18 juillet 2014

Vishtèn : "Nous sommes une formation typiquement acadienne"

C'est à un voyage en Acadie qu'est notamment convié, ce soir, le public du Dellec, à Plouzané, avec Vishtèn, formation qui fait aujourd'hui figure de référence. Pastelle LeBlanc, à l'origine du groupe, revient sur la genèse du trio né en 2000.

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Que représente l'Acadie à vos yeux ? 

 

L'Acadie n'a pas de véritables frontières. Il ne s'agit pas d'une région à proprement parler, même si l'on considère qu'elle correspond à plusieurs provinces de l'Est canadien : la Nouvelle-Ecosse, l'île du Prince-Edouard, le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve et aussi les îles de la Madeleine. C'est plutôt un sentiment d'appartenance à une Histoire assez particulière. C'est très culturel. On est un peuple éparpillé mais la culture, la langue, nous rassemblent.  

 

Vous-même et votre soeur, Emmanuelle, êtes originaires de l'île du Prince-Edouard, tandis que Pascal Miousse vient des îles de la Madeleine au Québec. Qu'est-ce qui les différencie ?

 

Nous venons d'une petite communauté où l'anglais est beaucoup parlé. Nous sommes une minorité de francophones à l'île du Prince-Edouard, alors qu'aux îles de la Madeleine, ils sont très majoritaires.    

 

A quoi votre enfance a-t-elle ressemblé là-bas ?

 

Nous avons grandi dans une ambiance très musicale, au milieu de gens d'origine écossaise ou irlandaise… Nous étions entourées par les violoneux.  Notre père était prof de musique; notre mère avait aussi un penchant marqué pour les arts et il y avait un piano dans la cuisine. Les soirées de musique étaient très nombreuses à la maison…  

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Comment est né Vishtèn ?

 

C'est le premier groupe que j'ai créé à l'âge de 20 ans. Pascal, lui, a commencé dès l'âge de 12 ou 13 ans. Il a pas mal baroudé, notamment au Québec. A nous trois, nous jouons d'une douzaine d'instruments. Souvent, lorsque les organisateurs de spectacles voient notre plan de scène, ils s'imaginent qu'on est au moins cinq du fait du nombre de nos instruments. Nous sommes une formation typiquement acadienne. Le violon en est sans doute l'élément le plus significatif, au même titre que la guimbarde, la polyrythmie,  la percussion des pieds, les turluttes (musique rythmique à bouche). Notre musique est aussi fortement imprégnée de culture celtique.

 

Au-delà de vos repères familiaux, quels sont les musiciens qui ont compté dans votre cheminement ?

 

Nous avons été bercées par les classiques du répertoire acadien. Notamment Angèle Arsenault, qui venait de notre région et qu'on croisait de temps en temps même si elle vivait au Québec. Lorsque nous avons déménagé à Moncton, au Nouveau-Brunswick, nous avons aussi beaucoup côtoyé les membres de la formation légendaire 1755, avec qui nous avons d'ailleurs collaboré.  

 

 

Vous avez fondé Vishtèn en 2000. Quelle était votre ambition à l'époque ?

 

Honnêtement, nous n'avions jamais imaginé que cette histoire allait durer 14 ans ! Rien n'avait été réellement planifié , même si c'est vrai que nous avons travaillé fort. C'est grâce à notre participation aux vitrines de la Francofête, que nous avons été repérés par une délégation française. C'est le premier pays étranger que nous avons visité en y donnant une cinquantaine de spectacles. Les tournées s'enchaînaient tant et tant que nous présentions jusqu'à 150 concerts par an les premières années. C'était un peu trop, et nous avons senti le besoin de ralentir la cadence. A présent, nous faisons entre 70 et 80 spectacles par an, surtout aux Etats-Unis, en France et en Allemagne. Nous avons joué au moins cinq fois en Bretagne, et avons notamment fait partie de la délégation acadienne au Festival Interceltique. L'an dernier, nous avons aussi donné une masterclasse pour le Conservatoire de Brest au Relecq-Kerhuon. 

 

 

Combien de disques avez-vous enregistrés jusqu'ici ?

 

Nous avons publié quatre albums, dont un enregistrement en concert. Le dernier, "Mosaïque", est sorti en 2012 et a été réalisé par Eloi Painchaud, fils d'Alcide Painchaud, figure de la musique acadienne. Eloi, dont l'empreinte est très importante sur ce disque, a été l'un des musiciens de la formation québécoise Okoumé, avec laquelle Pascal a un peu tourné. C'est d'ailleurs ainsi qu'on l'a rencontré. Au début de l'année, nous avons aussi commencé à nous pencher sur de nouvelles créations. Nous sommes actuellement en tournée jusqu'à l'automne, après quoi nous envisageons d'entrer en studio pour enregistrer un nouvel album, dont la sortie est programmée début 2015. 

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Quelles sont les thématiques que vous abordez dans vos chansons ? La question du départ, liée à l'histoire des Acadiens et aux préoccupations des habitants des îles et des provinces maritimes est très présente...

 

C'est vrai que nos chansons évoquent souvent le thème du départ ou parlent de naufrages, de guerres, d'amour aussi... Certaines d'entre elles sont de très vieilles chansons françaises qui ont voyagé et ont survécu. On les a adaptées, naturellement. Pour notre album "Mosaïque", la période de création a débuté par d'intensives recherches à Moncton, au Centre d'études acadiennes. On a passé des journées à écouter des cassettes dans l'espoir de tomber sur des chansons qu'on pourrait adapter. Nous n'hésitons pas ensuite à modifier les textes et mélodies pour nous approprier ces chansons. Pour nous, c'est essentiel qu'on sente que la musique soit actuelle, au goût du jour.

 

Propos recueillis par Titus 

 

Un large extrait de cette interview a été publié ce vendredi 18 juillet 2014 dans les éditions brestoises du Télégramme.

 

 

 

 

 

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17 mars 2014

Natascha Rogers : "Je ne suis pas facile à étiqueter"

Percussionniste surdouée ayant notamment accompagné Zap Mama ou Fatoumata Diawara, Natascha Rogers est aussi une vocaliste de grand talent. Sa musique au croisement de la pop, du jazz et des musiques afro-cubaines emporte l'adhésion partout où son groupe se produit, que ce soit en Chine, au Mexique ou au Canada. Elle sera en concert à Guilers samedi pour une soirée qui s'annonce très chaude.

 

Natascha Rogers

(Photo : Pauline Pénicaud)

Votre musique est un peu à l'image du croisement d'identités qui vous caractérise…

 

Je suis née à Breda, aux Pays-Bas, et je détiens un passeport hollandais. Je parle donc le néerlandais, en plus de l'anglais, du français, et de l'espagnol, que j'ai appris sur le tas lors de mes séjours à Cuba. Comme mon père est américain, j'ai vécu une partie de ma jeunesse aux Etats-Unis et au Canada. Nous nous sommes enfin installés à Bordeaux lorsque j'avais 12 ans. 

 

C'est à Bordeaux que vous avez fait vos études musicales ?

 

J'avais commencé la musique en autodidacte; il y avait toujours un piano à la maison sur lequel j'aimais créer, déjà toute jeune, toutes sortes de petites compos. Plus tard, j'ai eu le coup de foudre pour les congas lors d'un stage de danse à Toronto. A la fin du collège, j'ai décidé de suivre des cours de djembé et de m'initier aux percussions mandingues. J'ai commencé par accompagner des groupes de danses, avant de passer une audition pour rentrer au Ciam, l'école de musiques actuelles de Bordeaux, où j'ai suivi un cursus afro-cubain durant deux ans. 

 

Des études complétées par plusieurs séjours à Cuba...

 

Dès que j'en ai l'opportunité, j'aime aller m'y ressourcer auprès de maîtres-tambours traditionnels. La musique fait partie du quotidien des Cubains. C'est une approche différente. ça permet aussi de prendre un peu de recul et à garder les pieds sur terre, dans un métier où tout peut partir très vite. Il ne faut pas se laisser emporter par le tourbillon…

 

A l'issue de vos études au conservatoire, vous avez eu la chance de jouer pour Zap Mama.

 

C'était un honneur de travailler avec elle pendant environ un an et demi, en tant que choriste et percussionniste. Cela m'a amenée à vivre un peu en Belgique et de beaucoup voyager. Une super expérience ! 

 

Depuis 2010, vous êtes établie à Paris où vous menez plusieurs projets de front. 

 

Je suis par exemple, depuis trois ans, l'interprète féminine du groupe de salsa Bailongo, qui projette d'ailleurs la sortie d'un album. J'y ai appris tous les codes de la musique cubaine et portoricaine. Je collabore aussi avec la Franco-Brésilienne Agathe Iracema, Gérald Toto ou encore la pianiste chanteuse Raphaële Atlan, avec laquelle nous venons de terminer son deuxième album il y a un mois. Depuis fin 2013, j'ai aussi accompagné sur plusieurs tournées à l'étranger la chanteuse malienne Fatoumata Diawara.

Natascha Rogers

(Photo : Pauline Pénicaud)

Comment s'est constitué votre groupe ?

 

Lors de mes études à Bordeaux, j'avais rencontré dans un jazz-club deux de mes musiciens, le saxophoniste Lucas Saint-Cricq et le bassiste Ouriel Ellert, aussi issus du Ciam, Nous avons continué à travailler ensemble une fois établis dans la capitale. Notre groupe est à géométrie variable; nous avons été jusqu'à six sur scène. Aujourd'hui, nous nous produisons le plus souvent en quartet, avec le guitariste Anthony Jambon ou le pianiste Emmanuel Guerrero. C'est ce dernier qui nous accompagnera samedi à Guilers.

 

Vous avez beaucoup tourné à l'étranger en quelques années…

 

Nous avons joué au Maroc, en Norvège, en Chine, au Canada et au Mexique. Cette année, nous irons au Pérou en juin et de nouveau à Montréal en août et en Chine à la rentrée. Lors de notre premier concert en Chine, l'accueil a été incroyable; nous y avons été hyper bien reçus. Je n'avais jamais vu ça, sauf peut-être en Amérique latine, où le public nous accompagnait du début à la fin sur les chansons en espagnol. 

 

Votre musique rentre difficilement dans une case. Vous l'a-t-on parfois reproché ?

 

La critique prend souvent la forme d'une boutade : "Tu fais quoi en fait ?". Mon projet musical est à mon image. J'ai vécu sur plusieurs continents et me passionne pour l'Afrique ou Cuba. Rien d'étonnant à ce que j'en sois venue à créer une musique métissée. Mes influences sont diverses et je les assume pleinement. Je suis convaincue qu'on peut y trouver une cohérence. Notre travail, avec les musiciens du groupe, est de rendre tout ça lisible et fluide. C'est vrai que notre premier album n'est pas facile à étiqueter; mais on y voyage beaucoup  !

 

 

Travaillez-vous déjà sur un nouvel album ?

 

Même si nous prenons notre temps, nous avons en effet débuté la préprod du prochain disque qui devrait sortir début 2015. Notre démarche, cette fois-ci, sera plus acoustique, sans doute aussi plus homogène, même si plusieurs influences seront toujours perceptibles. Parallèlement, pour affiner notre projet, nous allons effectuer deux résidences, l'une au Blanc-Mesnil et l'autre au Centre Barbara, à Paris.

Natascha Rogers

(Photo : Pauline Pénicaud)

A quoi pouvons-nous nous attendre samedi, à Guilers ?

 

Samedi, nous présenterons les morceaux de notre premier album, "Rise your soul" (sorti en 2012), qui fonctionnent bien et que nous avons toujours beaucoup de plaisir à jouer. Nous donnerons aussi un avant-goût de nos nouvelles compos toutes fraîches. Nous interpréterons quelques oeuvres du répertoire cubain et peut-être même un morceau en commun avec le groupe RaiZ Trio, avec qui nous partageons l'affiche.

 

Pratique

Samedi 22 mars, à 20 h, à l'Agora. Tarifs : 10 ou 12 €. Première partie assurée par RaiZ Trio. Réservations à la mairie de Guilers, tél. 02.98.07.61.52.

 

Pour en savoir plus

Le site officiel de Natascha Rogers

 

Discographie 

Rise your soulL'album "Rise your soul" (2012)

Disponible sur Itunes

 

 

 

 

18:15 Publié dans Les sorties de Titus, Musique, Rencontres jazz | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : natascha rogers | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

06 mars 2014

Pedro Kouyaté : "Le métro est mon atelier"

Le virtuose malien du kamele ngoni, le luth des griots, Pedro Kouyaté, s'envole dans les prochains jours pour une nouvelle tournée au Japon, où il a des fidèles depuis le tournage du documentaire "Foly", qui a été fort bien accueilli là-bas. Basé à Paris, le musicien se produit (notamment) dans le métro, qu'il compare à un "atelier", tout en préparant parallèlement la sortie de son quatrième album... 

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(Photo : Sophie Comtet-Kouyaté)

Lorsque vous n'êtes pas en tournée, c'est aujourd'hui à Paris que vous résidez. Quand vous y êtes-vous installé ?

 

J'ai découvert l'Europe grâce au bluesman malien Boubacar Traoré, qui avait besoin d'un calebassiste et m'a recruté au début des années 2000. A l'époque, je jouais avec Toumani Diabaté au sein du Symetric Orchestre. J'avais eu cette chance de beaucoup tourner avec eux, mais je n'avais qu'une connaissance très empirique du métier. J'ai donc souhaité repartir de zéro, en allant jouer dans le métro, avec l'idée de faire peu à peu mon trou. L'envie de fonder une famille également, ce que j'ai fait.

 

Et malgré la sortie de trois albums, vous continuez à jouer chaque jour dans le métro.

 

Oui, mais je ne suis plus au même endroit (rires). Au départ, je jouais dans une station près de chez moi, mais au bout de quelques mois, j'étais devenu le griot du coin et ne pouvais plus jouer. On n'arrêtait pas de venir me parler… J'ai donc été obligé de changer de lieu (rires). Pour moi, le métro, c'est comme un atelier. J'aime avoir un lieu où m'asseoir et travailler. Je suis un peu comme un peintre qui aime entrer en contact avec la matière. J'aime travailler de manière empirique. Je m'imbibe des gens que je rencontre. 

 

Le métro vous a aussi permis de faire la connaissance de l'un de vos musiciens…

 

J'étais devenu copain avec les enfants de Florent Dupuis, qui venaient souvent m'écouter. Je ne savais pas que leur père était saxophoniste et que nous finirions par jouer ensemble, pendant huit ans, au sein du même groupe, le Mandinka Transe Acoustique, que j'ai créé en 2006. Sont venus se greffer le bassiste Nelson Hamilcaro, que j'avais découvert au New Morning, et le batteur Renaud Ollivier.

 

Après votre concert de samedi, à Plabennec, vous mettez le cap sur le Japon pour une tournée de douze concerts. Ce ne sera pas une première ?

 

En effet. Mon épouse, Sophie Comtet-Kouyaté, est réalisatrice, et son film "Foly", produit par Akina et TV5 Monde, a été très bien accueilli là-bas. Un noir américain vivant au Japon en avait vu des images sur le Net et nous a contacté. C'est ainsi que je suis allé y jouer une première fois en 2012.

 

Vous vous dites très attaché à Siby, village natal de votre mère.

 

J'y retourne encore aujourd'hui, entre deux tournées, pour m'y ressourcer. Les habitants des petits villages africains aiment bien en général recevoir les citadins. Ce que j'étais puisque j'ai grandi à Bamako. C'est là que j'y ai fait mes études de socio-anthropologie. A Siby, j'étais accueilli par mes oncles, qui m'ont introduit au sein de la confrérie des chasseurs. Chaque village disposait ainsi de plusieurs confréries - chasseurs, cultivateurs, guérisseurs, etc. - dont le rôle était de protéger le village et de favoriser la cohésion sociale. La société africaine était organisée ainsi.  

 

C'est au contact des chasseurs de Siby que vous avez développé votre expertise du kamele ngoni, le luth des griots ?

 

J'ai en effet participé à de nombreuses veillées de chasse, où nous chantions beaucoup. Se retrouver ainsi dans la jungle avec ces chasseurs fait naître des sensations incroyables. La communion entre l'homme et la nature y est si forte. Ils connaissent la littérature de la forêt. La musique des chasseurs est unique, tout comme les instruments dont ils se servent; ça m'a beaucoup inspiré.

 

Vous avez aussi beaucoup appris au contact du grand joueur de kora, Toumani Diabaté, à Bamako…

 

Dès la fin des années 1980, il fut mon maître, en effet. J'ai passé pas mal de temps avec lui et j'ai appris énormément à son contact. C'est un homme d'une grande intelligence. Il donnait beaucoup. Je me souviens que je n'osais pas jouer devant lui au début. Il savait se tenir en retrait et encourageait tous ceux dont il sentait qu'ils avaient du potentiel. Pour nous, il était le grand frère du quartier. C'était aussi la référence, celui qui allait jouer en Europe et recevait régulièrement chez lui des occidentaux. Mais jamais à l'époque n'aurais-je imaginé devenir musicien professionnel…

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 (Photo : Sophie Comtet-Kouyaté)

Vous voyez toujours vos mentors, Boubacar Traoré et Toumani Diabaté ?

 

Bien sûr, ce sont toujours mes grands frères (rires). Le deuxième vient me voir à chaque fois qu'il vient à Paris. Le premier m'a même invité à assurer sa première partie à Paris en 2011…

 

Vous préparez actuellement la sortie d'un quatrième album…

 

Le public m'y a encouragé. C'est d'ailleurs le point de départ de la campagne de financement participatif que j'ai lancée. J'écoute ce que me disent les gens dans le métro. Je suis ravi qu'ils s'approprient ce nouveau projet qu'ils contribuent à façonner. Nous devrions entrer en studio à l'automne et l'album sortira en décembre.

 

Pratique

La campagne de financement participatif sur Kisskissbankbank

 

Le site officiel de Pedro Kouyaté

 

La discographie de Pedro Kouyaté :

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 "Two You"

 

 

 

 

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16:32 Publié dans Musique, Rencontres africaines | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pedro kouyaté, mali | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

23 novembre 2013

Nefertiti in the kitchen. "Un spectacle, ça doit être un cadeau !"

Issue de l'univers du théâtre de rue, Jennifer Rival forme avec le musicien rennais Nicolas Méheust le duo Nefertiti in the kitchen, qui assurera, samedi 23 novembre, la première partie de Lisa LeBlanc aux Vaches folks, à Cast. La chanteuse, qui a grandi dans cette petite commune de l'arrière-pays châteaulinois, y sera très attendue. 

Nefertiti in the kitchen

Où avez-vous rencontré Nicolas Méheust, votre acolyte de Nefertiti in the kitchen ?

On se connaît depuis une dizaine d’années, depuis l’époque où nous étions étudiants à Rennes. Nous avions déjà collaboré sur différents projets en ce temps-là. Nos univers sont voisins et nous nous sommes construits ensemble. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Lui est originaire de Saint-Malo et travaille dans le milieu de la musique sur Rennes depuis 15 ans. Il a notamment collaboré avec Dominique A, Alan Stivell ou Percubaba, entre autres.

Vous-même avez grandi à Cast… Votre famille était branchée musique ?

Je suis née à Quimper, mais j’ai  vécu à Cast jusqu’à l’âge de 17 ans. Mes parents, qui y résident encore, ont toujours beaucoup chanté à la maison : des chants de marin, des chansons bretonnes, notamment à répondre… On allait danser dans les festoù-noz. J’ai vraiment baigné dans cet univers, étant petite, et c’est donc assez naturellement que je me suis tournée vers la flûte et la bombarde. J’ai même fait partie du bagad de Plomodiern. Une fois partie de Cast, j’ai ouvert mes horizons d’un point de vue musical.

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(Photo : Lorenzo Gianmario Galli)

Vous n’êtes pas beaucoup restée au même endroit depuis votre départ ?

Je suis allée  terminer mes études secondaires au Canada,  à l’âge de 17 ans. J’y ai découvert un autre rapport à la musique. L’enseignement  y est tellement différent. A mon retour, j’ai fait partie d’un groupe rock à Quimper, avant de repartir, par la suite, au Portugal, en Suisse et en Italie.

Ces voyages étaient liés aux études ?

En partie, oui. J’ai préparé une licence de sociologie à Rennes puis au Portugal. En Suisse, j’ai étudié dans une école pour devenir enseignante de la musique par le corps, selon une méthode développée dans ce pays.

Vous aviez l’intention de devenir enseignante ?

Oui, mais l’appel des planches a été plus fort. J’ai fait beaucoup de théâtre de rue, notamment en Italie où j’ai pratiquement vécu trois années. Ma toute première pièce a  été présentée à Locronan en 2009. J’ai ensuite lancé la Compagnie Bluffonne, avec laquelle j’ai monté deux spectacles, « Pierrot blues » et « Noces de chiffon », qui ne sont plus joués depuis 2011. Nous nous sommes complètement recentrés sur les activités musicales avec Nefertiti in the kitchen.

Pour quelle raison ?

L’univers du théâtre en France peut être très ingrat pour de jeunes artistes cherchant à se lancer. C’était quasi mission impossible de faire notre trou. Pour vivre, il a fallu que je me tourne vers le théâtre de rue. Il y a un an et demi, j’ai voulu enregistrer un disque que je pourrais vendre dans la rue, à l’issue de mes spectacles. Je me suis donc rapprochée de Nicolas. C’est ainsi qu’est né l’album « Purple lady ». Par la suite, nous avons décidé de le présenter à deux sur scène, ce qui constituait un vrai défi. 

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Comment vous répartissez-vous les rôles ?

Dans ce spectacle, il fait un peu l’homme-orchestre : avec une batterie au pied, un accordéon et parfois même une guitare, il représente l’ossature musicale du projet. Quant à moi, je chante principalement, mais je m’accompagne aussi d’un mellotron, d’un ukulélé ou d’une guitare. Et je joue aussi avec ma pédale de boucle. Nico est un excellent compère sur scène : on se complète à merveille. Nous avons énormément travaillé la mise en scène. Personnellement, j’ai fait beaucoup de danse et j’aime beaucoup l’univers du cabaret, qui me permet de m’exprimer d’un point de vue physique.

Quelle est l’origine du nom du groupe ?

Il existe plusieurs théories sur l’origine du prénom Jennifer. Certains disent que la racine de ce prénom provient de Nefertiti.  Il y a environ six ans, j’ai réalisé  un enregistrement dans ma cuisine. Il s’agissait d’une superposition d’ambiances : des sons de tasses de café, de robinets qui coulent…  J’ai songé à Nefertiti dans la cuisine. J’aime ce contraste : la reine de légende qui se retrouve dans un lieu du quotidien.

Vous tournez abondamment depuis quelques temps…

Nous avons effectué une cinquantaine de dates depuis le mois d’avril. Nous avons beaucoup de chance d’être épaulés par un très bon tourneur, Come on tour, qui s’occupe de nous trouver des concerts. Nous avons principalement joué en Bretagne, mais aussi dans la Manche, vers Bordeaux ou dans la Creuse. Je me suis aussi produite en solo en Italie cet été, comme j’ai pas mal travaillé là-bas. J’aimerais à présent présenter notre projet en duo à l’étranger, par exemple en Suisse, en Belgique ou au Canada. Nous chantons principalement en anglais, donc nous sommes tout à fait exportables.

 

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Par contre, si vous avez beaucoup arpenté les scènes bretonnes, vous n’avez jamais joué en Finistère ?

C’est exact ! Et à Cast, l’ambiance promet d’être très familiale, dans cette salle que je connais depuis que je suis toute petite. C’est toujours plus  stressant de jouer devant des gens qui vous connaissent très bien. Mais ce n’est pas le même stress ; je sens que ça sera bon enfant ! Toute ma famille, des amis seront là !

Vous connaissez les Vaches folks ?

Je connais bien Roger Mauguen, l’organisateur de l’événement, et je trouve sa démarche géniale. C’est assez improbable de pouvoir entendre des artistes du calibre d’Eric Bibb ou Pura Fé à Cast. C’est une programmation toujours très originale. Quant à nous, nous ne sommes pas très folks, mais la musique de Lisa Leblanc étant elle-même difficile à classer, Roger a sans doute pensé que ça ne choquerait personne…

 

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Qu’allez-vous jouer ?

Du Nefertiti, dont quelques nouvelles chansons qui devraient figurer sur un mini-album à paraître cet hiver. Et puis aussi des standards issus de l’univers du cabaret qui font partie du spectacle. Notre mise en scène est assez élaborée : nous proposons même cinq minutes de ciné-concert. J’aime que les gens s’amusent. Un spectacle, ça doit être un cadeau, et notre responsabilité, en faisant cette première partie, est de chauffer la salle pour Lisa Leblanc. Donc nous donnerons notre maximum pour ce tout premier concert en Finistère !

Propos recueillis par Titus le 18 novembre 2013.


En concert

En première partie de Lisa LeBlanc, aux Vaches Folks, à Cast, samedi 23 novembre 2013, à 20 h 30.


POUR EN SAVOIR PLUS

 

Le site officiel de la Compagnie Bluffonne

La page Facebook de Nefertiti

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Pour commander l'album "Purple lady" de Nefertiti in the kitchen : Bandcamp