22 septembre 2014

Angie Palmer : "Tout peut donner lieu à une chanson"

Originaire du Lancashire, dans le nord de l'Angleterre, la blueswoman Angie Palmer est installée en France depuis 2008, ce qui explique le nombre important de ses concerts dans l'Hexagone. Dans son cinquième album, "Old sticks to scare a bird", publié en 2012, les chansons sont encore une fois coécrites par son mari, Paul Mason.

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De quelle région de Grande-Bretagne êtes-vous originaire ?

 

J'ai passé l'essentiel de mon enfance dans le Lancashire, dans le Nord de l'Angleterre, où ma famille réside toujours. J'y retourne de temps en temps mais je vis en France depuis 2008… 

 

Avez-vous grandi au sein d'une famille d'artistes?

 

Non, pas du tout en fait. Je suis la seule musicienne de ma famille…  Je ne sais donc pas trop d'où je tiens ça. Peut-être de mon père. S'il ne savait pas jouer d'un instrument, il écoutait en revanche beaucoup de musique. Autant les Beatles que Pink Floyd, Beethoven ou Mahler. Il était très ouvert...

 

Comment avez-vous appris à jouer de la guitare ?

 

Mon frère a reçu une guitare en cadeau mais n'en a jamais rien fait. A l'âge de quatorze ou quinze ans, je m'en suis emparé avec l'idée d'arriver à en tirer quelque chose. Cela s'est fait petit à petit. J'ai appris d'abord toute seule, puis j'ai progressé grâce à des amis guitaristes. 

 

Vous êtes souvent plébiscitée par la critique pour votre voix riche et chaude ? Avez-vous commencé à chanter très tôt ?

 

Bien avant la guitare, en fait. Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours chanté. A l'école, tout d'abord, puis au sein de choeurs à l'église. 

 

 

On vous a souvent comparée à quelques personnages mythiques du folk, qu'il s'agisse de Joni Mitchell, Lucinda Williams ou Bob Dylan. Comment vous définiriez-vous ?

 

Je suis naturellement très flattée de ces comparaisons même si je n'ai pas l'impression de m'inscrire dans leur sillage. Je me suis toujours efforcée de tracer mon propre chemin. Mais on est forcément influencés par les chansons qu'on écoute, difficile de faire autrement ! Honnêtement, je ne me trouve rien de semblable avec Lucinda Williams, en dehors du fait que nous ne sommes plus toutes les deux très jeunes. (Rires) Je crois que la ressemblance s'arrête là...

 

Pourrait-on dire de votre style qu'il se situe au carrefour des traditions folk anglaises et américaines ?  

 

Sans doute oui, avec quand même un penchant plus marqué pour la tradition américaine. Je pense que la plupart des gens qui m'ont le plus influencée sont américains, à l'exception peut-être de certains chanteurs folks anglais comme John Martin.

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Avez-vous eu très tôt le sentiment que vous pourriez vivre de votre musique ?

 

J'ai eu beaucoup de chance ; j'ai commencé à vivre de la musique à l'âge de 17 ans. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à voyager à travers l'Europe. J'ai ainsi chanté dans la rue pendant plusieurs années. Je pense qu'il est essentiel pour un artiste qui débute de donner beaucoup de concerts. Il faut totalement se dédier à son art.

 

J'ai lu que vous attachiez beaucoup d'importance aux paroles de vos chansons. Est-ce vrai ? 

 

Absolument ! Chaque chanson raconte une histoire. La plupart de mes textes ont été co-écrits avec mon mari Paul Mason, qui est professeur de philo et de littérature. Ses influences littéraires vont de Dostoïevski à Steinbeck, mais nos chansons peuvent aussi tout simplement s'inspirer de la campagne où l'on vit ou des gens qu'on rencontre. Tout peut donner lieu à une chanson en fin de compte.

 

Vous avez rencontré votre mari en France, si mes informations sont exactes…

 

Tout à fait, nous avons fait connaissance à Paris, à l'époque où je jouais dans la rue. Il était en voyage et il m'a aperçue en train de lire un journal anglais dans un café philosophique où je buvais un café. C'est là que tout a commencé et ça va bientôt faire vingt ans que ça dure.

 

 

Vous avez sorti votre cinquième album, "Old sticks to scare a bird", en 2012. Où a-t-il été enregistré ?  

 

Comme pour chacun de mes albums précédents, il a été enregistré dans un petit studio de Preston, dans le Lancashire. J'y ai mes habitudes. Je m'y sens bien. Le propriétaire et ingénieur du son est devenu un ami et nous travaillons vraiment bien ensemble. Il joue aussi parfois de l'orgue ou du tambourin dans certains enregistrements.

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Vous êtes souvent en tournée ! C'est quelque chose que vous aimez ?

 

Oui, beaucoup. Je joue surtout en Grande-Bretagne et en France, mais aussi parfois aux Pays-Bas, en Belgique ou en Italie. J'adore le public français, que je trouve formidable. Ils savent apprécier la musique, surtout en Bretagne. Ce sont des gens qui aiment aller voir un concert, et qui ont l'esprit ouvert. Quand j'y pense, je ne crois pas avoir déjà raté un concert en France... 

 

Etes-vous souvent venue en Bretagne ?

 

Pas mal de fois, oui. Huit ou neuf fois il me semble… Mais je n'ai jamais joué à la pointe bretonne. Ce sera donc une première à Plabennec.

 

Avez-vous déjà une idée de ce que vous jouerez lors de votre passage à Kerfolk, le 27 septembre ?  

 

Mon répertoire sera composé de chansons à moi et de reprises, notamment de Janis Joplin et Bob Dylan. Je serai accompagnée par le guitariste de blues Jean-Jacques Cigolini. La veille, nous serons à Trébeurden, et le lendemain, à Callac.

 

Continuez-vous à vous produire avec votre groupe, The Revelators ?

 

Tout à fait, nous avons d'ailleurs un concert de programmé en Angleterre au mois d'octobre. Par ces temps de crise, c'est devenu assez compliqué financièrement d'organiser des tournées à l'échelle européenne avec un groupe. L'an dernier, nous nous sommes tout de même produits à Lille ainsi qu'à plusieurs festivals de l'Hexagone.

 

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

 

Je viens de me remettre à l'écriture aujourd'hui, précisément. J'ai fait l'acquisition d'une mandoline et j'essaye de me remettre à en jouer. Je trouve ça très inspirant, et je pense bien en faire une chanson.  

 

Etes-vous une compositrice prolifique ?

 

J'ai tendance à écrire sous pression, en fait. Depuis la sortie de mon dernier album, je n'ai écrit que quelques chansons… J'accumule les notes et les idées pendant un certain temps et c'est souvent peu de temps avant d'entrer en studio que je boucle mes chansons. Je travaille mieux de cette manière. C'est ma nature.

 

 

Vous aviez un projet artistique, visuel et sonore, avec une peintre parisienne… Est-ce que cela se concrétise ?

 

Cela prendra un peu plus de temps que prévu car cette artiste, qui est une grande amie à moi,  travaille beaucoup en Asie en ce moment, notamment au Japon… J'espère que nous pourrons faire avancer ce projet l'an prochain…

 

Propos recueillis par Titus le 17 septembre 2014. Photos : DR.

 

Pratique

 

Festival Kerfolk, à Plabennec, le samedi 27 septembre 2014, à 21 h, salle Marcel-Bouguen. Réservations : kerfolk@gmail.com. Tarifs : 12 et 8 €.

 

Pour en savoir plus sur Angie Palmer

 

Son site officiel

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18 juillet 2014

Vishtèn : "Nous sommes une formation typiquement acadienne"

C'est à un voyage en Acadie qu'est notamment convié, ce soir, le public du Dellec, à Plouzané, avec Vishtèn, formation qui fait aujourd'hui figure de référence. Pastelle LeBlanc, à l'origine du groupe, revient sur la genèse du trio né en 2000.

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Que représente l'Acadie à vos yeux ? 

 

L'Acadie n'a pas de véritables frontières. Il ne s'agit pas d'une région à proprement parler, même si l'on considère qu'elle correspond à plusieurs provinces de l'Est canadien : la Nouvelle-Ecosse, l'île du Prince-Edouard, le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve et aussi les îles de la Madeleine. C'est plutôt un sentiment d'appartenance à une Histoire assez particulière. C'est très culturel. On est un peuple éparpillé mais la culture, la langue, nous rassemblent.  

 

Vous-même et votre soeur, Emmanuelle, êtes originaires de l'île du Prince-Edouard, tandis que Pascal Miousse vient des îles de la Madeleine au Québec. Qu'est-ce qui les différencie ?

 

Nous venons d'une petite communauté où l'anglais est beaucoup parlé. Nous sommes une minorité de francophones à l'île du Prince-Edouard, alors qu'aux îles de la Madeleine, ils sont très majoritaires.    

 

A quoi votre enfance a-t-elle ressemblé là-bas ?

 

Nous avons grandi dans une ambiance très musicale, au milieu de gens d'origine écossaise ou irlandaise… Nous étions entourées par les violoneux.  Notre père était prof de musique; notre mère avait aussi un penchant marqué pour les arts et il y avait un piano dans la cuisine. Les soirées de musique étaient très nombreuses à la maison…  

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Comment est né Vishtèn ?

 

C'est le premier groupe que j'ai créé à l'âge de 20 ans. Pascal, lui, a commencé dès l'âge de 12 ou 13 ans. Il a pas mal baroudé, notamment au Québec. A nous trois, nous jouons d'une douzaine d'instruments. Souvent, lorsque les organisateurs de spectacles voient notre plan de scène, ils s'imaginent qu'on est au moins cinq du fait du nombre de nos instruments. Nous sommes une formation typiquement acadienne. Le violon en est sans doute l'élément le plus significatif, au même titre que la guimbarde, la polyrythmie,  la percussion des pieds, les turluttes (musique rythmique à bouche). Notre musique est aussi fortement imprégnée de culture celtique.

 

Au-delà de vos repères familiaux, quels sont les musiciens qui ont compté dans votre cheminement ?

 

Nous avons été bercées par les classiques du répertoire acadien. Notamment Angèle Arsenault, qui venait de notre région et qu'on croisait de temps en temps même si elle vivait au Québec. Lorsque nous avons déménagé à Moncton, au Nouveau-Brunswick, nous avons aussi beaucoup côtoyé les membres de la formation légendaire 1755, avec qui nous avons d'ailleurs collaboré.  

 

 

Vous avez fondé Vishtèn en 2000. Quelle était votre ambition à l'époque ?

 

Honnêtement, nous n'avions jamais imaginé que cette histoire allait durer 14 ans ! Rien n'avait été réellement planifié , même si c'est vrai que nous avons travaillé fort. C'est grâce à notre participation aux vitrines de la Francofête, que nous avons été repérés par une délégation française. C'est le premier pays étranger que nous avons visité en y donnant une cinquantaine de spectacles. Les tournées s'enchaînaient tant et tant que nous présentions jusqu'à 150 concerts par an les premières années. C'était un peu trop, et nous avons senti le besoin de ralentir la cadence. A présent, nous faisons entre 70 et 80 spectacles par an, surtout aux Etats-Unis, en France et en Allemagne. Nous avons joué au moins cinq fois en Bretagne, et avons notamment fait partie de la délégation acadienne au Festival Interceltique. L'an dernier, nous avons aussi donné une masterclasse pour le Conservatoire de Brest au Relecq-Kerhuon. 

 

 

Combien de disques avez-vous enregistrés jusqu'ici ?

 

Nous avons publié quatre albums, dont un enregistrement en concert. Le dernier, "Mosaïque", est sorti en 2012 et a été réalisé par Eloi Painchaud, fils d'Alcide Painchaud, figure de la musique acadienne. Eloi, dont l'empreinte est très importante sur ce disque, a été l'un des musiciens de la formation québécoise Okoumé, avec laquelle Pascal a un peu tourné. C'est d'ailleurs ainsi qu'on l'a rencontré. Au début de l'année, nous avons aussi commencé à nous pencher sur de nouvelles créations. Nous sommes actuellement en tournée jusqu'à l'automne, après quoi nous envisageons d'entrer en studio pour enregistrer un nouvel album, dont la sortie est programmée début 2015. 

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Quelles sont les thématiques que vous abordez dans vos chansons ? La question du départ, liée à l'histoire des Acadiens et aux préoccupations des habitants des îles et des provinces maritimes est très présente...

 

C'est vrai que nos chansons évoquent souvent le thème du départ ou parlent de naufrages, de guerres, d'amour aussi... Certaines d'entre elles sont de très vieilles chansons françaises qui ont voyagé et ont survécu. On les a adaptées, naturellement. Pour notre album "Mosaïque", la période de création a débuté par d'intensives recherches à Moncton, au Centre d'études acadiennes. On a passé des journées à écouter des cassettes dans l'espoir de tomber sur des chansons qu'on pourrait adapter. Nous n'hésitons pas ensuite à modifier les textes et mélodies pour nous approprier ces chansons. Pour nous, c'est essentiel qu'on sente que la musique soit actuelle, au goût du jour.

 

Propos recueillis par Titus 

 

Un large extrait de cette interview a été publié ce vendredi 18 juillet 2014 dans les éditions brestoises du Télégramme.

 

 

 

 

 

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17 mars 2014

Natascha Rogers : "Je ne suis pas facile à étiqueter"

Percussionniste surdouée ayant notamment accompagné Zap Mama ou Fatoumata Diawara, Natascha Rogers est aussi une vocaliste de grand talent. Sa musique au croisement de la pop, du jazz et des musiques afro-cubaines emporte l'adhésion partout où son groupe se produit, que ce soit en Chine, au Mexique ou au Canada. Elle sera en concert à Guilers samedi pour une soirée qui s'annonce très chaude.

 

Natascha Rogers

(Photo : Pauline Pénicaud)

Votre musique est un peu à l'image du croisement d'identités qui vous caractérise…

 

Je suis née à Breda, aux Pays-Bas, et je détiens un passeport hollandais. Je parle donc le néerlandais, en plus de l'anglais, du français, et de l'espagnol, que j'ai appris sur le tas lors de mes séjours à Cuba. Comme mon père est américain, j'ai vécu une partie de ma jeunesse aux Etats-Unis et au Canada. Nous nous sommes enfin installés à Bordeaux lorsque j'avais 12 ans. 

 

C'est à Bordeaux que vous avez fait vos études musicales ?

 

J'avais commencé la musique en autodidacte; il y avait toujours un piano à la maison sur lequel j'aimais créer, déjà toute jeune, toutes sortes de petites compos. Plus tard, j'ai eu le coup de foudre pour les congas lors d'un stage de danse à Toronto. A la fin du collège, j'ai décidé de suivre des cours de djembé et de m'initier aux percussions mandingues. J'ai commencé par accompagner des groupes de danses, avant de passer une audition pour rentrer au Ciam, l'école de musiques actuelles de Bordeaux, où j'ai suivi un cursus afro-cubain durant deux ans. 

 

Des études complétées par plusieurs séjours à Cuba...

 

Dès que j'en ai l'opportunité, j'aime aller m'y ressourcer auprès de maîtres-tambours traditionnels. La musique fait partie du quotidien des Cubains. C'est une approche différente. ça permet aussi de prendre un peu de recul et à garder les pieds sur terre, dans un métier où tout peut partir très vite. Il ne faut pas se laisser emporter par le tourbillon…

 

A l'issue de vos études au conservatoire, vous avez eu la chance de jouer pour Zap Mama.

 

C'était un honneur de travailler avec elle pendant environ un an et demi, en tant que choriste et percussionniste. Cela m'a amenée à vivre un peu en Belgique et de beaucoup voyager. Une super expérience ! 

 

Depuis 2010, vous êtes établie à Paris où vous menez plusieurs projets de front. 

 

Je suis par exemple, depuis trois ans, l'interprète féminine du groupe de salsa Bailongo, qui projette d'ailleurs la sortie d'un album. J'y ai appris tous les codes de la musique cubaine et portoricaine. Je collabore aussi avec la Franco-Brésilienne Agathe Iracema, Gérald Toto ou encore la pianiste chanteuse Raphaële Atlan, avec laquelle nous venons de terminer son deuxième album il y a un mois. Depuis fin 2013, j'ai aussi accompagné sur plusieurs tournées à l'étranger la chanteuse malienne Fatoumata Diawara.

Natascha Rogers

(Photo : Pauline Pénicaud)

Comment s'est constitué votre groupe ?

 

Lors de mes études à Bordeaux, j'avais rencontré dans un jazz-club deux de mes musiciens, le saxophoniste Lucas Saint-Cricq et le bassiste Ouriel Ellert, aussi issus du Ciam, Nous avons continué à travailler ensemble une fois établis dans la capitale. Notre groupe est à géométrie variable; nous avons été jusqu'à six sur scène. Aujourd'hui, nous nous produisons le plus souvent en quartet, avec le guitariste Anthony Jambon ou le pianiste Emmanuel Guerrero. C'est ce dernier qui nous accompagnera samedi à Guilers.

 

Vous avez beaucoup tourné à l'étranger en quelques années…

 

Nous avons joué au Maroc, en Norvège, en Chine, au Canada et au Mexique. Cette année, nous irons au Pérou en juin et de nouveau à Montréal en août et en Chine à la rentrée. Lors de notre premier concert en Chine, l'accueil a été incroyable; nous y avons été hyper bien reçus. Je n'avais jamais vu ça, sauf peut-être en Amérique latine, où le public nous accompagnait du début à la fin sur les chansons en espagnol. 

 

Votre musique rentre difficilement dans une case. Vous l'a-t-on parfois reproché ?

 

La critique prend souvent la forme d'une boutade : "Tu fais quoi en fait ?". Mon projet musical est à mon image. J'ai vécu sur plusieurs continents et me passionne pour l'Afrique ou Cuba. Rien d'étonnant à ce que j'en sois venue à créer une musique métissée. Mes influences sont diverses et je les assume pleinement. Je suis convaincue qu'on peut y trouver une cohérence. Notre travail, avec les musiciens du groupe, est de rendre tout ça lisible et fluide. C'est vrai que notre premier album n'est pas facile à étiqueter; mais on y voyage beaucoup  !

 

 

Travaillez-vous déjà sur un nouvel album ?

 

Même si nous prenons notre temps, nous avons en effet débuté la préprod du prochain disque qui devrait sortir début 2015. Notre démarche, cette fois-ci, sera plus acoustique, sans doute aussi plus homogène, même si plusieurs influences seront toujours perceptibles. Parallèlement, pour affiner notre projet, nous allons effectuer deux résidences, l'une au Blanc-Mesnil et l'autre au Centre Barbara, à Paris.

Natascha Rogers

(Photo : Pauline Pénicaud)

A quoi pouvons-nous nous attendre samedi, à Guilers ?

 

Samedi, nous présenterons les morceaux de notre premier album, "Rise your soul" (sorti en 2012), qui fonctionnent bien et que nous avons toujours beaucoup de plaisir à jouer. Nous donnerons aussi un avant-goût de nos nouvelles compos toutes fraîches. Nous interpréterons quelques oeuvres du répertoire cubain et peut-être même un morceau en commun avec le groupe RaiZ Trio, avec qui nous partageons l'affiche.

 

Pratique

Samedi 22 mars, à 20 h, à l'Agora. Tarifs : 10 ou 12 €. Première partie assurée par RaiZ Trio. Réservations à la mairie de Guilers, tél. 02.98.07.61.52.

 

Pour en savoir plus

Le site officiel de Natascha Rogers

 

Discographie 

Rise your soulL'album "Rise your soul" (2012)

Disponible sur Itunes

 

 

 

 

18:15 Publié dans Les sorties de Titus, Musique, Rencontres jazz | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : natascha rogers | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

06 mars 2014

Pedro Kouyaté : "Le métro est mon atelier"

Le virtuose malien du kamele ngoni, le luth des griots, Pedro Kouyaté, s'envole dans les prochains jours pour une nouvelle tournée au Japon, où il a des fidèles depuis le tournage du documentaire "Foly", qui a été fort bien accueilli là-bas. Basé à Paris, le musicien se produit (notamment) dans le métro, qu'il compare à un "atelier", tout en préparant parallèlement la sortie de son quatrième album... 

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(Photo : Sophie Comtet-Kouyaté)

Lorsque vous n'êtes pas en tournée, c'est aujourd'hui à Paris que vous résidez. Quand vous y êtes-vous installé ?

 

J'ai découvert l'Europe grâce au bluesman malien Boubacar Traoré, qui avait besoin d'un calebassiste et m'a recruté au début des années 2000. A l'époque, je jouais avec Toumani Diabaté au sein du Symetric Orchestre. J'avais eu cette chance de beaucoup tourner avec eux, mais je n'avais qu'une connaissance très empirique du métier. J'ai donc souhaité repartir de zéro, en allant jouer dans le métro, avec l'idée de faire peu à peu mon trou. L'envie de fonder une famille également, ce que j'ai fait.

 

Et malgré la sortie de trois albums, vous continuez à jouer chaque jour dans le métro.

 

Oui, mais je ne suis plus au même endroit (rires). Au départ, je jouais dans une station près de chez moi, mais au bout de quelques mois, j'étais devenu le griot du coin et ne pouvais plus jouer. On n'arrêtait pas de venir me parler… J'ai donc été obligé de changer de lieu (rires). Pour moi, le métro, c'est comme un atelier. J'aime avoir un lieu où m'asseoir et travailler. Je suis un peu comme un peintre qui aime entrer en contact avec la matière. J'aime travailler de manière empirique. Je m'imbibe des gens que je rencontre. 

 

Le métro vous a aussi permis de faire la connaissance de l'un de vos musiciens…

 

J'étais devenu copain avec les enfants de Florent Dupuis, qui venaient souvent m'écouter. Je ne savais pas que leur père était saxophoniste et que nous finirions par jouer ensemble, pendant huit ans, au sein du même groupe, le Mandinka Transe Acoustique, que j'ai créé en 2006. Sont venus se greffer le bassiste Nelson Hamilcaro, que j'avais découvert au New Morning, et le batteur Renaud Ollivier.

 

Après votre concert de samedi, à Plabennec, vous mettez le cap sur le Japon pour une tournée de douze concerts. Ce ne sera pas une première ?

 

En effet. Mon épouse, Sophie Comtet-Kouyaté, est réalisatrice, et son film "Foly", produit par Akina et TV5 Monde, a été très bien accueilli là-bas. Un noir américain vivant au Japon en avait vu des images sur le Net et nous a contacté. C'est ainsi que je suis allé y jouer une première fois en 2012.

 

Vous vous dites très attaché à Siby, village natal de votre mère.

 

J'y retourne encore aujourd'hui, entre deux tournées, pour m'y ressourcer. Les habitants des petits villages africains aiment bien en général recevoir les citadins. Ce que j'étais puisque j'ai grandi à Bamako. C'est là que j'y ai fait mes études de socio-anthropologie. A Siby, j'étais accueilli par mes oncles, qui m'ont introduit au sein de la confrérie des chasseurs. Chaque village disposait ainsi de plusieurs confréries - chasseurs, cultivateurs, guérisseurs, etc. - dont le rôle était de protéger le village et de favoriser la cohésion sociale. La société africaine était organisée ainsi.  

 

C'est au contact des chasseurs de Siby que vous avez développé votre expertise du kamele ngoni, le luth des griots ?

 

J'ai en effet participé à de nombreuses veillées de chasse, où nous chantions beaucoup. Se retrouver ainsi dans la jungle avec ces chasseurs fait naître des sensations incroyables. La communion entre l'homme et la nature y est si forte. Ils connaissent la littérature de la forêt. La musique des chasseurs est unique, tout comme les instruments dont ils se servent; ça m'a beaucoup inspiré.

 

Vous avez aussi beaucoup appris au contact du grand joueur de kora, Toumani Diabaté, à Bamako…

 

Dès la fin des années 1980, il fut mon maître, en effet. J'ai passé pas mal de temps avec lui et j'ai appris énormément à son contact. C'est un homme d'une grande intelligence. Il donnait beaucoup. Je me souviens que je n'osais pas jouer devant lui au début. Il savait se tenir en retrait et encourageait tous ceux dont il sentait qu'ils avaient du potentiel. Pour nous, il était le grand frère du quartier. C'était aussi la référence, celui qui allait jouer en Europe et recevait régulièrement chez lui des occidentaux. Mais jamais à l'époque n'aurais-je imaginé devenir musicien professionnel…

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 (Photo : Sophie Comtet-Kouyaté)

Vous voyez toujours vos mentors, Boubacar Traoré et Toumani Diabaté ?

 

Bien sûr, ce sont toujours mes grands frères (rires). Le deuxième vient me voir à chaque fois qu'il vient à Paris. Le premier m'a même invité à assurer sa première partie à Paris en 2011…

 

Vous préparez actuellement la sortie d'un quatrième album…

 

Le public m'y a encouragé. C'est d'ailleurs le point de départ de la campagne de financement participatif que j'ai lancée. J'écoute ce que me disent les gens dans le métro. Je suis ravi qu'ils s'approprient ce nouveau projet qu'ils contribuent à façonner. Nous devrions entrer en studio à l'automne et l'album sortira en décembre.

 

Pratique

La campagne de financement participatif sur Kisskissbankbank

 

Le site officiel de Pedro Kouyaté

 

La discographie de Pedro Kouyaté :

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 "Two You"

 

 

 

 

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16:32 Publié dans Musique, Rencontres africaines | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pedro kouyaté, mali | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook