait de personnes en qui on pouvait avoir confiance, on a fini par y croire. Pour nous, c'était un grand honneur. Elle a quand même reçu un bouquet de fleurs en guise de remerciements.

Loïc Taillebrest, dans Calypso :



C'est bien de pouvoir ainsi côtoyer d'autres musiciens, parce que tout le monde a quelque chose à apporter. Davy Spillane m'a apporté beaucoup d'un point de vue musical. C'est cette magie qui transforme les choses.

Pour en savoir davantage sur Soldat Louis :
Le site officiel relooké du groupe Soldat Louis, où l'on peut écouter l'intégralité du nouvel album, "Sales gosses" :
www.soldatlouis.com

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Soldat Louis

Site officiel : http://www.soldatlouis.com/

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