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19.09.2006
Jim Zeller : "L'harmonica, la meilleure carte de crédit au monde"
Jim Zeller n'avait pas douze ans lorsqu'un harmonica lui est tombé dans les mains la première fois. Au coup de foudre a succédé la passion, facilitée il est vrai par son extraordinaire talent. En trente ans de carrière, Jim Zeller a accompagné les plus grands à l'harmonica. B.B. King, Muddy Waters, John Lee Hooker, Bob Dylan, etc. Il y a plus d'un bluesman qui rêverait d'avoir ces noms-là sur son CV... Longtemps basé à New York, où il a joué aux côtés des Talking Heads, de Pete Townsend ou Brian Eno, Jim Zeller est revenu au Québec, sa terre natale, dans les années 80, où il a notamment fondé le Jim Zeller Band. Il fait aussi partie de ces musiciens de studio que tout le monde s'arrache : de Charlebois à Higelin en passant par Breen Leboeuf. Notre rencontre avec celui qu'on surnomme la "tornade" en raison de ses prestations scéniques décoiffantes, remonte à l'année 1996.
Titus - L'harmonica est un instrument qui a acquis ses lettres de noblesse, notamment dans le monde du blues. Quand as-tu découvert cet instrument ?
Jim Zeller - La première fois que j'ai vu un harmonica, il traînait au bord d'un bureau chez l'un de mes amis à Sherbrooke. Je l'ai mis dans ma poche : je trouvais ça commode d'avoir un instrument de musique qui rentrait dans une poche. Ce qui m'a également plu avec l'harmonica, c'est que ça ressemble à la voix.
Titus - Est-ce que tu collectionnes aujourd'hui les harmonicas ?
J'en ai des tas chez moi. Un vrai "junkyard" ! Il faut dire que la durée de vie d'un harmonica est assez limitée. Je dois en changer au bout d'une semaine ou deux, sinon ils commencent à fausser. L'harmonica chromatique va durer un an en moyenne, mais les harmonicas diatoniques, ceux que j'utilise, durent moins longtemps. Normalement, je me sers d'environ une dizaine de tonalités différentes.
Ecouter la réponse de Jim Zeller, dans Calypso, sur CINN FM
Titus - La maîtrise que tu possèdes de l'instrument te vaut souvent d' être appelé à jouer pour des grands noms, qu'il s'agisse de Charlebois, Higelin, pour ne citer que quelques francophones, mais tu as aussi accompagné des géants du blues, comme B.B.King, Muddy Waters, et ce dès les années 70. J'imagine que tu dois garder des souvenirs assez marquants de toutes ces années...
C'est sûr. Quand j'ai commencé à jouer, j'avais beaucoup d'opportunités de rencontres parce que je me produisais avec un guitariste montréalais au sein d'un groupe de Detroit. On a accompagné par la suite les groupes américains qui venaient à Montréal. C'est dans ce temps-là que j'ai joué avec tous ces bluesmen. Au lieu d'engager tout le groupe, les organisateurs de concerts préféraient engager la vedette et on leur servait de groupe. Ca coûtait moins cher aux producteurs montréalais. Cette semaine, par exemple, j'accompagne Buddy Guy et B.B. King au Forum de Montréal. Ca fait partie de mes racines et de mon éducation musicale.
Jim Zeller en concert, un plaisir pour les yeux et les oreilles :
Titus - En parcourant ta biographie, plusieurs périodes se détachent. Tu as notamment travaillé pendant cinq ans aux côtés de Michel Pagliaro. Que retiens-tu de cette période ?
J'ai appris beaucoup de choses à ses côtés. On a fait cinq albums ensemble. On se voit moins souvent aujourd'hui. Il est surtout à Paris, mais c'est comme un grand frère pour moi. Il m'a beaucoup appris, surtout la manière dont il faut se montrer justes avec les musiciens quand on dirige un groupe. Il m'a aussi donné de bons tuyaux sur la façon dont il faut "dealer" avec les producteurs, pour savoir préserver une éthique. Et éviter les pièges dans lesquels lui est parfois tombé.
Titus - En 1979, tu as produit ton premier album solo, "Cartes sur table". Déjà, à l'époque, les médias te qualifiaient de "bête de scène". Et peu après, on te retrouve à New York, où tu as formé deux groupes, "Monster" et "The Bank". C'est à New York que tu montes sur scène aux côtés de Brian Eno, Pete Townsend ou des Talking Heads. Ils ne t'ont pas fait de propositions alléchantes ?
Si, mais au moment où les choses commençaient à se débloquer pour moi de ce côté-là, j'ai eu le malheur d'être incarcéré et déporté des Etats-Unis. J'ai passé deux ans de prison à New York City. C'est pas un sujet sur lequel je tiens à m'étendre. Un film documentaire, "Locomotive blues", a été réalisé sur cet épisode de ma vie et a été diffusé sur des chaînes de télé canadiennes. Il a été filmé par deux jeunes cinéastes montréalais, Eric Michaud et Michael Hogan. Ils venaient souvent voir mes spectacles et ils voulaient faire quelque chose à mon sujet. Pendant trois ans, ils ont réuni 250 heures de tournage, qui ont été par la suite condensées en 30 minutes. C'est au final, un bon document sur le style de vie du bluesman. Toujours est-il qu'après l'épisode d'incarcération, j'ai recommencé à jouer à Montréal, avec mes musiciens new-yorkais.
Titus - Je voulais justement qu'on évoque ce côté nomade du bluesman. Montréal, New York, en plus de nombreux voyages... Tu aimes la route ?
C'est une question de survie. C'est aussi un peu lié à l'instrument que je pratique, l'harmonica, qui est un instrument de gitan, d'une certaine façon, parce qu'il se promène partout. Je dis que c'est la meilleure carte de crédit au monde. On peut en jouer n'importe où. C'est toujours commode. Si je suis mal pris, je sors un harmonica et c'est assez facile d'attirer l'attention.
Titus - Ton nouvel album est intitulé "Fire to the wire". Ce titre se rapporte à une chanson reggae sur l'album. Quelle en est l'origine ?
Ecouter la réponse de Jim Zeller, dans Calypso, sur CINN FM :
"Fire to the wire" a été composée en Jamaïque, il y a deux ans. On était sur une plage, avec ma blonde Marie-Pierre Beverly, qui a justement écrit le texte d'une autre chanson de l'album "Jack Daniel's blues". En Jamaïque, ils ont la musique dans la peau, et un Jamaïcain est arrivé devant moi : "Ah, man, I've got the beat, man. Check it out, man". (Jim joue un air à l'harmonica) Le beat est parti de là et "Put the fire to the wire", c'est les rastas qui disaient ça. Ca veut dire, "allume ton joint" ou "mets le feu à la mêche". On a composé cette chanson sur place. C'est devenu le thème de l'album.
Titus - Ca fait presque huit ans que tu évolues avec la même équipe de musiciens, notamment le bassiste Jean-Guy Boutin ou le batteur Serge Soulier.
Huit ans pour ceux qui sont avec moi depuis le début de l'aventure du Jim Zeller Band. Dans le cas de Serge Soulier, ça doit faire trois ans et demi. Il vit à Toulouse, en France. C'est pas de sa faute, il est né là-bas. Je l'appelle "born to lose" (né pour perdre en anglais, ndt). C'est sans doute ce sens de l'humour qui fait que le groupe arrive à perdurer. Ce sont d'excellents musiciens. C'est un album enregistré dans les conditions d'un concert. Il y a très peu d'overdub. On a enregistré 19 chansons sur deux soirs. On en a choisi neuf et on les a complétées en l'espace de sept ou huit mois.
Pour en savoir plus :
www.jimzeller.com
Ecouter Jim Zeller à l'oeuvre :
Un extrait de "The house of the rising sun" par Breen Leboeuf (album "L'âme nue" publié en 1994), fameuse reprise des Animals, où l'harmonica de Jim Zeller est omniprésent.
09:25 Publié dans Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Breen Leboeuf, Jim Zeller, harmonica, blues, musique, Michel Pagliaro, Québec
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