24.09.2009
Vincent Trouble : « Ça me permet tout de m’appeler Trouble »
Chanteur, compositeur et arrangeur belge, Vincent Trouble publiait, au début des années 1990, son premier album en solo, "Triste, beau et fier", couronné par le prix prestigieux Québec-Wallonie-Bruxelles. C'est alors qu'il assurait la promotion de cet album que nous l'avons rencontré, pour la radio CINN FM, en Ontario, le 17 novembre 1995. Aujourd'hui comédien et musicien pour la compagnie théâtrale "Agence de voyages imaginaires" basée à Marseille, Vincent Trouble a récemment écrit (et arrangé) la musique du "Mime woman show" d'Elena Serra, au théâtre Montmartre Galabru à Paris, en plus d'être parallèlement un pivot de la Fanfare Opulente Wonderbrass. Le site MySpace de cet infatigable touche-à-tout est une vitrine de son extraordinaire polyvalence.
Titus – Vincent Trouble, vous avez reçu l’an dernier (en 1994, ndr) le Prix Québec-Wallonie-Bruxelles de chanson à l’occasion des Francofolies de Montréal. Ce prix est décerné alternativement à des artistes du Québec et de la communauté francophone de Belgique. Parmi les récipiendaires, on compte entre autres Michel Rivard, Richard Desjardins, Daniel Lavoie et, côté belge, Maurane ou Pierre Rapsat. Si on regarde le profil de carrière de tous ces chanteurs, c’est tout de même assez flatteur, non, de recevoir un tel prix ?
Vincent Trouble – Oui, tout à fait. Il va falloir que je sois à la hauteur, là. Allons, je vais y arriver (rires).
Titus – Ce que j’aime, chez vous, c’est qu’on peut difficilement vous classer dans telle ou telle catégorie. Vous avez une musique qui est très personnelle et aux influences multiples. Comment vous définiriez-vous si vous aviez à dresser votre portrait musical ?
Oh, bâtard. Bâtard bruxellois qui est traversé de plein d’influences. Le rock m’a traversé, mais aussi l’accordéon, la musette, la musique tzigane, le blues… Même si finalement, j’ai très peu écouté le blues. C’est une musique que je connais peu mais qui correspond assez bien à ma voix rauque, rauque’n’roll.
Titus – Quelques éléments font désormais partie de l’image Vincent Trouble. Il y a l’accordéon, tout d’abord, qui connaît, depuis quelque temps, une seconde jeunesse au sein de multiples formations rock…
Ca me fait bien plaisir. C’est ce mouvement qui fait qu’on est en train de redécouvrir notre musique à nous, notre musique première. L’accordéon, c’est plein de musiques différentes. On avait l’image du musette, d’Yvette Horner et du petit bal du samedi soir, mais c’est aussi la musique juive, tzigane, la musique tex-mex, cajun. Il y en a tellement ! L’accordéon est un instrument qui s’est propagé un peu partout. C’est vraiment chouette qu’il redevienne un instrument populaire !
Titus – Comment en êtes-vous venu à pratiquer de cet instrument ? Je crois que ce n’était pas votre premier instrument ?
Non, en effet. J’ai commencé avec le piano. L’accordéon est venu plus tard, sur un coup de tête. Je m’étais fait le portrait-robot d’un instrument plus léger qu’un piano que je pourrais prendre dans des jams, dans la rue. Et embarquer dans ma bagnole… Comme j’étais pianiste, je voulais trouver un instrument proche du piano mais en très léger. Je me suis dit : « bon sang, mais c’est bien sûr… l’accordéon ». Le problème, c’est que je n’aimais pas du tout l’accordéon. J’en ai quand même acheté un et puis ça fait maintenant près de six ans que je vais de découverte en découverte. J’en suis devenu un passionné. C’est un instrument fabuleux !
Titus – C’est vrai que c’est un instrument aux multiples visages, entre le diatonique et les autres.
C’est vrai. Et en plus, ce qui est chouette, c’est qu’il peut donner une sensation de tristesse. Il peut être d’une grande mélancolie. Souvent, les gens me parlent de la tristesse de l’accordéon. Et en même temps, c’est un instrument de fête. Il y a donc les deux polarités dans cet instrument !
Titus – J’ai noté que vous aviez suivi des cours au fameux collège de musique Berkeley, à Boston. Qu’en avez-vous retiré ?
C’était la première fois que je mettais les pieds aux Etats-Unis. Ce fut un choc, naturellement ! Ce séjour a eu plusieurs incidences. C’était fabuleux, même si c’était dur pour moi. Quand j’en suis revenu, après deux ans de Berkeley, j’étais très complexé. J’étais obnubilé par la technique parce que je n’en avais pas. Ça m’a fait un peu de tort quand je suis revenu de Berkeley. Avec le temps, je réalise toutefois que ça m’a beaucoup servi parce que j’ai pu pénétrer la musique jazz, blues, surtout le jazz, et tout ce que ça comporte d’improvisation, de souplesse, que j’adapte aujourd’hui à l’accordéon et qui donne mon style à moi… Cette espèce de mélange un peu bâtard.
Titus – Vous êtes un chanteur à textes, c’est l’une de vos forces, mais on sent bien que vous accordez aussi une grande importance à la musique. Ça n’a pas toujours été le cas dans le domaine de la chanson francophone…
La réponse de Vincent Trouble dans Calypso, sur CINN FM :
Peut-être. Ça change depuis un moment mais c’est vrai que c’est un truc que je me suis déjà dit. Avec la chanson à texte, le texte était toujours bien mais la musique n’était souvent que fonctionnelle derrière. Je crois d’ailleurs que c’est ce qui a foutu la chanson française en l’air pendant un moment. Qui a fait qu’elle s’est fait bouffer par la musique anglo-saxonne qui elle, était beaucoup plus intelligemment faite. La musique avait un côté beaucoup plus prédominant mais, en même temps, le texte en face était n’importe quoi aussi. Ce qui fait qu’il y a une sorte de fusion à opérer entre les deux éléments, musique et texte. Et c’est vrai que moi, comme je suis un peu musicien à la base, c’est quelque chose que je considère de très important, cette fusion, ce travail musical qui ne doit pas non plus camoufler le chant. C’est un métier d’être chanteur, de composer et de bien arranger ! Moi, c’est ça ma vie, c’est ça qui m’éclate !
Titus – On a fait allusion aux Etats-Unis tout à l’heure. J’aimerais que vous nous parliez de votre chanson « Welcome to Atlanta » qui a fait un vrai malheur ici et qui est le premier extrait de votre premier album solo, « Triste, beau et fier ». Est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qu’il y a derrière cette chanson. Du vécu, j’imagine ?
Oui. Je devais aller en Louisiane et je suis passé par Atlanta car je voulais absolument voir cette ville. Je voulais aller me recueillir sur la tombe de Martin Luther King. J’avais une crise de mysticisme intense. Je ne sais pas pourquoi, enfin si, parce que le racisme est un truc qui me fout les boules et parce que voilà… J’ai été faire ça l’après-midi, me recueillir. Dans les quartiers pauvres d’Atlanta. Il y a de très beaux quartiers avec des maisons en bois. Pour un Européen, les belles maisons en bois, c’est fascinant. Et le soir, en revenant d’un club de blues, je me suis payé la version plus « live », quoi. Je me suis fait casser la gueule par quatre mecs, quatre noirs évidemment. Et je sentais vraiment bien que quand ils me cassaient la gueule, il y avait de la haine, une haine qui était la haine du blanc. Je me disais en moi-même : « t’es Européen, t’y es pour rien », mais en y réfléchissant bien, évidemment que j’y étais pour quelque chose. J’avais fait mon pèlerinage l’après-midi, mais le fait de me faire casser la gueule, c’était peut-être aussi un pèlerinage. De prendre leurs souffrances, leurs galères dans la gueule. C’est peut-être ça qu’il me faut pour écrire de bonne chansons, c’est de prendre dans la tronche (rires).
Titus – Vous avez fait partie de plusieurs formations avant de vous lancer en solo. Vous avez notamment été chanteur et compositeur du groupe Big Trouble, avec lequel vous avez fait le Printemps de Bourges. Est-ce que votre style de composition était alors comparable à ce que vous avez choisi de faire en solo par la suite ?
A mon avis, il devait être un peu plus fêlé à l’époque, un peu plus fou. Ça devait être plus aux alentours de Frank Zappa. C’étaient des histoires très délirantes que je racontais, là, et la musique aussi. C’était plus expérimental. Enfin, expérimental, entendons-nous. C’était pas de la musique dodécaphonique ou du Pierre Boulez. J’en serais bien incapable. C’était plus dans l’esprit Zappa. Il y avait une certaine dérision que j’aimais bien, que j’ai toujours aimée. Je n’aime pas que la dérision, mais il y avait ça beaucoup là-dedans.
Titus – « Big Trouble », puis Vincent Trouble. C’est ce qui vous a décidé à choisir votre nom de scène ?
Tout à fait ! J’aime bien ce nom-là. Ça me permet tout de m’appeler Trouble. J’ai tous les droits… (rires).
Titus – J’aimerais aussi que l’on revienne sur le choix du titre pour l’album, « Triste, beau et fier ». Encore un peu d’autodérision, que l’on retrouve aussi dans vos textes, quand vous évoquez les jeunes « désespoirs de la chanson française ».
Je parle un peu de ma vie. Je suis chanteur et j’en connais d’autres, des chanteurs à Bruxelles. La chanson française a traversé une crise et c’est un métier de fou de toute façon. C’est pour ça que j’en ai fait une chanson. Pour tous mes frères de combat. « Triste, beau et fier », c’est un peu ça. C’est un peu la tranche de vie que j’ai dû vivre en composant cet album. Triste, parce que c’est une sensation qui m’envahit souvent. Beau, c’est parce que je suis très beau. Et fier, parce que je n’ai pas envie de laisser tomber les bras et que je suis plutôt d’une nature combative. Pas toujours, mais la vie est un défi.
Titus – Vous avez été, l’an dernier, l’une des révélations des Francofolies de Montréal. Quel accueil y avez-vous reçu ?
J’ai bien aimé. J’aime beaucoup le Canada. Je suis allé au Québec et en Ontario. L’amour de la chanson y est vraiment particulier. C’est un truc qui est plus vivace que chez nous, j’ai l’impression. Le public y est plus généreux, plus prêt à rentrer dedans, plus attentif aux textes aussi ! Le souvenir que j’ai de concerts que j’ai faits ici, la plupart sont vraiment très intenses, plus intenses qu’en France ou en Belgique.
Titus – Je crois que vous avez visité le Canada à plusieurs reprises, et pas seulement en solo. Aux côtés de Philippe Tasquin notamment !
C’est ça. On avait fait les Coups de cœur francophones à Montréal et on était descendus en Louisiane. Donc c’est pour ça que j’ai fait mon petit crochet par Atlanta. Avec les Frères Brozeur, aussi, qui est un autre groupe avec lequel je joue et avec lequel je suis déjà venu deux ou trois fois. C’est un peu notre terre promise.
Titus – Expliquez-nous le lien qu’on pourrait voir entre le Québec et la Belgique, par rapport à la mégapole française qui a tendance, parfois, à prendre beaucoup de place…
On est tous les deux des sous-Français. C’est vrai qu’il y a des similitudes. On se prend moins la tête que les Français, je dirais. Bon, attention, j’espère que les Français ne vont pas me lyncher… Mais il y a un côté un peu plus simple, plus familier, un peu plus complexé aussi. Quand un Québécois voit un Belge, il a l’impression de voir un cousin. C’est vrai aussi qu’au Canada, il y a une communauté anglophone et une communauté francophone et qu’il existe des difficultés de communication entre elles. En Belgique, on a la même chose avec les Flamands. Cette similitude est là aussi.
Titus – Vous avez d’ailleurs adopté des musiciens québécois pour votre tournée canadienne ?
Oui, ça me plaît beaucoup. Ils ont une technique, un feeling qui est typique du continent américain. Ce côté blues bien assimilé qu’on voit moins chez nous bien évidemment. J’aime bien mélanger mon côté plus musette ou tzigane, plus européen avec ce feeling-là...
Un extrait du spectacle "Petits exorcismes" avec Vincent Trouble, Thierry ROQUES (accordéon) et Denis Van Hecke (violoncelle) :
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Pour en savoir plus :
Le site MySpace de Vincent Trouble
Le site de la compagnie théâtrale "Agence de voyages imaginaires" à Marseille.
06:30 Publié dans Rencontres belges | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vincent trouble, frères brozeur, big trouble, chanson belge, philippe tasquin
23.09.2009
De Morgat au cap de la Chêvre
Avant d'entamer notre randonnée jusqu'au cap de la Chêvre, nous avons marqué une halte dans la station balnéaire de Morgat, juste le temps d'un pique-nique. C'est à partir du petit village de Saint-Hernot que nous avons emprunté ensuite le sentier de grande randonnée (GR34) qui nous a menés jusqu'au cap. Une balade en images...
"On dirait la Corse..." Les deux Parisiens qui font un bout de chemin à nos côtés n'en reviennent pas. C'est vrai qu'elle est belle la Presqu'île de Crozon. Ses hautes falaises découpées et boisées, ses criques abritées et plages de sable fin... Nos compagnons de voyage se croient en possession d'un secret. On leur a parlé d'un îlot bordant la pointe de Saint-Hernot, un site idyllique pour la baignade... Nous progressons donc à travers la bruyère et la voilà qui apparaît en contrebas, la fameuse île Vierge. Le secret n'était pas si bien gardé, semble-t-il, car la petite plage est noire de monde. Nous abandonnons "nos" Parisiens impatients d'aller piquer une tête dans l'eau verte et poursuivons en direction du cap de la Chêvre. La pointe du Dolmen, l'anse Saint-Nicolas et Men Coz, l'un des plus beaux points de vue de la balade. Depuis le belvédère du cap, à quelques encâblures de là, nous apercevons, à l'horizon, la pointe du Raz et l'île de Sein. Pour retourner au bourg de Saint-Hernot, où nous avons laissé notre voiture, nous poursuivons sur le sentier de grande randonnée en longeant la pointe de Kerroux et la plage de la Palue. De ce côté-ci, nettement plus exposé au vent et aux embruns, la végétation est quasi inexistante. Un sentier jonché de cailloux, un paysage presque lunaire se déroule à l'infini. Et les fameux Tas de Pois en prime.
Cliquer sur le diaporama pour visualiser les photos en haute résolution
12:16 Publié dans Sentier côtier | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : presqu'île de crozon, finistère, morgat, cap de la chêvre, randonnée, gr34, bretagne
22.09.2009
Don McGlashan, vétéran néo-zélandais à la pop classieuse
A quel destin funeste semblent être abonnés les chanteurs néo-zélandais dans l'Hexagone ? En dépit de quelques succès qui se comptent sur les doigts d'une seule main (Crowded House, Split Enz ou... Graeme Allwright), l'essentiel de la production musicale des antipodes demeure largement méconnue de par chez nous. Un exemple flagrant : Don McGlashan, illustre inconnu en France alors qu'il s'agit d'un vénérable vétéran de la scène kiwi dont l'actualité s'est encore récemment enrichie de sa participation au projet caritatif Seven Worlds Collide, réunissant entre autres Radiohead, Wilco, KT Tunstall ou l'ex-Smiths Johnny Marr.
Cinquante ans cette année, et quelle année pour un quinqua ! Depuis le mois de mars 2009, les radios des antipodes se repaissaient déjà des ritournelles de l'opus "Marvellous year", livré par Don McGlashan et les Seven Sisters. Mais tout cela n'aurait pas été si "Marvellous" sans la participation du même Don à l'opération Seven Worlds Collide, la deuxième du nom, qui lui vaut, cet automne, de tenir à nouveau le haut de l'affiche pour la seconde fois en un an. Pour cette nouvelle mouture de "Seven Worlds Collide" intitulée pour l'occasion "The sun came out", cet autre fin mélodiste néo-zélandais qu'est Neil Finn a réuni dans son studio d'Auckland, en plus des quelques stars planétaires qui avaient répondu à sa première invitation (Lisa Germano, Johnny Marr, Radiohead, entre autres), quelques autres pointures à l'image de Bic Runga, KT Tunstall ou Wilco. En résulte, au terme de trois semaines d'enregistrement, un double album étincelant qui est commercialisé depuis quelques semaines au profit d'Oxfam (contre la pauvreté dans le monde). Don McGlashan y livre quant à lui deux compos inédites, les pépites "Girl, make your own mind up" et "Long time gone". Dans la veine de son premier album solo publié en mai 2006, "Warm Hand", chaudement accueilli par la critique.
Virtuose de l'euphonium Polyinstrumentiste accompli, Don McGlashan est particulièrement réputé pour son jeu d'euphonium, qui lui vaut d'être régulièrement sollicité à ce titre. (Il en a joué sur les albums de Dave Dobbyn ou Tim Finn, ou sur le dernier disque de Crowded House, "Time on Earth"). On le connaît aussi fin guitariste, notamment au sein de ses deux précédentes formations, les "Front Lawn" et "Mutton Birds". De cette vibrante carrière débutée en 1979 avec le groupe "From Scratch", on retiendra aussi sa participation à la formation avant-gardiste "Blam Blam Blam" dont le titre phare "Marsha, it's bigger than both of us" fut couronné meilleure chanson de l'année aux New Zealand Music Awards en 1982.
L'extrait. La vidéo "Miracle Sun", premier single extrait du premier album solo de Don McGlashan, "Warm Hand", en 2006.
Pour en savoir plus :
Don McGlashan sur MySpace.
06:30 Publié dans Pas fait pour les chiens | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : don mcglashan, rock néo-zélandais, blam blam blam, mutton birds, seven worlds collide, neil finn
21.09.2009
Les beaux jours du patrimoine
Parmi les nombreuses visites proposées, ce week-end, dans le cadre des Journées du patrimoine figurait le château de Kergroadez, dans la commune de Brélès. Construit entre 1598 et 1613 par François de Kergroadez, compagnon d'armes de Henri IV, ce très bel édifice de type "Renaissance bretonne" a fait l'objet d'importantes restaurations au cours des dernières années et mérite très franchement le détour. Curiosité à découvrir en sus : un jardin des simples qui regroupe une grande variété de plantes médicinales.
A noter
Château de Kergroadez : tél. 02.98.32.43.93.
10:39 Publié dans Sentier intérieur | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : château de kergroadez, brélès, patrimoine breton, renaissance bretonne, finistère
19.05.2009
Jipes Project : "Un premier disque à 50 ans, pas si mal !"
Chanteur et guitariste d'origine parisienne, Jipes a fait son trou à Mulhouse, au début des années 90, où il participe simultanément à plusieurs formations blues et soul de la scène alsacienne. Sa plus récente initiative, le Jipes Project, auquel s'est joint le saxophoniste Maxime Meichler, devrait aboutir cette année à l'enregistrement d'un premier disque. Rencontre avec un musicien passionné, blogueur à ses heures, avec qui nous revenons notamment sur un voyage en Louisiane qui l'aura marqué à jamais...
Titus - Jipes, c'est un pseudo ? Si oui, d'où vient-il ?
Jipes - Oui, c'est bien un pseudo ça vient de l'époque où je cotoyais Phil Hammel, harmoniciste talentueux, qui m'a surnommé ainsi, de Jean-Pierre, en anglais, se prononçant Jai-pi et alsaciannisé, c'est devenu Ji-pes...
Titus - Tu es basé à Mulhouse, en Alsace, depuis 1990. Pourquoi avoir choisi de t'y établir ?
Je m'y suis rendu pour travailler dans un institut international de recherche en Suisse.
Titus - Tes origines sont parisiennes. Si mes infos sont exactes, tu es né dans la capitale en 1959... Si je te demandais d'évoquer tes premiers souvenirs d'enfance, quels seraient-ils ?
Les pentes de la Butte Montmartre, les odeurs de baguette chaude, les petits commerces du XVIIIème arrondissement, le Sacré-Coeur et ses jardins où l'on jouait, les disques d'opéra que mes parents écoutaient, les émissions radio de Francis Blanche et Pierre Dac...
Jipes dans "Up in the morning blues" :
Titus - Dans quel milieu as-tu grandi ?
Mon père était employé des Douanes et Maman était à la maison, milieu très modeste, petit appartement sombre avec les toilettes sur le palier. Maman faisait des enveloppes pour les vacances. Mais on était heureux en tous cas.
Titus - A quel moment la musique a-t-elle fait irruption dans ta vie ? T'en souviens-tu précisément ?
J'ai aimé l'Opéra et l'Opérette que mes parents écoutaient mais c'est la guitare qui m'a appelé assez vite, notamment celle d'Alexandre Lagoya (j'adorais Asturias, d'Isaac Albéniz) mais aussi les Machucambos, un groupe folklorique.
Titus - La guitare fut-elle ton premier instrument ? Comment as-tu appris à en jouer ?
J'ai commencé, comme tous les gosses, par la flûte à bec; j'étais pas trop mauvais. J'ai eu ma première guitare vers 12 ans, plutôt un jouet en fait, que mes parents avaient acheté à la Samaritaine (je l'ai toujours d'ailleurs). Ma vraie première guitare, c'était une folk, vers 15ans et puis j'ai commencé en autodidacte avec deux frères malgaches, les frères Valli. Ensuite, le folk anglais m'a passionné avec Bert Jansch et John Renbourn. J'ai pris quelques cours avec Didier Large, dans l'arrière boutique de Quincampoix Musique, haut lieu du folk à cette époque. Ensuite, avec mon premier groupe de copains, j'ai pris des cours de guitare électrique avec Pierre Fanen, superbe pédagogue assez sévère mais qui nous a bien fait progresser (je regrette de ne pas avoir poursuivi d'ailleurs; j'étais fainéant).
Titus - Assez tôt, tu as cherché à jouer en groupe. Te souviens-tu de ces premières expériences en collectif ?

Un vrai bonheur ! On habitait Alfortville et on a fait nos premières armes au Foyer Jean-Macé, grâce à la complicité des animateurs et des bénévoles. On a commencé par faire des jams et puis notre premier groupe a vu le jour : Préface. J'écrivais tous les textes et la musique était une création commune, surtout Frank le guitariste. On a assez rapidement commencé à arpenter le circuit des MJC. On etait 5 musiciens et deux potes aux éclairages et à la sono. Ca a duré 2 ans on a enregistré une maquette trois titres chez Bob Mathieu. Puis le groupe s'est séparé malheureusement !
Titus - En 25 ans de carrière, tu as évolué au sein de très nombreux groupes : Highway 66, Blue Mood... Que retiens-tu de ces années et des musiciens que tu as côtoyés ?

Du bonheur, quelques galères et des rencontres humaines magnifiques. J'ai eu la chance de faire de belles premières parties, de "boeufer" avec d'excellents professionnels et de, surtout, prendre du plaisir a échanger sur scène !
Titus - L'une de tes grandes passions, c'est le blues. Est-ce vrai que tu as découvert cette musique dans le métro ? (Tao Ravao et Andy Forrest ?)
C'est exact, c'est ce qui m'a mis le pied à l'étrier du blues. C'était en 1980, peu avant que je monte mon premier groupe de potes. Entendre ces deux musiciens fut un instant magique et j'ai tout de suite aimé le blues. Je me suis ensuite précipité chez le marchand de disques (des 33T à l'époque) et j'ai commencé à acheter du Sony Terry, Little Walter et Sonny Boy Williamson ,car j'ai commencé le blues à l'harmonica. Ensuite, Pierre, mon pote, jouant également de l'harmo, j'ai basculé à la guitare !
Titus - Tu m'as déjà parlé de ton amour pour le jazz de la Nouvelle-Orléans. J'aimerais que tu nous parles de ton voyage là-bas...
C'est une expérience incroyable ! A peine arrivé là-bas, j'étais accueilli par mon ami, Phil Hammel, qui jouait à cette époque avec Bryan Lee. J'ai passé 10 jours à arpenter tous les clubs de la ville de New Orleans et découvrir l'énorme culture blues, jazz et zydéco de cette ville. J'y ai vu les Funky Meters, Anson Funderburgh et Sam Myers au Tipitina's, un sacré souvenir et puis Johnny Sansone au Vic's Kangaroo café. J'ai également vu les excellents Rebirth Brass Band au Maple Leaf, où tout le monde dansait dans une chaleur incroyable : un grand moment ! J'ai fait le boeuf avec des musiciens locaux un dimanche, lors d'une scène ouverte au Check point Charlie, un club laverie et billard très original; je me sentais très à l'aise grâce à leur accueil chaleureux.
Titus - Quel impact aura eu cette expérience sur ton propre parcours de musicien ?
Enorme, car depuis, mon amour pour cette musique m'a profondément influencé, notamment John Mooney, Dr John ou les Meters. En même temps, j'ai un peu mieux compris ce que signifiait vraiment cette musique aux USA par rapport à nous Européens, qui ne partageons pas la même culture !
Titus - N'as-tu jamais envisagé d'aller t'y installer, ne serait-ce qu'un temps ?
Si, mais hélas, charge de famille et dans un boulot qui me passionne, pas simple de tout lâcher pour aller là-bas. Peut-être que si ça m'était arrivé à 25 ans, les choses auraient été différentes ?
Titus - Tu écoutes énormément de blues, j'imagine ? Peux-tu nous donner quelques noms de musiciens qui comptent beaucoup à tes yeux ?
Plus autant qu'avant, car mon horizon musical s'est très largement diversifié mais cela reste une base pour moi. Mes préférés dans le blues sont John Mooney, Tab Benoit (louisianais pur jus) et bien sûr les grands anciens Magic Slim et Buddy Guy.

Titus - En Alsace, tu t'es fait un nom en tant que guitariste au sein de deux formations, Mojo et Soulmaniacs. Evoquons d'abord le combo blues Mojo, si tu veux bien. A quand remonte la création du groupe ? Et qu'y fais-tu ?
Ca remonte à 1996; on s'est rencontrés lors d'une jam que j'organisais dans un café au centre-ville (le Café des Arts) et puis, petit à petit, on a décidé de se mettre ensemble (c'était mon premier groupe en trio). On a commencé à tourner dans le circuit des Caf conc. Je tiens la guitare et le chant, le groupe a donc maintenant 13 ans d'existence et plus de 250 concerts, dont des premières parties de Calvin Russell, Popa Chubby où JJ Milteau.
Titus - Parlons justement de ces premières parties assez prestigieuses. Cela a-t-il donné lieu à des rencontres ou boeufs mémorables ?
La première partie de JJ Milteau m'a permis de rencontrer Manu Galvin, que je connaissais de l'époque où il jouait dans un groupe qui s'appelait Hot'Cha. C'était très sympa de se rappeler le bon vieux temps ! Autrement, grâce à ce groupe et à Phil Hammel, j'ai également eu la chance de jouer avec Jon Mac Donald (qui joue désormais avec Magic Slim) pendant deux mini tournées en Suisse et Alsace. J'y ai appris énormément de choses sur le blues grâce à cette rencontre.
Titus - Par ailleurs, il y a donc les Soulmaniacs, autre groupe de covers auquel tu participes depuis 2002. Quel est le dénominateur commun de la dizaine de musiciens qui le composent ? La passion du rhythm'n'blues et de soul des années 60 et 70, j'imagine...
Exactement ! Partager le kif de jouer en grande formation (impossible à rentabiliser d'ailleurs) et remettre au goût du jour les standards d'Aretha Franklin, Otis Redding ou de Rufus Thomas.
Titus - On a parlé de tes talents de guitariste, mais peu du fait que tu étais également chanteur. Or, tu chantes aussi, et notamment avec les Soulmaniacs, en particulier sur les titres de Rufus Thomas et Otis Redding...
Soyons clair : reprendre Otis, c'est très difficile, vocalement je me sens plus proche de Rufus Thomas ou d'Eddie Bo, mais les standards d'Otis sont tellement merveilleux....
Titus - J'ai gardé le Jipes Project pour la fin, parce que c'est ton projet le plus récent et aussi parce qu'il s'agit du plus personnel... Quand as-tu décidé de jouer tes propres compos ?
C'est venu petit à petit, encore et toujours grâce à mon ami Phil Hammel, qui m'a initié à la MAO. J'ai commencé par enregistrer quelques idées en acoustique et puis je me suis pris au jeu et je suis tombé amoureux des guitares à résonateurs (Les National), surtout en devenant un inconditionnel de Chris Whitley. Mon amour du folk et de Kelly Joe Phelps m'ont également influencé de manière très importante.
Titus - Qu'est-ce qui différencie ton travail au sein du Jipes Project de tes collaborations précédentes ?
Tout se fait sur des guitares acoustiques, notamment les résonateurs; il m'a donc fallu dompter ces instruments et surtout apprivoiser les Open Tunings, dont je suis devenu très friand.
Titus - Maxime Meichler, saxophoniste des Soulmaniacs, t'a rejoint depuis peu pour ce projet... Le Jipes Project va-t-il continuer ainsi à s'étoffer de plusieurs autres collaborateurs ?
Je ne sais pas trop... A priori, ce seront des collaborations ponctuelles car ce sont des compositions intimistes qui verront le jour sur disque; pour la scène, je verrai si je les défendrai de suite où pas.

Titus - As-tu le projet d'endisquer à terme ?
Oui, l'objectif c'est d'entrer en studio à la fin de cette année et de sortir le disque en début d'année prochaîne Un premier disque à 50 ans, ça n'est pas si mal !).
Titus - Y-a-t-il des concerts en prévision ? Une tournée ?
Pour l'instant non. Il faut finaliser les titres et entrer en studio, on verra ensuite pour la scène . Entre temps, j'ai toujours des dates avec mes autres formations et ça me tient bien occupé (rires).
"Winter solitude", par le Jipes Project au Parterre, à Basel (Suisse) :
Titus - Comment arrives-tu justement à te partager entre ces différentes collaborations ? Arrives-tu aujourd'hui à vivre de la musique ou poursuis-tu d'autres activités parallèlement ?
Non, je suis un amateur éclairé (rires); j'ai un boulot passionnant, alors je prends du plaisir à jouer dans mes différentes formations !
Titus - D'autant que parallèlement, tu es aussi un blogueur très actif... En plus d'être un chroniqueur de CD pour les sites Jazzbreak et Docteur Blues, tu participes aussi au blog collaboratif "Le blog qui gratte". Peux-tu nous parler de ces différentes activités et de ce qu'elles t'apportent ?
Moi, je pars du principe que partager mes connaissances, aussi minimes soient-elles, est un bonheur; alors, je partage mes coups de coeur avec les internautes. Jazzbreak s'est malheureusement arrêté mais, avec mon blog perso, le BQG et Docteur Blues, j'ai pas mal de boulot, d'autant que je fais des vidéos pédagogiques de guitare pour les débutants !
Titus - Quelle place occupe aujourd'hui Internet dans ta vie ? Cela a-t-il généré des rencontres intéressantes sur le plan musical ?
Internet est un outil incroyable, on peut rencontrer des gens de tout horizons et de cultures différentes. Cela m'a permis de rencontrer des gens qui sont devenus des amis c'est un vrai "plus" !
POUR EN SAVOIR PLUS
Le blog de Jipes
Le site MySpace de l'artiste.
Le site de Mojo
Le site des Soulmaniacs
22:18 Publié dans Rencontres françaises | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blues, alsace, jipes project, mulhouse, soulmaniacs, mojo, highway 66























