« Sudbury (Ontario) - "Moi, j'viens du Nord" (Robert Paquette) | Page d'accueil | Anique Granger, portée par le vent des plaines »
27.07.2006
Paul Demers, chantre de "Notre Place"
"De tous les artistes que connaît présentement l'Ontario français, le chanteur Paul Demers est probablement celui qui incarne le plus directement et le plus manifestement la spécificité franco-ontarienne. Avec des chansons comme "Un jour j'irai dans le Nord", "Mademoiselle", et "Notre place", il a su élever le vécu quotidien de toute une communauté au rang de symboles qui traduisent une fierté et un enracinement français". Ces quelques mots de Pierre Albert inscrits en préambule de la biographie de Paul Demers en disent déjà long sur la formidable empreinte de cet artiste originaire de l'Outaouais québécois, devenu en quelques années porte-flambeau de la francophonie ontarienne. Au cours de notre rencontre, au mois de mai 1992, Paul Demers évoquait son parcours et commentait l'avènement, en 1986, de la loi ontarienne sur les services en français, dont l'application connaissait alors quelques soubresauts en divers endroits de la province.
Paul Demers est le premier artiste franco-ontarien que j'ai rencontré, peu après mon arrivée dans le Nord de l'Ontario en 1991. J'enseignais alors le français dans une petite école secondaire du nord de l'Ontario, à Géraldton, et Paul avait été invité à venir passer une semaine complète auprès des élèves, vers la fin de l'année scolaire. Il est donc intervenu à plusieurs reprises en salle de classe, en plus d'encadrer, avec plusieurs élèves musiciens, un atelier de création musicale dont la finalité fut l'écriture d'une chanson en français.
Aussi banal que cela puisse paraître à des lecteurs français, habitués à vivre dans un environnement linguistique majoritairement francophone, le simple fait d'écouter de la chanson française ne coule pas toujours de source lorsqu'on vit en Ontario, même lorsque les francophones y sont majoritaires, comme c'est le cas dans plusieurs régions de la province.
Ces rencontres avec des chanteurs ou écrivains franco-ontariens, organisées dans les écoles autour d'un projet de création artistique, revêtent donc un double intérêt : amener les élèves à réfléchir à leur histoire et leurs origines; espérer faire émerger, ensuite, un sentiment d'appartenance à une même communauté (la population franco-ontarienne compte tout de même un demi-million d'individus !). En cela, la participation des artistes s'avère un formidable catalyseur. J'ai pu observer à quel point le passage de l'un d'eux à l'école faisait beaucoup plus qu'une leçon de grammaire pour amener les jeunes Franco-Ontariens à s'exprimer en français en dehors des salles de classe... Là-bas, nul besoin d'apprendre l'anglais, il "s'attrape" tout bonnement, disait-on... Et il n'était pas rare, effectivement, de voir des élèves utiliser la langue de Shakespeare dans toutes leurs activités extra-scolaires !
Très vite, une relation d'amitié s'est développée avec Paul. Cette même semaine, il est venu passer une soirée à la maison. Quel souvenir ! Un ami de l'école, Jacques, avait apporté sa guitare. Paul n'a pas tardé à la sortir de son écrin, et à l'aide du médiateur qui se trouve toujours dans sa poche, nous a offert une belle rétrospective de la création musicale en Ontario français. Sublime concert privé ! C'est en début de soirée, avant le début du récital, que nous avions réalisé l'interview que voici...
Titus - Qu'est-ce que cela représente, aujourd'hui, d'être franco-ontarien dans le contexte canadien français ?
Paul Demers - Dans la montée du nationalisme québécois, à partir de la fin des années 60 et dans les années 70, l'expression "canadien-français" a perdu un peu de ses plumes. Les Québécois s'identifiaient de plus en plus Québécois, et de nouvelles expressions sont apparues pour désigner les francophones hors-Québec . Ainsi, les francophones de l'Ontario ont choisi l'expression "franco-ontarien". Dans le Nord de l'Ontario, pour désigner la population francophone qui y est très importante, on a également vu se développer l'expression "Nouvel-Ontario" pour faire allusion à un pays imaginaire, idéal. Avec le recul, quelques décennies plus tard, beaucoup de choses ont changé en Ontario français, notamment dans le contexte constitutionnel, et cela est l'héritage direct de ces mouvements apparus dans les années 70, le résultat de la pression culturelle et politique exercée par les artistes et les gens actifs en Ontario. Cela a fait débloquer un certain nombre de choses. Entre autres, la loi 8 sur les services en français, qui a permis d'assurer des services en français dans certaines régions désignées. Même si ce n'est pas encore une province bilingue, la loi a enfin reconnu l'apport historique des francophones en Ontario.
Titus - Quelles étaient ces régions désignées ?
Paul Demers - Il y en avait 22, parmi lesquelles figurent l'Est ontarien, le Nord de l'Ontario, dont une partie du Nord-Ouest, et le Sud-Ouest, des secteurs où l'on recense beaucoup de francophones. Le problème, c'est que la loi n'est pas imposée aux municipalités, d'où certaines crises apparues dans certaines régions, par exemple à Sault-Sainte-Marie. Certaines municipalités, à l'image de cette dernière, ont eu peur de cette loi, jugeant que ça coûterait trop cher d'avoir des services bilingues, et dans l'urgence, se sont déclarées unilingues anglophones pour s'assurer de ne pas se voir mandater par la loi 8 d'offrir des services en français. Ce qui est parfois méconnu, c'est que beaucoup d'autres municipalités se sont déclarées bilingues. Il existe ainsi une association des municipalités francophones en Ontario, parallèle à l'association des municipalités telle quelle, et qui se bat contre certains vieux principes qui existent encore.
Titus - Quand on lit ta biographie, l'ouvrage que le journaliste Pierre Albert t'a consacré, on apprend que tu es né au Québec. Comment as-tu été amené à devenir l'un des artistes les plus symboliques de l'engagement franco-ontarien ?
Paul Demers - Au départ, il s'est agi d'un concours de circonstances, qui s'est transformé en histoire d'amour. Je suis né dans l'Outaouais québécois. De l'autre côté de la rivière, il y avait donc l'Ontario, et Ottawa, (capitale fédérale du Canada). Mon père travaillait du côté ontarien dans les écoles, et a déménagé en Ontario. J'ai donc fait une partie de ma scolarité, l'école primaire, au Québec, et mes études secondaires en Ontario. Et l'éveil culturel, naturellement, c'est à l'âge de l'adolescence qu'on vit ça. Et cet éveil, je l'ai vécu en pleine montée nationaliste québécoise, et je me sentais un peu déraciné en Ontario. Je me suis tout de suite identifié à la francophonie ontarienne en allant au théâtre ou à des concerts dans le Nord de l'Ontario. Car ces gens-là parvenaient, en réaction à ce qui se passait au Québec, à se créer eux-mêmes une identité. J'étais jeune adolescent; je grattais déjà la guitare et on écoutait des bonhommes comme Robert Paquette, André Paiement, Marcel Aymar, qui formeraient plus tard le groupe CANO, qui fut assez connu au Québec. Plus tard, il y eut une autre formation, Garolou... Je me suis identifié à ces gens-là assez facilement parce que c'était un nationalisme qui n'était pas forcément politique, mais qui se rapportait à l'émergence d'un peuple dans un contexte géographique "sauvage". D'un festival à l'autre, le mot s'est passé, et j'ai commencé à être invité un peu partout dans la province. Ensuite, j'ai été jouer au Québec, notamment en Abitibi ou en Gaspésie...
Au Québec, on ne s'imagine pas qu'il y a autant de francophones et de dynamisme à l'extérieur du Québec. Cette découverte, je voulais la communiquer aux autres. Et faire part de ce que je considère une injustice, qui est réservée aux francophones, autant par les communautés anglophones du Canada que, d'une certaine façon, par les Québécois. Au niveau des médias, tout est centré sur le Québec. C'est un peu le phénomène que le Québec a connu par rapport à la patrie-mère, la France, qui est parfois condescendante envers les anciennes colonies. Souvent, les francophones hors-Québec se sentent un peu comme ça et j'ai donc essayé de faire le pont, d'ouvrir des voies de communication, quand j'allais jouer au Québec notamment.
Titus - Commences-tu à voir les effets de cette action que tu mènes depuis plus de 10 ans ?
Paul Demers - Sur le terrain, dans les communautés francophones hors Québec, il est sûr que cette identité qui a été créée dans les années 70 a fait des petits, a fait une génération ou deux de gens qui, politiquement et culturellement, ont essayé de débloquer des choses. La loi 8 est une conséquence directe de cette effervescence. Par rapport au Québec, j'ai le sentiment que les Québécois ne demandent pas mieux que de garder contact avec les francophones hors-Québec et sont toujours ouverts à ça. Il s'agit juste d'ouvrir la porte plus souvent...
Titus - On a observé, en Ontario, une tentative de regroupement entre artistes pour peser davantage et essayer de mieux se faire connaître. C'est le cas de l'APCM, l'association des professionnels de la chanson et de la musique en Ontario français.
Paul Demers - L'APCM est un vieux rêve que j'avais avec d'autres musiciens membres du groupe CANO. CANO qui était déjà la coopérative des artistes du Nouvel-Ontario, une coopérative de gens qui faisaient de la poterie, de la musique, du théâtre. J'avais demandé à Marcel Aymar si on pouvait devenir membre du collectif, mais il m'avait dit que ça se faisait plus ou moins, que c'était un groupe "select". Dès ce moment-là, je voyais la nécessité d'avoir une association pour permettre aux gens faisant de la musique de se rencontrer, tout au moins d'une façon annuelle dans un cadre non compétitif, où on peut parler de nos problèmes, essayer de trouver des solutions pour la distribution, l'enregistrement ou la diffusion. Et l'APCM a vu le jour en 1989... J'en fus le président-fondateur. Il faut se rappeler que l'Ontario, c'est très vaste; les francophones sont dispersés partout à travers la province. Quand on est dans une métropole et qu'on fait de la musique, on rencontre ceux qui font le même métier lors des lancements, dans les bars et les cafés; mais en Ontario, ce n'est pas du tout évident parce qu'il y a des gens de Sudbury, d'Ottawa, de Windsor. Une association était essentielle pour provoquer les échanges entre tous ces créateurs. La majorité des membres sont des jeunes qui veulent vivre du métier, qui écrivent des chansons et chantent en français. Si on voulait une certaine continuité dans la chanson franco-ontarienne, il nous fallait un outil de plus. L'APCM a ainsi diffusé plusieurs compilations d'artistes franco-ontariens, a lancé un festival de chanson franco-ontarienne. Nous avons aussi un projet de diffusion, car il n'existe pas vraiment de diffuseur des oeuvres francophones en Ontario. Les gens ne trouvent pas nos disques.
Titus - Ton premier album a été publié aux éditions Poloden.
Paul Demers - C'est mon étiquette; c'est un album autoproduit. Après plusieurs années de scène, les gens avaient hâte d'entendre un album, et c'est des fans, des amateurs de mes spectacles, qui ont décidé de faire une levée de fonds pour financer l'album. Il a été enregistré dans deux studios à Montréal et un autre à Ottawa. J'avais besoin de cet outil-là. C'est une carte de visite en quelque sorte.
Titus - Ton premier album n'est pas à proprement parler thématique. C'est plutôt un album compilation où l'on retrouve plusieurs climats, plusieurs types musicaux.
Paul Demers - C'est toujours délicat, un premier album. J'ai travaillé avec des musiciens de Montréal. Yoland Houle, par exemple, qui joue avec un tas de gens au Québec (entre autres Paul Piché, Luc de Larochellière ou Daniel Lavoie). Il y avait un double mandat : répondre à l'attente de mon public immédiat, qui me connaît depuis quelques années et en même temps essayer de me faire connaître à un autre public. Le fait qu'on y entende autant d'ambiances est lié au fait que j'avais accumulé pas mal de chansons sur une période de dix ans, qui correspondent à diverses périodes de recherches musicales : il y a eu des périodes plus jazz, plus blues. L'album est donc une sorte de perspective de ce que j'avais écrit jusqu'à ce moment-là. Je suis aussi quelqu'un de la génération des Beatles, et ce groupe n'était pas thématique dans son approche. On pouvait passer du ragtime au heavy metal sur certains albums. Quand j'écris, selon les périodes, les goûts changent et les chansons le reflètent.
Titus - Avec Purlaine, le groupe dont tu faisais partie avant d'entamer une carrière solo, tu avais déjà eu l'occasion d'aller chanter en dehors de la province. De nouvelles opportunités se sont présentées depuis que tu chantes seul, puis que tu as notamment joué en France, aux francofolies de La Rochelle.
Paul Demers - C'était dans le cadre d'un échange entre la France et les Franco-Ontariens. J'étais passé sur l'émission Pollen de Jean-Louis Foulquier après ma performance. Il ne me connaissait pas vraiment; il m'a invité à La Rochelle, en 1987. Une visite en amenait toujours une autre : je suis retourné en France cinq ou six fois en l'espace de sept ans. Il y a eu aussi une visite au festival international de la Louisiane à Lafayette. Ca faisait longtemps que je voulais connaître la Louisiane, parce que j'ai toujours été intrigué par les Cajuns, depuis Zachary Richard dans les années 70, et même avant.
Titus - Comment le public de l'extérieur perçoit le chanteur franco-ontarien que tu es ?
Paul Demers - En France, le public confond toujours un peu Québec et Canada. Pour eux, la plupart du temps, il n'y a qu'au Québec qu'on chante en français. Et très souvent, canadien veut pratiquement dire francophone. Au travers de ces visites, on leur apportait la notion qu'il existe d'autres communautés francophones au Canada. Ils ne voient pas la différence car l'accent est semblable. C'était un grand défi pour moi de tester mon matériel sur d'autres gens; et finalement, ça s'est bien passé. Je fais une musique très contemporaine, et non pas ethnique culturelle. J'ai été très influencé par le blues, et l'accueil a été étonnant en Louisiane. De voir des noirs qui dansaient devant la scène quand je jouais, c'était une petite fleur qu'on me lançait, sans qu'ils s'en rendent compte.
Titus - Et quelle est l'attitude des musiciens québécois que tu as pu rencontrer à ton égard ?
Paul Demers - Je dirais que plus ils sont grands, et plus ils nous considèrent comme des compères. C'est souvent ceux qui ne sont pas tout à fait grands qui se montrent condescendants et qui attrapent la grosse tête. C'est pas pour rien que, des gens comme Charlebois, Michel Rivard sont des grands ! Ils sont vrais; ça se sent, quand on les rencontre dans les festivals notamment. Charlebois a même été jusqu'à enregistrer des percussions sur l'une de mes chansons, il faut le faire. Et Rivard s'est joint à moi pour chanter l'une de mes chansons. Il y a d'autres "grands noms" (entre guillemets) qui l'ont pas fait parce qu'ils avaient manifestement la grosse tête. Moi, je suis quelqu'un de plutôt direct, honnête, et je crois que c'est la meilleure carte de visite pour toucher quelqu'un. Qu'on soit un grand nom ou pas, c'est assez facile de toucher les gens quand on est sincère.
Titus - L'une des raisons pour lesquelles on te considère aujourd'hui comme l'un des porte-parole des Franco-Ontariens, c'est parce que tu as écrit une chanson qui s'appelle "Notre place" , qui apparaît comme un hymne, tant et tant d'ailleurs qu'il a été utilisé comme générique de certaines stations de télévision, comme TV Ontario. Lorsque tu as écrit cette chanson, pensais-tu qu'elle connaîtrait une destinée semblable ?
Paul Demers - C'est une drôle d'histoire, cette chanson-là. Au début de ma carrière, j'avais déjà écrit une chanson qu'on pourrait qualifier d'hymne, "la ballade d'un franco-ontarien", mais celle-là n'avait pas connu la même diffusion. Avec "Notre place" , il y avait sans doute plus de maturité et de vécu dans mon écriture : j'ai sans doute exprimé ce que les gens sentaient à l'intérieur mais qu'ils n'exprimaient pas. Ca a rejoint beaucoup de gens. Au départ, il s'agissait d'une commande pour souligner un événement historique : le début de la loi sur les services en français en Ontario, la fameuse loi 8. On avait fait un grand gala et on m'avait demandé d'écrire une chanson pour l'occasion. Cette chanson-là est en train de faire un grand bout de chemin auprès de la communauté. Elle ne m'appartient plus, en quelque part; c'est la chanson de toute la communauté franco-ontarienne, qui l'a adoptée comme un enfant.
Ecouter un extrait de "Notre place", interprétée par Paul Demers, Robert Paquette et Hart Rouge.
Titus - Un mot sur le livre que te consacre Pierre Albert. N'est-ce pas assez flatteur, à l'âge de 36 ans, et seulement un album à ton actif, qu'une biographie ait déjà été écrite à ton sujet ?
Paul Demers - A l'origine, il ne s'agissait pas à proprement parler d'une biographie. Les écoles francophones de l'Ontario aiment disposer de documents qui leur permettent de présenter aux élèves les acteurs de la vie culturelle en Ontario français. Or, les outils sont très rares. Au départ, il devait s'agir d'un recueil de textes de chansons, avec quelques notes biographiques au début. J'avais proposé à la maison d'édition que Pierre Albert en soit l'auteur, car je le connaissais bien. Et Pierre s'est emballé et a développé la partie biographique au-delà de ce qui était prévu. Bien sûr, je suis fier du résultat. Le livre aborde aussi un chapitre de ma vie qui, avant la publication, donnait lieu à diverses rumeurs. J'ai eu la maladie de Hodgkin, une forme de cancer, et en quelque sorte, je souhaitais que les gens connaissent la vraie histoire. Plusieurs chapitres ont été écrits pour faire toute la lumière.
Pour en savoir plus :
La biographie de Pierre Albert publiée en 1992 aux Editions L'Interligne, Ottawa.
http://interligne.ca
L'hebdomadaire franco-ontarien L'Express de Toronto a récemment consacré un article à Paul Demers, qui a célébré en mars dernier ses cinquante ans.
http://www.lexpress.to/archives/292/
15:00 Publié dans Rencontres franco-ontariennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Paul Demers, Ontario, musique, chanson franco-ontarienne, CANO, Pierre Albert, Notre place
Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://lemondedetitus.blogs.letelegramme.com/trackback/1830
Commentaires
Bonjour,
J'apprécie beaucoup les chansons de Paul Demers.
J'essaie de le rejoindre pour des raisons professionnelles. Pouvez-vous m'envoyer son adresse courriel dès que possible?
Annette Lalonde
Directrice
Services éducatifs TFO
Ecrit par : Annette Lalonde | 13.09.2008



























