27 mars 2013
Dave Goodman : "La guitare est pour moi une sorte de religion"
Les Vaches Folks retrouvent, cette semaine, le Canadien Dave Goodman, qui fut déjà l'invité des deux premières éditions, en 2005 et 2006. Installé à Brême, en Allemagne, il revient avec plaisir en Bretagne, auréolé du succès de son tout nouvel opus, "The wine dark sea".

Vous êtes né à Victoria, en Colombie-Britannique, dans une famille où la musique prenait beaucoup de place. Vos parents étaient-ils musiciens ou est-ce plutôt vos frères aînés qui vous ont transmis cette passion ?
Un peu des deux, en fait. Ma mère a toujours adoré chanter et m'a toujours encouragé dans cette voie. Avec mes frères, j'ai l'impression d'avoir partagé un boeuf qui a duré des années, et au cours duquel nous nous entraînions les uns les autres.
Est-ce vrai que le violon fut votre tout premier instrument ?
J'ai commencé à en jouer à l'âge de 11 ans, mais à peine un an plus tard, j'ai eu la chance d'avoir une guitare entre les mains et j'ai immédiatement changé d'instrument tant celui-ci me paraissait fait pour moi. Même si je n'ai pas tout de suite commencé à chanter, je suis très vite tombé amoureux du blues et du rock. La guitare électrique me semblait la plus à-même d'accéder à cet univers musical qui me fascinait.
L'activité professionnelle a-t-elle contribué à faire de vous un artiste ?
Pas vraiment, non. Je dirais par contre que leur amour des arts, de façon générale, a généré un environnement particulièrement créatif à la maison.
Quel type de parcours avez-vous suivi ?
J'ai été l'apprenti de Dave Vidal, un guitariste de légende de la côte ouest du Canada. Il m'a appris à fabriquer des guitares électriques et, aussi, à en jouer. Par la suite, je suis allé étudier le jazz à Vancouver College, mais ce que j'ai appris de Dave Vidal est sans comparaison. Il reste pour moi un exemple à suivre, en plus d'être un bonhomme vraiment sympa.
Aviez-vous imaginé devenir un jour musicien professionnel ?
Cela m'est venu très tôt. J'ai toujours été relativement doué avec mes mains et adorais fabriquer des trucs, mais cela m'est toujours apparu secondaire par rapport à mon désir de devenir artiste.
La chanson "East bound train"
D'après ce que j'ai lu, vous étiez plutôt précoce puisque vous vous produisiez dès l'âge de 15 ans dans les bars, au côté de votre ami Miles Black…
C'est vrai. Miles est sûrement l'un des plus grands musiciens qu'il m'ait été donné de côtoyer. Même quand nous n'avions que 15 ans, il jouait déjà du piano comme un musicien de jazz chevronné. Ça a toujours été un plaisir de jouer à ses côtés.
Est-ce vrai que vous évoluiez davantage au début dans le domaine du jazz ?
Oui, j'étais vraiment fasciné par la complexité du jazz et j'en jouais énormément à l'époque. Ceci dit, je n'ai jamais cessé d'en jouer. Je suis persuadé que c'est par le jazz que j'ai développé le côté le plus "intellectuel" de mon jeu. Cependant, je n'ai jamais voulu devenir un pur musicien de jazz parce que je suis plus attiré, dans le fond, par les musiques faisant davantage appel aux sentiments.
Comment se fait-il que vous ayez pu vous produire au sein du fameux Honor Jazz Ensemble qui était dirigé par le légendaire Phil Nimmons ?
Lors de ma dernière année d'études secondaires, toutes les écoles de Colombie-Britannique ont été invitées à présenter leurs musiciens pour une audition. Tous les participants devaient soumettre un enregistrement d'eux-mêmes à un jury basé à Vancouver. Les musiciens retenus, dont je fus, purent se produire avec l'orchestre de Phil Nimmons. J'y ai joué de la guitare.
C'est après ça que vous êtes allé étudier le jazz à Vancouver College. De quoi rêviez-vous en ce temps-là ?
Je rêvais très humblement de devenir le nouveau Pat Metheny, comme environ dix millions d'autres jeunes hommes (rires).
Après vos études, vous avez beaucoup tourné au Canada et aux Etats-Unis au côté de nombreux musiciens...
Ce fut une période d'expérimentation. J'ai essayé plusieurs styles de musique tout en partant à la découverte du monde. C'est aussi à ce moment-là que j'ai commencé à chanter, ce qui représentait un avantage certain pour trouver des concerts.
Qu'est-ce qui vous a fait peu à peu basculer du jazz au blues ?
C'est sans doute la découverte de Robben Ford et Larry Carlton. A travers eux, j'ai vu une possibilité de réunir les deux facettes de ma personnalité : le raffinement du jazz et le côté sensitif et puissant du blues.
Pouvez-vous nous raconter votre rencontre mémorable avec John Lee Hooker ?
Dans les années 90, j'ai pas mal joué avec Stu Blank, un chanteur et pianiste formidable. Stu était un ami de John Lee Hooker et il l'a invité à venir nous voir jouer dans un club de San Francisco où nous nous représentions. Pour être franc, je m'étais montré plutôt sceptique quand Stu m'a dit que Hooker passerait peut-être faire un tour. Mais il est bel et bien venu, entouré de deux ravissantes jeunes femmes, vêtu d'un costume en peau de requin, un feutre rond vissé sur la tête. Nous avons joué devant lui pendant une heure et demie… Il était assis à une table à moins de cinq mètres de nous. Il nous a félicités à l'issue du concert avec son bégaiement si caractéristique : “You b- b -b -boys, y-y -yoos so good, y-yoos so tight” (vous êtes tellement bons les gars, c'est du solide, ndt). Il m'a ensuite demandé mon numéro de téléphone avant d'apposer sa signature au feutre sur ma Stratocaster. Inutile de dire que j'ai fait laquer l'instrument : de fait, la signature est encore visible aujourd'hui. Ce fut sans doute l'un des moments les plus lumineux de ma carrière.
Parallèlement à votre carrière de musicien, vous n'avez jamais abandonné votre passion pour la facture d'instruments… Vous avez notamment travaillé pour Mesa Boogie, un grand fabriquant californien d'amplis…
C'est vrai que j'ai toujours aimé ça. J'ai une collection assez impressionnante de guitares et d'amplis dans mon studio. Je m'occupe moi-même de leur entretien et je les utilise tous pour ma musique. Mes connaissances techniques m'ont souvent permis d'aller plus loin musicalement… Pour Mesa Boogie, j'ai notamment dessiné le "Revolver", un boîtier rotatif pour ampli basé sur le concept d'un ampli Leslie. L'objet a connu pas mal de succès auprès des guitaristes, y compris quelques stars. J'en ai notamment livré deux en personne à Carlos Santana.
Quand avez-vous joué en Europe pour la première fois ?
La toute première fois, c'était dans les années 90, avec le Ford Blues Band. C'est au cours de cette tournée que j'ai pu faire la connaissance de Manfred Fleckenstein, qui m'a invité à aller jouer en Allemagne, à son fameux festival des Breminales à Brême. A l'issue de plusieurs tournées européennes organisées par lui, j'ai choisi de m'installer en Allemagne. J'étais un peu fatigué de la vie en Californie; je n'avais pas non plus envie de retourner au Canada pour des raisons professionnelles et, surtout, j'avais toujours été fasciné par l'Europe depuis ma tendre enfance. L'Allemagne était aussi le pays de mon manager, de ma maison de disques et, celui où j'ai rencontré ma femme.
Quel fut le premier enregistrement auquel vous vous êtes attelé après votre installation en Allemagne ?
Le premier CD que j'ai enregistré fut "Roadbook Rhymes". Il s'agissait de mon tout premier album acoustique.
À partir de quel moment avez-vous commencé à travailler pour Yamaha ?
Ils m'ont proposé, en 2003, de devenir leur représentant pour les guitares acoustiques. Au début, c'était en Allemagne seulement, mais ça a vite pris davantage d'ampleur.
Pouvez-vous nous dire deux mots au sujet du DVD "Blue", sorti en 2010 ?
Il s'agit d'un documentaire réalisé sur ma vie et ma musique par Willie Burger, un cinéaste très talentueux vivant à Brême. Le tournage, qui a été réalisé sur une période de deux ans, comporte des extraits de concert, des interviews et le tout se termine par une leçon de guitare.
"The river boat", un extrait du DVD "Blue" :
Autre facette de votre travail, vous êtes aussi producteur et compositeur. Vous avez notamment collaboré avec Fred Blondin, qui écrit des chansons pour Johnny Hallyday et tourne avec lui...
Fred avait entendu mon album "Rock skies and waters" et l'avait semble-t-il beaucoup aimé. Il est entré en contact avec moi et m'a demandé si je voulais bien travailler sur un projet d'album acoustique à partir de chansons de style pop rock qui avaient déjà fait l'objet d'enregistrements dans les années 80. Il souhaitait que je joue les plages de guitare et que je sois accompagné par mon propre groupe dans le studio où j'avais enregistré mon album; il voulait qu'on donne une sonorité "live" au projet et c'est ce que nous avons fait pour l'essentiel, à l'exception de quelques solos. Cet album de Fred ne fut pas une production facile. Quand il est arrivé en Allemagne, il n'avait rien préparé. Je lui avais aussi demandé de venir une semaine avant l'entrée en studio pour qu'on puisse répéter, mais il s'est pointé pratiquement à la dernière minute, avec des idées qui allaient à l'encontre de ce qu'il m'avait annoncé, puisqu'il semblait vouloir s'orienter vers l'enregistrement de prises multiples. Après plusieurs discussions, parfois houleuses, nous sommes parvenus à nos fins. Mais l'expérience du studio peut s'avérer stressante lorsqu'on dispose d'un budget et d'un temps limité. D'où l'importance d'être bien préparé.
Vous êtes aujourd'hui considéré de par le monde comme un guitariste virtuose… Comme définiriez-vous votre relation avec l'instrument ? Cela s'apparente-t-il à une bataille de tous les instants ?
Depuis toujours, ce que je recherche en faisant de la musique, c'est évoluer et m'améliorer. Cela demande naturellement beaucoup d'énergie, mais m'en donne aussi en retour. En définitive, plus qu'une bataille, je dirais que c'est pour moi une sorte de religion.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune guitariste ?
Je lui conseillerais de jouer beaucoup, surtout s'il veut en faire son métier. Mais il est important de ne pas exagérer non plus. Je me souviens de jouer, lorsque j'étais plus jeune, pendant quatre à huit heures par jour. Ça va un moment, mais il ne faut pas perdre de vue qu'il y a aussi une vie à côté. Il ne faut pas prendre ça trop au sérieux. Les amis, la famille, s'amuser, ça compte aussi.
Vous continuez à beaucoup tourner dans le monde entier. Est-ce que la scène est ce qui compte le plus à vos yeux ?
J'adore la scène du fait du contact et de l'interaction avec le public. Et aussi parce que j'ai toujours beaucoup aimé la spontanéité de l'improvisation.
La chanson "Insurance" en concert :
Pour votre plus récent album, "The wine dark sea", vous avez collaboré avec le harpiste Steve Baker. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Par le biais de sa femme, qui est tourneur. Elle a organisé une série de concerts pour nous deux et ça a plutôt bien fonctionné. C'est à partir de là que nous avons décidé de lancer un projet commun. Cet album est sans doute, jusqu'à présent, le plus ambitieux de tous. J'ai enregistré et réalisé la majeure partie des morceaux chez moi, dans mon home studio. La harpe et quelques autres plages ont été enregistrées dans un autre studio à Hambourg. L'ensemble a pris plus d'un an parce que je tournais beaucoup. Ça n'a donc pas été évident à compléter. Steve, en tant que soliste, aime bien qu'on lui donne de la place. Il a fallu jongler pour répondre à son attente sans pour autant sacrifier l'esprit que je voulais donner à mes chansons. Il a fallu qu'on fasse preuve de créativité…, et qu'on discute beaucoup. Le son de cet album tranche avec mes projets précédents grâce à la présence de la harpe. Plusieurs m'ont dit qu'ils le trouvaient plus bluesy. Je suis satisfait, en tout cas, du résultat final.
Vous vous êtes bâti une solide réputation d'auteur, outre celle d'instrumentiste et de compositeur. Qu'est-ce qui vous inspire le plus, dans l'écriture de vos textes ?
Le voyage est essentiel. Le voyage autour du monde, mais aussi sans aucun doute le voyage intérieur. Les deux vont de paire, vous ne croyez pas ?
Comment vous y prenez-vous pour écrire une chanson ? C'est la musique qui vient en premier ?
Le plus souvent, tout débute avec une phrase qui se marie bien avec une mélodie et quelques accords. Un petit diamant brut à façonner en quelque sorte. Le travail consiste ensuite à ne pas trop faire entrave à l'intuition, qui prend peu à peu le dessus. Une petite couche de vernis par dessus, et le tour est joué. Pour moi, le plus important est de laisser la chanson me dire ce qu'elle a à me dire plutôt que de lui imposer un carcan.

Vous vous êtes déjà produit à Cast en 2007, lors de la toute première édition des Vaches Folks. Vous vous en souvenez ?
Bien sûr, j'avais beaucoup aimé ce show et j'adore la Bretagne. Je tournais à l'époque avec David Munyon, ce qui fut une expérience très colorée.
Jouerez-vous en solo ?
Tout à fait, mais j'apporterai deux guitares !
Y présenterez-vous surtout les chansons de votre dernier album ?
Pas seulement, je donnerai à découvrir des extraits de mon oeuvre tout entière : des chansons plus anciennes et d'autres plus récentes. Mais qui peut dire ce qui va se passer ce soir-là ? Tout est possible, rien n'est prévisible.
Propos recueillis et traduits de l'anglais par Titus le 24 mars 2013. Photos : Manfred Pollert.
PRATIQUE
Aux Vaches Folks, samedi 30 mars, à 20 h 30. Première partie assurée par Lena Potin, Laurine Bassignani et Charlie Richardson Smith. Autre tête d'affiche : Flip Grater.
Réservations sur Ticketnet. Entrée : 18 € sur place ou 16 € en location (+ frais).
POUR EN SAVOIR PLUS
Le site officiel de Dave Goodman
Sa chaîne Youtube
La page Facebook de l'artiste
Sa page MySpace
08:37 Publié dans Musique, Rencontres canadiennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : vaches folks, cast, fred blondin, folk, vancouver, dave goodman, john lee hooker, brême, breminales |
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11 mars 2013
Lisa LeBlanc : "J'ai toujours eu la phobie de prendre la grosse tête"
La chanteuse acadienne Lisa LeBlanc, qui avait fait forte impression, l'an passé, au festival Interceltique de Lorient, publie, le 25 mars, en France, son tout premier album éponyme, un disque depuis peu certifié or dans son pays. Véritable phénomène au Canada français, la jeune chanteuse originaire d'un petit village du Nouveau-Brunswick est aussi nommée pour un prix Juno (l'équivalent canadien des Victoires) dans la catégorie "album francophone de l'année".

(Photo : Pascale Boislard)
Vous êtes l'une des grandes figures émergentes de la nouvelle scène acadienne. Pouvez-vous nous dire ce qu'évoque l'Acadie pour vous ?
Difficile d'expliquer en deux mots à quoi se résume ma relation avec l'Acadie. Mes origines ont toujours beaucoup compté à mes yeux. J'en suis très fière.
Vous êtes originaire d'un petit village du Nouveau-Brunswick ? A quoi a ressemblé votre enfance là-bas ?
Je viens d'un village minuscule du Nouveau-Brunswick, Rosaireville. J'ai toujours vécu avec des gens plus vieux que moi parce qu'il n'y avait pas beaucoup de gens de mon âge. Cela a certainement contribué à forger ma personnalité. La famille prenait énormément de place, et comme tout le monde ou presque y était musicien, j'ai toujours baigné dans la musique. On a toujours joué dans le but de se faire plaisir avant tout.

Le Nouveau-Brunswick (en rouge), seule province officiellement bilingue du Canada.
L'environnement familial a donc fortement contribué à votre intérêt pour la musique ?
C'est sûr ! Dans ma famille, tout le monde a toujours montré beaucoup de respect pour la musique. Je me suis souvent retrouvé au milieu de "jam sessions" avec mes oncles et tantes qui interprétaient des morceaux des années soixante et soixante-dix. J'ai grandi avec ça !
Quel fut votre premier instrument ?
J'ai commencé à jouer de la guitare lorsque j'étais adolescente. Il y a environ trois ans, je me suis aussi mise au banjo, pour lequel je me suis découvert une vraie passion. J'ai eu un vrai coup de coeur pour cet instrument qui a de la gueule et dont j'adore la sonorité.
Au-delà de vos repères familiaux, quels sont les musiciens qui auront compté dans votre propre cheminement ?
J'ai traversé différentes phases. Comme je le disais, j'ai beaucoup écouté du rock des années 60 et 70, à l'image de Jimi Hendrix, Fleetwood Mac ou des Beatles. Je pense que c'est ce dont je me suis le plus imprégnée.
Je me serais attendu à ce que vous me citiez quelques grands noms du répertoire acadien, comme Edith Butler ou 1755…
Sans aucun doute. On baignait tellement dans cet environnement que cela s'est très certainement transmis de manière inconsciente. La musique acadienne était diffusée en permanence à la radio. Alors même si ce n'est pas une musique que j'écoutais tous les jours, j'ai forcément été influencée. Curieusement, c'est peut-être davantage aujourd'hui que je me tourne vers l'héritage que nous ont laissé nos vétérans. Ces pionniers de la musique acadienne que furent 1755, Cayouche ou Edith Butler. J'en suis très fan.
Vous avez suivi une formation à l'Ecole nationale de la chanson au Québec ? Qu'est-ce qui vous a amenée à suivre ce cursus ?
J'ai découvert cette formation grâce au festival de la chanson de Granby. J'y ai participé à des ateliers qui ont su me mettre l'eau à la bouche. En fait, je suis véritablement tombée en amour avec les profs qui animaient les ateliers. C'est là que j'ai découvert l'existence de cette école de la chanson. Je n'avais que 17 ans à l'époque et c'était encore trop tôt pour m'y inscrire, si bien que j'ai profité des quelques années qui ont suivi pour continuer à rouler ma bosse, en faisant des shows notamment. J'ai finalement pu m'inscrire dans cette école à l'issue de mes études secondaires. J'y ai passé une année magnifique.
Dès 2010, vous avez été lauréate de la grande finale du prestigieux festival international de la chanson de Granby. Aviez-vous imaginé de recevoir si vite une aussi jolie reconnaissance ?
Très honnêtement, je n'avais aucune attente particulière. J'étais très heureuse de pouvoir faire le festival à l'issue de mon année au sein de l'Ecole de la chanson. Je me sentais enfin prête; j'avais accumulé assez de chansons pour me présenter au concours. Je pensais déjà très sérieusement à réaliser mon premier album.
Vous êtes maintenant installée à Montréal. Est-ce là que vous avez écrit les chansons de votre premier album éponyme ?
Je les ai écrites en divers endroits. Certaines viennent de Granby, d'autres des Provinces Maritimes ou de Montréal. Comme je suis souvent en tournée, plusieurs ont aussi été écrites sur la route, au Canada ou en Europe. J'ai donné beaucoup de spectacles avant de sortir cet album et le public commençait à s'impatienter. On me le réclamait sans cesse...
Où a-t-il été enregistré, et avec quels musiciens ?
Louis-Jean Cormier, du groupe Karkwa, a réalisé l'album qui nous avons enregistré à Montréal. Nous avons voulu faire simple. En dehors de Louis-Jean et de quelques invités, les principaux musiciens de l'album sont ceux qui m'accompagnent aussi en tournée depuis deux ans, Jean-Philippe Hébert et Maxime Gosselin.
Cet album est déjà disque d'or au Canada et, cerise sur le gâteau, vous voilà en nomination pour un prix Juno dans la catégorie album francophone de l'année, après avoir déjà reçu le prix de la révélation de l'année au gala de l'Adisq en 2012… Avec ces nombreuses récompenses qui pleuvent, vous arrivez à garder les pieds sur terre ?
Franchement, oui. Je suis restée très proche de ma famille. La vie chez nous est tellement relax. On m'y voit encore comme la fille de Jean-Paul et Diane. Rien n'a changé. Je suis bien entourée. J'ai toujours eu la phobie de prendre la grosse tête que j'en suis devenue un peu parano. C'est la meilleure façon de garder les pieds sur terre le plus possible.

(Photo : Pascale Boislard)
Depuis, les dates de concerts s'enchaînent : les FrancoFolies, le festival d'été de Québec… Vous tournez beaucoup, je crois. Combien de concerts par an en moyenne ?
L'an dernier, on a dû en donner environ 150. On n'a pas vraiment arrêté de tourner depuis que je suis sortie de l'Ecole de la chanson.
On dit de vous que vous êtes une bête de scène. Il n'y a qu'à regarder la vidéo de votre récent passage sur la scène de l'Olympia à Montréal pour s'en convaincre. C'est important, la scène ?
J'ai toujours adoré la scène. J'en ai besoin. C'est une sorte de drogue. J'aime beaucoup m'amuser avec la foule. Et au-delà de ça, j'aime la vie en tournée, être dans un van, conduire, etc.
D'où retirez-vous cette énergie si communicative ?
Je n'en ai aucune idée. Cela tient peut-être au fait que je viens d'un petit village du Nouveau-Brunswick. Les Acadiens ont toujours eu la réputation d'être super chaleureux et accueillants. J'imagine que ça m'a suivi. J'ai toujours voulu conserver cette attitude.
Vous avez inauguré un nouveau courant dans le domaine du folk, le folk trash. Comment le définir ?
J'ai commencé à dire que je faisais du folk crash parce que je trouvais ça ben drôle. Je trouvais que ça allait bien avec ce que je faisais et je me disais que ça ferait parler. Je ne voulais pas dire que je faisais du folk-rock parce que tout le monde en fait. C'est vrai que mon son est très folk, très roots et même country. Mais quand je suis sur scène, on a parfois l'impression que je joue du punk tellement ça remue : c'est mon petit côté trash. En réalité, on utilise un banjo et une guitare acoustique, donc ça n'est jamais très violent, mais c'est surtout dans l'attitude que ça se passe…
Vos chansons racontent le quotidien avec un sens poussé de l'autodérision. Dans "Aujourd'hui, ma vie c'est de la marde", (vue près d'un million de fois sur You Tube) vous parlez notamment de la solitude. Mais grâce à votre sens de l'humour, le ton n'est jamais plombant, et l'optimisme semble toujours de mise, non ?
Je suis comme ça dans la vie. Le sarcasme est souvent une manière détournée de faire face à certains moments difficiles. Ce qui fait mal aujourd'hui, on en rira demain. L'humour est un trait essentiel de mes chansons. Je m'efforce, même si j'utilise pas mal de jurons, d'éviter de tomber dans le vulgaire. Il ne faut pas que ce soit gratuit. Parfois, la frontière est mince.
Quel genre de personne êtes-vous dans la vie ? Une rouspéteuse, pour paraphraser l'une de vos chansons ?
Ça dépend des jours (rires). J'aime croire que je n'en suis pas une, mais il faudrait demander à mon entourage...
Vous êtes cette semaine à Paris pour faire la promotion de cet album qui sortira en France le 25 mars sur l'étiquette Tôt ou tard. Sera-t-il le même que celui déjà paru en 2012 au Canada ?
Oui, ce sera exactement le même.
Vous serez en concert à La Boule noire à Paris, le 26 mars. Y-aura-t-il une tournée française à la clé cet été ou l'an prochain ?
Rien n'est encore confirmé, mais il est probable qu'on revienne en France cet été en effet.
L'an dernier, vous étiez au festival Interceltique de Lorient en Bretagne ? Quel souvenir gardez-vous de la Bretagne ?
Oh mon Dieu, oui. ça serait dur de ne pas garder un bon souvenir de Lorient ! Ça a vraiment été extraordinaire, d'autant que le festival était dédié à l'Acadie l'an passé. Nous nous sommes donc retrouvés à environ 150 délégués acadiens. Plein de bands, un beau pavillon. On m'en parlait depuis des années comme d'un festival complètement fou. Je n'ai pas été déçue… C'est un très beau souvenir !
Lisa LeBlanc au festival Interceltique de Lorient en 2012 (photo : DR)
Avez-vous commencé à travailler sur votre deuxième album ?
Tranquillement pas vite… Je ne suis pas trop pressée de sortir un deuxième album, mais je continue naturellement à écrire en parallèle de mes tournées.
Propos recueillis par Titus le 27 février 2013. Un extrait de cette interview a été publié dans l'édition du 11 mars du Télégramme (rubrique Cultures).
Pour en savoir plus
Le premier album de Lisa LeBlanc sortira en France sur l'étiquette Tôt ou tard, le 25 mars. Show à La Boule noire, à Paris, le 26 mars.
Renseignements sur son site officiel
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18 février 2013
Joël Guéna, de Bran Project : "Je voulais sortir du jazz traditionnel"
"Bran", c'est le corbeau, en breton. Un oiseau qui inspire depuis toujours la musique de Joël Guéna, compositeur de la nouvelle formation brestoise de jazz world, Bran Project. Rencontre.

Comment en êtes-vous venus à former Bran Project ?
C'était mon idée au départ; je suis un musicien de jazz de formation classique et jazz et j'ai voulu écrire une musique qui soit à consonance jazz mais aussi avec des couleurs différentes, notamment celtique car c'est une musique que j'ai pratiquée quand j'étais jeune et qui m'intéresse toujours. Je voulais sortir du jazz traditionnel, c'est à dire m'entourer de musiciens jouant du funk ou même du rock. C'est donc un groupe issu du métissage de différents styles : certains musiciens viennent du traditionnel breton, d'autres du jazz ou même du funk, et tout ça se rejoint dans le projet. La base était donc jazz, mais dans la construction, j'ai tenu compte de toutes ces influences.
Depuis combien de temps évoluez-vous ensemble ?
Ça va faire un an qu'on travaille sur ce projet. Etant un peu plus âgé que les autres, j'ai pris mon téléphone et j'ai appelé les meilleurs musiciens dans chaque domaine. La musique est un réseau; on se connaît quasiment tous… 
D'où vient le choix du nom de la formation ?
Bran, en breton, veut dire corbeau, et c'est plutôt ça qui m'intéressait. Au départ, j'avais écrit une pièce pour piano seul, intitulée "Bran", et qui se voulait une sorte d'illustration du chant du corbeau. Les musiciens aiment beaucoup les chants d'oiseaux depuis très longtemps, et ça m'amusait d'illustrer celui d'un oiseau qui crie et ne chante pas du tout. Sans compter qu'il a très mauvaise réputation et que c'est un voyou. D'un autre côté, c'est un oiseau que je trouve très beau, son envol notamment. J'ai beaucoup aimé travailler sur ce thème et ma musique a plu à toute l'équipe de Bran. C'est de ce morceau qu'est né le nom du groupe… Car ce nom breton illustre finalement bien le métissage qui est l'essence de la formation.
Certains vous ont comparé à Jean-Luc Ponty. Est-ce que cette allusion vous satisfait ?
J'ai de l'admiration pour Jean-Luc Ponty et le jeu de Ronan Rouxel peut effectivement faire penser à ça. Notre répertoire a en effet ce petit côté jazz revisité, avec du violon très moderne et très improvisé… Mais ce n'est qu'une facette de notre travail. Je crois que les gens seront assez surpris. C'est une musique dans laquelle il y a des passages assez méditatifs. Je pense à une pièce écrite pour violon et piano qui s'appelle "L'envol", qui fait référence au corbeau et qui me tient beaucoup à coeur, et que Ronan interprète vraiment de façon magistrale. Mais il y a aussi des moments très énergiques, très rock même !
"Bran Part One"
Il y a par exemple cet ingrédient celtique plutôt prédominant…
J'ai toujours été amoureux du uillean pipes, pour son timbre notamment. Curieusement, certains pianistes qui m'ont beaucoup influencé dans mon parcours de musicien de jazz, à l'image de Keith Jarrett ou même Bill Evans, utilisent une modalité assez proche de la musique celtique. Ce que fait mon collègue Didier Squiban est aujourd'hui très breton, mais il est aussi très influencé par Keith Jarrett et Bill Evans. Ce sont deux influences qui m'ont naturellement rapproché de la musique celtique.
Vous êtes le compositeur du groupe. Quel a été votre cheminement ?
J'ai commencé la musique en autodidacte quand j'étais enfant avant de suivre une formation très classique en piano et en composition. Je suis agrégé de musique et j'ai très vite été attiré par l'improvisation. Dans ma jeunesse, j'ai fait pas mal de choses, du rock par exemple, mais je me suis vite tourné vers le piano jazz, dès l'âge de 18 ans. J'étais passionné par le fait de jouer de la musique qui n'était pas écrite. J'inventais, j'imitais par rapport à des musiciens que j'aimais. J'ai toujours cultivé cette passion pour l'improvisation. Et l'écriture musicale est aussi une passion; je compose tous les jours…
Vous considérez-vous comme un enfant du jazz ?
Quand même, oui, mais pas seulement. Il y a, par exemple, des influences latines dans mon jeu; le fait sans doute d'avoir joué avec Yann Fuentes. J'aime beaucoup la bossa nova.
Vous vous apprêtez, avec Bran Project, à publier votre premier mini-album. Où a-t-il été enregistré, et dans quelles conditions ?
Il a été enregistré au mois de juillet, au studio de Dom Bott à Plouarzel. Auparavant, on avait fait une résidence de quatre jours à la MPT de Saint-Pierre, pour réaliser un travail de fond sur les morceaux avant le passage en studio. Pat Perron, qui était notre ingénieur du son, sera le sonorisateur du concert au Vauban.
Vous étiez aussi en résidence à Kéroudy au mois de janvier…
Notre but était cette fois de préparer un set complet pour les concerts à venir. Le mini-album, qui sera en vente le soir de notre concert au Vauban, ne comporte que quatre titres, mais entre-temps, j'ai écrit douze morceaux. Nous avons donc un répertoire complet pour un concert. Cette résidence à Kéroudy a donc servi à roder ces nouveaux titres, à voir la cohérence des enchaînements de morceau à morceau. Nous étions sur une vraie scène, avec des retours, un piano à queue, tout ce qui fallait pour régler tous les détails. Le 21, nous jouerons donc tout ce qui a été écrit jusqu'ici pour le Bran Project.
Etant donné le nombre de morceaux accumulés, avez-vous un projet d'album à la clef ?
Nous aimerions en effet qu'un album voie le jour fin 2013 ou début 2014. On est en discussion avec des producteurs et des distributeurs. ça va sûrement se faire. Le fait d'avoir réussi à fédérer tous ces gens-là, ce qui n'était pas évident car ce sont tous des professionnels très occupés. Je suis vraiment ravi de voir à quel point tous ces musiciens se sont enthousiasmés pour ma musique et ce projet.
C'est Didier Squiban et Alain Trévarin qui ont ouvert la soirée du 21 février au Vauban. Y-a-t-il des liens entre eux et vous ?
Je suis ami avec Didier depuis une trentaine d'années. J'ai beaucoup d'admiration pour lui. On a un parcours un peu similaire au niveau musical. On a exactement la même formation et des influences communes. Lui s'est dirigé beaucoup plus vers la musique bretonne que moi. Didier, maintenant, est célèbre dans le monde entier et joue autant en Allemagne qu'au Viet-Nam. Il a enregistré une trentaine de CD, donc sa carrière est déjà très aboutie. On se connaît bien, et il y a tout ce réseau musical qui tourne autour du Vauban et du jazz au Vauban dans les années 80-90. On s'est beaucoup fréquentés dans ces années-là avec des musiciens comme Jacques Pellen, Bruno Névez, des musiciens qui ont fait de très belles carrières ensuite. ça foisonnait à Brest en ce temps-là ! Et Didier était l'instigateur de toute cette dynamique.
Lui avez-vous fait entendre la musique de Bran Project ?
Oui, dès le mois de juillet, et il s'est dit vraiment enthousiasmé par le projet. Le connaissant, je sais qu'il me l'aurait dit sans hésiter si ça ne lui avait pas plu. Il a bien formulé quelques critiques sur certaines choses mais son avis global était très favorable. Il s'est même dit étonné d'entendre ce mélange qui lui est apparu original. Je lui ai demandé très humblement s'il accepterait de faire une soirée avec nous et il a dit oui tout de suite. Il nous a donné un super coup de pouce en faisant ça !
Qui sont les membres de Bran Project ?
Lionel Le Page (uillean pipes) : "J'ai obtenu son contact par le biais du batteur du groupe. C'est un instrument irlandais que j'adore et Lionel s'est montré enthousiaste à l'idée de jouer une musique qui n'était pas au départ écrite pour le uillean pipes. Au fil des mois, j'ai appris à écrire pour cet instrument et on est sorti du contexte traditionnel des danses irlandaises qui composent le répertoire traditionnel de l'instrument, pour aller vers une musique complètement originale".
Lionel Prigent (batterie) : "il a une formation de bagad à la base et fait parallèlement une carrière de batteur de rock, au sein notamment de formations très solides comme les Blueberries ou Stokolm, une double casquette qui m'intéressait beaucoup. Son jeu à la batterie possède une couleur très particulière qu'on ne retrouve pas dans le jazz. Il est très demandé".
Ronan Rouxel (violon) : "de formation classique, c'est quelqu'un de très brillant qui a un DEM du conservatoire de Brest; c'est un formidable technicien du violon qui pratique aussi beaucoup l'improvisation, quelque chose qui m'a toujours beaucoup attiré. On s'était déjà rencontrés sur un autre projet; je lui proposé de nous rejoindre, ce qu'il a immédiatement accepté. Il a aimé cette idée de métissage, lui qui avait déjà fait du jazz manouche. Son jeu a aussi une couleur particulière, proche parfois de Stéphane Grappelli".
Jean-François Besse : "c'est la tête pensante du Bran Project. Moi, j'écris la musique et lui s'occupe de toute la logistique. C'est un guitariste d'origine toulousaine au parcours un peu particulier : c'est quelqu'un qui vient du funk et du rock. Il a des origines africaines, ce qui donne à son jeu un groove que je n'ai trouvé nulle part ailleurs. Il a une couleur dans son jeu qui est très rythmique et qui me plaît énormément".
Julien Cuvellier : "je le connais depuis très longtemps car on a fait plusieurs scènes jazz ensemble en accompagnant des solistes ou des chanteuses. Julien est un musicien très complet : il a une formation de violoncelliste à la base puis il est passé à la clarinette. C'est un musicien de la Flotte. Il joue de la basse depuis très longtemps et son jeu est très fin. C'est le bassiste que tout le monde s'arrache en ce moment".
Et, bien sûr, Joël Guéna (musique, piano, claviers).
Propos recueillis par Titus le 10 février 2013. Photos de Nicolas Hourcq et Studio Moustique (Plougastel-Daoulas).
Pratique
Contacts du groupe : tél. 06.63.42.71.95 ou 06.75.93.60.82.
Mail : contact@branproject.com
Le site officiel du groupe
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| Tags : brest, bran project, jazz, vauban |
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11 février 2013
Juanito Fuentes : "J'explore le côté festif du flamenco"
Besoin de soleil ? Pourquoi ne pas se laisser tenter par les rythmes festifs du flamenco ? Le musicien brestois d'origine espagnole Juanito Fuentes, qui se produit notamment en trio au côté de la danseuse Isabel Pemartin, raconte l'origine de sa passion pour cette musique.

(Photo : Studio Moustique, Plougastel-Daoulas)
Yann Fuentes, quels liens vous rattachent à l'Espagne ?
Si je suis né à Brest, ma famille est originaire de Santander. Mes grands-parents sont arrivés en Bretagne avec mes parents sous le régime de Franco. Je suis issu d'une famille qui compte beaucoup de musiciens espagnols, et même cubains.
Vous avez commencé la musique assez jeune ?
J'ai fait ma première scène à l'âge de 10 ans avec mon père, Antonio Fuentes, qui a été président du Cercle espagnol pendant très longtemps. C'est d'ailleurs un peu au travers des activités du cercle que je suis arrivé à la musique. Au tout début, mon père accompagnait une chorale avec une guitare, et peu à peu, il a monté son groupe. On faisait surtout de la variété espagnole à l'époque, avant de dériver vers la rumba flamenca, qui s'approche de ce que font les Gipsy Kings. Le groupe de mon père s'appelait Amistad, avec lequel nous avons beaucoup tourné dans la région pendant une quinzaine d'années.
Juanito Fuentes en duo avec Livia Monterrey : "Candela"
Vous êtes aussi auteur-compositeur interprète…
Je ne m'en vante pas trop encore car je n'avance pas très vite. J'ai déjà composé un certain nombre de chansons et travaille actuellement sur un disque. Mais je ne suis pas encore prêt à franchir le pas et à présenter ce que j'écris. Je suis très exigeant.
Aujourd'hui, vous vivez complètement de la musique ?
J'étais auparavant technicien informatique au CHU et je suis passé musicien professionnel depuis deux ans. La musique commençait à prendre de plus en plus de place dans ma vie et il a fallu que je fasse un choix.
Comment en êtes-vous venu au flamenco ?
J'ai toujours baigné dans la musique et tout s'est fait naturellement. Je me suis d'abord intéressé à la salsa et, au fil des rencontres, j'ai fait la connaissance d'un guitariste de flamenco et cette musique m'a pris… Je suis parti vivre un an à Madrid, en 2005, pour y apprendre le flamenco dans une école assez réputée. A l'issue, je suis revenu ici, et j'ai commencé à travailler avec des danseuses, dont Isabel Pemartin.

(Photo : Studio Moustique, Plougastel-Daoulas)
Comment définir le flamenco en quelques mots ?
C'est compliqué à résumer en peu de mots tant cette musique est l'aboutissement de mélanges successifs. C'est une musique du voyage, transportée il y a très longtemps par les gitans jusqu'en Espagne, en particulier en Andalousie, où elle a continué à évoluer au fil des siècles, au contact d'autres cultures, arabe notamment. La façon de chanter le flamenco s'apparente en effet beaucoup au chant arabe. Mais on y décèle aussi les influences de la musique africaine, du jazz, etc.
Existe-t-il plusieurs styles au sein de cette grande famille du flamenco ?
Il existe en effet énormément de styles et rythmes différents. Nous en présentons d'ailleurs quelques-uns durant notre spectacle. Parmi les plus connus, on peut noter l'alegrias, le tango flamenco, le tientos, la solea… Quant à moi, je joue le côté le plus festif du flamenco, la partie la plus rythmée. Car il existe aussi le cante jondo, que je ne joue pas, qui n'est pas très marqué sur le plan rythmique et qui correspond au côté plus triste, au côté noir du flamenco.
Depuis quand évoluez-vous en trio ?
Je suis accompagné par le percussionniste David Rusaouen et le bassiste Julien Cuvellier, tandis que je me charge de la partie chant et guitare. Nous évoluons tous les trois depuis mon retour d'Espagne, en 2006. Avec David, on se connaît depuis longtemps car on jouait tous deux au sein du groupe de salsa, Mambo Step Orchestra.
Vous avez donné, pour la toute première fois en février, un spectacle à Guilers avec votre trio et la danseuse Isabel Pemartin ?
Oui, c'était la toute première fois que le trio accompagnait la danseuse Isabel Pemartin. Jusqu'ici, nous n'avions pas travaillé les danses avec les percussions et la basse. On y présente des danses traditionnelles et entre elles, on propose des morceaux un peu plus accessibles pour les gens d'ici, des morceaux entraînants, comme de la rumba flamenca. Le problème du flamenco traditionnel, ici en France, c'est que les gens ne sont pas habitués d'en écouter.
Une vidéo présentant plusieurs extraits du spectacle de Guilers, le 11 février 2013 :
Depuis quand connaissez-vous Isabel Pemartin ?
Je l'ai rencontrée un peu par hasard, il y a trois ans, par l'entremise d'un guitariste de flamenco. Isabel est Nantaise. Elle a suivi une formation classique à l'opéra de Lille. Elle a travaillé huit ans avec la guitariste andalou Gorje Munioz. Peu après notre rencontre, nous avons décidé de monter un spectacle ensemble. Cela demande du temps, même simplement pour une danse. Pour vous donner une petite idée, quand des élèves suivent des cours de flamenco, dans la région, ils travaillent généralement une seule danse sur un an. La danse flamenca est très difficile, au niveau des pas et de la rigueur.
(Photo : Studio Moustique, Plougastel-Daoulas)
Côté guitare, ça ne doit pas être beaucoup plus facile, si ?
Non, en effet ! La guitare, comme le chant, nécessitent des années de pratique. Personnellement, j'ai mis plus de cinq ans à maîtriser l'alzapua, un mouvement, à la guitare, qui va de bas en haut avec le pouce. C'est un apprentissage très long.
Vous animez aussi régulièrement des ateliers de flamenco. Qu'y proposez-vous ?
C'est forcément une approche assez légère, puisque nous n'avons que peu de temps en général. Je leur explique en fait un ou deux rythmes de flamenco, un rythme à trois temps, comme la valse et un autre à quatre temps, comme le tango. Je leur montre comment ça fonctionne et je leur parle de la danse, aussi. Je leur montre les différentes parties d'un tango, par exemple. Quand j'arrive à expliquer une danse en deux heures, c'est déjà beaucoup.
Vous donnez beaucoup d'ateliers, comme ça ?
De plus en plus, en effet. Je donne aussi des ateliers de cajon, la percussion utilisée dans le flamenco. Elle est très en vogue auprès des jeunes. A l'origine, les pêcheurs péruviens tapaient sur leurs caisses de poisson au retour de leur pêche. Un guitariste de flamenco très connu, Paco de Lucia, en a fait un instrument de musique, qui est devenu la percussion principale du flamenco.
Le flamenco a le vent en poupe, dirait-on ?
C'est vrai qu'avant, on n'entendait guère parler que des Gipsy Kings et de leur rumba catalane et c'est l'image que les gens avaient du flamenco. Aujourd'hui, il y a de plus en plus de stages organisés autour de la découverte du flamenco.
Juanito Fuentes en duo avec Livia Monterrey : "Lagrimas negras" :
Le fait d'avoir choisi cette voie, ça doit drôlement faire plaisir à votre famille, et notamment à votre père?
Ils étaient un peu inquiets, tout de même, quand je leur ai annoncé que je voulais vivre de la musique (rires). Mais aujourd'hui, je crois qu'ils sont assez fiers. Surtout que je suis issu d'une famille de musiciens et que je suis aujourd'hui le seul en France à vivre de la musique. Mon père est très attaché à son pays et il est très heureux que la musique m'ait encore plus rapproché de l'Espagne.
Propos recueillis par Titus le 6 février 2013.
Pratique
Contact : contact@juanitofuentes.fr
Site officiel : Juanito Fuentes
07:00 Publié dans Rencontres bretonnes | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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