25.08.2006
Dérives dans le Pacifique
Jack London a écrit un jour que "Les plus belles histoires commencent toujours par des naufrages". Il n'avait sans doute pas tort, si l'on en juge par le nombre important d'ouvrages littéraires exploitant ce filon. Du fameux "Robinson Crusoë" de Daniel De Foe (1719) à "L'île mystérieuse" de Jules Verne, en passant par le splendide "God's grace" de Bernard Malamud (1982), de tous temps, les écrivains ont été durablement inspirés par ce thème de l'homme confronté à la solitude et à des conditions extrêmes. Le très beau témoignage du pêcheur tahitien Tavae est à ranger parmi les plus belles pages écrites à ce sujet.
La dépêche de l'AFP, tombée il y a quelques jours, avait de quoi faire frémir. Après neuf mois et 8.000 km de dérive dans l'océan Pacifique, trois pêcheurs mexicains ont été récupérés par un thonier taïwanais, le 9 août dernier, ne devant leur survie qu'à une extraordinaire tenacité et la consommation d'oiseaux et poissons crus. Sans aucun doute, leur exploit donnera bientôt lieu à un récit, voire à une adaptation cinématographique.
Il ne s'agira pas d'une première, cependant, puisqu'une aventure assez similaire a déjà fait l'objet d'un très beau livre.
En 2003, était en effet publié "Si loin du monde", le témoignage du pêcheur tahitien Tavae Raioaoa, qui survécut, en 2002, à 118 jours de dérive au milieu du Pacifique suite à une panne de moteur. Le récit, fruit de la rencontre du pêcheur avec l'auteur Lionel Duroy, est un formidable condensé d'humanité qui donne à l'ouvrage une portée universelle.
"Quand nous avons commencé à évoquer le naufrage, j'ai su que nous passions dans une autre dimension. A deux ou trois reprises, je l'ai vu tout près de pleurer. Il ne voulait rien cacher, il est allé constamment au plus près de ses émotions", raconte, dans la préface, Lionel Duroy.
Le livre expose, avec force détails, les difficultés vécues par ce pêcheur durant les quatre mois qui suivirent sa panne de moteur au sud de Moorea, (île soeur de Tahiti), le 15 mars 2002. Une reconstitution aussi fidèle que possible de la succession d'émotions et d'événements qui jalonnèrent cette traversée en solitaire, jusqu'à son accostage sur la plage de One foot island , l'une des îles minuscules de l'archipel d'Aitutaki (îles Cook), le 10 juillet 2002.
Extrait de "Si loin du monde" (2003, Ohéditions) :
"J'eus de nouveau faim, le soir, et cette faim me rassura. Je pris deux belles tranches de mahi mahi sur le pont et je les mastiquai lentement, conscient que je devais me maintenir en bonne santé. Je me sentis plein de gratitude pour ce corps qui ne cédait pas aux cauchemars, lui, qui réclamait sa part. Le poisson était à mon goût, bien gras, nourrissant, et, mon repas terminé, je pris deux petites gorgées d'eau. La perspective du jour à venir et des surprises que je pouvais en espérer m'avait rendu confiance. Entre-temps, le crépuscule avait tout éteint autour de moi. Je me couvris de ma brassière et de mon ciré et, pour la seconde nuit, j'allai me lover tant bien que mal dans l'arc de la proue. Cette fois, je n'avais pas allumé les feux pour économiser la batterie, et je demandai donc au Seigneur d'écarter de mon bateau les périls que nous risquions de croiser dans la nuit."
18:40 Publié dans Le salon littéraire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Naufrage, océan Pacifique, Tavae, Tahiti, Aitutaki, Moorea






















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