08.11.2009

Jane Roberts : « Ma vie de l’autre côté du mur »

P1140115.JPGEn juillet 1994, nous réalisions une interview avec la chanteuse Jane Roberts, une Allemande de l’Est dont on parlait beaucoup à l’époque puisqu’elle venait de publier, tour à tour, son premier album, « Secrets »,  et un livre, « Secrets, une histoire vécue de l’autre côté du mur », tous les deux aux éditions Imagine. Alors qu’un peu partout chacun y va de son couplet sur les vingt ans de la chute du mur, Le Monde de Titus apporte sa modeste contribution en vous proposant aujourd’hui cette interview réalisée seulement cinq ans après les événements.

 

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Titus - Jane Roberts, cela fait seulement deux ans que vous vivez au Canada mais vous n’avez pas perdu de temps, c’est le moins qu’on puisse dire, puisque vous avez déjà publié un album, « Secrets », et un ouvrage autobiographique, qui raconte votre vie en RDA avant la chute du mur…

 

Jane Roberts – Ma carrière avait déjà débuté en Allemagne de l’Est, en réalité. A l’âge de 14 ans, en 1981, j’avais commencé à chanter au sein d’une chorale et j’ai appris la guitare en autodidacte, en plus de prendre des leçons de chant et de piano. Cette passion ne m’a jamais abandonnée depuis.

 

Titus – Où viviez-vous en Allemagne de l’Est ?

 

Je suis née à Berlin, qui était à l’époque la capitale de la RDA, et qui est redevenue par la suite la capitale de l’Allemagne réunifiée. J’ai grandi dans une ville située environ à une heure de Berlin.

 

Titus – Vous étiez donc aux premières loges pendant les événements de 1989…

 

C’est vrai, mais je ne vais pas vous raconter d’histoires. J’étais tellement impressionnée par ce qui se passait que j’ai préféré suivre les événements à la télé. J’avais un peu peur et, pour être honnête, j’avais beaucoup de mal à croire ce qui se passait.

 

Titus -. Ça a dû être un choc, en effet !

 

Un très grand choc ! Tout est arrivé si brusquement. Le monde dans lequel j’avais grandi s’est écroulé d’un seul coup. Jamais je n’aurais pu imaginer cela ! Pour me convaincre que tout cela s’était réellement passé, j’ai commencé par écouter les infos, et trois jours plus tard, je me suis décidée à aller voir de plus près. Et tout était vrai !

 

Titus – Sur le coup, ça a dû générer pas mal de confusion, non ?

 

P1140116.JPGIl a fallu un peu de temps avant que les choses s’organisent. Tant de changements d’un seul coup ! Au début, du fait de la restructuration de l’économie, de nombreuses personnes ont perdu leur travail ; tous leurs fondamentaux ont été bouleversés, et cela a naturellement créé beaucoup de confusion, vous avez tout à fait raison. Un simple exemple, bon nombre de familles se sont disloquées à l’époque parce que les gens n’arrivaient plus à s’entendre sur la façon de gérer leur quotidien. De nombreux pères ont abandonné leurs familles… Pas tous, bien entendu, mais tout de même un grand nombre…

 

 Titus -  Il faut dire qu’il y avait des avantages à se marier du temps de la RDA et que beaucoup de couples se sont formés pour cette raison, non ?

 

Absolument. Dans mon cas, j’ai épousé une personne dont j’étais tombée amoureuse alors que nous étions étudiants. A l’issue de nos études, à moins de se marier, il était impossible de trouver un appartement en étant célibataire. C’est donc ce que nous avons fait ; nous nous sommes mariés et nous avons obtenu un appartement. C’était quelque chose d’assez habituel à l’époque…

 

Titus – Pourriez-vous nous raconter la journée type d’un résident d’Allemagne de l’Est

avant La chute du mur ?

 

Dans la plupart des cas, les familles étaient composées d’un ou deux enfants. On se levait vers

6 h du matin et on travaillait de 8 h à 16 h. On se couchait généralement vers 22 h. La plupart

des gens travaillaient à temps plein. Le travail à temps partiel n’était pas commun et n’était

pas bien considéré, d’ailleurs, dans notre société. Homme et femme travaillaient donc à temps plein et les enfants allaient à la crèche, qui était gratuite.

 

Titus – Il n’y avait pas de chômage, non plus.

 

C’est exact. Personne n’avait à dépendre des allocations chômage. Il y avait du travail pour tous. En revanche, vous n’aviez pas toujours le choix d’exercer la profession de vos rêves.

 

Titus – Cela veut-il dire que le gouvernement vous imposait parfois un travail ?

 

Par exemple, si vous vouliez devenir médecin. Leur nombre était limité et seulement les meilleurs étaient retenus et la compétition très rude ! Si vous n’étiez pas choisi, il fallait faire des compromis et accepter de changer d’orientation. Mais plusieurs possibilités étaient généralement offertes et il fallait faire son choix à partir de ces propositions.

 

Titus – Que s’est-il passé dans votre cas. Vous étiez très attirée par la musique…

 

P1140112.JPGJ’ai fait des études pour devenir enseignante. Il a fallu que je choisisse cette profession alors que je n’avais que 14 ans. C’était un peu tôt ! Et c’est effectivement à cette même époque que je me suis découvert une passion pour la musique. Mais j’avais déjà à l’époque été acceptée au sein de l’Institut de développement pour enseignants. Comme j’avais envie de changer d’orientation, cela m’a valu de nombreuses remontrances de mes parents. Ça a fini par me convaincre que je devais m’en tenir au métier d’enseignante. A l’issue de mes quatre années d’études, je me suis quand même tournée vers la musique, ce qui m’a permis par la suite d’enseigner l’allemand, les maths et la musique.

 

Titus – Et la musique a pris de plus en plus de place…

 

En effet. J’ai participé à un concours national organisé par la radio d’Etat. Et ma démo a été choisie, ce qui m’a ouvert la porte d’un studio. Plusieurs personnes se sont dès lors intéressés à mon travail, et voilà. Tout s’est enchaîné assez naturellement ! Je saisissais toutes les opportunités qui se présentaient lorsqu’il s’agissait de musique !

 

Titus – Et avez-vous publié un album en RDA avant de partir pour le Canada ?

 

Je travaillais sur la production de mon premier album lorsque les événements sont survenus. Après la chute du mur, des maisons de disques occidentales se sont intéressées de près à notre pays, dans l’espoir d’y développer de nouveaux marchés. Elles en ont aussi profité pour débusquer de nouveaux talents. C’est ce qui s’est passé dans mon cas : j’ai rencontré le président des disques Imagine, Pierre Durivage, qui m’a proposé d’aller travailler au Canada. J’ai accepté de franchir le pas et j’ai donc émigré. Mais honnêtement, je suis persuadée que j’aurais fini par être musicienne, même si la chute du mur n’avait pas eu lieu !

 

Titus – Récemment, je discutais avec le musicien roumain Marius Luca, qui lui aussi a émigré au Canada pour y faire carrière au sein de plusieurs formations rock. Lui qui était une star du rock en Roumanie sous Ceaucescu, me racontait la difficulté d’écrire des chansons dans un pays communiste, ce qui l’a d’ailleurs amené à fuir son pays… Avez-vous ressenti la même chose ?

 

Ecouter la réponse de Jane Roberts dans Calypso, sur CINN FM :

 



 

 Vous avez raison. Dans mon cas, j’éprouvais beaucoup de difficultés à mettre des mots sur mes mélodies. Je ne savais pas comment m’exprimer ou que dire. Si vous écoutez mon album « Secrets », vous remarquerez sur plusieurs titres, une absence de textes. Je me contentais de chantonner « da da da da » pour accompagner la mélodie. C’est un miroir de cette période de mon existence où je tentais d’explorer ce qu’il y avait à l’intérieur de moi pour le retranscrire. J’ai ainsi appris à traduire mes émotions. Ça n’a vraiment pas été facile. Le processus a été fastidieux.

 

Titus – Vous avez fini par écrire un livre qui raconte précisément votre vie « de l’autre côté du mur »…

 

P1140120.JPGTout à fait. Il s’agit d’une autobiographie. J’y parle des gens que j’ai côtoyés, de notre éducation, de notre environnement. J’y livre aussi un point de vue très personnel. J’ai cherché à livrer un témoignage aussi sincère que possible sur l’Allemagne de l’Est d’avant la chute du mur, parce qu’il n’y a pas que des mauvais souvenirs, vous pensez bien. J’évoque tout ce que cette époque avait de négatif, sans occulter les moments heureux qui ont jalonné mon existence. 

 

Titus – Avez-vous choisi le nom de Jane Roberts pour votre carrière musicale au Canada ?

 

En partie. Roberts existait déjà en Allemagne. Il fallait que je trouve un prénom qui me ressemble, et j’ai finalement choisi celui de Jane.

 

Titus – Si ce n’est pas un secret, pourriez-vous nous dire comment vous vous appeliez avant de quitter l’Allemagne ?

 

Oui, bien sûr. Irina Marchinkovski. Vous comprenez pourquoi il était important de changer de nom. Je ne crois pas que beaucoup s’en seraient souvenu (rires).

 

 

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Titus.

Photos : Serge Grenier.

 

 

Un extrait de l'album "Secrets", le tube "Surrender" :

 

 

 

 

P1140114.JPGL’EXTRAIT

« La période d’août à novembre 1989 s’envola à toute vitesse. Pas un jour ne passait sans manifestations et un défilé incessant de « vacanciers » vers la Hongrie. Entre-temps, l’Etat cherchait à sauver le vaisseau qui sombrait en suppliant les gens de ne pas déserter.

Tard le soir du neuf novembre, les gens reçurent d’autres nouvelles fracassantes. Un porte-parole de l’Etat retransmit des reportages sur un événement très attendu, mais jusqu’ici imprévu : désormais, la frontière séparant les deux Allemagnes serait ouverte. Nous étions libres de partir ! La nouvelle suscita des sentiments contraires chez ceux qui restaient encore. Que signifiait tout cela ? N’existait-il dorénavant qu’une seule Allemagne ?

Dès lors, un défilé d’autos, surtout des fameuses Trabant de l’Est (aux affreux nuages de fumée crachés par leurs tuyaux d’échappement), se déplaçait vers Berlin-Ouest. Soudain, la ville, divisée depuis vingt-huit ans, vivait des retrouvailles. (…) La déception que m’inspirait le régime, et la gêne ressentie envers ceux qui dénonçaient ma foi aveugle d’antan, me donnaient le vertige. Continuant de regarder les actualités, je les voyais tous sous un tout autre jour. Je constatais le vaste écart entre les discours et la réalité. (…) Je chassai de mon cœur un régime qui, en exploitant ma confiance, m’avait depuis longtemps reniée. (…) Dupée, comme des milliers d’autres, j’étais résolue à profiter au maximum de cette nouvelle situation. Je me dis que jamais plus je ne servirais une société avant de combler mes propres besoins ».

 

Jane Roberts, in « Secrets, une histoire vécue de l’autre côté du mur », aux éditions Imagine.

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS

 

P1140119.JPGUn livre : « La chute du mur », par Olivier Guez et Jean-Marc Gonin. Le premier est journaliste et écrivain et vit à Berlin depuis 2005. Le second est grand reporter au Figaro Magazine et a couvert la chute du bloc de l’Est en 1989 pour L’Express. Leur livre, qui se lit comme un roman, met en scène les principaux acteurs (célèbres ou restés anonymes) des événements de manière chronologique, à partir d’octobre 1989. Pour découvrir de l’intérieur les dernières heures du régime socialiste de la RDA. (21,90 €)

P1140118.JPGUn magazine : « Berlin pour mémoire », Courrier International du 5 au 11 novembre. La rédaction de Courrier a choisi de donner la parole à une douzaine d’écrivains ou artistes, parmi lesquels Ingo Schulze, Christoph Hein, ou Julia Franck, pour raconter, sur un ton sérieux ou satirique, « les moments cruciaux d’un tournant historique qui les a enchantés, puis parfois désenchantés, mais qui nourrit encore leur réflexion et leurs espoirs ». (3 €)

P1140121.JPGUn hors-série du Monde : « 1989, Liberté à l’Est », avec des entretiens avec Mikhaïl Gorbatchev et Adam Michnik, des récits sur les révolutions de velours et la chute du mur, et une analyse sur la mort d’un empire. (7,50 €)

Un film : « Goodbye Lenin », sur les événements de 1989 et les tentatives d’un fils pour cacher à sa mère malade la chute du mur et la fin du régime Honecker. Un film-culte dont la musique est signée par le Breton Yann Tiersen.

 

24.09.2009

Vincent Trouble : « Ça me permet tout de m’appeler Trouble »

Trouble.jpgChanteur, compositeur et arrangeur belge, Vincent Trouble publiait, au début des années 1990, son premier album en solo, "Triste, beau et fier", couronné par le prix prestigieux Québec-Wallonie-Bruxelles. C'est alors qu'il assurait la promotion de cet album que nous l'avons rencontré, pour la radio CINN FM, en Ontario, le 17 novembre 1995. Aujourd'hui comédien et musicien pour la compagnie théâtrale "Agence de voyages imaginaires" basée à Marseille, Vincent Trouble a récemment écrit (et arrangé) la musique du "Mime woman show" d'Elena Serra, au théâtre Montmartre Galabru à Paris, en plus d'être parallèlement un pivot de la Fanfare Opulente Wonderbrass. Le site MySpace de cet infatigable touche-à-tout est une vitrine de son extraordinaire polyvalence.

 

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Titus – Vincent Trouble, vous avez reçu l’an dernier (en 1994, ndr) le Prix Québec-Wallonie-Bruxelles de chanson à l’occasion des Francofolies de Montréal. Ce prix est décerné alternativement à des artistes du Québec et de la communauté francophone de Belgique. Parmi les récipiendaires, on compte entre autres Michel Rivard, Richard Desjardins, Daniel Lavoie et, côté belge, Maurane ou Pierre Rapsat. Si on regarde le profil de carrière de tous ces chanteurs, c’est tout de même assez flatteur, non, de recevoir un tel prix ?

Vincent Trouble – Oui, tout à fait. Il va falloir que je sois à la hauteur, là. Allons, je vais y arriver (rires).

Titus – Ce que j’aime, chez vous, c’est qu’on peut difficilement vous classer dans telle ou telle catégorie. Vous avez une musique qui est très personnelle et aux influences multiples. Comment vous définiriez-vous si vous aviez à dresser votre portrait musical ?

Oh, bâtard. Bâtard bruxellois qui est traversé de plein d’influences. Le rock m’a traversé, mais aussi l’accordéon, la musette, la musique tzigane, le blues… Même si finalement, j’ai très peu écouté le blues. C’est une musique que je connais peu mais qui correspond assez bien à ma voix rauque, rauque’n’roll.

Titus – Quelques éléments font désormais partie de l’image Vincent Trouble. Il y a l’accordéon, tout d’abord, qui  connaît, depuis quelque temps, une seconde jeunesse au sein de multiples formations rock…

 

P9220011.JPGCa me fait bien plaisir. C’est ce mouvement qui fait qu’on est en train de redécouvrir notre musique à nous, notre musique première. L’accordéon, c’est plein de musiques différentes. On avait l’image du musette, d’Yvette Horner et du petit bal du samedi soir, mais c’est aussi la musique juive, tzigane, la musique tex-mex, cajun. Il y en a tellement ! L’accordéon est un instrument qui s’est propagé un peu partout. C’est vraiment chouette qu’il redevienne un instrument populaire !

 Titus – Comment en êtes-vous venu à pratiquer de cet instrument ? Je crois que ce n’était pas votre premier instrument ?

Non, en effet. J’ai commencé avec le piano. L’accordéon est venu plus tard, sur un coup de tête. Je m’étais fait le portrait-robot d’un instrument plus léger qu’un piano que je pourrais prendre dans des jams, dans la rue. Et embarquer dans ma bagnole… Comme j’étais pianiste, je voulais trouver un instrument proche du piano mais en très léger. Je me suis dit : « bon sang, mais c’est bien sûr… l’accordéon ». Le problème, c’est que je n’aimais pas du tout l’accordéon. J’en ai quand même acheté un et puis ça fait maintenant près de six ans que je vais de découverte en découverte. J’en suis devenu un passionné. C’est un instrument fabuleux !

Titus – C’est vrai que c’est un instrument aux multiples visages, entre le diatonique et les autres.

vincent.jpgC’est vrai. Et en plus, ce qui est chouette, c’est qu’il peut donner une sensation de tristesse. Il peut être d’une grande mélancolie. Souvent, les gens me parlent de la tristesse de l’accordéon. Et en même temps, c’est un instrument de fête. Il y a donc les deux polarités dans cet instrument !

 

Titus – J’ai noté que vous aviez suivi des cours au fameux collège de musique Berkeley, à Boston. Qu’en avez-vous retiré ?

C’était la première fois que je mettais les pieds aux Etats-Unis. Ce fut un choc, naturellement ! Ce séjour a eu plusieurs incidences. C’était fabuleux, même si c’était dur pour moi. Quand j’en suis revenu, après deux ans de Berkeley, j’étais très complexé. J’étais obnubilé par la technique parce que je n’en avais pas. Ça m’a fait un peu de tort quand je suis revenu de Berkeley. Avec le temps, je réalise toutefois que ça m’a beaucoup servi parce que j’ai pu pénétrer la musique jazz, blues, surtout le jazz, et tout ce que ça comporte d’improvisation, de souplesse, que j’adapte aujourd’hui à l’accordéon et qui donne mon style à moi… Cette espèce de mélange un peu bâtard.

Titus – Vous êtes un chanteur à textes, c’est l’une de vos forces, mais on sent bien que vous accordez aussi une grande importance à la musique. Ça n’a pas toujours été le cas dans le domaine de la chanson francophone…

La réponse de Vincent Trouble dans Calypso, sur CINN FM : 

P9220010.JPGPeut-être. Ça change depuis un moment mais c’est vrai que c’est un truc que je me suis déjà dit. Avec la chanson à texte, le texte était toujours bien mais la musique n’était souvent que fonctionnelle derrière. Je crois d’ailleurs que c’est ce qui a foutu la chanson française en l’air pendant un moment. Qui a fait qu’elle s’est fait bouffer par la musique anglo-saxonne qui elle, était beaucoup plus intelligemment faite. La musique avait un côté beaucoup plus prédominant mais, en même temps, le texte en face était n’importe quoi aussi. Ce qui fait qu’il y a une sorte de fusion à opérer entre les deux éléments, musique et texte. Et c’est vrai que moi, comme je suis un peu musicien à la base, c’est quelque chose que je considère de très important, cette fusion, ce travail musical qui ne doit pas non plus camoufler le chant. C’est un métier d’être chanteur, de composer et de bien arranger ! Moi, c’est ça ma vie, c’est ça qui m’éclate !

Titus – On a fait allusion aux Etats-Unis tout à l’heure. J’aimerais que vous nous parliez de votre chanson « Welcome to Atlanta » qui a fait un vrai malheur ici et qui est le premier extrait de votre premier album solo, « Triste, beau et fier ». Est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qu’il y a derrière cette chanson. Du vécu, j’imagine ?

Oui. Je devais aller en Louisiane et je suis passé par Atlanta car je voulais absolument voir cette ville. Je voulais aller me recueillir sur la tombe de Martin Luther King. J’avais une crise de mysticisme intense. Je ne sais pas pourquoi, enfin si, parce que le racisme est un truc qui me fout les boules et parce que voilà… J’ai été faire ça l’après-midi, me recueillir. Dans les quartiers pauvres d’Atlanta. Il y a de très beaux quartiers avec des maisons en bois. Pour un Européen, les belles maisons en bois, c’est fascinant. Et le soir, en revenant d’un club de blues, je me suis payé la version plus « live », quoi. Je me suis fait casser la gueule par quatre mecs, quatre noirs évidemment. Et je sentais vraiment bien que quand ils me cassaient la gueule, il y avait de la haine, une haine qui était la haine du blanc. Je me disais en moi-même : « t’es Européen, t’y es pour rien », mais en y réfléchissant bien, évidemment que j’y étais pour quelque chose. J’avais fait mon pèlerinage l’après-midi, mais le fait de me faire casser la gueule, c’était peut-être aussi un pèlerinage. De prendre leurs souffrances, leurs galères dans la gueule. C’est peut-être ça qu’il me faut pour écrire de bonne chansons, c’est de prendre dans la tronche (rires).

Titus – Vous avez fait partie de plusieurs formations avant de vous lancer en solo. Vous avez notamment été chanteur et compositeur du groupe Big Trouble, avec lequel vous avez fait le Printemps de Bourges. Est-ce que votre style de composition était alors comparable à ce que vous avez choisi de faire en solo par la suite ?

P9220008.JPGA mon avis, il devait être un peu plus fêlé à l’époque, un peu plus fou. Ça devait être plus aux alentours de Frank Zappa. C’étaient des histoires très délirantes que je racontais, là, et la musique aussi. C’était plus expérimental. Enfin, expérimental, entendons-nous. C’était pas de la musique dodécaphonique ou du Pierre Boulez. J’en serais bien incapable. C’était plus dans l’esprit Zappa. Il y avait une certaine dérision que j’aimais bien, que j’ai toujours aimée. Je n’aime pas que la dérision, mais il y avait ça beaucoup là-dedans.

Titus – « Big Trouble », puis Vincent Trouble. C’est ce qui vous a décidé à choisir votre nom de scène ?

Tout à fait ! J’aime bien ce nom-là. Ça me permet tout de m’appeler Trouble. J’ai tous les droits… (rires).

Titus – J’aimerais aussi que l’on revienne sur le choix du titre pour l’album, « Triste, beau et fier ». Encore un peu d’autodérision, que l’on retrouve aussi dans vos textes, quand vous évoquez les jeunes « désespoirs de la chanson française ».

Je parle un peu de ma vie. Je suis chanteur et j’en connais d’autres, des chanteurs à Bruxelles. La chanson française a traversé une crise et c’est un métier de fou de toute façon. C’est pour ça que j’en ai fait une chanson. Pour tous mes frères de combat. « Triste, beau et fier », c’est un peu ça. C’est un peu la tranche de vie que j’ai dû vivre en composant cet album. Triste, parce que c’est une sensation qui m’envahit souvent. Beau, c’est parce que je suis très beau. Et fier, parce que je n’ai pas envie de laisser tomber les bras et que je suis plutôt d’une nature combative. Pas toujours, mais la vie est un défi.

Titus – Vous avez été, l’an dernier, l’une des révélations des Francofolies de Montréal. Quel accueil y avez-vous reçu ?

P9220006.JPGJ’ai bien aimé. J’aime beaucoup le Canada. Je suis allé au Québec et en Ontario. L’amour de la chanson y est vraiment particulier. C’est un truc qui est plus vivace que chez nous, j’ai l’impression. Le public y est plus généreux, plus prêt à rentrer dedans, plus attentif aux textes aussi ! Le souvenir que j’ai de concerts que j’ai faits ici, la plupart sont vraiment très intenses, plus intenses qu’en France ou en Belgique.

Titus – Je crois que vous avez visité le Canada à plusieurs reprises, et pas seulement en solo. Aux côtés de Philippe Tasquin notamment !

C’est ça. On avait fait les Coups de cœur francophones à Montréal et on était descendus en Louisiane. Donc c’est pour ça que j’ai fait mon petit crochet par Atlanta. Avec les Frères Brozeur, aussi, qui est un autre groupe avec lequel je joue et avec lequel je suis déjà venu deux ou trois fois. C’est un peu notre terre promise.

Titus – Expliquez-nous le lien qu’on pourrait voir entre le Québec et la Belgique, par rapport à la mégapole française qui a tendance, parfois, à prendre beaucoup de place…

On est tous les deux des sous-Français. C’est vrai qu’il y a des similitudes. On se prend moins la tête que les Français, je dirais. Bon, attention, j’espère que les Français ne vont pas me lyncher… Mais il y a un côté un peu plus simple, plus familier, un peu plus complexé aussi. Quand un Québécois voit un Belge, il a l’impression de voir un cousin. C’est vrai aussi qu’au Canada, il y a une communauté anglophone et une communauté francophone et qu’il existe des difficultés de communication entre elles. En Belgique, on a la même chose avec les Flamands. Cette similitude est là aussi.

Titus – Vous avez d’ailleurs adopté des musiciens québécois pour votre tournée canadienne ?

Oui, ça me plaît beaucoup. Ils ont une technique, un feeling qui est typique du continent américain. Ce côté blues bien assimilé qu’on voit moins chez nous bien évidemment. J’aime bien mélanger mon côté plus musette ou tzigane, plus européen avec ce feeling-là...

Un extrait du spectacle "Petits exorcismes" avec Vincent Trouble, Thierry ROQUES (accordéon) et Denis Van Hecke (violoncelle) :

 

Pour en savoir plus :

Le site MySpace de Vincent Trouble

Le site de la compagnie théâtrale "Agence de voyages imaginaires" à Marseille.

23.09.2009

De Morgat au cap de la Chêvre

P8150029.JPGAvant d'entamer notre randonnée jusqu'au cap de la Chêvre, nous avons marqué une halte dans la station balnéaire de Morgat, juste le temps d'un pique-nique. C'est à partir du petit village de Saint-Hernot que nous avons emprunté ensuite le sentier de grande randonnée (GR34) qui nous a menés jusqu'au cap. Une balade en images...

 

"On dirait la Corse..." Les deux Parisiens qui font un bout de chemin à nos côtés n'en reviennent pas. C'est vrai qu'elle est belle la Presqu'île de Crozon. Ses hautes falaises découpées et boisées, ses criques abritées et plages de sable fin... Nos compagnons de voyage se croient en possession d'un secret. On leur a parlé d'un îlot bordant la pointe de Saint-Hernot, un site idyllique pour la baignade... Nous progressons donc à travers la bruyère et la voilà qui apparaît en contrebas, la fameuse île Vierge. Le secret n'était pas si bien gardé, semble-t-il, car la petite plage est noire de monde. Nous abandonnons "nos" Parisiens impatients d'aller piquer une tête dans l'eau verte et poursuivons en direction du cap de la Chêvre. La pointe du Dolmen, l'anse Saint-Nicolas et Men Coz, l'un des plus beaux points de vue de la balade. Depuis le belvédère du cap, à quelques encâblures de là, nous apercevons, à l'horizon, la pointe du Raz et l'île de Sein.  Pour retourner au bourg de Saint-Hernot, où nous avons laissé notre voiture, nous poursuivons sur le sentier de grande randonnée en longeant la pointe de Kerroux et la plage de la Palue. De ce côté-ci, nettement plus exposé au vent et aux embruns, la végétation est quasi inexistante. Un sentier jonché de cailloux, un paysage presque lunaire se déroule à l'infini. Et les fameux Tas de Pois en prime.

Cliquer sur le diaporama pour visualiser les photos en haute résolution

 

22.09.2009

Don McGlashan, vétéran néo-zélandais à la pop classieuse

mcglash2.jpgA quel destin funeste semblent être abonnés les chanteurs néo-zélandais dans l'Hexagone ? En dépit de quelques succès qui se comptent sur les doigts d'une seule main (Crowded House, Split Enz ou... Graeme Allwright), l'essentiel de la production musicale des antipodes demeure largement méconnue de par chez nous. Un exemple flagrant : Don McGlashan, illustre inconnu en France alors qu'il s'agit d'un vénérable vétéran de la scène kiwi dont l'actualité s'est encore récemment enrichie de sa participation au projet caritatif Seven Worlds Collide, réunissant entre autres Radiohead, Wilco, KT Tunstall ou l'ex-Smiths Johnny Marr.

 

donmcglash1.jpgCinquante ans cette année, et quelle année pour un quinqua ! Depuis le mois de mars 2009, les radios des antipodes se repaissaient déjà des ritournelles de l'opus "Marvellous year", livré par Don McGlashan et les Seven Sisters. Mais tout cela n'aurait pas été si "Marvellous" sans la participation du même Don à l'opération Seven Worlds Collide, la deuxième du nom, qui lui vaut, cet automne, de tenir à nouveau le haut de l'affiche pour la seconde fois en un an. Pour cette nouvelle mouture de "Seven Worlds Collide" intitulée pour l'occasion "The sun came out", cet autre fin mélodiste néo-zélandais qu'est Neil Finn a réuni dans son studio d'Auckland, en plus des quelques stars planétaires qui avaient répondu à sa première invitation (Lisa Germano, Johnny Marr, Radiohead, entre autres), quelques autres pointures à l'image de Bic Runga, KT Tunstall ou Wilco. En résulte, au terme de trois semaines d'enregistrement, un double album étincelant qui est commercialisé depuis quelques semaines au profit d'Oxfam (contre la pauvreté dans le monde). Don McGlashan y livre quant à lui deux compos inédites, les pépites "Girl, make your own mind up" et "Long time gone". Dans la veine de son premier album solo publié en mai 2006, "Warm Hand", chaudement accueilli par la critique.

Virtuose de l'euphonium Polyinstrumentiste accompli, Don McGlashan est particulièrement réputé pour son jeu d'euphonium, qui lui vaut d'être régulièrement sollicité à ce titre. (Il en a joué sur les albums de Dave Dobbyn ou Tim Finn, ou sur le dernier disque de Crowded House, "Time on Earth"). On le connaît aussi fin guitariste, notamment au sein de ses deux précédentes formations, les "Front Lawn" et "Mutton Birds". De cette vibrante carrière débutée en 1979 avec le groupe "From Scratch", on retiendra aussi sa participation à la formation avant-gardiste "Blam Blam Blam" dont le titre phare "Marsha, it's bigger than both of us" fut couronné meilleure chanson de l'année aux New Zealand Music Awards en 1982.

L'extrait. La vidéo "Miracle Sun", premier single extrait du premier album solo de Don McGlashan, "Warm Hand", en 2006. 

Pour en savoir plus :

Don McGlashan sur MySpace.

Son site officiel.


21.09.2009

Les beaux jours du patrimoine

P9190146.JPGParmi les nombreuses visites proposées, ce week-end, dans le cadre des Journées du patrimoine figurait le château de Kergroadez, dans la commune de Brélès. Construit entre 1598 et 1613 par François de Kergroadez, compagnon d'armes de Henri IV, ce très bel édifice de type "Renaissance bretonne" a fait l'objet d'importantes restaurations au cours des dernières années et mérite très franchement le détour. Curiosité à découvrir en sus : un jardin des simples qui regroupe une grande variété de plantes médicinales.

A noter

Château de Kergroadez : tél. 02.98.32.43.93.

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