25.09.2006
"Labyrinthe" de Kate Mosse : le polar à la sauce médiévale
Pour Kate Mosse, rien n'était gagné d'avance ! A une lettre près, elle porte le nom d'un fameux top-model qui rend hasardeuse toute requête à son sujet sur les principaux moteurs de recherche. Désolé peut-être de vous décevoir, le mannequin Kate Moss n'est pas en effet l'auteur de "Labyrinthe", dernier best-seller britannique à la mode. Le livre donne lieu à une telle débauche de marketing que cette pensée, je l'admets, m'a d'abord traversé l'esprit...
La période estivale est souvent propice aux lectures plus "légères", car le vacancier que je deviens alors cherche, par définition, à éviter toute source potentielle de migraine. Pour autant, même en vacances, je me méfie habituellement des bestsellers, qui ne remplissent que trop rarement leurs promesses. (C'est vous qui avez soufflé le nom de Marc Lévy ?) Avec le succès remarquable de Dan Brown et son "Da Vinci Code", il était prévisible que le marché serait rapidement encombré par quelques opus du même tonneau. Des enquêtes de Iain Pears aux romans inspirés de l'histoire des Templiers ou de la quête du Graal (Raymond Khoury ou Steve Berry par exemple), le catalogue s'est vite étoffé... La recette est relativement simple et fonctionne sans faillir : un brin d'ésotérisme sur fond d'histoire médiévale, les ressorts du polar contemporain et le tour est joué.
Un bon coup
L'éditeur anglais Orion Books, en réceptionnant le manuscrit de Kate Mosse en janvier 2004, a donc forcément flairé le bon coup. Le "Da Vinci Code", publié dès le printemps 2003 aux Etats-Unis, avait connu un succès fulgurant, et le "Labyrinthe" de Kate Mosse, même s'il n'est en rien un plagiat du premier, évoquait, non sans efficacité, une autre quête du Graal. A la différence que deux femmes en sont, cette fois, les héroïnes.
Le livre a donc bénéficié, d'emblée, d'un accompagnement publicitaire digne du lancement d'un nouveau tome de Harry Potter, ce qui n'est pas peu dire ! Peut-on toutefois en blâmer l'auteur ? Ancienne directrice-générale d'une maison d'édition britannique, il est certain que Kate Mosse (ci-contre) était bel et bien rompue aux mécanismes qui font qu'un livre marche ou pas. Cependant, elle assure, dans une interview accordée à Bob Thompson, du Washington Post, que le livre "n'a pas été conçu pour devenir un bestseller". Elle affirme aussi n'avoir entendu parler du "Da Vinci Code" qu'après avoir remis son manuscrit à l'éditeur. Le site Internet qu'elle anime avec son mari depuis 2000 apporte d'ailleurs la preuve que ses recherches sur les cathares ou la quête du Graal, qui sont à l'origine de "Labyrinthe", ne datent pas d'hier.
Lorsque le bestseller de Brown lui est finalement tombé entre les mains, en 2004, Kate Mosse admet avoir eu une belle frayeur, en découvrant que le Graal était aussi au centre du roman de Brown. Mais, assurait-elle au Post, elle s'est vite sentie rassurée lorsqu'elle a réalisé que les histoires étaient complètement différentes. Qui plus est, l'action de "Labyrinthe", à la différence du "Da Vinci", se déroulait principalement dans le Languedoc.
La tragédie cathare au coeur de l'intrigue
Le choix de Kate Mosse d'ancrer l'intrigue de son roman dans le Languedoc tient à sa fascination pour l'Histoire de cette région profondément marquée par la croisade initiée au XIIIe siècle par le pape Innocent III, qui conduisit à l'élimination de l'hérésie cathare sur près de deux siècles. Kate Mosse assure avoir été particulièrement émue par sa visite au château de Montségur, dernier bastion cathare. Après sa reddition, plus de 200 hommes et femmes qui refusèrent de se convertir au catholicisme furent brûlés vifs. Carcassonne, où l'auteur possède une maison secondaire, sert de toile de fond au roman. De ce point de vue, le livre est plutôt réussi. De très belles descriptions sur la vie quotidienne au Moyen Age témoignent d'un important travail de recherche historique. L'utilisation récurrente de la langue occitane confère aussi à l'ouvrage une dimension poétique.
L'efficacité du roman tient pour une grande part dans sa construction méthodique : deux intrigues parallèles sont distillées au fil des chapitres, l'une au XXIe siècle et l'autre au XIIIe. L'auteur nous promène constamment d'une époque à l'autre, jusqu'à ce que les deux périodes finissent par s'entremêler à la toute fin de l'ouvrage. C'est peut-être là que le bât blesse. A moins d'être un inconditionnel du genre, difficile de ne pas être dérouté par la conclusion, pour le moins tirée par les cheveux. Dommage, car avec un peu plus de retenue, l'impression globale eût été bien meilleure.
Qui est Kate Mosse ?
Journaliste à la BBC, ancienne directrice-générale de la maison d'édition Random House, Kate Mosse est aussi romancière et co-fondatrice, en 1996, d'un prix littéraire réservé aux femmes, "Orange Prize". Après avoir rédigé plusieurs ouvrages documentaires, elle a publié son premier roman, "Eskimo kissing", en 1996, resté très confidentiel, tout comme le roman suivant, vendus chacun à environ 5.000 exemplaires. L'auteur ne renie pas ces galops d'essai, admettant cependant qu'elle tentait sans doute au début d'être un auteur "plus littéraire qu'elle ne l'est réellement". "Je suis quelqu'un qui raconte des histoires, plutôt qu'un écrivain d'idées ou de style", disait-elle encore au Washington Post, au printemps dernier. "Labyrinthe", publié en anglais en 2005 (en 2006 en France chez Lattès, traduction de Gérard Marcantonio), a d'ores et déjà été traduit dans 36 pays. Ce désormais bestseller européen a été récompensé aux British book awards avec le prix "Richard & Judy best read of the year". Plus d'un million d'exemplaires de l'édition britannique de l'ouvrage avaient déjà été commercialisés en juillet 2006. Kate Mosse anime un site Internet (en anglais) où elle évoque abondamment la genèse de "Labyrinthe", et où elle donne moult conseils aux écrivains en herbe :
www.mosselabyrinth.co.uk/
16:30 Publié dans Le salon littéraire | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature étrangère, thriller, roman, Graal, Moyen Age, Cathares, tragédie cathare






















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Commentaires
Je passe juste pour indiquer que Ian Pears n'a pas attendu Dan Brown et son Da Vinci Code pour écrire des romans (policiers, historiques)
(ex le cercle de la croix 1998-99 en France)
Et euh non je ne suis pas un fan ou un spécialiste :)
Bonne lecture
Ecrit par : Syl | 20.10.2006
Dont acte ! En tout cas pour Iain Pears (dont j'apprécie aussi les enquêtes !) Il n'en demeure pas moins que le succès du livre de Dan Brown a eu pour corollaire d'aiguiser les appétits de certains éditeurs...
Ecrit par : Titus | 21.10.2006
Ah ça........ Il faut avoir un gros appetit.
Mais ce sont les mêmes éditeurs à chaque fois. Labyrinthe est aussi chez Lattes. Robert Laffont, Michel Lafon et albin Michel par exemple.
Bon c'est le cas pour tous les succès (le "Bizarre icident du chien pendant la nuit").
Mais du (très) bon peut en sortir aussi, et parfois cela signifie juste que les éditeurs rouvrent leur porte à certains récits PARCE QUE le genre a été remis au goût du jour.
Sans parler des "j'ai déchiffré le Da Vinci Code à Rennes le Château avec l'aide de Dieu et d'un diabolo grenadine"
Ecrit par : Syl | 22.10.2006
J'ai beaucoup aimé ce livre, peu experte en matiére d'histoire il a su me captivé et me donner gout à cette période de l'histoire de France. L'auteur a su donner un suspense tout particulier en entremélant 2 époques,2 intrigues, perpétuellant au cours des pages la curiosité du lecteur. Un ensemble de petits details d'eciture (nottament l'emploi recurrent de la langue d'Oc) permettent au lecteur de se sentir plongé au coeur de l'époque médiévale du languedoc. Voila, séduite par son ecriture, son gout du detail...
Ecrit par : jennifer | 14.11.2007
Je ne suis certainement pas une professionnelle, mais je trouve ce roman terriblement dur à lire... Non pas par l'intrigue, mais par l'usage d'un vocabulaire complexe et d'une formulation de phrase extrêmement lourde ! Suis je la seule à penser que ce livre ne vaut pas toutes les éloges qu'on lui accordent ?
Ecrit par : emilie | 13.03.2008
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